Des vacances à mon coeur
Extrait - Pour le meilleur et pour le pire
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Couverture : Studio BMR
Visuels : © Shutterstock
© Hachette Livre, 2019, pour la présente édition.
Hachette Livre, 58 rue Jean-Bleuzen, 92170 Vanves
ISBN : 978-2-016-27886-4
Ce document numérique a été réalisé par Nord Compo.
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Je dédie ce livre à Audrey et Laura,
merci de m’avoir demandé d’être à vos côtés
pour le jour le plus important de votre vie.
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Chapitre 1
Nous sommes assis à la table d’un grand restaurant, le Select. Pour avoir la chance de poser ses fesses sur l’un de ses merveilleux fauteuils, il faut soit avoir de bonnes connaissances soit s’y prendre plusieurs mois à l’avance. C’est confortable et très intimiste, ce n’est pas pour rien que ce restaurant est réputé. Pour l’occasion, je porte ma plus belle robe noire moulant mon corps à la perfection. J’ai pris la peine de passer chez le coiffeur et c’est bien l’une des rares fois où je laisse mes cheveux détachés. Des chandelles sont disposées au centre de la table, un bouquet de roses blanches décore la nappe ivoire, tandis que la musique d’ambiance donne un petit côté cocon au lieu. Tout est réuni pour rendre l’atmosphère romantique et passer une merveilleuse soirée. Je remarque que Jonathan est très tendu face à moi. Il ne cesse de jouer avec ses couverts et de fuir mon regard. Il est très beau comme à son habitude. Il porte un costume sombre et une chemise assortie qui contraste élégamment avec son teint nacré. Une peau aussi claire que de la porcelaine et un regard aussi sombre que l’ébène, je le trouve terriblement beau, comme lors de notre première rencontre.
— Alors comment s’est passée ta journée ? tenté-je pour alléger la conversation.
— Bien, bien.
Il ne répond que par des monosyllabes, n’engage pas de réelles discussions et son manque d’enthousiasme à ce repas me fait légèrement peur. C’est vrai que ces derniers temps nous avons dû essuyer pas mal de disputes, mais quel couple ne passe pas par là ? Après un an de relation, il est logique que de petits conflits viennent troubler le quotidien, et je sais que la question sur notre lieu de résidence n’y est pas pour rien. Je refuse d’emménager chez lui pour la simple et bonne raison que je dois rester à proximité de ma mère pour m’en occuper. Il ne le comprend pas mais, finalement comment le pourrait-il ? Je devrais commencer par lui expliquer les raisons de son état et je n’en suis toujours pas capable. J’ai bien essayé de lui demander de venir habiter avec moi, mais il est aussi borné qu’une mule et n’est pas décidé à céder.
— Jonathan, qu’est-ce qui cloche ?
Alors que je tente de percer le malaise qui persiste depuis le début du repas et d’attraper sa main pour le ramener à moi, un serveur se présente à nous et dispose nos desserts. Mais ? Je n’ai pas encore commandé…
— Emilie, aujourd’hui ça fait un an que nous sommes ensemble.
Oh merde ! Un an aujourd’hui ? Et voilà, je commence à zapper certains détails… Je note tout, programme des alertes, je colle des Post-it. Tout ça dans l’unique but de ne rien oublier. Tout est répertorié dans mon agenda, j’ai des rappels pour tout, du réveil le matin jusqu’à l’heure de ma pilule le soir, sans compter ceux qui concernent les nombreux coups de fil que je dois passer au cours de la journée. Et pourtant, là, j’ai oublié !
Il ne faut pas que je me focalise là-dessus, ces derniers temps au travail j’ai eu pas mal à faire.
C’est ça, c’est l’unique raison de mon oubli, tenté-je de me rassurer.
Se pourrait-il que Jonathan soit enfin prêt à faire sa demande ou bien qu’il ait pris la décision de s’installer chez moi ? Comme une gamine un matin de Noël, je trépigne d’impatience et je souris à m’en faire décrocher la mâchoire. Je le laisse parler, dans l’attente de sa déclaration.
