Contre Coeurs (French Edition)

Laurie Pyren · Chapitre 7 sur 41

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Contre Coeurs (French Edition)

7. Lucas

7

 

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L U C A S

 

Ex aequo ! Putain… Gagnants ex aequo !

Depuis la finale de la course, je ne décolère pas. Et en plus, de toutes les personnes de la planète, il a fallu que Mon Lapin soit Océane Opheim ! Une gosse de riche élevée avec une cuillère en or dans la bouche me vole mes gains et le voyage que j’aurais dû faire avec Pika ou Noah. Elle a dû en avoir des dizaines, des séjours comme celui-ci ! Pour la thune, il suffit qu’elle la demande à ses parents et on n’en parle plus ! Merde !

Dans mon petit appartement qui ne paie pas de mine, je fulmine en faisant les cent pas.

Il me faut cet argent.

Les cinq mille ne suffiront pas. D’après mes calculs, j’ai besoin d’au moins huit mille. L’argent que Mon Lapin m’a pris. Et pour faire quoi en plus ? Ouvrir une boutique de bobo à la con !

Sur la table basse, le téléphone sonne.

Tiens, quand on parle du lapin…

Après la course, notre brève discussion a mené à deux constats : aucun de nous deux ne lâchera quoi que ce soit et il va falloir s’entendre sur une date. Nous avons donc échangé nos numéros de téléphone dans une ambiance polaire.

Je décroche avec un “allô” grincheux.

— Bonjour, c’est Océane.

— Oui, je sais, j’ai vu l’appelant.

— Ah, donc l’accueil grognon était spécialement pour moi. Je suis flattée.

J’entends le sourire dans sa voix, ce qui me gonfle encore un peu plus.

— Bon, vous voulez quoi ? demandé-je, abrupt.

Je connais exactement la raison de son appel mais lui en faire baver me fait du bien. Oui, je suis un connard.

— On peut se tutoyer, non ? On va passer dix merveilleux jours ensemble sur une plage de sable blanc à siroter des mojitos, ironise-t-elle.

— Hors de question.

— Ah, tu renonces au voyage, alors ? Quelle bonne nouvelle !

Je passe une main sur mon visage. Elle est en train de me faire sortir de mes gonds.

Lucas, calme-toi et n’entre pas dans son jeu.

— Je ne lâcherai pas ce voyage au Mexique et hors de question que vous me tutoyiez.

— Ah dommage, j’ai eu un instant d’espoir. Sinon, mon canard, tu as regardé quelles dates te conviendraient parmi celles que l’agence nous a proposées ?

Qu’est-ce qui n’était pas clair dans “ne pas me tutoyer” ?

S’ensuit une négociation serrée pendant laquelle j’ai le sentiment que mon lapin est en train de me faire payer notre face à face à la banque.

Finalement, nous nous accordons sur une date de départ.

— Parfait, on se voit à l’agence de voyage vendredi alors, dit-elle d’une voix guillerette. Et n’oublie pas ta crème solaire, mon canard. Le soleil tape fort près de l’équateur et ce serait dommage que tu finisses en canard rôti.

J’ouvre la bouche pour rétorquer mais elle a raccroché. C’est définitif, je ne peux pas l’encadrer.

Quelques coups frappés à la porte indiquent que Noah est arrivé pour notre soirée pizza.

— Oh merde ! On dirait que tu as envie de défoncer un mur, constate mon ami en s’installant sur le canapé.

— Je viens de parler à l’autre gagnant pour planifier les dates de voyage.

— Et vous partez quand ?

— Dans trois semaines. Maintenant, il faut que je négocie mes vacances avec le boss et même si j’ai fait pénitence en agence, je ne suis pas en odeur de sainteté. Mais j’ai un plan.

— Aïe. Tu vas lui sortir quoi ?

Je souris de l’air du chat qui va bouffer la souris.

— Que je me suis fiancé et que je veux partir en voyage. L’effet miroir, tu vois. Lui-même s’est fiancé il y a six mois et a amené sa dulcinée à Cuba dans la foulée.

— Et qui va jouer le rôle de la fiancée fantôme ?

— La gonzesse qui a gagné la course.

— Donc, c’est une fille…

Noah aurait dû assister à ma consécration mais Amaya ne se sentait pas très bien, alors il est resté auprès de sa femme. Nous avons simplement échangé quelques messages dans lesquels je l’ai informé que j’avais gagné à 50% et que je devais partager mes gains.

Je m’affale à côté de lui et me masse les tempes.

— Et pas n’importe quelle fille. C’est une gosse de riche qui met des t-shirts avec des licornes et qui vit dans le monde des Bisounours. Elle se comporte comme si tout lui était dû à cause de son statut social. Quand elle te parle, elle te prend de haut et te balance tout en souriant, comme si elle connaissait bien plus de choses sur la vie que toi. Je ne peux pas la blairer.

