Des vacances à mon coeur

Célia Haden · Chapitre 38 sur 56

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Des vacances à mon coeur

Chapitre 37 - Lila

CHAPITRE 37

 

 

Lila

 

Et dire que je suis ici depuis près d’un mois. C’est fou comme le temps défile vite lorsqu’on est occupée et heureuse. En ce mardi après-midi, je vais chercher Emma pour l’un de ses derniers jours d’école. Je n’imagine même pas son excitation d’être en vacances bientôt. Je ne sais même pas ce qu’a prévu Loïc à compter de la semaine prochaine. J’avoue que nous faisons un peu l’autruche l’un et l’autre en n’abordant nullement le sujet de notre avenir et ma présence ici. Savourant simplement notre bonheur au jour le jour.

Le portail de l’école s’ouvre et apparaît la classe de la petite frimousse que je commence à reconnaître désormais. Je souris à sa vue, l’invitant à me rejoindre, mais suis surprise de la voir courir vers une autre personne.

 

— Louaaaane, s’époumone Emma à la sortie de l’école et me snobant complètement. Vive le vent, vive le vent.

— Emma, que fais-tu ? tenté-je de la retenir. Je n’ai pas le temps de réagir qu’elle s’élance vers la jeune fille qui l’accueille en souriant.

— Y a Louane, y a Louane, crie-t-elle en se jetant dans ses bras.

— Coucou Emma, tu es en forme dis donc, rit l’intéressée.

— Bonjour Louane, énoncé-je en me rapprochant.

— Bonjour Madame, me répond-elle, intimidée.

Quelle horreur, « Madame », j’ai l’impression d’avoir cinquante ans !

— Pas de ça avec moi, appelle-moi Lila. Alors, comment va ta cheville ? l’interrogé-je en jetant un œil à ses jambes nues de toute attelle, à ma grande surprise.

— Oh très bien, ce n’était pas méchant, juste une petite entorse.

— Et pas de plâtre ?

— Non, non. Je vais même pouvoir reprendre le sport.

— Mais, ça veut dire que tu peux garder Emma alors, lui demandé-je, étonnée de découvrir qu’elle allait très bien.

— Je ne comprends pas, M. Briac m’a affirmé que jusqu’à nouvel ordre, c’était vous qui vous en chargiez.

— Ah oui, il a dit ça ?

Qu’est-ce que c’est que ce bazar ?

— J’ai mal compris ?

— Non, non, ne t’inquiète pas Louane, la coupé-je. Bien, on te laisse. Emma, tu viens s’il te plaît.

Mon ton ne lui laisse aucune possibilité de contradiction. Je prends Emma par la main et me mets à marcher à vive allure en direction du garage.

— Pourquoi on court Lila ? demande la petite, essoufflée par le rythme que je lui impose. On va pas à la maison ?

— Non, on va voir ton papa.

— Pourquoi, on va voir Papa ?

— J’ai besoin de lui dire deux, trois mots Emma.

— T’es fâchée Lila ?

— Non ma puce, du moins pas encore, mais je dois le voir.

Oui j’ai besoin de mettre au clair certains points devenus soudainement flous. Y a anguille sous roche et foi de Picard, je veux savoir ce qu’a bien pu manigancer mon mécano du dimanche ! J’ai le sentiment que ça ne va pas me plaire.

Nous ne sommes jamais rentrés aussi vite de l’école. Arrivées au garage, je file directement dans le bureau d’un pas soutenu, saluant rapidement Tonio de la main. Malheureusement pour moi, je ne trouve pas Loïc dans son bureau. Flûte, il est sans doute parti en dépannage. C’est bien ma veine !

— Viens Emma, ton père n’est pas là, on va l’attendre à la maison.

Prête à repartir, je me relève du bureau où je m’étais assise dépitée. Dans la précipitation de mon mouvement, ma veste accroche le dossier qui se trouve sur le dessus du plateau et fait chuter l’ensemble des papiers qu’il contient.

— Mer… credi, râlé-je.

— Oh, t’as tout fait tomber, s’indigne faussement Emma en levant les bras au ciel. Non sans blague. Papa, il va pas être content. Il aime pas qu’on touche à ses affaires. À chaque fois, il me dit : « Emma, tu gardes tes mains dans tes poches. »

— Aide-moi, petite maligne, au lieu de me faire la leçon, ris-je de sa mauvaise imitation de son père.

 

Accroupies toutes les deux, nous tentons de remettre en ordre le tas de factures et de documents qui se sont échappés de la pochette. Cela valait bien le coup de faire le tri pendant des heures, tiens ! Emma me tend le dernier et je suis prête à le ranger à son tour quand quelques mots me sautent aux yeux. Ils m’appellent, tel un phare, un choc inévitable. En parcourant le document, c’est la stupeur qui domine. Je ne comprends pas. Je n’ai jamais vu ce papier.

Ce n’est pas possible ! Il n’aurait pas pu ?

 

Je reste quelques instants hébétée, mes yeux faisant des allers-retours entre cette feuille que je tiens dans les mains et ma vision de la porte, comme si celle-ci allait m’apporter la réponse à mes soudaines questions. Je suis perturbée par l’affluence de sentiments que déclenche cette découverte.

Pourquoi ?

Je suis finalement rappelée à l’ordre par la petite fille de quatre ans qui m’accompagne et s’impatiente à mes côtés. Indécise quant à la manière de traiter cette information, je choisis de fourrer le document dans mon sac pour y songer calmement.

— Allez viens Emma, on rentre.

En passant dans le garage, je demande à Tonio d’informer Loïc de notre venue et que je cherche à le voir. Il comprend à mon ton et mon visage que quelque chose me tracasse mais n’insiste pas, et je l’en remercie car je n’ai pas encore la force d’évoquer ces dernières découvertes.

 

Une fois rentrées, j’ai du mal à canaliser les différents sentiments qui me traversent. Mes yeux font des allers-retours entre l’horloge et la porte d’entrée. Et pendant que je m’impatiente, les questions font rage à l’intérieur de moi. Mes émotions prennent le dessus, créant dans mon esprit un brouillard d’indignation. Mon cœur se met à cavaler sous mon palpitant qui s’affole. Je ne suis plus capable de faire la distinction entre passé et réalité. Mes gestes suivent un schéma presque robotique. Goûter, répondre à Emma des paroles monosyllabiques, lui accorder ses dessins animés, débarrasser la table tout en songeant à ces moments que nous avons passés.

Quand la porte d’entrée s’ouvre à grand fracas, dévoilant un Loïc paniqué sur son palier, ma bouffée de colère refait surface.

Sa tête fait un aller-retour entre Emma et moi. Il soupire subtilement et je me demande soudain ce à quoi il songeait. Quand son regard rencontre le mien, ses sourcils se froncent, ses iris prennent une teinte orageuse.

Mais non, oh non, je ne me laisserai pas avoir. C’est à moi d’être en colère.

Il m’a menti.

Lui aussi…

Depuis quand se joue-t-il de moi ?

Est-ce que tout ce que nous avons vécu n’était que mensonges ou le fruit de mon imagination ?

C’est fini, je ne serai plus la Lila dont on peut se moquer !

Jamais plus on ne me trahira de la sorte !

 

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