Contre Coeurs (French Edition)

Laurie Pyren · Chapitre 38 sur 41

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Contre Coeurs (French Edition)

38. Océane - 3 mois plus tard

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O C É A N E - 3 M O I S P L U S TA R D

 

— Qu’est-ce qu’il y a à visiter dans le coin ? demande ma cliente pendant que j’encaisse ses achats.

Je souris, trop heureuse de m’improviser guide touristique.

— Le phare est magnifique, surtout au lever du soleil. Les marais salants de l’Obertas organisent des visites guidées très instructives. Ils ont aussi d’excellents produits. Nous en avons quelques-uns en vente ici, si jamais vous voulez essayer, mais vous pourrez aussi vous les procurer sur place. Mon activité préférée reste le casino. Avant, c’était un petit château dans lequel plusieurs personnalités séjournaient régulièrement. Henri IV venait souvent, la Comtesse de Firenze y retrouvait ses amants. Il reste encore des meubles datant du 18e siècle et une des chambres d’époque peut être visitée. Il se murmure qu’il y avait même des passages secrets donnant sur le parc à l’arrière pour s’échapper en cas d’attaque. Enfin, ils étaient surtout utilisés pour faire venir amants et maîtresses de façon discrète. Allez à l’Office du Tourisme et demandez Monique. Elle vous organisera ça en un clin d’œil.

La femme d’une cinquantaine d’années, à l’allure impeccable et à la coiffure au carré, m’adresse un grand sourire et me remercie. Dès qu’elle franchit le pas de la porte, je retourne la pancarte pour indiquer la fermeture du magasin, sans prendre la peine de verrouiller.

Lucas ne devrait pas tarder.

En l’attendant, je regarnis les étagères en sifflotant. La clochette tinte, signalant son arrivée.

— Salut mon lapin.

Ses bras m’enserrent dans leur cocon protecteur et son parfum boisé chatouille mes narines. Ses lèvres m’assaillent, comme si nous ne nous étions pas vus depuis une éternité alors que nous dormons ensemble toutes les nuits. Sa langue cherche la mienne avec frénésie, dans un baiser avide.

— Je t’ai manqué, mon canard ?

Reculant d’un pas, j’admire mon homme d’un air goguenard. Il est venu directement du boulot, toujours dans son costume noir d’homme d’affaires sérieux. J’ai bien essayé de le convertir à la couleur mais tout ce que j’ai pu obtenir, c’est qu’il porte des chemises grises, pour faire moins croque-mort. Ses cheveux sont un peu trop longs et commencent à boucler sur le haut de sa nuque, lui conférant un air un peu moins propre sur lui. Plus je le regarde et plus je le trouve beau, avec son nez droit, ses yeux aussi noirs que des abysses.

— Même pas en rêve, déclare-t-il d’un air suffisant, ses paroles démenties par le baiser qu’il vient de me donner.

J’éclate de rire, pas dupe.

— Comment s’est passée ta journée ? s’enquiert-il.

La vraie question qui se cache derrière celle-ci concerne mes ventes.

— J’ai encore explosé les prévisions !

Fière de moi, je me rengorge. La boutique est ouverte depuis deux mois et elle tourne beaucoup mieux que tout ce que nous avions prévu.

Tout le clan OcéLas (à mon grand dam, le nom pourri est resté) a participé aux travaux de rénovation. Le vieux magasin Duclos est dorénavant un espace moderne à l’atmosphère apaisante. Posées contre les murs de couleur turquoise très clair, de longues étagères accueillent les différentes marchandises. Le carrelage datant des années 80 a été remplacé par un plancher clair, pour une ambiance douce. Derrière le comptoir trône une immense horloge, cadeau de Lucas. Chaque chiffre est prolongé par un ustensile de cuisine : fouets, maryses, spatules, etc. Un rappel de ma passion pour la pâtisserie.