Noah bloque quelques secondes, l’air du gars dont le cerveau est en surchauffe. Je ne comprends pas ce qu’il ne comprend pas. Je m'entoure de gens intelligents ; les idiots sont trop lents d’esprit. Manquerait plus que mon meilleur pote commence à tomber dans cette catégorie !

— C’est une description plutôt détaillée pour quelqu’un que tu n’as vu que quelques secondes, dit-il enfin.

Ah oui, ce détail du rendez-vous à la banque que j’ai oublié de mentionner. Finalement, le bug dans son cerveau s’explique.

— C’est la fille Opheim.

En quelques mots, je lui résume le rendez-vous à la banque et lui détaille notre joute verbale.

Ses épaules et son torse tressautent pour finalement laisser libre cours à son hilarité.

— Donc… mon lapin est la fille que tu as mise en pièces à la banque en te faisant passer pour Malvernes ? Le karma, mon vieux, le karma.

— Oh ta gueule avec le karma, fulminé-je. Et elle m’a aussi démonté. “Mes parents sont parmi les plus gros clients de la banque”. Non mais elle croit qu’on lui doit tout, elle ?

Noah déplie sa grande carcasse et récupère les pizzas sur le comptoir.

— En plus, elle représente tout ce que je déteste, continué-je. Elle me fait penser à tous ces gosses de riche de l’École de Commerce, qui pètent plus haut que leur cul en se croyant tout permis.

— En gros, elle te fait penser à Marie-Edwige, renchérit Noah, l’air innocent, tout en se fourrant un morceau de pizza savoyarde dans la bouche.

— Ouais. Et à tous ces connards qui ont débarqué en troupeau pour fermer l’usine. Des conseillers en gestion, tu parles. Des conseillers en gestion de mon cul, oui !

Noah me tend un morceau que je m’empresse de dévorer.

— Voilà, pendant que tu manges, au moins, tu arrêtes d’en vouloir à la Terre entière.

— L’un n’empêche pas l’autre.

— Non, mais il va falloir te calmer un peu, Lucas. Tu vas passer dix jours avec elle.

— Tu peux pas savoir à quel point ça m’emmerde !

— Alors, laisse-lui le voyage.

— Hors de question. Je dois trouver un moyen de récupérer ses cinq mille. Tu n’aurais pas une idée par hasard ?

Il réfléchit tout en mâchant consciencieusement un autre morceau de pizza. Et soudain…

— J’ai une idée géniale !

Noah va encore une fois me sauver. Qu’est-ce que j’aime ce mec.

— Séduis-la. Tu es beau gosse. Un peu maigrichon mais bon, tout le monde ne peut pas avoir un corps d’Apollon comme le mien.

Ah non. Le sauvetage, c’est pas pour aujourd’hui.

— C’est une idée de merde. Je ne peux pas la voir en peinture et c’est réciproque. En plus, pas du tout mon genre.

Oh le mensonge. Elle est quand même mignonne avec ses airs de biche innocente et ses formes voluptueuses. Mais depuis quand j’utilise le mot “voluptueuses” ? Arrête de déconner, Lucas !

Les propos de Noah se frayent un chemin dans mon cerveau et une idée commence à germer. Un truc bien machiavélique.

Je souris de toutes mes dents ; Noah lève un sourcil suspicieux.

— Je ne vais pas la séduire mais je peux trouver ses failles. Elle doit être du genre à recueillir les chats errants et fondre devant les âmes en déroute. Il suffit que je trouve la corde sensible et que je tire dessus, réfléchis-je à voix haute. Merci Noah !

Il se redresse dans le canapé comme si une aiguille venait de lui piquer le cul.

— Mais t’es con ou quoi, Lucas ? Je plaisantais ! Tu as raté l’ironie de mon ton ?

— Totalement.

— Ne fais pas ça. Ça va juste mal finir.

Je hausse les épaules.

— J’ai besoin de ce pognon pour tenir la promesse que j’ai faite à Pika. Elle, elle aura juste à demander à ses parents de se porter garants pour obtenir son prêt. Je récupère l’argent, elle a son prêt et tout le monde est content. Je ne vois pas ce qui pourrait mal tourner.

Noah semble désespéré.

— C’est son argent, Lucas.

— Mais rien ne l’empêche de me le donner volontairement. Je ne volerai rien.

— Elle a beau être une garce hautaine - selon ce que tu m’as dit -, cela ne justifie en rien de la manipuler pour obtenir ses gains.

— Bien au contraire : la fin justifie les moyens.

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