Des vacances à mon coeur
Chapitre 25 - Loïc
CHAPITRE 25
Loïc
Un peu mal à l’aise au début de la journée, nous avons finalement vite oublié la manière dont nous nous sommes quittés vendredi, préférant effacer ces sujets qui semblent sensibles chez elle. Si je me suis ouvert à elle, lui dévoilant les failles de mon cœur, je ne pouvais en aucun cas exiger en retour qu’elle me fasse découvrir les siennes. Pourtant, plus je suis en sa présence, plus Lila m’intrigue. Mon corps est attentif au sien. Il écoute ses réactions dans un halo de protection. Mes yeux ne cessent de suivre le moindre de ses mouvements, observateurs et captivés quand elle déambule dans le garage. Il y a bien longtemps qu’une femme ne m’a pas autant touché.
Est-ce parce qu’elle est si naturelle, ne verrouillant jamais ses paroles avant de les prononcer, me faisant rire aux éclats ?
Qu’elle semble bien se moquer du regard des autres, même dans des situations les plus ridicules qui soient ?
Que ma propre fille ne jure désormais que par elle ?
Ou bien que lorsque ses iris plongent en moi, je me sens revivre et redevenir un homme ?
Un peu de tout cela sans doute. Mais, je ne sais pourquoi, c’est aujourd’hui, alors que je la retrouve après deux jours de séparation, que je prends réellement conscience à quel point Lila m’attire. Mon corps semble attiré par le sien, comme deux astres impossibles à séparer.
La simple vision de ses cheveux châtain ondulé, de son visage angélique, et de ses courbes fines, déclenche en moi des visions difficiles à repousser. Si j’ai pu retenir mes gestes vendredi soir, je crains de n’en avoir aucune envie la prochaine fois. Ses lèvres roses me donnent envie de les croquer, les savourer jusqu’à me délecter de leur goût. Il y a bien longtemps que je n’avais pas eu une telle envie découvrir une femme. De prendre le temps de la connaître pour mieux la voir frémir dans mes bras par la suite. Si je ne peux réprimer mon puissant désir pour elle, je dois aussi avouer qu’il s’agit également d’une attirance bien plus profonde qui me surprend et me terrorise moi-même totalement.
Je me demande encore comment elle a pu, en si peu de temps, creuser son trou dans ce mur invisible que j’ai savamment érigé entre les autres et moi. Mais force est de constater que le résultat est là. Me voici ici, dans mon garage, le sourire aux lèvres à l’idée d’être à ses côtés. Avec l’envie monstre de la serrer contre moi.
Peut-être pourrais-je l’inviter à dîner prochainement ?
Il va bien falloir que je me décide avant son départ. Le seul point noir au-dessus de ma tête : son départ prochain. Je suis d’ailleurs surpris qu’elle ne m’ait pas interrogé davantage sur son véhicule dont la réparation traîne, même si cela arrange bien mes affaires, je dois l’avouer.
Peut-être se plaît-elle ici et qu’elle en a oublié la cause de son arrivée ?
Je l’espère au fond.
J’entre avec précaution dans le bureau en ce début d’après-midi, la dernière fois m’ayant servi de leçon. Et quand la position de Lila se présente à moi, je me stoppe pour m’adosser au chambranle de la porte et observer son manège en riant.
Mais que fait-elle encore ?
Je la trouve debout sur la chaise de bureau qu’elle a placé au centre de la pièce. Celle-ci, assortie de roulettes, la met dans un équilibre précaire, pourtant cela ne l’empêche de se hisser vers le plafond, dans un but que je ne comprends pas. Du moins, pas encore, mais je compte bien comprendre le sens de sa manœuvre. Et du peu que je connais Lila, elle devrait me fournir une explication pour le moins cocasse que je redoute de découvrir.
— Je peux savoir ce que tu fabriques ? l’interrogé-je, curieux.
