Brooklyn underground
Chapitre 14.3
14 . 3
Nouveau chapitre. Nouvelles pistes à suivre. Chaque fois, le rituel était le même. Le jeune Alvaro puisait dans son imagination et cherchait à devancer l’histoire, quitte à emprunter de mauvaises directions. Effectivement, ce qu’il envisageait pour les personnages de ses livres s’avérait rarement conforme, mais il aimait ça. S’il n’en avait jamais parlé à son père, de peur de le contrarier, il se projetait comme un futur romancier, magicien des mots prêt à entraîner ses lecteurs dans des intrigues foisonnantes. Bien sûr, à huit ans, rien ne pressait et il devrait encore montrer les preuves de son talent. En attendant, il restait de l’autre côté de la barrière.
De quoi se changer les idées après les derniers événements. Déjà, il y avait eu l’accrochage avec les morveux, puis leur seconde attaque en traître. Et maintenant, un problème encore plus grave se présentait : quitter l’Underground sans se faire électrocuter.
Assis en tailleur au centre du toit de la cabine, Alvaro leva les yeux du roman et les déporta vers son père, en train de tourner nerveusement en rond autour de lui. Soudain, Hector Reyes arrêta de faire les cent pas. En pleine réflexion, il frotta la crosse de son Beretta contre ses joues rugueuses.
— J’ai une idée, fiston. Dangereuse, mais qui pourrait fonctionner.
Le garçon se redressa, intrigué.
— Je savais que tu finirais par trouver !
— Quand je te le dirai, je veux que tu t’allonges à l’autre bout du toit.
— Pourquoi tu…
— Ne discute pas !
Reyes rangea son Beretta et inspecta la zone inondée du marchepied en se penchant au-dessus du vide. Tout autour du wagon, dans la pénombre, des arcs électriques d’un bleu vif brisaient la surface de l’eau en s’échappant du transformateur dans un bourdonnement continu.
Le quinquagénaire hésita à mettre en pratique le plan insensé qui venait de germer dans son cerveau. Sur une échelle d’un à dix, il estimait le risque à neuf. Mais à défaut d’une solution alternative, il n’avait pas le choix. Alors il retourna à l’intérieur de la cabine par la trappe dont il avait cassé le verre précédemment. Méthodiquement, il récupéra ce qui pourrait leur être utile : lampe de poche, chargeur supplémentaire pour son arme, barres chocolatées, gourde remplie et couteau élimé. Il vida ce butin dans un sac à dos en cuir tanné et y ajouta le contenu de la trousse de secours.
— Alvie, attrape ! cria-t-il en le tendant vers la trappe.
Même s’il ne comprenait pas ce que son père faisait, le garçon s’exécuta et agrippa l’une des sangles. À quatre pattes dans la minuscule kitchenette, Reyes s’affaira à débrancher la petite bouteille de gaz reliée à la plaque de cuisson. Dans cette position, sa jambe le lançait encore plus que d’habitude, mais il était hors de question de se relâcher. Oubliant la douleur, il fouilla ensuite dans le box sous la banquette et en extirpa une cordelette ainsi que la photo d’identité d’une belle femme à la peau hâlée. Plein de nostalgie, il embrassa le portrait argentique avant de ranger le cliché dans la poche de son pantalon.
Très bien, allons-y.
Une fois remonté sur le toit, sous le regard curieux de son fils, il noua la fine corde tressée autour de la poignée de la bouteille de gaz et fit coulisser cette dernière avec précaution le long de la paroi du wagon. Progressivement, elle disparut sous l’eau. Quand elle fut positionnée comme il le souhaitait, pile au-dessus du boitier servant de transformateur, Reyes respira un grand coup.
Il ne restait plus qu’à valider l’étape finale. La plus risquée et incertaine.
— Alvie, ordonna-t-il en reprenant en main son Beretta, va t’allonger là-bas, le plus loin possible. Et ne relève surtout pas la tête avant que je te le dise.
