Contre Coeurs (French Edition)
23. Océane
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O C É A N E
Installés dans la causeuse, nos ordinateurs sur la table du salon, Lucas et moi détaillons les nouvelles données. Grâce à son ex, mon nombre d’abonnés Insta a augmenté de façon exponentielle, tout comme les commandes de la boutique. L’air absorbé, mon canard retouche les prévisions de ventes, tandis que je lui expose mes plans.
— Le club des Tricoteuses prendra environ cent bracelets pour leur stand au Salon de l’Artisanat, indiqué-je.
— Le club des quoi ?
Je lui explique brièvement qui sont les trois compères.
— Tu penses arriver à tous les vendre ? demande-t-il.
— D’après elles, oui, ça partira facilement.
— Ok. Je les inclus.
Pendant qu’il retouche ses chiffres, j’en profite pour me repaître de son profil. Son nez droit, ses joues glabres, légèrement creusées, accentuant les traits de sa mâchoire.
J’ai eu beau me creuser la cervelle à coups de foreuse, aucun discours génial ne m’est venu. Avec un homme normal, j’aurais simplement dit un truc du genre : “Hey, ça te tente qu’on soit plus que des amis ?” Sauf qu’on parle de Lucas, là. Le mec qui ne pouvait pas m’encadrer. Alors, j’ai des raisons légitimes d’avoir des doutes sur un potentiel râteau.
Du coup, j’ai décidé de commencer par une étape facile : vérifier si le baiser mexicain était simplement un accident.
— Tu peux arrêter de mater, mon lapin ? Ça me perturbe.
— Non.
Timbre de voix confiant. Bravo, Océane !
Confiance que je suis loin de ressentir mais je sais donner le change.
Il détourne son attention de l’ordinateur et nos regards fusionnent. Ses lèvres s’étirent pour dégainer la fossette. Il connaît mon point faible. Ma respiration s’accélère sous son regard intense. Lentement, comme pour ne pas l’effrayer, je prends la machine sur ses genoux et la pose sur la table, sans le quitter des yeux.
La pulpe de mes doigts parcourt sa joue en une caresse douce, annonçant mes intentions. Sa fossette a disparu, son visage arbore une expression grave.
— Je croyais qu’on ne devait pas mélanger travail et plaisir, souffle-t-il.
Un sourire en coin étire mes lèvres.
— La ferme, mon canard.
Ma bouche se pose sur sa mâchoire, juste à la jonction de l’oreille. Je trace un chemin de baisers aussi légers que des plumes le long de l’os, jusqu’au coin de ses lèvres. Pendant tout le manège, il n’a pas bougé d’un millimètre. On pourrait le croire totalement figé, si ce n’est sa respiration qui s’est accélérée.
Sans crier gare, je m’installe face à lui, sur ses genoux, jambes écartées. Nos lèvres ne sont séparées que de quelques centimètres, nos regards accrochés l’un à l’autre.
— Je vais t’embrasser, Lucas Varennes. Si tu t’y opposes, c’est le moment de le dire, murmuré-je.
— Je vais me taire, alors.
La pierre qui plombait mon estomac s’envole.
Avec douceur, ma langue parcourt ses lèvres entrouvertes, que je mordille. Et soudain, il retrouve vie : sa main agrippe ma crinière tandis que l’autre caresse mon dos, tout en me laissant maîtresse du moment. Alors, n’y tenant plus, je m’empare de lui. Ma langue trouve la sienne et nous reprenons le baiser avorté du Mexique, là où nous l'avions laissé. Entre mes cuisses, je sens pulser mon intimité logée contre son érection. J’approfondis notre baiser aux accents de désespoir tellement j’ai envie de cet homme. Nos bouches se cherchent, se perdent, se retrouvent. Incapable de me retenir, mon bassin frotte contre le sien. Ses lèvres absorbent mes gémissements ; les miennes, ses grognements.
Dans la frénésie du moment, je déboutonne sa chemise pour enfin caresser sa peau. Mes mains parcourent son torse pour en cartographier les moindres détails. Comme pour me rendre la pareille, sa bouche se détache de la mienne et fond sur mes seins, qu’il mordille à travers mon t-shirt. Aussitôt, je vire le vêtement, lui exposant ma poitrine gainée de dentelle.
— Tu es magnifique, Océane…
Avec délicatesse, ses doigts libèrent mes seins et sa langue titille mon mamelon, sous mes gémissements. Puis, il passe à l'autre. Ma main plonge entre nos corps et caresse son érection à travers le tissu de son pantalon, lui arrachant un râle de satisfaction.
Une brume de désir a envahi mon esprit. Plus aucune pensée cohérente ne le traverse. Nous haletons, perdus dans l’autre, tout en gestes désordonnés.
