Contre Coeurs (French Edition)

Laurie Pyren · Chapitre 39 sur 41

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Contre Coeurs (French Edition)

39. Lucas - 3 ans plus tard

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L U C A S - 3 A N S P L U S TA R D

 

— Putain, je vais me le faire !

— Lucas ! Arrête ! On n’est pas dans un combat à mort. Et puis, c’est un poussin. Il est trop mignooon !

Océane se relève du croche-pattes dont ledit poussin est l’auteur et époussette son costume.

— Mignon, mon cul ! Il fait deux fois ta taille et il vient de te faire tomber.

— Ouais, mais il était rose. Un mec qui se déguise en poussin rose… Rien que pour ça, je lui pardonne.

J’hésite entre le rire et le désespoir. Elle est irrécupérable.

Dans son costume de lapin, Océane s’avance vers moi en dandinant.

— C’était vraiment une idée pourrie, décrète-t-elle pendant que le poussin rose se carapate.

— Je pensais que tu trouverais ça romantique.

J’ai pris garde à conserver un ton neutre alors que je suis mort de rire à l’intérieur. Courir dans les bois, costumés, ça n’a vraiment rien d’une romance !

Elle hausse les épaules, secouant au passage ses grandes oreilles. J’imagine son air sarcastique derrière le masque.

— Pas du tout ! Je l’ai fait parce que tu as insisté.

Et aussi parce qu’on ne craignait rien. Pour cette édition de la Course aux Œufs de Pinson-Les-Flots, nous avons légitimement le droit de participer : ma banque n’est plus le sponsor et nous ne connaissons même pas le montant du prix à gagner. Seule la destination du voyage a été dévoilée.

— Allez, mon lapin, bouge-toi. Pour les Maldives !

Elle lance son poing en l’air.

— Pour les Maldives ! tonne-t-elle.

— Tu es en train de te foutre de moi ?

— Je n'oserais pas, mon canard.

C’est la toute première épreuve de la course, celle qu’Océane qualifie de Hunger Games. Tous les participants sont lâchés dans la forêt à la recherche des œufs de Pâques colorés qui ont été cachés un peu partout.

Elle trébuche sur une racine, manquant de se casser la figure. Une licorne nous dépasse en courant. Elle la regarde. Je suis sûr qu’elle la trouve trop mignooonne.

— J’adore son costume. J’aurais dû prendre celui-là.

Qu’est-ce que je disais ?

— Les licornes de Pâques n'existent pas.

— Eh bien ça devrait. Tout comme les lamas ou flamants roses de Pâques. Ce serait drôlement plus cool que les cloches et les lapins.

J’aimerais vraiment passer une main sur mon visage mais je ne ferais que heurter le bec de canard de mon masque.

— Oh ! Un œuf ! s’exclame-t-elle en tendant le doigt vers les branches d’un arbre. Fais-moi la courte échelle.

Elle récupère l’œuf, le range dans sa poche ventrale avec le reste de notre butin, probablement avec un sourire fier sur le visage, et nous repartons. Autour de nous, les participants courent, cherchent, se bousculent alors qu’Océane est en mode “je cherche des champignons pendant ma balade champêtre.”

— Je me demande bien comment tu as réussi à gagner la course il y a trois ans, maugréé-je.

Elle éclate de rire.

— Un entraînement militaire avec ton frère et la motivation d’ouvrir ma boutique. Je me suis promis de ne plus jamais recommencer. C’était épuisant, tout ce sport !

— C’est mort, on ne gagnera jamais ce foutu voyage.

Elle m’entraîne derrière un arbre et retire son masque, ce qui est formellement interdit par le règlement : l’anonymat reste de mise.

— Qu’est-ce que tu fous, Océane ?

Un grand sourire apparaît sur son visage.

— Enlève ton masque.

J’entends “enlève tes vêtements”. Putain, je suis obsédé par cette nana. Je me découvre et elle plante un baiser furtif sur mes lèvres, puis remet sa tête de lapin.

Je râle en me couvrant de nouveau.

— C’est tout ?

— Oui, j’avais juste envie de t’embrasser. Parce que je t’aime, même quand tu es grincheux.

