Brooklyn underground

Tom Nessy · Chapitre 15 sur 47

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Brooklyn underground

14h00/15h00

Chapitre 7

14:00-15:00

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7 . 1

 

Chuck Arys avala les dernières gouttes de son café froid, puis hurla une nouvelle fois le prénom de son collègue devant la fenêtre ouverte. L’ombre immense du chêne rouge de la propriété se dessinait sur la façade du Ranch. L’arbre avait été planté bien trop près des murs, mais personne ne désirait pour autant le couper, d’autant que toutes les tourterelles du coin y trouvaient refuge.

Mais où est-il encore passé ?

Ce n’était pas comme si l’antenne new-yorkaise du service météorologique national américain disposait de plusieurs étages de bureaux et d’un terrain à perte de vue. Au contraire, l’administration avait choisi de réadapter une maison de plain-pied sur la côte de Staten Island. On la surnommait le Ranch, ce qui lui allait plutôt bien. Coquette grâce au revêtement en briques et aux superbes pignons en cèdre blanc, elle se situait sur une parcelle relativement étroite, coincée entre la baie de New York à l’est et un vaste parc à l’ouest, abritant notamment un réservoir d’eau et un parcours de golf. Ainsi, il n’était pas rare que les employés du Ranch manquent de se faire assommer par des balles fourbes échappées du green.

Lawrence fit enfin son apparition sur le chemin de gravier tracé jusqu’au radar météo. Depuis la fenêtre du bâtiment où Chuck guettait, on distinguait parfaitement le radôme gonflable perché au sommet de la tour. Il permettait de protéger le système d’antennes contre les intempéries. Le scientifique nota que le drapeau fixé au flanc de la structure commençait à s’agiter. La bannière étoilée claquait à chaque coup de vent.

— Me voilà. Désolé, je passais un appel en privé ! Qu’est-ce qu’il y a ?

Comme à son habitude, Lawrence ne prit même pas la peine d’emprunter la porte d’entrée et escalada la rambarde de la fenêtre, tel un enfant. Alors qu’il aidait son ami à enjamber l’embrasure, Chuck lui expliqua la raison de son excitation.

— Je viens de refaire une simulation sur LightWeather avec les correctifs les plus récents, et en attendant les résultats qui ne devraient pas tarder, je jetais un œil sur tes fourmis.

— Et ?

— Regarde, tu comprendras.

Intrigué, Lawrence se pencha devant le vivarium, plaqué contre la vitre. Effectivement, les insectes se comportaient d’une drôle de manière. Normalement, leur cycle se décomposait en deux phases immuables : elles s’activaient en journée et se reposaient la nuit. Sauf que la routine venait de changer. Les unes après les autres, les fourmis s’enfouissaient dans la terre humide en laissant derrière elles de minuscules conduits.

— T’as déjà remarqué ce genre de truc ?

Lawrence répondit par la négative. Derrière ses lunettes de myope, ses grands yeux s’étaient illuminés. Se pouvait-il que ses hypothèses qu’on raillait allègrement soient validées ? Néanmoins, rien n’expliquait ce changement soudain de comportement.

Une notification sonore brisa le silence.

— Ah, enfin ! s’enflamma Chuck. Les résultats de LightWeather !

Il se cala dans son fauteuil, en appui sur les accoudoirs avec les poings sous le menton. Sa position préférée pour analyser des données.

— Pourquoi est-ce que tu as relancé une simu ? s’étonna Lawrence. L’ouragan évite Miami et s’apprête à se désagréger au large. Il ne sera bientôt plus qu’un souvenir, crois-moi.

— Certains des résultats me chiffonnaient. Ils ne collaient pas avec le comportement de Nina. J’ai donc programmé une nouvelle simulation en ajoutant cette fois-ci l’intégralité des catasondes et j’ai croisé ces paramètres avec les précédents.

— Toutes les catasondes ?! Mais c’est impossible, ça ! Il en existe des centaines et nos systèmes ne parviennent pas en suivre plus de quatre à la fois.

— Effectivement.

Ces petits instruments aux multiples capteurs, que les aéronefs de reconnaissance parachutaient au cœur des ouragans, permettaient de recueillir des données diverses comme l’humidité, la pression de l’air ou le profil de la vitesse du vent par rapport à l’altitude. Évidemment, plus on en étudiait simultanément, plus les résultats étaient fiables.

— Alors ? Explique !

Piqué par la curiosité, Lawrence avait délaissé le vivarium pour venir s’asseoir à l’angle du bureau.

— En gros, LightWeather rend l’impossible possible.

Et pour cause, le grand Chuck Arys avait conçu le logiciel dans l’optique qu’il puise, via le cloud, une part de la puissance phénoménale des supercalculateurs logés au sein même de la NOAA. Actuellement, aucun système de prévisions météorologiques en vigueur dans le pays n’était prêt pour utiliser les serveurs de nouvelle génération de la National Oceanic and Atmospheric Administration. Seul LightWeather s’affranchissait de ces limites en déterminant en temps réel les données de toutes les catasondes en fonction. Un véritable tour de force.

Au fur et à mesure de l’affichage sur les écrans des résultats de la simulation, les yeux de Chuck s’écarquillèrent. Lawrence se pencha pour découvrir à son tour l’impensable.

— Putain de merde ! laissa-t-il échapper. Ça ne ressemble à rien de ce que je connais.

Il souleva ses lunettes de myope et frotta ses paupières comme s’il espérait se réveiller d’un mauvais rêve. Les chiffres étaient aberrants. Voyant que Chuck restait figé devant les données qui continuaient d’arriver, il lui tapa à plusieurs reprises sur l’épaule.

— Bon, qu’est-ce qu’on fait ? Il faut prévenir tout le monde.

— Je rappelle Aaron Novick à la Maison-Blanche. Cette fois, le président devra nous écouter.

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