Une fourchette à la main, je commence à piquer dans le dessert gourmand qui se trouve face à moi. Un moelleux au chocolat, mon préféré ! Précautionneusement, je plante mon couvert à la recherche d’une éventuelle bague.
— Durant cette année, on a traversé pas mal d’épreuves. Parfois des bons moments, mais aussi des étapes compliquées.
J’opine tout en continuant de torturer ce malheureux gâteau en soupçonnant le serveur d’avoir volé la bague à l’intérieur.
— Le problème, c’est que je ne suis pas réellement sûr de pouvoir continuer comme ça, m’avoue-t-il, gêné.
Ses mains s’entrelacent l’une à l’autre. Son regard me fuit de nouveau et ses joues se teintent d’une couleur rosée qui ne me dit rien qui vaille. Rien que le ton de sa voix m’interpelle et suffit à m’inquiéter.
— Oui, justement, je pense qu’on a fait le plus dur, hasardé-je pour le rassurer.
Je tends ma main dans sa direction et essaie de me saisir de la sienne mais il m’esquive. Je suis en alerte face à son comportement et sens mon cœur s’emballer dans ma cage thoracique. Pourtant, je reste confiante, il doit simplement être stressé, dans un sens je le comprends, ce genre de demande n’est jamais facile. Et si je disais non ? C’est sûrement ça, il a peur de ma réponse !
— C’est possible, mais ton besoin constant de tout contrôler m’horripile de plus en plus, Em’. C’est trop difficile de continuer, tu m’oppresses, avec toi j’ai l’impression de manquer d’air et de ne plus réussir à respirer. Je ne sais pas comment te dire ça…
Non… Ne me dites pas qu’il va me larguer… Ce n’est pas possible…
Mon sourire qui était aussi éclatant que dans une pub pour du dentifrice commence à se faire la malle. J’appréhende ce qu’il s’apprête à me dire et un sentiment d’angoisse s’empare peu à peu de mon être. Je n’attends qu’une chose : qu’il soit plus clair.
— Bah dis les choses tout simplement.
— J’ai rencontré quelqu’un, m’avoue-t-il, honteux.
À cette simple phrase, ma gorge s’obstrue. Je sens une énorme boule se former dans ma trachée et des larmes affluer à mes yeux. Je tente de les réprimer, ce qui accentue la douleur qui continue de se propager dans mon corps. Mes mains tremblent, ma vue se trouble, et je fais mon possible pour me contrôler et ne pas exploser. Ai-je rêvé ses paroles ? Peut-être que je comprends tout simplement mal ce qu’il essaie de m’expliquer ? C’est sûrement ça !
— Qu’entends-tu par « j’ai rencontré quelqu’un » ?
— Je suis amoureux Em’, mais ce n’est plus de toi. Tu es trop prévisible, trop parfaitement organisée. Tu notes tout, tu définis ta vie selon ta petite liste sans laisser place à l’imprévu. Je n’en peux plus. J’avais besoin de fun dans cette vie trop bien rangée. Ça m’est tombé dessus, j’ai rien vu venir.
— Bah ouvre les yeux la prochaine fois ! Ça t’évitera de prendre des choses en pleine face !
— Écoute, Caroline m’apporte ce dont j’ai besoin, elle me rend heureux. Je te jure qu’on avait rien calculé, c’est venu naturellement et je ne peux plus nier les sentiments que je ressens pour elle. Rester avec toi serait hypocrite.
— Attends, tu parles de la Caroline que je connais ? Tu veux dire, LA Caroline qui est également ta nouvelle assistante, celle-là même qui a dix ans de plus que toi ?
— On s’en fout de l’âge tu sais. Maintenant la mode est aux cougars, qui l’aurait cru ? ! me dit-il avec un sourire.
Ne fais pas d’esclandre, ne fais pas d’esclandre, me répété-je.
