Des vacances à mon coeur

Célia Haden · Chapitre 16 sur 56

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Des vacances à mon coeur

Chapitre 15 - Loïc

CHAPITRE 15

 

 

Loïc

 

J’empoigne le téléphone avec brutalité, inquiet que l’interlocutrice ait raccroché sans que je sache la raison de son appel.

— Louane ? Tu es toujours là ?

— Oui, oui, bonjour M. Briac, me répond la jeune fille à l’autre bout de la ligne d’une petite voix gênée. Je suis désolée de vous déranger sur votre lieu de travail.

— Ce n’est rien. Que se passe-t-il ? Un problème avec Emma ?

Pendant les dix minutes qui suivent, je l’écoute me rassurer sur le fait que ma fille se porte comme un charme. Du moins depuis ce matin, quand elle l’a déposée, devant portail de l’école. Mais son annonce me fait le même effet qu’une bombe qu’on aurait glissée dans mon estomac. Les questions se bousculent dans mon esprit. Comment je vais faire ? Je n’ai pas besoin de ce nouveau coup du sort, surtout en ce moment.

— Monsieur Briac, monsieur Briac, vous m’entendez, me sort de mes songes Louane.

— Excuse-moi, je réfléchissais.

— Vraiment, je suis désolée, j’imagine que cela ne va pas être simple pour vous avec le garage.

— Tu n’y es pour rien. Écoute, prends soin de toi surtout. Et recontacte-moi quand tu seras rétablie.

— Vous pourrez faire un gros bisou de ma part à Emma ? demande-t-elle timidement.

— Bien entendu. À bientôt, Louane.

En raccrochant, je bascule ma tête en arrière dans un geste de lassitude profond. Les ennuis s’accumulent. Je me demande quand la chaîne prendra fin.

— Un problème ? me souffle une voix féminine.

Je redresse le visage, constatant que Lila est restée pendant mon échange. Concentré sur les propos de Louane, je n’avais pas prêté attention à sa présence. Je ne sais pas ce que renvoie mon regard, mais ses traits à elle soulignent la curiosité et l’inquiétude. La même que je porte au fond de moi. Un souci de plus à régler.

— C’était ma baby-sitter. Elle s’est blessée à la jambe et se retrouve immobilisée pendant quelques semaines. Elle s’occupe d’Emma tous les soirs après l’école, les mercredis et dès que j’en ai besoin en fait. Je ne sais pas ce que je ferais sans elle. Ma fille est habituée à elle, et je vais devoir trouver une solution très rapidement, lui expliqué-je en me levant.

Marcher m’a toujours aidé à y voir plus clair, je commence à faire des allers-retours devant mon bureau.

— Mince, je suis désolée.

— C’est gentil, mais il faut croire que le karma n’est pas en ma faveur en ce moment.

Je continue mes cent pas, blasé, quand une lumière vient éclairer mon esprit.

— Rose, m’écrié-je, soulagé. Voilà, je vais demander à Rose de me dépanner le temps de trouver une solution. Pour ce soir et la fin de la semaine, j’irai chercher Emma à l’école, je lui demanderai pour demain et samedi. C’est réglé.

— Eh bien... je suis navrée de mettre fin à tes espoirs. Malheureusement, Rose s’est absentée pour quelques jours. Elle est partie ce matin chez sa sœur il me semble et ne doit rentrer qu’à la fin de la semaine si je ne me trompe pas.

— Arf, tu as raison, elle m’en avait parlé. Sa sœur vit dans les Pyrénées. Rose y part chaque année pour un séjour de randonnées à la montagne avant l’arrivée des touristes. Que je suis con. Je peux essayer de voir avec une maman de l’école ou…

— Moi !

— Pardon ?

J’ai dû mal comprendre.

— Écoute Emma semble être une petite fille adorable. Je pourrais la garder cette semaine si tu veux. Le temps que tu trouves une solution.

— T’as déjà fait ça toi, je veux dire garder des enfants ? m’enquiers-je, sceptique.

— Je vais mettre ton pessimisme qui n’a aucune justification valable sur le compte de l’embarras de ta situation et surtout sur l’inquiétude touchante pour ta petite fille, balaye-t-elle d’un revers de la main. Néanmoins, et pour ta gouverne, sache que je suis l’heureuse tante de trois garnements qui ont entre quatre et douze ans. Ma sœur me les confie régulièrement. À ma connaissance, aucun mauvais traitement n’a été signalé à mon encontre, ils sont toujours en vie et, ô miracle, tu ne vas pas y croire, truc de dingue, ils réclament souvent de venir chez moi. C’est fou, non ? ajoute-t-elle avec un sourire narquois, me clouant ainsi le bec de la plus belle des manières.

