Des vacances à mon coeur
Chapitre 26 - Lila
CHAPITRE 26
Lila
— Lila, tu fais pas comme il faut ! me sermonne Emma face à moi.
Son visage boudeur trahit son mécontentement. Il faut dire que depuis notre retour de l’école, je ne suis guère à son écoute et on a beau dire ce qu’on veut, les enfants sont loin d’être aveugles. Alors que j’ai accepté de me prêter à l’une de ses ultimes parties de poupées dont elle seule a le secret, il faut croire que cette fois ma poupée Julie n’a pas été très réactive face aux confidences de sa copine Marion.
Pour être honnête, j’aurais bien besoin de me confier également. Malheureusement pour moi, le public à mes côtés fait de poupons et d’une enfant de quatre ans n’est clairement pas adapté à mes interrogations.
Que s’est-il passé dans ce bureau avec Loïc ?
Mais surtout, que serait-il arrivé si mon téléphone ne nous avait pas interrompus ?
Enfin non, ça, je le sais.
Ce que je veux dire c’est pourquoi ? Et comment en suis-je arrivée à le laisser m’approcher de si près ? Après tous ces mois de souffrance et d’isolement, comment Loïc a-t-il réussi en l’espace de quelques jours à percer ma carapace ?
Pourquoi lui ?
— C’est nul, bougonne la petite. Je veux plus jouer à la poupée avec toi.
Oh misère.
— Je suis désolée Emma, tu as raison je n’étais pas très concentrée sur ce que voulait Julie aujourd’hui. Alors, que puis-je faire pour me faire pardonner ?
Elle réfléchit en me regardant fixement et je redoute la sanction qu’elle ne va pas manquer de m’infliger. Pourtant, elle finit par m’offrir un sourire radieux et me tend la main que je saisis.
— Je veux danser comme la dernière fois.
Oh ben s’il n’y a que ça, on peut s’arranger sans problème. Je sors mon téléphone, prête à enclencher la même chanson quand elle m’interrompt.
— Une autre. J’en veux une autre.
Ah d’accord. Je réfléchis quelques secondes et enclenche « Regarde-moi ». Mes épaules bougent selon leur propre volonté, remisant au placard mes questions et réflexions sur son père. Prise d’une envie folle, je saisis son micro « Reine des neiges » et je commence à chantonner. Emma rit tout en encourageant ma prestation en tapant dans ses petites mains. Quand le refrain envoie ses notes rythmées, je me lance dans un rock endiablé avec elle, la basculant entre mes bras, puis la faisant tournoyer dans un sens et dans l’autre. Nos pas désordonnés nous entraînent dans un lâcher-prise exaltant entre rires et ce qui ressemble à de la danse. À vrai dire, je ne saurais dire de quoi nous devons avoir l’air, mais nous nous amusons comme deux folles, laissant nos pas suivre les notes entraînantes de la chanson.
Une nouvelle fois, à travers ce moment, Emma et moi nous lions davantage, comme un ciment qui deviendrait impénétrable. Quand les derniers mots résonnent dans la chambre, nous nous écroulons sur son petit lit dans une joie que nous seules pouvons comprendre. Le sourire qui a envahi nos visages semble atteindre le plafond. Affalée dans mes bras, je peux sentir son petit cœur battre dans un rythme effréné, en écho du mien qui palpite à ses côtés. Je suis heureuse, tout simplement.
Ma félicité est soudainement interrompue par des clappements de mains. Nous nous redressons en symbiose et constatons la présence de Loïc, adossé au chambranle de la porte.
— Eh bien quel spectacle ! s’exclame-t-il, un sourire au coin des lèvres.
Je sens mes joues rosir sous le poids de son regard qui me déstabilise. Décidément, c’est une manie chez lui d’observer les autres à leur insu !
— Papa, s’écrie ma protégée en lui courant dans les bras. On a dansé avec Lila, même qu’elle m’a fait tourner dans les airs, t’as vu hein, t’as vu ?
— Oui ma puce, vous étiez magnifiques. De vraies danseuses, se moque-t-il gentiment.
