Des vacances à mon coeur
Chapitre 8 - Lila
CHAPITRE 8
Lila
— Venez. Gaspard nous attend pour dîner.
Gaspard ?
En la suivant dans la grande salle à manger qui peut facilement accueillir une quinzaine de convives, j’ai l’agréable surprise de retrouver mon papi sauveur de ce matin.
— Tiens, mais qui voilà ? C’est notre héroïne du jour, me taquine-t-il d’un clin d’œil. La honte, pensé-je.
— Laisse donc cette petite tranquille, le sermonne Rose. Allez, à table tout le monde, vous devez être épuisée par cette longue journée.
Alors, une nouvelle fois, je me laisse porter et guider par ceux qui m’entourent. Nous discutons gaiement et en toute simplicité. Je leur explique ma bévue de ce matin et ce projet de voyage que j’ai fomenté quelques jours plus tôt. Ils ne m’interrogent pas sur les raisons qui m’ont poussée à tout quitter du jour au lendemain et intérieurement je les en remercie. De leur côté, ils se confient sur qui ils sont. J’apprends à connaître ce couple charmant, drôle et simple, qui a décidé de pimenter leur retraite en offrant le gîte et le couvert aux touristes de passage, préférant le contact des voyageurs à l’isolement des anciens.
Je découvre après le dîner les pièces les unes après les autres, tombant sous le charme de cette demeure spacieuse qui dénombre pas moins de six chambres et trois salles de bains. La décoration typique de la mer m’invite au voyage, je m’y sens tout de suite à mon aise.
Je défais quelques affaires dans l’une d’elles lorsque Rose toque à la porte entrouverte pour m’indiquer son entrée.
— Tenez, au cas où, je vous laisse une couverture supplémentaire, m’indique-t-elle en posant le plaid sur le dessus de mon lit, ça ira ? me questionne-t-elle avec gentillesse.
— Oui, bien sûr. Merci beaucoup Rose, de votre aide et de ce que vous faites pour moi. Je ne sais pas où je serais allée sans vous.
— Oh ce n’est rien, élude-t-elle d’un geste de la main. C’est à Loïc que vous le devez, je n’ai rien fait de plus que vous ouvrir ma demeure comme je l’aurais fait pour n’importe qui.
J’acquiesce, reconnaissante et intriguée des liens qui les unissent. Ils ne portent apparemment pas le même nom ni ne s’adressent des surnoms me laissant à penser qu’ils sont de la même famille. Et pourtant, ils semblent très proches. Je me demande comment ils se connaissent et si elle accepterait de répondre à mes interrogations à son sujet. Avant qu’elle ne quitte ma chambre, je commence à formuler ma question :
— Rose, je me demandais…
Avant de me rétracter subitement, me tapant sur les doigts intérieurement, gênée de ma propre curiosité. Vraiment Lila, ça ne tourne pas rond là-dedans. Cela ne te regarde pas ! Et puis, il t’a bien fait comprendre en partant que tu n’étais qu’une cliente, rien de plus.
— Non rien, laissez tomber, soupiré-je.
La vieille dame m’observe avec attention. J’ai la sensation de passer au rayon laser tant ses iris me scrutent avec attention.
— Ce n’est pas un mauvais bougre, vous savez.
— Qui ça ? feinté-je en cherchant à ignorer le fait qu’elle semble lire en moi comme dans un livre ouvert.
— Loïc, me sourit-elle.
— Oh… non… mais, baragouiné-je en me sentant rougir, incapable de me justifier. Bravo, Lila, tu passes encore pour une idiote. Décidément c’est ton jour !
— Laissez-lui du temps. Il finira par baisser ses barrières. Il est un peu comme vous, vous savez.
— Comme moi, qu’est-ce que cela veut dire ? m’étonné-je.
Elle ne sait rien de moi, comment peut-elle prétendre que nous nous ressemblons ?
— Quand la vie vous offre son lot d’épreuves, il est bien difficile de s’autoriser à nouveau à vivre pleinement et accorder sa confiance, confie-t-elle avec sagesse.
J’inspire, soufflée par l’impact de ses mots. Ils résonnent dans mon être avec puissance, me bouleversant au passage. Comment ? Comment peut-elle percevoir ce que j’ai tenté d’enfouir au plus profond de moi ? Et Loïc, qu’a-t-il vécu de si terrible pour qu’elle puisse envisager que nous nous comprendrons ? Pourquoi ai-je soudain envie de le découvrir.
— Laissez-lui du temps, me répète-t-elle. Et accordez-vous le droit d’être heureuse ma petite. La vie est bien trop courte pour se murer dans la douleur et les regrets, ajoute-t-elle en me tapotant la main.
Elle quitte la chambre et me laisse là avec mes doutes, mes questions et les émotions qui m’assaillent. Je me couche en portant la main au médaillon qui orne mon cou et serre fort ce collier qui ne me quitte jamais. La nostalgie et la douleur s’imposent à moi et je ne connais qu’un moyen de les éloigner. Fouillant dans mon sac à main, je trouve l’objet désiré et l’installe sur mes oreilles. Ce vieux Walkman CD offert par ma mère est tout ce qu’il me reste d’elle, j’y tiens comme à la prunelle de mes yeux et j’ai toujours veillé à en prendre soin. Résultat, près de vingt ans après sa disparition, l’engin fonctionne toujours et me permet d’écouter les seules chansons qui savent m’apaiser. La voix de la chanteuse que m’a fait découvrir ma mère se diffuse dans mes oreilles.
Les paroles de sa douce mélodie « On ne change pas » traversent ma tête et mon corps, comme si elles avaient été écrites pour moi :
« On ne change pas
On met juste les costumes d’autres sur soi
On ne change pas
Une veste ne cache qu’un peu de ce qu’on voit
On ne grandit pas
On pousse un peu, tout juste
Le temps d’un rêve, d’un songe
Et les toucher du doigt
Mais on n’oublie pas
L’enfant qui reste presque nu
Les instants d’innocence
Quand on ne savait pas… »
Je m’endors en tentant de focaliser mes pensées sur l’homme qui a chamboulé ma journée, pourtant je n’oublie pas ces moments difficiles que la vie m’a imposés.
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