Le canon de l’arme s’inclina en direction de la cible, cernée de multiples décharges électriques. Reyes actionna la glissière sur le dessus du semi-automatique ce qui envoya la première cartouche dans la chambre. Une fois le guidon positionné sur la bouteille de gaz, les jambes bien ancrées sur le toit, il fit feu sans trembler. La balle s’extirpa du tube et transperça la fine couche d’acier, à peine ralentie par la densité de l’eau. La réaction fut immédiate.
Une déflagration souffla littéralement un pan du wagon. D’abord un éclair lumineux, aussitôt suivi d’une intense vague de chaleur. Reyes la sentit lui lécher le visage quand il fut projeté en arrière comme une poupée de chiffon, dans un feu d’artifice de filaments incandescents. Une odeur désagréable de roussi se faufila dans ses narines. La dernière sensation avant qu’il ne perde connaissance.
***
— Tu es certain que ce Reyes peut nous aider ? Et comment le connais-tu ?
Alors qu’ils progressaient vers la Voie 61 en suivant les rails, de l’eau jusqu’à la taille, Jupiter posait question sur question à Walker. Une manière de penser à autre chose. En tant que reine du contrôle, ne plus rien maîtriser lui devenait pesant. Elle avait l’impression de dériver, à la merci de la moindre fluctuation qui se présentait.
— Tu devrais arrêter de parler autant, tu vas t’épuiser.
Jupiter repoussa les mèches rousses dissimulant son visage marqué.
— Je le suis déjà, épuisée. Et ça me change les idées de t’écouter.
— Très bien. Disons que j’ai sauvé son gosse et ça m’a conduit jusqu’à lui. Un bon bougre, marginal, mais plutôt débrouillard. Il a trouvé refuge dans un vieux wagon réaménagé. Je me souviens y avoir vu une hache.
— OK, donc on se rend chez un bûcheron. Ou un psychopathe. Tout va bien.
Jupiter partit dans un rire nerveux, rapidement étouffé par le désespoir.
— On va s’en tirer. Fais-moi confiance, Jup.
Walker aurait aimé donner plus d’impulsion à ses mots, mais lui-même n’y croyait plus trop. Les événements se déchaînaient depuis le début de cette journée infernale. S’il s’était focalisé logiquement sur Emily durant les deux dernières heures, il n’oubliait pas son objectif : El Lobo. Mais comment mettre la main sur cet homme insaisissable à temps ? Il pouvait se trouver n’importe où dans l’Underground. Ou à l’extérieur s’il s’était enfui. Autre possibilité : qu’il ait été l’une des nombreuses victimes de Nina, comme tant de grounders.
En proie au doute, le coursier baissa les yeux sur sa Casio. Le cadran indiquait 21 h 40. Selon les mots d’Albuquerque — il se souvenait parfaitement du nom des trois agents de la DEA —, le poison agirait d’ici minuit si on ne lui injectait pas l’antidote. Et il serait fatal. Un timing serré pour espérer une fin heureuse.
Au détour d’un virage, une découverte pour le moins insolite stoppa la progression du binôme. Un rouleau de gazon synthétique flottait au milieu d’une pile de détritus.
— Je le reconnais ! signala Walker. C’est le jardin artificiel de Reyes. Il s’est sûrement fait la malle à cause de l’inondation. On approche.
Complètement exténuée, Jupiter répondit d’un simple hochement de tête. Elle avançait machinalement en tenant fermement la main de son guide. Une manière de conserver un rythme constant. Sous la surface trouble, les rails s’illuminaient à chaque fois qu’ils franchissaient le rayon d’action d’une ampoule encore en service, et s’évaporaient quand la réfraction ne faisait plus effet. Le genre de chose insignifiante à laquelle s’accrochait la youtubeuse pour éviter de tergiverser sur sa vitesse de croisière.
Inopinément, Walker s’arrêta et huma l’air avec méfiance.
— Il y a un truc qui cloche.
— Si c’est ma transpiration qui te gêne, je suis désolée. Sans déo sous la main…
— Tu sens cette émanation de gaz ?
— Non. De toute façon, il paraît que j’ai de trop petites narines et ça m’empêche de reconnaître la plupart des odeurs.
— Bon. Repartons.
Décidément, elle ne cessait de le surprendre.