Rhoo quel moqueur ! Oh et puis zut alors, je me suis bien amusée, je n’ai pas à rougir de ce moment de lâcher-prise avec une enfant de quatre ans. Je redresse la tête, fièrement, et plonge mes yeux dans les siens, déterminée, je lui transmets toute la joie de ma piètre performance. Si je pensais le convaincre, la teinte de ses iris s’assombrissant et me détaillant des pieds à la tête me prouve le contraire. Les souvenirs de la scène du bureau m’atteignent de plein fouet, faisant monter la chaleur en moi. J’hésite entre fuir à grandes enjambées et plonger à corps perdu dans son œillade enflammée. Sentant sans doute mon hésitation, Loïc prend la décision pour moi en prenant à partie la petite tornade à ses côtés.
— Dis-moi Emma, et si on invitait Lila à manger pour fêter votre joli spectacle ? lui demande-t-il avec malice, son visage toujours fixé sur moi.
Mercredi, pourquoi ai-je l’impression d’être tombée dans la gueule du loup ?
***
Après un dîner partagé en toute simplicité avec mes deux hôtes du soir, j’aide Loïc à débarrasser et nettoyer la table. Nos corps se frôlent comme des aimants impossibles à séparer, nos regards n’ont cessé de se chercher tout le long du repas. Comme une symphonie dont les notes montent en puissance, notre attirance n’a fait que croître chaque minute de cette soirée. Nous sommes chacun un instrument qui accompagne l’autre, ne sachant encore quand l’heure du grand final aura lieu. L’attente est fébrile, vibrante, proche mais inconnue.
— Allez ma puce, au dodo, finit par clore Loïc, voyant Emma bailler aux corneilles.
— Papa, est-ce que Lila peut me lire mon histoire, s’il te plaît ?
Il m’interroge du regard. J’acquiesce, touchée d’une telle demande et suit la petite dans sa chambre.
Installées toutes les deux dans son petit lit rose de princesse, je lui conte l’une de ses histoires qu’elle aime tant quand elle m’interrompt de sa petite voix douce.
— Dis Lila, pourquoi t’as pas d’enfant toi ?
Je soupire, à la fois soufflée par sa question que je redoutais et lasse de ma situation. Mais je dois une réponse à cette petite fille qui n’est en rien responsable. Je prends une grande inspiration et décide de lui répondre avec honnêteté.
— Parce que tu vois Emma, mon ventre ne peut pas porter de bébé. Il est cassé, si tu veux.
— Ben faut aller chez le docteur pour qu’il te donne des médicaments pour le réparer. Moi, quand j’ai mal à mon ventre, Papa il me donne du sirop magique rose. Même que c’est trop bon. T’en veux pour ton ventre ? Si tu veux, Papa, il peut t’emmener voir le docteur Martin. Même qu’il est trop gentil, il donne des sucettes, rit-elle.
Je souris de son explication naïve et touchante d’enfant.
— C’est gentil ma puce, mais parfois les docteurs ne peuvent rien faire. Les médicaments ne marchent pas. Comme pour moi, ajouté-je avec un sourire triste en lui caressant avec douceur ses cheveux pour ne pas l’inquiéter.
— Ça veut dire que tu seras jamais une maman ?
Sans doute Emma et si tu savais comme ça me broie de l’intérieur, ai-je envie de lui répondre. Pourtant ce sont d’autres mots que je me surprends à lui prononcer.
— Je crois que oui, je ne serai jamais une maman. C’est triste, mais c’est ainsi.
— Moi tu sais, j’ai pas de maman souffle-t-elle soudain.
Je l’écoute avec attention, comprenant qu’elle souhaite se confier.
— Tu crois que ma maman, elle voulait avoir le ventre cassé, comme toi ? Peut-être qu’elle voulait pas être une maman ? m’interroge-t-elle, les larmes dans les yeux.
Impossible de rester insensible à sa détresse de petite fille. Je la prends et la serre fort dans mes bras dans une volonté de lui transmettre toute mon affection.
— Oh, Emma, je ne sais pas grand-chose de ta maman. Mais n’importe qui qui te connaît ne peut que t’aimer. Tu es une petite fille formidable ma puce.
— Alors pourquoi ma maman ne m’aime pas ?
— Elle t’aime à sa façon Emma. N’en doute pas.
Loïc que je n’ai pas entendu rentrer, vient à mon secours en tendant ses bras à sa fille.
— Viens là ma puce.