— J’ai tellement envie de toi, Océane… Je veux te voir jouir… murmure-t-il en mordillant mon oreille.
Devant mon air incertain, il caresse ma joue et fait apparaître sa fossette.
— Fais-moi confiance.
Son regard intense me convainc. Il me positionne dos contre son torse, jambes écartées. Accompagnées par son souffle dans mon cou, ses mains caressent mes épaules, descendent sur mes bras, qu’il place derrière sa nuque.
— Tu es en sécurité, chuchote-t-il. Ce moment est pour toi. On arrête quand tu veux, il te suffit de dire stop.
— Continue, haleté-je.
Dans cette position, je me sens tout autant exposée que conquérante. Un mélange grisant.
Il masse mes seins, pince mes mamelons, tout en me murmurant à quel point il me trouve belle et solaire. Puis ses doigts glissent plus bas, avec légèreté, jusqu’à atteindre mon jean. Un bouton saute. Ma respiration s’accélère. Ma braguette descend. L’anticipation me rend folle.
Je soulève mon bassin pour descendre le vêtement et lui faciliter l’accès. Mes mouvements font pression sur son érection, il gémit.
D’une main sur le ventre, il me plaque contre lui pendant que l’autre disparaît dans mon sous-vêtement. Ses doigts agiles explorent mon intimité, envoyant des ondes de plaisir dans tout mon corps. À mon oreille, il murmure à quel point il aime me sentir humide pour lui, qu’il avait imaginé ce moment un bon nombre de fois. Quand il entre un doigt en moi, la frustration d’en avoir plus s’allie au soulagement de la tension qui régnait dans cette zone.
— Je veux voir ton visage, Océane. Reviens vers moi.
Je me débarrasse de mon jean et change de position pour lui faire face. Aussitôt, ses lèvres s’emparent des miennes, sa main replonge vers mon intimité. Ses doigts s’activent en moi, lentement. Quand je bouge le bassin pour lui faire comprendre d’accélérer, un petit rire lui échappe et il obéit à mon ordre implicite. Ses caresses se font plus appuyées, plus rapides, ma respiration accélère au même rythme. Au fond de mes entrailles, la vague de chaleur monte et dévaste tout sur son passage. Tête en arrière, yeux fermés, je jouis.
Puis mon corps mou retombe sur Lucas, mon front sur son épaule.
Nos respirations saccadées, nous restons ainsi un long moment, sa main caressant mes cheveux.
— Ça va, mon lapin ? murmure-t-il.
— Oh que oui.
Son torse tressaute sous son rire.
— Je vais bouger, mon bras est coincé.
Merde ! Sa main est toujours dans ma culotte !
Je me détache de son épaule et le libère. Une expression douce s’affiche sur son visage, ses yeux reflètent une tendresse inhabituelle chez lui. C’est la première fois qu’il me regarde ainsi et mon cœur s’en trouve bousculé.
Ses hanches remuent, comme s’il était gêné, et mon regard se pose sur son érection, immanquable à travers son pantalon.
— Et toi ? Est-ce que…
Il pose un doigt en travers de mes lèvres pour m’intimer de me taire.
— Ne t’en fais pas pour moi, je survivrai.
À contrecœur, je me dégage de son étreinte et me rhabille.
Ce n’était pas du tout mon plan initial, qui devait se cantonner à un baiser torride, mais qui suis-je pour me plaindre d’avoir obtenu un orgasme ? Par contre, cela ne fait pas avancer mon schmilblick de rencard.
— La salle de bain ?
— Au fond de la pièce principale, à droite.
Dès que nous apparaissons, Cat nous jette un coup d’œil goguenard, Tripode endormi sur ses genoux.
Elle a tout entendu.
— Tu regardes quoi ? hasardé-je, l’air innocent “non, non je ne viens pas de vivre un moment torride de sexe dans la pièce d’à-côté, mes cheveux sont naturellement en bataille, c’est mon nouveau style”.
— En Eaux Troubles.
— Encore ?
— J’adore les films de requins et Jason Statham. Là, j’ai du deux en un.
Lucas sort de la salle de bain, dégageant un air sûr de lui. Il se fiche comme de l’an quarante de l’opinion de ma coloc sur nos ébats. En fait, il se fiche de l’opinion de tout le monde, point que je lui envie.
À ce moment-là, le mégalodon fonce vers un pauvre type et lui bouffe le bras. Le sang se diffuse dans l’eau, la teintant de rose.
— Aïe, ça doit faire mal, lancé-je.
Quand je me tourne vers Lucas, il est blanc comme un linge, les yeux fixés sur la télé. L’énorme dinosaure revient à la charge et finit le type. Encore plus de sang. Il tressaille, blême.
Quelque chose ne va pas.
— Lucas ? murmuré-je. On dirait que tu as vu un fantôme.
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