Le son de ma voix semble la surprendre et j’en déduis qu’elle ne m’avait pas entendu arriver. La surprise lui fait perdre l’équilibre, elle se rattrape au dossier de la chaise pour éviter de tomber.
— Non d’une purée de bois, mais ça va pas bien là-dedans, s’énerve-t-elle en me fusillant du regard. Tu m’as fait peur, idiot !
— Désolé, ris-je malgré moi en raison de sa position ridicule.
— Ah parce que tu trouves ça drôle en plus ?
— Nan mais c’est ta tête, là.
— Oui ben imagine si j’étais cardiaque ! Et paf, un petit infarctus à cause de ta frayeur. J’aurais fini par m’écrouler au sol et je me serais ouvert le crâne. Et toi, entre ma réanimation et ma fracture crânienne, tu aurais été incapable de gérer les deux. Couic, fini, dead, plus de Lila ! Tout ça parce que tu ne sais pas, t’annoncer en rentrant dans ce fichu bureau !
Ma tête part en arrière dans un fou rire incontrôlable. Mais c’est pas vrai, d’où lui vient une telle imagination ? Et pourquoi ses bêtises me font-elles tant rire ?
Je finis par me calmer pour lui répondre tandis qu’elle me fixe de ce faux regard furieux, les bras croisés sur sa poitrine.
— Lila ?
— Quoi ?
— Ton cœur va très bien !
— N’empêche, rétorque-t-elle comme une enfant boudeuse.
On dirait Emma.
— Peux-tu m’expliquer maintenant ce que tu fais perchée là-haut ?
— Eh bien figure-toi que j’essayais, avant que tu ne débarques et ne tentes de me tuer, d’enlever le machin qui pend au plafond.
— Quel machin ? demandé-je en regardant au-dessus de sa tête.
— Ce truc-là. Elle me désigne du doigt quelque chose mais l’éclairage me rend invisible d’où je me trouve l’objet de sa quête. Alors je m’avance, me penche et fini par voir un léger fil blanc pendant du plafond.
— Euh OK, réponds-je circonspect. Et peux-tu me dire pourquoi ?
— Rrrr, faut tout leur dire, râle-t-elle. Ben parce qu’il me gêne voyons ! Quand je suis assise au bureau, je l’ai dans mon champ de vision, ça me perturbe...
Mes yeux doivent lui transmettre mon étonnement car elle ne continue pas son explication et m’engueule comme elle sait si bien le faire.
— Ne me regarde pas comme si des cornes avaient poussé sur ma tête, je t’assure que c’est très désagréable.
Je lève les mains en signe de réédition. Je n’ai rien dit !
— Pourquoi ne pas nous avoir demandé un escabeau, ça aurait été tout de même plus stable que ta chaise à roulettes, non ?
— Hum, pas faux, balaye-t-elle d’un revers de la main. Mais ça m’agaçait tellement ce matin que je pensais faire ça rapidement. Pas besoin d’escabeau pour ça ! Tu sais quoi, puisque tu es là, tu vas m’aider. Viens donc ici me tenir la chaise pour éviter que je tombe, ça t’évitera d’avoir ma mort sur la conscience.
Elle me débite ça d’un ton plat, mais sa bouche se darde d’un léger sourire en coin, signe qu’elle ne m’en veut plus pour la peur que je lui ai provoquée. Alors, pour ne pas réveiller ses foudres, je décide de répondre à sa requête et m’avance vers elle. Elle se remet debout, la chaise tremble légèrement sous son poids. Je la stabilise d’une main sur le dossier.
— Merci, fait-elle, rassurée. Tu es prêt ?