Comme une habitude bien rodée entre eux, Emma colle sa tête à la poitrine de son père qui l’entoure du cocon protecteur de ses bras solides. Les jambes de la petite fille viennent entourer ses hanches dans une position koala. Touchée par cette scène mais aussi gênée d’assister à ce moment d’intimité, j’indique à Loïc du doigt que je préfère les laisser un instant.
Une fois seule, debout dans le salon, je songe à l’ironie douloureuse de la situation. Tandis que je ne connaîtrai pas la maternité, une maman a décidé d’abandonner son enfant.
Comment peut-on vivre sans le fruit de sa chair et de son sang ?
Vraiment cela m’échappe. Cette situation sur laquelle je n’ai aucune prise me brise le cœur. Je ne devrais pas m’impliquer, mais c’est plus fort que moi. Je ne connais Emma que depuis quelques jours et pourtant, ça me met tant en colère pour cette petite fille. Les émotions liées à sa situation se mêlent à mes propres peines. Les larmes s’écoulent de mes paupières sans que je n’en aie aucun contrôle. Quelques sanglots m’échappent sans que je ne puisse les retenir.
Tout ceci est tellement injuste.
Pour elle… pour moi.
Embuée dans la bulle de souffrance qui me submerge, mes doigts viennent serrer dans ma main mon médaillon dans un réflexe protecteur. M’assurer qu’il est toujours présent fait redoubler mes larmes.
Pourquoi ne puis-je pas moi, être une maman ?
Alors que je ne l’avais entendu me rejoindre, je sens soudainement la chaleur de Loïc contre moi.
Je sursaute au contact de ses bras qui m’encerclent dans un geste de réconfort. Ma tête ploie en avant, honteuse qu’il puisse me voir dans un tel moment de vulnérabilité. Mais il ne me laisse pas le temps de tergiverser sur cet instant en me retournant en douceur et en prenant mon visage en coupe délicatement. De ses pouces, il vient cueillir les larmes qui s’échappent de mes yeux.
Ses yeux m’observent et ne me renvoient que compréhension et bienveillance. Bien loin de la pitié que je pensais y trouver.
— Je suis désolé, finit-il par confier.
De quoi, aimerais-je l’interroger. Il n’est responsable ni de ma situation, ni de celle de sa fille. Alors je garde ma bouche scellée, vu qu’il m’est impossible de trouver les mots adéquats sans déverser toute la peine qui me consume.
Je plonge mon regard dans le sien, océan noir captivant. Celui qui, j’en prends conscience, me fascine depuis notre première rencontre. La teinte si particulière de ses iris semble avoir un effet hypnotique sur mes peines, autant que sur la chaleur de mon corps. Entre ses bras, ma température corporelle croît de quelques degrés. J’ai une soudaine conscience aiguë de sa peau contre la mienne. Ma respiration qui vibrait sous le poids de mes sanglots devient erratique sous l’afflux de mon sang qui palpite au rythme effréné de mon cœur.
Comme s’il avait senti le subtil changement de mon être, Loïc raccourcit la distance entre nous. Lentement, sensuellement, l’une de ses mains descend dans le creux de mes reins, me rapprochant davantage de lui tout en me demandant silencieusement du regard mon autorisation d’aller plus loin.
Mes yeux font des allers-retours entre ses prunelles et sa bouche, tentatrice. Comme un phare qui m’éblouit, je décide de répondre à cet appel sans me poser de plus amples questions. Mes lèvres plongent sur les siennes dans un baiser rédempteur, effaçant mes larmes dans l’empreinte de sa bouche contre la mienne.
Quand sa langue vient m’envahir et me découvrir, je sens mon corps se libérer. Comme si, enfin, il avait trouvé un substitut à ses tourments. Rapidement, la tension prend possession de nos corps et nous ne faisons rien pour la ralentir. Des jours qu’elle s’est installée insidieusement entre nous, sans que ni l’un ni l’autre nous n’en soyons réellement conscients avant ce matin. Nous sommes incapables au contact de nos lèvres qui se dévorent de ralentir la cadence. Et à vrai dire, je n’en ai nulle envie.
Il y a bien longtemps que le désir pour un homme m’a fui et pourtant, ici, dans les bras de Loïc, la passion me consume. Un brasier a pris naissance au creux de mon ventre, et je n’ai qu’une envie, le laisser s’embraser.