 

Je retiens mon fou rire dans un grattement de gorge peu subtil face à son air de conquérante victorieuse. Si j’apprécie la pousser à bout, je dois avouer que j’apprécie moyennement être remis à ma place. Pourtant, je n’ai pas le luxe d’être fier. Après tout, elle a raison, ce n’est pas comme si j’avais d’autres options qui se présentent à moi. Et puis, Emma et elle se sont bien entendues dimanche. Ma fille n’a cessé de me rabâcher les oreilles avec Lila depuis leur rencontre. Résigné, je lui glisse donc ma réponse.

— C’est d’accord, marmonné-je en toussant, peu enclin à admettre tout de même mes torts.

— Pardon, je n’ai pas bien entendu, me chambre-t-elle en décollant exagérément son oreille.

— J’ai dit d’accord. C’est entendu pour te confier Emma.

— Tu vois, ce n’était pas si difficile, se moque-t-elle gaiement. Ne t’inquiète pas, je vais la choyer cette petite.

— Ouais, comme Marguerite, baragouiné-je dans mon poing étouffé malgré moi.

— Qu’as-tu dit ?

— Je disais qu’elle adore les frites.

Elle n’a certes pas compris mes mots, mais mon visage trahit ma moquerie et provoque chez elle un froncement de sourcils.

Je prends soudain conscience que, en l’espace de deux jours, Lila me sauve de problèmes bien épineux, et ce, sans aucune contrepartie. Elle a tout bonnement refusé que nous évoquions un salaire compte tenu de la situation du garage, mais cette fois hors de question qu’elle prenne soin de ma fille sans être remerciée.

— Écoute Lila, pour ce qui est de ta rémunération…

— Avant de te lancer dans un débat stérile sur le montant d’honoraires que clairement je vais refuser, j’ai un deal à te proposer.

— Un deal ?

— Oui un deal, tu sais le mot anglais. Un marché, un compromis, un accord si tu préfères.

— Merci, j’avais compris.

Cette femme aura ma peau. Elle a beau se foutre de moi je suis curieux d’entendre sa proposition, et la lueur amusée dans ce regard m’indique qu’elle le sait.

— Donc je disais, continue-t-elle sans prêter attention à mon haussement de sourcil face à l’attente fébrile de son annonce, je te propose de travailler au garage et de garder Emma, tant que je serai ici, en échange de deux choses.

— Lesquelles ?

— Premièrement, tu acceptes de prendre à ta charge en intégralité les pièces et la main-d’œuvre concernant la réparation de ma Marguerite.

— Accordé, c’est un minimum, lui réponds-je avec enthousiasme. La seconde ?

— Deuxièmement, dit-elle en souriant, tu t’engages à ne plus être bougon en ma compagnie, ni même me faire de réflexion sur quoi que ce soit, y compris mon retard imaginaire.

— Mais tu étais en retard, m’écrié-je, stupéfait.

Elle balaye d’un revers de la main ma remarque, geste qu’elle semble pratiquer à outrance quand quelque chose l’ennuie. Cette proposition me semble juste, honnête et peu discutable.

— Alors deal ?

J’observe sa main droite tendue vers moi pour valider notre marché.

Saurai-je attendrir mon côté ours pour elle ?

Et si, en scellant cet accord, je ne prenais pas un risque plus grand que je ne l’imagine ?

Ai-je vraiment le choix ?

Alors, je me redresse et effectue quelques pas pour être à sa portée. Devant Lila qui ne porte pas de talons, je prends une conscience aiguë de notre différence de taille. Pourtant, elle ne quitte ni sa position ni mon regard. Têtue ou fière… comme moi, pensé-je.

— Deal, affirmé-je.

Ma main vient rejoindre la sienne dans un geste ferme et doux à la fois. Mes yeux fixent les siens pour affirmer mon acceptation et ma détermination. Je tente d’ignorer les picotements d’électricité qui parcourent ma peau au contact de la sienne, mais son expression troublée prouve qu’elle ressent la même chose. Je me secoue dans une volonté de me concentrer sur l’essentiel : ma fille, qui a désormais une nouvelle nounou. Cette jeune femme différente qui semble réveiller l’homme en moi.

 

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