Cinq minutes plus tard, ils finirent par distinguer un timide éclat scintillant en provenance du fond du tunnel. Le chatoiement gagna en intensité à mesure que l’atmosphère devenait suffocante. Quand ils atteignirent le terminus de la Voie 61, ils comprirent alors. Un important incendie s’était déclaré à bord du wagon, attaqué de toutes parts par les flammes. À travers la fumée, deux ombres se détachaient sur le toit du véhicule dans un clair-obscur apocalyptique.
Reyes et son fils Alvaro.
Le jeune garçon avait repéré les nouveaux venus et agitait frénétiquement les bras dans leur direction. Derrière le crépitement du feu, sa voix portait à peine.
— M’sieur Walker ! Au secours ! Mon papa a perdu connaissance et on est bloqués.
— Qu’est-ce qui est arrivé ici ?
Walker demanda à Jupiter de ne pas bouger pour le moment et lui laissa le talkie-walkie. Il s’approcha à tâtons, avec l’avant-bras en guise de protection devant le visage. Le brasier progressait à vive allure dans l’habitacle, brûlant tout sur son passage. Le spectacle reflété à la surface de l’eau dans un ballet ondulant avait quelque chose d’hypnotique.
— Papa a voulu stopper un court-circuit qui nous retenait prisonniers. Il a fait exploser notre bouteille de gaz.
Reyes avait vu juste. L’idée semblait avoir fonctionné.
Un peu trop bien.
— Vous avez un extincteur à bord ?
Recouvert de suie, le garçon secoua la tête négativement en toussant.
— Je vais monter. Reste où tu es.
L’escalade par la face arrière ne posa pas de problèmes particuliers grâce aux nombreuses aspérités présentes. Le plus traître, en dehors des flammes, c’était cette épaisse fumée noire toxique. Une fois sur le toit, Walker vérifia sommairement l’état du père, toujours inconscient. Trois grosses éraflures lui barraient la joue droite.
— Pas de commotion, au premier coup d’œil. Mais il ne faut pas traîner.
L’asphyxie les guettait.
— Reyes, debout ! Fini de dormir !
Une paire de claques puissantes suffit à lui faire ouvrir les paupières. Il retrouva progressivement ses esprits.
— On avait un foutu problème électrique et j’ai voulu…
— Votre fils m’a expliqué, le coupa Walker sans ménagement en l’aidant à se relever.
Jupiter s’était positionnée en contrebas le long des rails, au plus près des flammes, dans l’attente de réceptionner l’enfant. Une peur l’assaillit : celle de ne pas réussir à le rattraper. À force de patauger dans l’eau et de repousser ses limites physiques, tous les muscles de son corps commençaient à se tétaniser.
— Prête, Jup ? On t’envoie le gosse.
Est-ce que j’ai vraiment le choix ?
Elle acquiesça avec les bras tendus au-dessus de la tête.
— Laisse-toi aller, Alvie, rassura le père.
D’un regard entendu avec Jupiter, il fit glisser son fils le long de la vitre. Elle l’attrapa par la taille avec précaution. Le visage de l’enfant disparut dans l’épaisse chevelure rousse.
L’incendie progressait à une vitesse ahurissante, et avait déjà carbonisé toute la zone avant du wagon. Dans son état, Reyes ne se voyait pas sauter de cette hauteur. Il s’agenouilla, à la recherche d’une prise à laquelle s’accrocher.
— Minute, intervint Walker. À la base, je venais chercher quelque chose. Il nous faut votre hache. On en aura besoin si on veut remonter. Elle est toujours au même endroit ?
— Euh oui… Je m’en suis servi pour briser le verre de la trappe, mais je l’ai replacée au-dessus de la fenêtre. Celle proche de la porte d’accès.
Pile dans le brasier, releva intérieurement Walker en retirant son t-shirt. Il se l’enroula autour du bas du visage. Sans autre cérémonie, il se dirigea vers le trou au centre du toit d’où sortait un panache de fumée noire comme du goudron.
— Attendez, le rattrapa Reyes. Je vais vous aider. Malgré ma patte folle et le choc à la tête, je tiens encore debout et vous aurez besoin de moi. Allons-y.