À ma grande surprise, Augustin a aussi apporté son aide. Quelques-uns de ses employés sont venus travailler sur les parties délicates, telles que l’électricité ou la plomberie. Comme convenu, je verse un loyer à mon père. Loyer que je soupçonne d’être bien en-deçà des prix du marché. À croire que toute la mafia Opheim a décidé de se racheter suite à ma tirade digne d’une tragédie grecque.

Même les tortures dominico-mensuelles ne sont plus si horribles. Mes parents et ma sœur prennent des nouvelles de la boutique et chaque fois, je suis fière de leur annoncer mes résultats. Ce projet, c’est le mien et il fonctionne à merveille. Parfois, les vieilles habitudes reviennent : soit ils m’ignorent, soit je prends des remarques passives-agressives de Constance. Dans ce cas, Lucas joue les chevaliers et vient recadrer le tout. Miracle : il n’a toujours pas pété un plomb. Dans l’ensemble, j’admets que les choses se sont arrangées. On n’arrivera probablement jamais au stade des grands câlins collectifs mais au moins, je ne me sens plus la looseuse de la famille.

Avant, j’avais toujours l’impression de tenter d’exister dans un monde qui ne me ressemblait pas. Dorénavant, je sais où est ma place.

J’attrape mon sac derrière le comptoir.

— Prêt pour une soirée enfilage de perles ?

L’expression sur le visage de Lucas change, à mi-chemin entre la résignation et l’air salace.

— Ne pense même pas à le dire à voix haute !

— Quoi ? demande-t-il en levant les mains tel un innocent.

— Arrête. Tu étais en train de penser que tu enfilerais bien autre chose -ou plutôt quelqu’un d’autre - que des perles.

Un rictus moqueur apparaît sur ses lèvres.

— C’est toi qui l’as dit, pas moi !

— Pfff.

Je ferme le magasin et, comme tous les soirs, admire la façade de mon rêve devenu réalité. Océane et Merveilles. C’est le nom que porte mon nouveau repère. Une idée de Cat.

Clémence serait fière de moi.

Chaque jour, je lui envoie une pensée car tout ce que j’ai aujourd’hui, je le lui dois. Sa lettre a changé ma perspective. D’ailleurs, je la relis régulièrement, un sourire nostalgique sur les lèvres.

Je mène mon propre bateau, Clémence. Il est sorti du quai et a entamé le voyage le plus merveilleux que j’aurais pu imaginer.

Main dans la main, nos doigts emmêlés, Lucas et moi marchons jusqu’à la maison.

Tenir seule une boutique demande du temps et de l’énergie, ainsi que des horaires extensibles. Du coup, pour pouvoir honorer mes commandes de bracelet, tout le clan OcéLas se réunit une fois par semaine pour fabriquer les bijoux.

Je touche le bracelet offert par Lucas et souris intérieurement. Sa petite licorne m’a donné une idée : j’agrémente chaque bracelet de ma boutique d’un petit charm en argent que la cliente peut choisir. Des dragons, des licornes, des flamants roses, des lamas, des pelotes de laine et j’en passe. Les ventes ont grimpé en flèche grâce à ce détail, m’assurant une source de revenus supplémentaires, au cas où la boutique tournerait moins bien cet hiver, saison la moins touristique.

Sur le canapé, Tristan et Cat, qui se bécotaient, s’éloignent l’un de l’autre comme deux ados pris en flagrant délit.

— Tu as gagné vingt abonnés de plus sur Insta aujourd’hui, annonce mon ex-collègue. On en est à deux mille. Je pense qu’il faudrait lancer un concours. Je peux m’en occuper, si tu veux. Tu as juste à me donner le lot que tu veux faire gagner.

— Tu me sauves, Tristan ! Je n’ai tellement pas le temps de m’en occuper !

— Avec plaisir ! Au passage, le gang des tricoteuses a annoncé qu’elles prendront bientôt leur retraite. Elles voudraient continuer à travailler quelques heures par-ci par-là et se demandaient si tu les embaucherais.

Euh… Des employés ? On ne va pas un peu vite, là ?