Je fonds. Putain, je fonds. Je suis une mauviette quand il s’agit d’elle.

Depuis plus de deux ans et demi, nous filons le parfait amour et je peux déclarer avec certitude que je suis l’homme le plus comblé de la planète. Chaque jour, je m’attelle à la rendre heureuse. Non pas à cause de la promesse que je lui ai faite, mais simplement parce que j’en ai envie et que je l’aime comme un dingue.

Après une période de reconquête, pendant laquelle elle a appris à me faire de nouveau confiance, elle m’a proposé de m’installer avec elle. Depuis, nous vivons dans sa maison, qui est devenue la nôtre. Notre quotidien est fait d’amour infini, de ping-pong verbal, de balades sur la plage, de gaufres, de brownies et de bracelets de perles. Elle porte toujours celui que je lui ai offert, avec celui de Clémence.

Grâce à tout le travail qu’elle a investi, son magasin connaît un immense succès. Elle a même pu embaucher Cat à mi-temps, qui garde un pied dans la maison de retraite, qu’elle ne voulait pas complètement quitter. Comme elle dit : elle ne peut pas lâcher ses petits vieux, sinon ils s’ennuieraient. Tristan et elle sont toujours ensemble. Ils ont déménagé et habitent près de chez nous. Pika, quant à lui, papillonne de femmes en femmes. La tenue de mécanicien les émoustille alors il en profite un max. Dernièrement, il semble que l’une de ses conquêtes lui ait mis le grappin dessus mais impossible de le savoir avec certitude. Cat et Océane ont beau le cuisiner lors des repas de famille chez ma mère, il ne lâche rien.

Avant de la connaître, j’étais un solitaire, pensant être très bien ainsi et me consacrant à ma carrière. Avec Océane, la vie est devenue un tourbillon sans fin d’amis qui passent à l’improviste, de soirées pizzas et enfilage de perles, et de repas de famille de nos deux côtés.

Le dimanche, nous allons soit chez mon père, soit chez ma mère, soit chez Noah, soit chez les Opheim.

Ses parents sont des cons, sa sœur, une garce, et Augustin, un idiot. Je ne peux pas les blairer mais pour elle, je ne pète pas un plomb. Et puis, impossible d’oublier que c’est beau-papa qui a récupéré le bail. Sans bail, pas de plan génial hyper romantique de boutique. Pas de plan génial, pas d’Océane. Donc, je lui dois une fière chandelle. Même si Océane insiste sur le fait qu’elle serait revenue avec moi à cause de ce qu’elle appelle “mes circonstances atténuantes”. De toute façon, dézinguer sa belle-famille n’est jamais une bonne idée. Pourtant, ce n’est pas l’envie qui m’en manque, parfois.

Quant à moi, je suis à deux doigts d’obtenir une promotion. Océane a fait du bien à mon caractère impulsif et je réfléchis avant d’insulter mes collègues. Moins jouissif mais plus productif pour mon avenir.

— Oh, tiens, le poussin rose ! s’écrie-t-elle.

— Putain ! Cette fois, on ne le laisse pas filer.

Je m’élance derrière l’animal de ferme, Océane court en piaffant que mon esprit de compétition est une vraie plaie. Il zigzague à travers les arbres, nous le talonnons. Il tourne, je me rue à ses trousses. Soudain, nous débouchons dans une clairière.

— Oh merde ! Une embuscade, murmure Océane.

Positionnés en demi-cercle, la licorne, le poussin, un canard et un lapin nous attendent de pied ferme.

— Demi-tour ! crie Océane. On se tire !

— Parfait, mon lapin. Tu devrais le crier encore plus fort des fois qu’ils n’auraient pas entendu notre stratégie.

— Trop tard, ricane une voix derrière nous.

— Merde, une cloche nous bloque le passage, constate Océane. Touchez pas à nos œufs sinon le canard va vous défoncer ! Il fait de la boxe.

Il me faut toute ma volonté pour ne pas éclater de rire.

Merci pour la confiance, mon amour.

Je prends sa main et l’attire plus près des autres animaux.