Il s’élança à son tour dans la purée de pois, le nez et la bouche cachés sous le col relevé de sa veste en cuir. Un coup d’œil à travers la trappe confirma les craintes qu’ils avaient. Le feu s’était propagé à l’intérieur et avalait tout sur son passage, tel un ogre à l’appétit insatiable.
— J’y vais seul, informa Walker. Ça ne sert à rien de se glisser à deux là-dedans. Je compte sur vous pour me remonter.
Sans attendre de réponse, il se laissa choir sur l’escabeau qui vacilla dangereusement sous l’effet de son poids. L’ombre du coursier disparut aussitôt derrière le mur de flammes.
Dehors, Jupiter patientait à l’écart avec Alvaro à cheval sur ses épaules.
— Qu’est-ce qu’ils font là-haut ? Pourquoi papa ne redescend pas ?
La voix témoignait d’une anxiété profonde.
— Ils récupèrent un objet indispensable. Mais rassure-toi, Walker ne fera pas courir de risques inutiles à ton père, j’en suis certaine.
Elle le réconforta d’une tape sur la cuisse.
Tu peux mieux faire, Jup.
La youtubeuse n’avait jamais caché son manque d’empathie et d’affection envers les enfants. Ni à ses amis ni à Chuck, pour le malheur de ce dernier. Bien sûr, à vingt-et-un ans, elle avait tout son temps. Sauf qu’elle avait tendance à se comparer à ses copines du même âge, toutes largement plus emballées par le sujet.
Un jour viendra.
Si elle n’osait se l’avouer, elle aimait néanmoins jouer ce rôle éphémère de mère protectrice de substitution. Comme si ce gosse des profondeurs avait réveillé quelque chose en elle. Et puis, le pragmatisme revint au galop. Comment pouvait-on vivre dans de telles conditions ? Jupiter supposa que ces gens résonnaient d’une façon très éloignée de la sienne. Deux mondes aux antipodes l’un de l’autre. Mais après tout, qui était-elle pour se permettre de juger cette alternative ?
Elle se déplaça latéralement pour essayer d’apercevoir Walker derrière les fenêtres rendues opaques par la suie. Rien ne filtrait, alors elle se contenta d’espérer. Un sentiment identique animait Reyes, penché au-dessus de la trappe et entouré de filaments incandescents qui virevoltaient dans l’air asséché. Un goût de cramé lui irritait le palais.
— Walker ? Vous vous en sortez ?
Pas de réponse en dehors des crépitements de la fournaise. Soudain, un long craquement brisa cette litanie sonore. Un bruit sourd et continu propagé depuis l’avant de la cabine.
— Le plancher… Il cède ! Remontez, Walker !
Le sol éventré fit basculer l’escabeau. Dans la foulée, Reyes s’allongea sur le métal déjà chaud, les mains en appui de chaque côté de l’ouverture, afin d’avancer son buste le plus loin possible dans l’habitacle en feu. Quelques centimètres supplémentaires et il perdait l’équilibre. Autour de l’écoutille, des fissurent commençaient à zébrer la tôle.
— Walker ! Si vous m’entendez, c’est maintenant ou jamais. Le plancher se fait la malle et le toit ne va pas résister.
Malgré le danger, il voulait croire en cet homme altruiste qui lui avait ramené son fils.
— Walker !! réitéra-t-il encore plus fort.
Enfin, une silhouette prit forme, à peine perceptible au cœur de l’incendie. Comme si les flammes avaient laissé échapper leur proie. Un bras s’en extirpa, tenant fermement une hache à l’acier brillant. Et puis, le coursier surgit de l’arrière-plan rougeoyant. Il se mouvait tel un félin, tapi sur lui-même, bondissant de part et d’autre du wagon à la recherche des poches épargnées par le feu.
— Attrapez ça !
Walker lança la hache à travers la trappe, que Reyes saisit d’une poigne franche.
Et maintenant ?