C’est trop dur ! Je n’arrive pas à contenir tout ce flot de haine que je ressens à présent pour cet homme. Et le voir sourire ne fait qu’accentuer la colère qui se propage en moi. Il y a à peine quelques minutes, j’espérais qu’il me demande en mariage et me voilà face à lui avec une soudaine envie de lui foutre mon poing dans la face, ou même pire, de saisir ce joli couteau argenté qui se trouve près de ma main et qui me supplie de le lui planter en plein cœur. Car oui ! Là c’est exactement ce que je ressens ! Un énorme coup de poignard.
N’arrivant plus à me contrôler, je décide de ne pas laisser mon envie de meurtre prendre le dessus, pas sûr que la prison me convienne après tout ! J’éloigne donc ma main du couteau et me lève complètement furax pour me saisir du verre d’eau qui trônait sur la table devant moi et je lui jette en pleine face. Trempé, il se redresse aussitôt et analyse ses vêtements mouillés d’un mauvais œil.
— Mais t’es complètement malade !
— Tu voulais de l’imprévu ? En voilà ! Pauvre con ! Un an de ma vie que j’ai perdu avec toi.
Sa colère grandit, je le vois à la manière dont ses poings se contractent contre son corps et comment sa chemise se tend sous sa veste. Il fulmine et réfléchit aux paroles qu’il me crache quelques secondes plus tard, assez haut pour que tout le monde l’entende :
— Un an de perdu… Eh ouais, je t’ai fait perdre du temps sur ton précieux planning. Car avec Mlle Emilie Moreno, tout est programmé, jusqu’au soir où nous devons nous envoyer en l’air. Aucune place à l’imprévu, aucune place au fun ! On se fait chier !
Son ton acerbe me percute en plein dans l’estomac comme un coup qu’il m’aurait porté à l’aide de ses poings. La douleur que j’aurais ressentie s’il m’avait frappée n’aurait rien été comparée à ce que j’éprouve à cet instant. Tous les visages se sont tournés vers nous. Notre petite scène ne leur a pas échappé et les a même intrigués, et moi comme une gourde, debout face à lui, je suis complètement humiliée et n’arrive pas à répliquer à son attaque.
Je tourne les talons. Quitte la table sans demander mon reste et me précipite rapidement à l’extérieur. Une fois sortie du restaurant, je me laisse choir contre la façade et évacue tout le flot de sentiments que je contenais jusque-là. Les larmes inondent mes joues, et les sanglots que je réprimais me saisissent à la gorge et s’expriment de manière bruyante et désordonnée. Je suis pathétique, mais heureusement j’ai réussi à garder la face devant lui. Dans quelques semaines j’aurais trente ans et me voilà seule, célibataire et complètement déprimée.
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Chapitre 2
Voilà presque une semaine que Jonathan et moi avons rompu, ou plutôt devrais-je dire qu’il m’a larguée de la même manière qu’on jette un plat dont la date de péremption vient d’être dépassée. J’ai été éprouvée depuis cette fameuse soirée, à pleurer seule dans ma chambre la nuit tout en donnant le change la journée au travail. Bien évidemment le plus difficile a été de gérer ma mère entre deux. Mais ce soir, à mon grand soulagement, je vais enfin pouvoir me lâcher. J’ai mon rendez-vous hebdomadaire avec ma meilleure amie, ce petit moment dans la semaine où je peux enfin être moi-même et oublier les dures épreuves que la vie a mises sur mon chemin. Si nos emplois ne nous permettent pas de nous voir aussi souvent que nous l’aimerions, nous tenons à entretenir nos habitudes du vendredi soir. Au programme : malbouffe, alcool, l’émission pourrie qui passe à la télé et surtout les nouvelles de la semaine, les scoop ! Et du potin, il va y en avoir, ce soir. Des semaines que je lui disais que j’attendais cette demande en mariage, que malgré nos disputes j’avais l’impression que Jonathan était de plus en plus amoureux.
Tu parles ! Il avait simplement le sourire car il s’envoyait en l’air avec sa secrétaire le midi et rentrait donc comblé le soir. Quel goujat !