— Qu’est-ce que tu fous, Lucas ? chuchote-t-elle. Je rigolais. On va juste leur donner nos œufs. Tu ne vas quand même pas les zigouiller ! On est en infériorité numérique.

— Personne ne touchera à nos œufs, ne t’inquiète pas.

Du menton, je donne le signal à la licorne. Elle ôte son masque.

— Amaya ?

À sa voix, je devine qu’elle est abasourdie. Puis c’est le tour du poussin rose.

— Tristan ?

L’autre canard n’est autre que Pika ; l’autre lapin, Cat. Et enfin, Noah se dévoile derrière la cloche. À mon tour, j’enlève mon masque. Océane, le sien. Elle ouvre de grands yeux surpris en découvrant tous nos amis. Le clan OcéLas.

— Qu’est-ce que vous faites ici ? demande-t-elle. Vous aviez tous un truc de prévu quand je vous ai parlé de la course.

— Ben ouais, on avait un truc de prévu : ça, lance Cat.

— Je ne comprends rien, marmonne Océane.

Je profite de la diversion pour dézipper mon costume et le retirer. Je vire aussi le t-shirt noir qui en cache un autre en-dessous. Quand elle se tourne vers moi, ses yeux s’écarquillent, sa bouche forme un O. Elle fixe mon t-shirt d’un air ébahi, un vêtement que j’ai spécialement fait fabriquer pour l’occasion. Un lama à l’expression grincheuse et une licorne souriante se tiennent la main. Et dessous, il y a écrit…

— Épouse-moi, lit-elle à voix haute.

Comme un prince charmant que je ne suis pas, je m’agenouille devant elle et tire un écrin de ma poche. La bague est simple : un anneau d’or rose serti d’une petite émeraude qui rappelle la couleur de ses iris.

Ses yeux brillent d’émotion.

— Océane Opheim… Je n’ai pas de blanc destrier. Je ne suis pas un prince charmant. Tu es une rêveuse et je suis un mec aigri. Tu vois le bon en chacun, alors que je ne vois que le verre à moitié vide. Tu es une irrécupérable optimiste alors que je suis pessimiste jusqu’au bout des ongles. Nous n’avons rien en commun et pourtant, nous nous complétons à merveille. Je ne te dis quasiment jamais que je t’aime, alors que je le pense chaque seconde de chaque journée. Tu es la femme de ma vie, tu me rends heureux et je veux passer le restant de mes jours à savourer ce bonheur avec toi. Océane… Veux-tu m’épouser ?

Elle hoquète, essuie une larme avec sa patte de lapin, renifle. Et là, parce que c’est Océane, elle se jette sur moi, nous faisant rouler dans l’herbe.

— Tu avais préparé ce discours ou tu as improvisé ? chuchote-t-elle, la voix étranglée par les émotions.

Euh… Elle veut me tuer ou quoi ?

— Préparé. Tu dis toujours que je suis nul en communication, alors il valait mieux si je voulais frapper un grand coup. Sinon, tu es censée répondre à la question, un de ces jours.

Elle m’offre un sourire éblouissant comme un soleil en même temps qu’une larme s’échappe de son œil.

— Oui ! Oui ! Oui ! clame-t-elle à la cantonade.

Je n’avais aucun doute quant à la réponse et pourtant, le poids invisible qui obstruait ma respiration vient de disparaître.

Ses lèvres plantent un baiser ardent sur les miennes. Dans l’herbe, sous les applaudissements et les sifflements de nos amis, je la serre contre mon cœur et murmure à son oreille :

— Mon lapin, tu dois virer le costume pour que je puisse te passer la bague au doigt.

Elle se relève en riant. Je glisse le bijou sur son annulaire gauche. Nos regards ne se quittent pas, empreints de la promesse solennelle de nous aimer pour la vie.

— Je t’aime, mon lapin. Pour le meilleur et pour le pire.

— Je t’aime, mon canard. Pour le meilleur et pour le pire.

Et voilà comment Lucas Varennes, un homme rongé par l’aigreur et la colère, détestant le monde entier, est devenu l’homme le plus heureux de cette planète et vit désormais dans un monde de licornes et d’arcs-en-ciel.

Putain, que je suis devenu mièvre !

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