Des vacances à mon coeur
Épilogue - Lila - Trois mois plus tard
ÉPILOGUE
Lila
Trois mois plus tard
— Nan, mais je me suis mal exprimée ! Vous ne m’avez pas comprise, pesté-je en freinant des pieds notre avancée. Quand j’ai dit que j’étais prête à fêter mes trente ans, ce n’est pas vraiment à ça que j’avais songé.
Sans blague, si leur vision d’un anniversaire réussi est de me traîner dans un aéroport, franchement, je veux bien passer directement à la case trente et un ans direct. Non mais quelle idée ! Loïc connaît pourtant ma phobie des avions…
Depuis trois mois que nous vivons ensemble, nous avons pourtant fait le tour de la question. Araignées, serpents et avions, c’est quand même pas compliqué à retenir, flûte ! Mais non, mon mécano ronchonchon a, semble-t-il, décidé de n’en faire qu’à sa tête et, pour je ne sais quelle raison, a opté pour un voyage à Pétaouchnoc pour mes trente ans.
Je fais la difficile ? Sans doute, mais croyez-moi, une phobie, ça ne se contrôle pas ! Un simple dîner, même avec les couverts à saumon dans l’un des restaurants des coincés du derrière, je l’aurais accepté. Tout mais pas ça, franchement !
— Loïc, supplié-je. Arrête-toi. Qu’est-ce qu’on fait là ?
— Je te l’ai dit, nous allons fêter ton anniversaire comme il se doit, déclare-t-il d’une voix joyeuse en continuant malgré moi à m’entraîner à travers les différents terminaux.
— Oui mais moi, je ne veux pas, boudé-je comme une enfant en le retenant par le bras.
— Allez Lila, se moque-t-il, je t’assure que ça te plaira. Et puis, tu ne voudrais pas décevoir Emma.
Mes yeux quittent le regard malicieux de mon conjoint pour se porter sur la petite qui marche à nos côtés. Elle m’observe de ses yeux de Chat Potté, cherchant à me faire céder.
— Ah non, pas ton regard de malheureuse, la pointé-je du doigt. C’est déloyal ça ! Non, non, non. Je ne veux pas, c’est tout, c’est comme ça, m’écrié-je en commençant à faire demi-tour. C’est trop facile, vous trichez !
Mais je suis rapidement stoppée par le bras de Loïc qui me ceinture la taille.
— Prête Emma ? On passe au plan B.
— Oui chef, à vos ordres chef, s’exclame la petite qui récupère mon sac à main pendant que son père me bascule sur son épaule.
— Non mais ça ne va pas, oui ! Loïc, lâche-moi !
— Tu ne me laisses pas le choix beauté, rit-il en m’embarquant d’un pas décidé, une main plaquée sur mes fesses et l’autre tirant notre valise derrière lui.
Je redresse la tête, constatant que les gens rient à notre passage. Ah ça oui, ça les fait bien marrer. Il n’y a personne pour venir m’aider. Elle est belle la France, tiens. Aucune solidarité ! Je me fais kidnapper et personne ne lève le petit doigt. Tout le monde préfère assister au spectacle et rigoler.
— C’est ça, fais le malin. De toute façon, je vais refuser d’être enregistrée, comme ça, t’auras tout gagné, fanfaronné-je, mon oreille tapant contre son fessier.
— Pas besoin, c’est déjà fait ! me nargue-t-il. En ligne, hier soir. Maintenant, t’as pas d’autres choix que d’y monter.
— Fait suer ! râlé-je une nouvelle fois. Allez Loïc, descends-moi.
— Bientôt, bientôt. On est presque arrivé. Je le ferai quand je serai certain que tu ne pourras plus te sauver.
— Je te déteste.
— Mais oui, moi aussi je t’aime Lila, pouffe-t-il.
Je sens ses rires dans sa cage thoracique qui tremblent contre mes jambes. Le chameau, il va me le payer !
— Terminal C, porte 22, on y est, s’exclame-t-il soudain. Tu suis ma puce ?
— Oui Papa.
— Bien Lila, je vais te poser et je te confie Emma. Je compte sur toi pour ne pas partir en courant, compris ?
C’est astucieux, m’imposer la responsabilité de la petite pour me forcer à rester, le bougre, il a songé à tout. Je soupire, résignée. Évidemment que je ne peux la laisser.
— OK, murmuré-je.
— Comment ? Je n’ai pas entendu, réclame-t-il.
— Promis, juré, craché, je ne vais pas me sauver. Mais crois-moi, tu ne l’emporteras pas au paradis Loïc Briac, m’exclamé-je pendant qu’il me fait retrouver la terre ferme, pointant un doigt rageur sur lui. Ça vaut bien au moins trois jours, que dis-je sept jours de privation de ce que tu sais que je sais que tu sais !
— Sept jours ? Ah oui, t’es vraiment fâchée là ! se marre-t-il.
— Voilà !
— Bon, on réglera ça plus tard. Ne bouge pas, je reviens !
Je le regarde se rendre vers le centre d’appel pour embarquer dans l’avion près des parois vitrées de l’aéroport. D’où je peux constater la présence d’avions. De beaucoup, beaucoup d’avions. Je commence à suffoquer. Mais non, ça ne va pas aller du tout. Je vais monter dans l’un de ces engins de malheur, il va s’écraser au sol et jamais je ne fêterai mes trente ans. Je m’assois dans le fauteuil devant lequel Loïc m’a déposée, bizarrement inoccupé malgré sa présence devant le pupitre de l’hôtesse. Emma, qui s’est déjà assise à mes côtés, me tapote la main et de sa petite voix enfantine, cherche à me rassurer.
— Ça va aller Lila.