Le sol se dérobait sous ses pieds. Les flammes tournoyantes commençaient à attaquer ses jambes. Jamais il ne pourrait utiliser l’escabeau, dont les marches en plastique étaient déjà en train de fondre. Malgré la main tendue de son acolyte, il devait trouver quelque chose sur quoi grimper. Il inspecta en urgence le mobilier encore intact. La banquette aurait pu convenir, sauf qu’elle était solidement fixée au reste de la kitchenette.
— La salle de bain ! Filez dans la salle de bain ! vociféra Reyes entre deux quintes de toux. Il y a un mini lave-linge facile à déplacer.
Sans réfléchir, Walker se rua au fond de la cabine. Dans l’espace restreint noyé sous un voile de brume, il repéra rapidement l’appareil d’appoint. Le genre de modèle destiné normalement aux camping-cars.
Tu feras l’affaire, mon petit gars.
Mini-gabarit, mais maxi-poids. Le soulever dans ces circonstances extrêmes était peine perdue. Walker le débrancha et se positionna pour le pousser sur le parquet aux lattes en partie disloquées par la chaleur. L’oxygène se raréfiait à une vitesse folle. Il inhalait de la fumée à chaque inspiration. Au prix d’un effort surhumain, il réussit à déplacer le lave-linge sous la trappe. À l’instant où il grimpait dessus, le plancher s’embrasa et fit vaciller la structure. En perte d’équilibre, Walker se détendit et sauta le plus haut possible. Ses mains atteignirent les contours du hublot brisé et s’y agrippèrent dans un ultime geste désespéré. La douleur fut fulgurante. Il sentit les arêtes tranchantes s’enfoncer lentement sous la pulpe de ses doigts meurtris. Alors qu’il lâchait prise, à bout de force, Reyes le rattrapa in extremis et le tira à lui.
Les deux hommes retombèrent sur le toit au milieu d’une nuée de flammèches incandescentes. Le front ruisselant de sueur, Walker fut le premier à se redresser, pour prendre aussitôt conscience d’un nouveau revers : sa jambe droite brûlait. Littéralement. Dans la panique, il roula sur lui-même dans l’espoir de stopper la combustion de son pantalon, sans grand résultat. Sous le tissu carbonisé, la peau se mit à roussir.
— Laissez-moi faire ! lui hurla Reyes.
Aussi vite que possible, il retira sa veste en cuir et s’en servit pour étouffer le feu. Après deux tentatives, la troisième fut la bonne.
— Ça ira. Vous sentez le poulet grillé, mais vous marcherez.
Walker le remercia d’un signe du menton. Il se força à oublier la brûlure qui lui donnait la douloureuse sensation d’avoir les nerfs à vif. Au moins, ils détenaient maintenant cette satanée hache. Avec un peu de chance, elle allait leur permettre de rejoindre la surface.
— On peut se tutoyer, proposa-t-il en attrapant l’outil encore chaud. Après tout, on vient de dépasser les préliminaires.
— Très bien, approuva Reyes. Il n’empêche que tu me dois une veste en cuir.
Sans cet accoutrement, le latino avait perdu un peu de sa superbe. En débardeur blanc, il cachait plus difficilement ses kilos superflus et un ventre flasque. Et pourtant, il se dégageait toujours de cet homme une aura indéniable.
Quand il tendit la main à Walker pour l’aider à se relever, ce dernier remarqua le tatouage qui recouvrait une partie de son avant-bras. Un simple mot, Galán, accolé à une jolie croix chrétienne aux larges branches.
— Qu’est-ce que cela signifie ?
Le regard perdu dans le vide, Reyes lissa son bouc grisonnant.
— Un souvenir pour ne pas oublier. Il s’agit du surnom de mon père. Il s’est fait descendre en pleine rue pour une banale histoire de rivalité amoureuse le jour de mes douze ans. Il avait le chic pour attirer les ennuis.
Immédiatement, Walker regretta d’avoir posé la question, mais il n’eut pas le temps de s’excuser. Une forte secousse ébranla la structure et une partie du toit s’affaissa dans un nuage de cendres.
— On dégage de là avant que tout ne s’écroule.
— Ça me paraît judicieux, conclut Reyes, en attrapant son sac à dos en cuir.
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