Du coup, pour fêter mon retour au célibat et traiter mon ex de tous les noms d’oiseaux qui me viendraient en tête, j’ai apporté une bouteille de vin, mon préféré. Un côteaux-du-layon, un blanc légèrement sucré qui fera la joie de mes papilles au lieu de la rancœur qui me laisse un goût amer dans la bouche depuis plusieurs jours.
Je passe la porte de son immeuble et me précipite de justesse dans l’ascenseur. Après avoir sélectionné son étage, j’ai un hoquet de surprise quand je croise mon reflet dans le miroir de la cabine. J’ai une mine affreuse ! Des cernes marquent mes paupières inférieures, mes yeux sont bouffis et mon nez pourrait faire pâlir Bozo le clown. Son teint habituel s’est transformé en un rouge vif cramoisi, irrité et malmené par mes nombreuses heures passées à pleurer et à me moucher. Je suis lamentable !
Va falloir te reprendre, ma petite !
Lara va péter un câble en voyant ma tête, surtout quand elle va savoir que je ne lui ai rien dit plus tôt. J’ai préféré attendre pour avoir son réconfort en lui en parlant de vive voix. Un câlin n’a jamais fait de mal lorsqu’on est en pleine déprime. Mouais… En réalité, j’étais juste pas assez courageuse pour composer son numéro et l’entendre me sermonner par un : « Je te l’avais bien dit ! » Elle n’a jamais aimé Jonathan et elle ne cessait de me répéter que son côté trop « propre sur lui » comme elle le disait si bien, cachait en réalité quelque chose. Lara n’avait pas tort, ce quelque chose a deux obus à la place des seins et doit se badigeonner le visage de crème anti-rides.
J’arrive au bon étage, sors de la cabine et me poste face à son appartement, puis je prends une grande inspiration avant de sonner à sa porte. La main tremblante, j’appuie sur le bouton. Je n’ai même pas le temps de souffler que la porte s’ouvre avec énergie sur ma meilleure amie. Un énorme sourire barre son visage et le bras tendu elle m’attire à elle vivement pour me faire entrer.
— Milou ! T’es enfin là ! J’ai bien cru que tu n’arriverais jamais ! J’ai une grande nouvelle à t’annoncer.
Ouais… Moi aussi…
Elle a l’air surexcité, complètement euphorique, et je n’ai pas le temps d’en placer une qu’elle exhibe fièrement devant mon nez sa main qu’elle agite avec frénésie devant moi. À son annulaire trône une pierre blanche gigantesque ! On ne voit que ça ! Elle est tellement grosse que je me demande comment elle fait pour lever sa main jusqu’à mon visage ; ça doit peser une tonne !
— Pierre m’a demandée en mariage !
Ce n’est pas vrai…
Je suis tellement choquée que je reste la bouche grande ouverte, les yeux fixés sur sa bague. Je n’arrive même pas à la féliciter tant je suis surprise. Faut dire que le mariage n’a jamais fait partie de ses plans. Si moi j’ai toujours bien planifié ma vie et mis un point d’honneur à vouloir cocher chaque point de ma liste les uns à la suite des autres, elle a toujours préféré vivre au jour le jour. Et quand, enfant, je rêvais du prince charmant, du mariage, elle s’évertuait à me répéter qu’il faut tester tous les produits du rayon avant de passer à la caisse. Et la voilà fiancée alors que je viens de me faire plaquer.
Elle m’attrape par la main et m’entraîne jusqu’à son canapé. Je me laisse tomber comme un phoque sur le divan et tends le bras pour lui montrer ma bouteille de vin.
— Oh t’es une cheffe, mais j’ai pris du champagne pour fêter la grande nouvelle.
Elle trépigne d’excitation, sautille jusqu’à la cuisine pour revenir quelques secondes plus tard avec deux flûtes et ses bulles. Elle fait sauter le bouchon, laissant par la même occasion un peu de mousse et de liquide dégouliner le long de la bouteille. J’ai tout d’un coup trop chaud, j’ôte ma doudoune et mon écharpe que je n’avais pas encore pris la peine de retirer. J’ai l’impression d’être passée dans la quatrième dimension. Ma meilleure amie, ma copine libérée qui enchaîne les conquêtes et change de mecs au fil des saisons va se marier tandis que moi, je vais finir vieille fille, avec un chat et des livres à l’eau de rose, c’est sûr !