J’acquiesce et la laisse reprendre sa position initiale. La chaise tangue à nouveau, me forçant à la maintenir en me serrant davantage contre elle, pour lui éviter la chute. Du moins, c’est ce dont je me persuade pour m’autoriser à le faire. Surprise de me sentir si proche, Lila m’observe avec curiosité. Ses prunelles ne me lâchent pas du regard. Je ne quitte pas les siennes, lorsque ma deuxième main vient se poser en douceur sur sa hanche. Officiellement pour lui assurer un soutien physique, l’équilibre. Un simple prétexte à ma soudaine proximité. Si mes mains pouvaient parler, elles crieraient leur impatience qu’elles avaient de la toucher, sentir cette peau qui m’obsède et à laquelle je n’ai cessé de penser depuis son départ vendredi. Sa respiration se coupe sous l’étonnement. Pourtant, elle ne me demande pas de la retirer. Je ne le fais pas non plus.
J’amorce un pas de plus. Ses cuisses désormais collées contre moi, ses joues se teintent d’une jolie couleur, indiquant que le contact de mes doigts contre sa chair, et de son corps contre le mien ne la laisse pas insensible. Ce serait mentir de dire que la toucher n’est pas sans effet sur moi. Durant un court instant, nous laissons nos esprits communier, se percuter et s’interroger au travers de nos regards.
Dois-je continuer ? En a-t-elle autant envie que moi ?
Je sens l’instant où son esprit choisit pour elle, à mon plus grand regret. Les doutes dans son esprit prennent le dessus sur son attirance. Ce n’est que léger mais Lila est la première à rompre cet échange silencieux en mettant un terme à notre connexion visuelle. Ses yeux se portent vers ce fil qui semble tant la déranger, m’incitant par la même occasion à me concentrer sur la tâche qu’elle m’a assignée et tentant d’occulter mon rapprochement. Mais je n’ai pas dit mon dernier mot. Lila me plaît. Je sais que la réciproque est vraie. Je sens cette communion qui nous anime et ne peux l’ignorer. Je n’en ai pas l’envie, non plus. Alors je patiente et rassemble mon esprit sur notre activité.
Enfin, plus difficile à dire qu’à faire.
Car ma position et ces derniers instants me provoquent une gêne que je n’avais pas anticipée. Lila n’a visiblement pas conscience de ce à quoi elle m’expose. En se tournant sur ses pieds pour attraper ledit fil qui la perturbe elle allonge son corps vers le mien. Mon regard est attiré comme un aimant vers sa poitrine tendue dans son petit tee-shirt marin, tandis que mon bras qui tient la chaise frôle désormais ses fesses moulées dans son jean qui ne cache rien de sa jolie silhouette. Son ventre m’est dévoilé par son corps élancé vers le plafond. Être si proche d’elle me provoque des images difficiles à refouler, mais la jeune femme désormais occupée avec son objectif est bien loin de se douter de mes pensées qui dévient. J’inspire et ferme les yeux pour tenter d’endiguer le flot de chaleur qui grimpe au centre de mon anatomie, pour éviter de me faire surprendre dans une situation gênante et quand je pense avoir trouvé la solution, c’est la voix de Lila qui me sort de mes songes.
— J’ai réussi, s’écrie-t-elle en me brandissant fièrement le fil blanc dans sa main.
J’ouvre brutalement les yeux pour le constater quand, soudainement, Lila est déséquilibrée et tombe en avant, m’entraînant dans sa chute, la chaise se faisant la malle loin derrière elle. Nous basculons tous les deux, imbriqués l’un sur l’autre, mon corps la protégeant du sol.
Putain que ça fait mal de se prendre le balatum. Il n’est pas tendre ce sol !
— Merdouille de merdouille, je suis désolée, s’excuse Lila en se redressant sur moi, dans une nouvelle position inappropriée.
— Loïc, ça va ? m’interroge-t-elle inquiète.
À califourchon sur moi, elle m’examine avec attention en me palpant le corps, me rendant muet. Quand elle se penche pour vérifier que je respire en touchant mon visage, glissant le centre de son corps sur le mien dans un balancement de hanches accidentel, je décide de l’arrêter en plaquant mes mains sur sa taille.