Quand ses mains viennent enrouler mes jambes autour de ses hanches et que ses jambes nous guident dans sa chambre, sans quitter ma bouche qu’il assène de baisers ensorcelants, je sais que, quoi qu’il se passe demain, cette nuit, j’offrirai mon corps à cet homme. Ce corps meurtri et cabossé pour lequel il semble avoir un appétit féroce. Car entre ses bras, je me sens redevenir la femme d’autrefois…
Loïc fait preuve de retenue quand il vient me poser en douceur sur son lit. Il craint sans doute de me brusquer et de me voir fuir, pourtant, à cet instant, je n’ai qu’un souhait, me consumer entre ses bras et laisser notre désir exploser. Alors, ne sachant comment l’exprimer autrement que par mon corps, je me redresse instantanément et de mes mains impatientes, viens tirer sur son tee-shirt, pour l’inciter à l’ôter. Ses doigts suivent le mouvement et me dévoilent les courbes sculptées de son torse. Les miens n’en perdent pas une miette et en dessinent chaque trait, prenant plaisir à sentir sa peau se couvrir de légers frissons sous mon contact. Son regard se met à flamboyer sous mes caresses. Libérant la bête sauvage qui sommeillait en lui, sa bouche entre à nouveau en collision avec mes lèvres, les dévorant comme un affamé dans un baiser bien loin d’être doux. Sa langue entraîne la mienne dans une danse érotique, me provoquant des gémissements incontrôlables. J’ai besoin de sentir sa peau contre la mienne, et désormais, il le comprend.
Nous ne nous séparons que pour supprimer un à un ces couches de vêtements qui nous séparent, nos mains alternant entre nos effeuillages et l’avidité d’imprimer de notre toucher la peau de l’autre. Quand je me retrouve enfin nue face à lui, il ne me laisse pas le temps ni l’envie de me cacher, et m’allonge sur le lit, venant se positionner entre mes hanches. Mes jambes le ceinturent instinctivement, l’empêchant de fuir si l’envie le prenait, et l’invite à se mouvoir. Il n’est pas encore en moi que sentir la friction de son membre tendu contre mon intimité accélère déjà mon plaisir comme une flèche.
Seuls nos souffles haletants et les gémissements que nous libérons sous nos caresses résonnent dans la pièce, pourtant, je pourrais jurer qu’une fanfare y a élu domicile tant je peux sentir le vacarme que font nos deux cœurs en symbiose. Mue par un désir que je ne reconnais pas, je pousse Loïc à s’allonger sur le dos pour venir le chevaucher. Nous pourrions prendre le temps de nous découvrir davantage, mais c’en est trop, j’ai besoin de le sentir en moi, maintenant. Il se penche pour saisir une protection dans un tiroir de sa table de nuit qu’il pose sur lui sans me quitter des yeux puis m’invite d’une main sur la hanche à venir le rejoindre.
Alors, lentement, je coulisse jusqu’à le sentir au plus profond de moi. Ma tête ploie en arrière tant le désir me fait chavirer. Sa présence au creux de mes reins est exquise. Grâce à lui, j’ai l’impression de renaître et de reprendre possession de mon corps. Celui d’une femme qui se sent aimée et désirée. Même si, malgré mon plaisir, je ne peux empêcher l’une de mes mains de cacher les stigmates encore visibles de ma grossesse, ce qu’il remarque.
— Non, exige-t-il d’une voix intransigeante en retirant mes doigts. Ne te cache pas de moi. Jamais Lila. Tu es magnifique.
Encouragée par ses prunelles irradiant de feu, je la retire et reprends mes mouvements. Mes mains plongent dans ses cheveux que j’aime tant, les empoignant avec hardiesse, tout en dévorant sa bouche, tandis que ses coups de bassin me forcent à imprimer un rythme de plus en plus rapide m’emportant dans un tourbillon de sensations.
Rapidement, le plaisir nous submerge tour à tour et je finis par m’effondrer contre son torse. Sa poitrine se soulève à vive allure, tout comme la mienne, sous la pression de nos rythmes cardiaques affolés.
Nul doute que nos cœurs se demandent s’ils résisteront à nos assauts. Car il est certain que ni l’un ni l’autre nous n’ayons désormais envie de nous en arrêter là.
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