— Alors je te raconte : Pierre m’a invitée dimanche soir au Select.
Au Select ? Non mais vraiment, là plus de doutes, on se moque de moi ! Remarque on est vendredi 13, où est planquée la caméra ? C’est sûr, il doit s’agir d’un canular.
— Il s’est levé de sa chaise, a posé un genou à terre et m’a avoué ses sentiments. Putain, tu aurais vu ma tronche ! rigole-t-elle. J’étais aussi choquée que s’il m’avait révélé être une femme. Ouais car clairement, vu son engin, c’était carrément impossible.
Si habituellement je ris de ses blagues, là je reconnais avoir du mal…
— J’ai d’ailleurs cru qu’il se payait ma tête, mais non ! Quand il a sorti la bague de son écrin de velours rouge, j’ai compris. Il m’aime réellement et est prêt à passer le restant de sa vie avec moi. Du coup, j’ai fait le grand saut et j’ai dit oui.
J’imagine, vu l’énorme diamant qui orne son doigt.
— Mais je pensais que tu étais contre le mariage ? Que ce n’était qu’un moyen pour les hommes de nous avoir à leur botte et de nous forcer à faire toutes leurs tâches ménagères en fermant la bouche ? Et puis d’ailleurs ça fait combien de temps que vous êtes ensemble ?
— Ouais c’est vrai, mais comme on dit, il n’y a que les cons qui ne changent pas d’avis, et puis je dois dire que tu m’as bien vendu la chose ces dernières semaines. En plus, ça fait quatre mois, t’imagine ? C’est bien la première fois que je reste aussi longtemps avec un homme et que je n’ai pas changé en voyant l’automne arriver, d’autant que j’ai généralement du mal à rester fidèle durant l’été ! Mais dis-moi pourquoi tu fais cette tronche ? T’as pas l’air contente pour moi.
Mon cœur se serre, je vois à sa manière de me poser sa question qu’elle est triste et déçue de me voir réagir de cette manière. Bien sûr que je suis heureuse pour elle, c’est ma meilleure amie, elle est comme ma sœur et je ne souhaite que son bonheur. D’autant que Pierre est vraiment un type charmant. D’ailleurs, pour supporter tous ses caprices, il faut l’être ! Je remplis nos deux coupes, lui en donne une et tends la mienne en signe de paix.
— Mais si, ma poule ! À tes fiançailles !!! m’écrié-je en trinquant.
— Assez parlé de moi, c’est quoi cette mine affreuse, ma chérie ? me demande-t-elle en empruntant la voix aigüe de Cristina Cordula.
— Rien, juste une allergie, j’ai croisé un chat.
— Ah bon ? T’es allergique aux chats, c’est nouveau ? doute-t-elle.
— Apparemment, réponds-je avec un haussement d’épaules. Bon sinon, c’est prévu pour quand ?
Je tente de détourner l’attention de moi. Hors de question que je lui confie que je viens de me faire plaquer dans le même restaurant que celui où elle a reçu sa demande. Non ! Lara mérite d’être heureuse et je n’ai aucunement envie de gâcher sa bonne humeur et sa joie. Je lui en parlerai d’ici quelques jours voire quelques semaines quand elle s’étonnera de ne plus entendre parler de Jonathan.
— C’est bien ça le problème… On aimerait faire ça le 9 novembre.
— Je ne vois pas où est le souci, ça vous laisse un peu plus d’un an, c’est super.
— Non, le 9 novembre prochain.
— Tu veux dire dans huit semaines ?
— Oui, dit-elle, confuse.
— Mais pourquoi se marier aussi vite ?
— Écoute, tu le sais aussi bien que moi, chaque minute compte. Pourquoi attendre ? En plus je tiens à ce que ta mère, que je considère comme ma propre mère, soit là et tu te doutes que plus on attend et plus…
— Oui je sais, la coupé-je
Parler de ma mère suffit à me faire monter les larmes aux yeux. J’ai encore du mal à gérer son état qui se dégrade chaque fois que nous nous voyons.