— Lila ?
— Oui ?
— Je vais bien ! affirmé-je d’une voix rendue rauque autant par la chute que la position.
— Tu es sûr ? Tu n’as mal nulle part ? C’était une belle chute, je…
— Lila, je t’assure, je vais très bien, répété-je en fixant mon regard au sien.
Si elle pouvait arrêter de gesticuler sur moi en revanche, je préférerais. Ce serait mieux pour ne pas nous plonger dans une situation embarrassante. Lila m’attire bien plus que je ne veux l’avouer. Je suis un homme et elle éveille en moi un désir trop longtemps resté en sommeil. Je crains qu’elle réalise à quel point son corps contre le mien suffit à me faire durcir. Je souffle, refoulant cette envie irrépressible que j’éprouve.
Je pense être épargné mais ses lèvres s’entrouvrent dans un « oh » silencieux et ses joues prenant une légère teinte colorée me confirment qu’il n’en est rien. Quand ses iris percutent violemment les miennes, je n’ai plus aucun doute sur le fait qu’elle ait senti ce que je redoutais. Quelques secondes s’étirent sans que ni l’un ni l’autre nous ne fassions aucun mouvement. J’en viens à douter de son rejet lorsque ses yeux ne se détournent pas des miens. J’y plonge avec une volonté farouche pour tenter de percevoir ce qu’elle ressent, y trouvant un parfait mélange de confusion, de gêne et de… désir.
Mué par une envie soudaine de la tester davantage, l’une de mes mains vient remonter la cambrure de ses reins, comme pour découvrir sa réaction autant que mon besoin de l’avoir plus près de moi. Je sens sa peau se couvrir de frissons à mon contact. Mon regard dévie sur ses lèvres. Elles m’appellent. Nos visages se rapprochent, lentement, subtilement, presque sans le vouloir, comme si la même attraction involontaire nous rapprochait. Nos bouches sont si proches que je peux sentir le souffle qui s’en dégage. Elles attendent que l’un et l’autre nous nous décidions à mettre un terme à l’ultime distance les séparant de l’acte fatidique. Celui qui nous fera basculer dans une sphère dans laquelle aucun retour en arrière n’est possible. Nous sommes si proches que je peux sentir son souffle contre le mien. Alors, je laisse mes lèvres effleurer les siennes. C’est presque imperceptible. Je n’ai qu’une envie : la dévorer. Pourtant, je préfère prendre le temps de la découvrir et la goûter. Veillant à ne pas la faire fuir. Le simple contact de ses lèvres, aussi léger soit-il, contre les miennes, me fait vriller. J’en veux davantage.
Quand, je prends la décision de l’embrasser comme elle le mérite, nous sommes réveillés de notre transe sensuelle par son téléphone qui vibre et sonne entre nos membres, dans la poche de son jean. Comme un rappel à l’ordre immédiat, Lila se lève d’un bond et me fuit de quelques mètres. Son rejet me semble soudain si brusque qu’il me provoque une crispation que je retiens.
— C’est ma sœur, m’explique-t-elle embarrassée, en me désignant l’appareil qu’elle tient dans les mains. Je… je dois répondre pour… pour qu’elle ne s’inquiète pas.
Son éloignement brutal autant que la raideur de sa posture ont un effet instantané sur mon érection, elle aussi ne rêve désormais que d’une chose, se carapater loin de cette scène difficile à expliquer.
— Oui, oui bien sûr, je t’en prie. Je… je ferai mieux d’y retourner de toute façon, rétorqué-je maladroitement en désignant l’atelier après m’être redressé.
Elle acquiesce et finit par décrocher son téléphone tandis que je m’enfuis presque en courant du bureau.
Putain, j’ai failli embrasser Lila ! Ici, sur mon lieu de travail ! Et si Tonio avait débarqué ? Mais qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez moi ?
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