J’ai envie de lui rétorquer que non. Mais je n’ai pas le temps car la voix de l’hôtesse de l’air se fait entendre dans le micro devant nous.
— Mesdames et Messieurs, bienvenue dans le terminal C à destination de Barcelone. L’embarquement du vol R622 va bientôt commencer d’ici quelques instants. Nous souhaitons assurer à tous nos passagers que notre pilote Franck est diplômé et chevronné. Il a à cœur de vous faire passer un agréable vol et surtout de vous faire arriver entier.
Hein ! C’est habituel de genre de discours.
J’observe Loïc, posté à ses côtés, qui retient difficilement son sourire en coin et comprends désormais qu’il en a la responsabilité. Plusieurs émotions se partagent en moi, finalement un rire m’échappe, libérant une partie de l’angoisse que je retenais.
— Nous réclamons votre attention quelques instants et le silence le plus complet. Je vais demander à la petite Emma de bien vouloir me rejoindre.
Quoi ? Qu’est-ce que c’est ce bazar ?
La petite fille quitte la chaise à mes côtés en sautillant, un grand sourire aux lèvres. Son père la porte pour la hisser sur le bureau d’enregistrement. Soudain, je redoute la suite, totalement déboussolée. Je ne peux que suivre des yeux le regard pétillant de Loïc et la fierté d’Emma.
— Lila, annonce-t-elle d’une voix douce.
— Plus fort ma puce, lui demande son papa.
— Lila ! crie-t-elle à présent, faisant rire l’assemblée, et moi avec.
— Un peu moins, lui souffle Loïc.
— Ben faudrait savoir Papa. Bon je recommence. Lila !
J’attends la suite avec surprise et excitation.
— Depuis que t’es là, mon papa, il rigole plus souvent. Et moi, j’aime bien faire la danse avec toi.
Je souris à ces mots, en jetant un œil à son père qui ne la quitte pas du regard.
— Même si t’es nulle à la cuisine (rhô, la honte), ben nous, on aime bien que tu es dans notre maison. C’est plus beau avec toi.
Je sens les larmes poindre à mes paupières. Touchée par cette déclaration d’enfant. Les soupirs et les rires sont nombreux autour de moi mais je les ignore et me concentre sur eux : ma famille, rien qu’à moi.
— Papa je sais plus après, à toi maintenant, souffle-t-elle sans vraiment baisser le son.
Loïc rit tout en s’approchant doucement et finit par poser un genou devant moi. Mes mains glissent sur ma bouche, stupéfaite. Désormais, c’est certain, des larmes coulent sur mon visage.
Et pendant qu’il ouvre délicatement un écrin bleu d’où s’échappe une jolie bague en or blanc, Emma demande :
— Lila, veux-tu bien nous épouser, mon papa et moi ?
Mes yeux font des allers-retours entre elle, et lui. Entre la bague et son regard noir ébène qui me sonde, presque inquiet. Comme s’il pouvait douter que je sois capable de me passer d’eux.
— Alors, qu’en dis-tu Lila, est-ce que tu veux bien faire de moi le plus heureux des hommes et accepter de devenir la femme d’un mécano ronchonchon et la belle maman officielle d’une petite chipie ?
Je ris à l’annonce de sa demande et des mots qui les représentent si bien. L’émotion est tellement grande que je suis incapable de parler. Les larmes dévalent mon visage et ma bouche reste scellée. Alors je hoche la tête dans un signe d’acceptation.
— Ça veut dire oui ? me demande Loïc doucement.
— Oui, chuchoté-je, un énorme sourire plaqué sur mes lèvres.
Les mains de Loïc viennent encadrer mon visage, oubliant la bague restée dans son écrin qu’il a posé au sol. Sa bouche vient caresser la mienne dans un tendre baiser, venant sceller ce oui promettant de jolis lendemains. Notre bonheur est sans conteste, j’oublie tout : où nous sommes et qui nous entourent. C’était sans compter Emma, qui se rappelle à nous de sa petite voix criarde.
— Alors papa, elle a dit quoi ?
Il rit contre mes lèvres puis se tourne vers sa fille et lui annonce.
— Elle a dit oui, Emma.
— Tu vois, je le savais, s’écrie-t-elle, d’une folle joie, avant de se reprendre sérieusement et d’exiger à son père. La chanson Papa, n’oublie pas.
— Ah oui, c’est vrai.
Je fronce les sourcils, me demandant bien ce qui m’attend davantage que cela. Je crois que mon cœur qui semble vouloir s’échapper de ma poitrine se pose la même question.
Mes yeux sont braqués sur lui. Son visage respire l’allégresse. Il me tend une main que je saisis et avec lui me redresse. Dans un geste de tendresse, il me tourne et me serre contre son dos, puis entame en chantonnant la mélodie de « Joyeux anniversaire ».
Autour de moi, les gens la reprennent et la complètent de leur voix. Surprise, je les observe et constate avec stupéfaction les visages connus en face de moi. Marie, Hugues, Papou, les enfants, Juliette. Ma famille… Ils sont tous là. C’est plus qu’il n’en faut, je cède une nouvelle fois. Mais Loïc me retient dans ses bras.
Trente ans, un anniversaire fêté comme il se doit, il est certain que je n’oublierai pas. Un à un, j’adresse à chacun d’eux un regard, un baiser, un geste de remerciement. Dans les bras de l’homme que j’aime, je souris au bonheur qu’il m’a offert. La vie, le pardon, le renouveau, l’amour, et avec Emma, la maternité.
Au loin un avion prend son envol et je pense au joli clin d’œil de ma chanteuse favorite :
I get wings to fly
Oh, oh, I’m alive…1
OceanofPDF.com
1. J’ai des ailes pour voler/Oh, oh, je suis vivante…
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