— Et puis avec une témoin comme toi, comment ne pourrais-je pas réussir ce challenge ?
— Tu veux dire… ? dis-je, émue, en pointant un doigt vers moi.
— Bien sûr, banane ! Qui veux-tu que ce soit ? Nous n’en prendrons qu’un chacun et moi je veux que tu sois ma témoin, toi et personne d’autre ! Alors tu acceptes le défi ?
Je n’arrive pas à contenir le flot de larmes qui coule le long de mes joues. J’opine vivement du chef. Elle m’attrape par les épaules et me colle contre sa poitrine pour exprimer sa joie à son tour. Une fois dans ses bras, je me laisse aller et l’euphorie communicative de mon amie est vite remplacée par le vide que je ressens et la tristesse d’avoir perdu l’homme de ma vie, il y a à peine quelques jours.
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Chapitre 3
J’ouvre les yeux avec difficulté et m’aveugle presque en attrapant mon téléphone portable pour voir l’heure qu’il est : 13 h 10 ! Punaise, j’ai dormi comme une véritable marmotte. Je m’étire de tout mon long mais mon ventre se tord d’une façon très désagréable. Je tente de me redresser mais le moindre mouvement provoque une douleur persistante au niveau de mes tempes. Je porte mes mains à mon crâne, comme si ce simple geste allait réussir à faire diminuer ma peine. Pourtant, malheureusement, mis à part sentir la chaleur de mon front contre la paume de ma main froide, je n’obtiens rien.
Argh ! Pourquoi ai-je autant abusé des bulles hier soir ?
Me noyer dans l’alcool était le seul moyen pour ne pas perdre la face et fondre en larmes devant mon amie, même si ce n’est pas forcément dans mes habitudes. J’aime boire un coup de temps en temps mais ne pas être en capacité de maîtriser mes actes et mes paroles ne me plaît pas. Nous avons passé la soirée entière à parler de son futur mariage et j’ai pris soin d’éviter tous les sujets qui pouvaient me concerner. Elle était tellement excitée de tout programmer qu’elle n’a même pas pris la peine de me poser la moindre question personnelle. Si ça avait été un autre jour, je pense que j’aurais boudé d’être ignorée de cette manière, mais là, je l’en remercie.
Je décide de traînasser au lit, j’allume la télé et opte pour une chaîne de vidéo à la demande. Rien de mieux un samedi après-midi que de se mettre un film débile ou une série télé et rester à ne rien faire. En plus après je serai forcée de sortir de ma tanière pour aller faire des courses pour ma mère. Avec joie, ou plutôt avec désespoir, je tombe sur Bridget Jones. Ce film, je l’adore. Hugh Grant et Colin Firth sont carrément trop charmants. Malheureusement, le comique de la situation suffit à me faire monter les larmes aux yeux : moi aussi, à bientôt trente ans, je suis seule !
Je suis célibataire depuis à peine une semaine et me voilà déjà à faire ma larve devant la télé. Je suis pathétique ! Mais affronter ce premier jour de week-end seule est au-dessus de mes forces, je n’ai pas le courage de me lever avec ce mal de crâne horrible et faire comme si de rien n’était. J’ai été larguée, et méchamment ! J’ai bien droit à une petite pause, rester en pyjama au chaud sous la couette et ne pas me confronter à la pluie battante qui tape contre les vitres de mon salon. Alors que je me goinfre de pop-corn en plein milieu de la scène où Hugh Grant alias Daniel Cleaver découvre la magnifique gaine que porte Bridget et que, bien évidemment, comme il s’agit d’un film, il en rigole et ne fuit pas, je sursaute en sentant mon téléphone sonner. Comme une détraquée en manque de son ex-petit ami qui vient de la plaquer, je saute dessus dans l’espoir qu’il ait finalement changé d’avis mais déchante vite en découvrant le nom de Lara s’afficher. J’ai à peine le temps de décrocher que la voix stridente de ma meilleure amie vient me casser les oreilles.