— Vous en pensez quoi ? demandé-je à Cat et Lucas.

Ils sont unanimes : c’est une bonne idée. Ils me voient me tuer à la tâche alors ils estiment que c’est une aubaine.

— Parfait. Dis-leur qu’on en discutera autour d’un repas la semaine prochaine.

Lucas file dans ma chambre se changer et ressort en jogging confortable.

Une heure plus tard, Amaya, Noah et Hugo débarquent, en même temps que le livreur de pizzas. Nous mangeons dans une ambiance joyeuse pendant qu’Émilie roupille dans sa coquille. Lucas est totalement fan de sa filleule. Car, oui, Noah et Amaya ont été assez fous pour le nommer parrain de la petite.

Une fois les pizzas débarrassées, c’est enfilage de perles. Les piques fusent, les rires éclatent et moi, je suis tout simplement heureuse.

Une fois les commandes honorées, tout le monde quitte la maison. Cat va dormir chez Tristan, Hugo chez Lucas pour ne pas entendre le couple s’envoyer en l’air et Lucas reste ici. Deux mois que ce manège dure. Une idée me trotte dans la tête depuis un petit moment…

Enfin seuls, Lucas et moi nous posons sur le canapé, enlacés. Tripode en profite aussitôt pour se loger contre lui, le plus loin possible de moi. Les deux mâles s’adorent.

Avec un sourire en coin, Lucas tire un prospectus de sa poche et me le tend.

— Une course d’Halloween ? Tu plaisantes ?

Il hausse les épaules.

— Pourquoi pas ?

— Parce que la dernière course du genre à laquelle nous avons participé a fichu un bazar pas possible dans nos vies !

— J’adore quand tu me traites de bazar, mon lapin.

Je frappe son épaule, sans conviction.

— Tu sais très bien ce que je veux dire. Tu dois être masochiste, en fait. Tu veux te prendre une autre raclée, c’est ça ?

— On est arrivé ex aequo, rappelle-t-il.

— Je suis sûre que j’avais touché l’œuf avant toi.

Son sourire s’étire.

— Mais oui, c’est ça.

Je déchire le prospectus, le jette à la poubelle et reviens me lover contre lui.

— Lucas ?

— Océane ?

— Je me disais un truc… Tu dors ici chaque soir. Cat est chez Tristan et Hugo a quasiment récupéré ton appartement. On pourrait rendre ça officiel, non ?

Son regard se pose sur moi avec intensité. Plus de sourire, uniquement une expression concentrée.

— Qu’est-ce que tu veux dire par là ?

Rhaaa ! Il est intelligent, il sait très bien. Seulement, il marche sur des œufs. Je lui ai dit que je voulais qu’on y aille doucement, pour que la confiance revienne. Alors, il me laisse guider notre relation tout en restant Lucas, le mec sans empathie et impulsif, qui ne se laisse pas marcher dessus.

— On pourrait vivre ensemble.

Soudain, il lève les bras au ciel et tend son visage vers le plafond.

— Alléluia ! Je commençais à en avoir marre de faire des allers-retours et d’avoir le cul entre deux chaises.

Pour le romantisme, on repassera.

— Il y a juste une condition : j’aimerais qu’on vive ici. La maison est déjà payée et j’adore cet endroit. On pourra refaire la déco à ton goût si tu veux. Pour que tu te sentes chez toi.

Ses lèvres s’étirent en un sourire doux. Ses yeux s'illuminent et j’y lis tout l’amour qu’il me porte.

— Je suis déjà chez moi quand je suis avec toi, Océane. Et j’aime cet endroit : il te ressemble.

Je fonds. Les phrases comme celles-ci sont rares, tout simplement parce que ce n’est pas le genre de Lucas de me faire des grandes déclarations shakespeariennes. Alors, je les conserve précieusement dans un tiroir de ma mémoire.

Il lève son petit doigt, que je crochète.

— Marché conclu, lance-t-il. Pour fêter ça, je t’invite au Pré aux Roses.

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