— Milou ! Ça va ? Dis-moi, tu pourrais me passer ton classeur spécial mariage ? J’en aurais bien besoin, je sais pas du tout par où commencer et vu que toi tu notes tout et programmes tout, j’ai bien besoin de ta bible rose.
Son débit est rapide et son volume sonore est plus qu’élevé. Je suis forcée d’éloigner l’appareil de mon oreille pour ne pas risquer de me faire exploser le tympan et finir sourde.
— Hé, tu m’écoutes ? lance-t-elle face à mon absence de réponse.
— Ouais, ouais, désolée, j’ai un peu la gueule de bois donc je te saurais gré d’arrêter de hurler.
— Roh, ça va, hein ! T’as l’air de super humeur, dis donc. Tu t’es levée du mauvais pied ou quoi ? Bon, ton classeur, tu me le files ou pas ?
— Passe en fin d’après-midi et je te le donnerai, laisse-moi juste le temps de le trouver, je ne sais plus où je l’ai fourré.
— T’es la meilleure, je passerai le prendre avant d’aller chez Pierre. Bisou ma poule.
À peine a-t-elle raccroché que je me laisse retomber contre mes coussins moelleux. Mon mal de crâne qui commençait à s’atténuer vient de réapparaître en trombe.
Je laisse quelques minutes passer puis sors enfin de mon lit. J’ouvre le placard de ma chambre et attrape sur la dernière étagère, tout en haut, mon fameux classeur rose. J’ai menti en lui disant que j’allais devoir le chercher car je savais exactement où il se trouvait. Je retourne m’asseoir et ouvre mon précieux, page après page. J’ai commencé ce dossier à l’adolescence et j’y ai toujours noté toutes mes idées, au cas où j’oublierais certaines choses avec le temps. Le type de fleurs, le genre de robe, le style de décoration, la musique d’ouverture du bal… Bref, tout y est répertorié. Je m’amusais même à découper dans les magazines de mariage les pages qui comportaient les modèles que je chérissais. Toute cette époque me paraît si lointaine et à présent c’est à ma meilleure amie que cette bible va servir. Je ne peux m’empêcher de ressentir un léger pincement au cœur. J’espérais tellement pouvoir l’ouvrir prochainement pour moi et pas pour quelqu’un d’autre. Mais Lara mérite d’avoir la plus belle cérémonie qui soit et je pense que tout le travail que j’ai mené durant plusieurs années va lui être utile, d’autant que les délais pour les préparatifs sont extrêmement courts.
Je décide d’aller me préparer avant son arrivée mais quand je sors de ma chambre et jette un œil sur mon salon, je manque de faire une crise cardiaque. Je réalise enfin devant tout ce désastre à quel point je me suis laissée aller ces derniers jours. On pourrait croire qu’une guerre a éclaté dans mon appartement. C’est le souk. J’ai laissé la vaisselle s’accumuler dans l’évier, le pot de glace que j’ai ouvert il y a deux jours est resté sur la table basse, et la crème glacée que contenait la cuillère a fondu contre le joli bois blanc du meuble.
Purée, tout ça ne me ressemble pas !
Pour couronner le tout, dans ma folie, j’ai jeté par terre tous les cadres de Jonathan et moi avec la même ferveur que dans les fêtes grecques, sauf que là clairement ça n’a rien d’une fête. Au final, je retrouve mon sol jonché de morceaux de verre qui risquent de m’entailler les pieds.
Punaise ! Si Lara trouve mon appartement dans cet état elle va très rapidement faire le lien, et ça, c’est juste hors de question.
Je n’ai qu’une solution, me retrousser les manches, attraper un balai et une serpillère et me munir de beaucoup d’huile de coude !
Après avoir passée plusieurs heures à briquer l’appartement de fond en comble, ramassé les bris de verre, jeté la glace à la poubelle et enfin nettoyé puis essuyé la vaisselle, ma maison ressemble enfin à quelque chose de viable. Les deux dames de C’est du propre ! seraient fières de moi.
Je m’accorde une petite pause et m’affale sur mon canapé quand la sonnette retentit. Mince ! Je n’ai même pas le droit à cinq minutes de repos. Je me lève et vais ouvrir. À peine ai-je mis la main sur la poignée que la porte s’ouvre avec fracas et que ma tornade de meilleure amie débarque chez moi.
— Oh ça sent bon ici dis donc ! T’as fait le ménage toi ! Par contre, tu mériterais un petit ravalement de façade, car t’as une de ces têtes !
Bonjour la franchise de Lara ! Cette fille n’a aucun filtre, et si parfois j’apprécie son honnêteté, il serait également agréable par moment qu’elle prenne des pincettes.
— Ma chérie, va vraiment falloir que tu fasses un effort sinon Jonathan va fuir !
Ne pas craquer… Ne pas craquer ! Je m’éloigne d’elle et attrape le classeur que j’avais laissé sur le plan de travail. J’en profite pour essuyer les larmes qui menaçaient de couler du coin de mes yeux avant qu’elle ne les remarque.
— Tiens, lui dis-je en lui tendant mon précieux classeur un peu plus froidement que je ne l’aurais voulu.
— Qu’est-ce qui ne va pas, ma poule ? me sonde-t-elle.
— Rien, t’en fais pas, c’est juste dû au champagne d’hier. La migraine ne m’a pas lâchée.
— Mouais… Viens par-là.
Elle m’attrape par la main et m’incite à m’asseoir près d’elle sur mon canapé. Son regard inquisiteur commence à me mettre mal à l’aise ; elle attend que je lui balance toute la vérité. Mais il en est hors de question ! Il faut que je tienne bon ! Si je lui dis tout, elle va forcément, d’une, aller foutre son poing dans la tronche de mon ex – ce qui ne serait pas pour me déplaire, après tout – mais surtout elle va se focaliser sur ma situation et mettre ses préparatifs de côté. Car Lara est comme ça, malgré son excentricité et sa folie, elle a un cœur énorme et fait passer le bien-être des autres, et surtout le mien, avant tout le reste.
— Écoute Milou, j’ai très bien vu ce qui clochait, tu peux tout me dire, je ne t’en voudrais pas.
— Mais…
— Il n’y a pas de mais, me coupe-t-elle. T’as simplement un peu les boules car Pierre m’a fait sa demande avant Jonathan, et je suis sûre qu’au fond de toi, inconsciemment, tu penses que je vais t’oublier une fois la bague au doigt. Mais rassure-toi. Rien ne changera entre nous, toi et moi c’est pour la vie, et ce n’est certainement pas une bite qui va changer cela.
Je ne peux m’empêcher de rire et de sauter sur son prétexte pour ne pas lui avouer toute la vérité. Je souffle un bon coup en la prenant dans mes bras. Il est vrai que j’ai eu légèrement peur quand elle a commencé sa tirade en empruntant une voix solennelle et en me regardant, pleine de compassion. Je sais qu’elle a un instinct infaillible même si, pour le coup, elle fait complètement fausse route.
— Oui, tu as raison. J’avoue que j’ai un peu peur que les choses changent.
— N’aie aucune crainte, j’enverrai Pierre le vendredi soir voir son pote Nate, et nous, on continuera à se faire nos soirées télé. Rien ne changera !
— Ouais, sauf que nos soirées alcool à gogo, chips guacamole et programme débile va vite se transformer en coca, concombre et marmot qui court à tout va dans le salon avec La Reine des neiges en fond sonore.
— Beurk ! Parle pas de malheur ! Ce n’est pas parce que je me marie que je suis prête à me faire engrosser ! On va attendre encore un peu pour ces conneries !
Nous rigolons pendant plusieurs minutes et elle en profite pour m’aider à descendre une bouteille de vin avant de rejoindre son futur mari et de me laisser seule avec l’alcool et la télé comme unique compagnie.
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Vous avez terminé Des vacances à mon coeur
Célia Haden