Des vacances à mon coeur

Célia Haden · Chapitre 31 sur 56

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Des vacances à mon coeur

Chapitre 30 - Lila

CHAPITRE 30

 

 

Lila

 

Nous sommes tous amassés dans l’entrée de l’auberge, nous regardant en chiens de faïence. Si j’avais dix-huit ans, nous pourrions nous croire à ma soirée de bal de promo tant la scène est comique. M’entourant comme des parents protecteurs et fiers de leur progéniture, Gaspard et Rose sont postés à mes côtés tandis que Loïc et Emma nous font face. La petite monopolise l’attention des adultes nous contant ses péripéties de sa journée d’école pendant que son père ne me quitte pas du regard. Je dirais même que ses yeux me dévorent. Si j’avais su qu’un simple jean pouvait avoir un tel effet sur les hommes, j’aurais peut-être revu mes préférences vestimentaires plus tôt.

Face à l’intensité de ses iris posés sur moi, je sens mes joues rosir. Des images de la veille envahissent mon esprit. Ce qui ne semble pas lui échapper, puisqu’un sourire vient orner le coin de sa bouche. Mes pensées déviantes sont brutalement interrompues par la voix d’Emma, qui sait toujours nous mettre face à nos responsabilités.

— Lila, est-ce que tu vas dormir dans notre maison cette nuit ?

Hein ? Oh mon Dieu, vous la sentez venir la bourde, vous aussi !

— Je… je ne sais pas, Emma, balbutié-je, inquiète, en jetant un œil à Loïc qui retient son fou rire.

J’ai envie de le taper pour faire cesser son sourire idiot et surtout de lui ordonner de faire taire cette chipie, mais mon œillade assassine n’a aucun effet sur lui. Crédibilité zéro, totalement injuste !

— Si tu es trop fatiguée, je peux te prêter mon lit si tu veux. Parce que moi, ben ce soir, tu sais, je dors chez Mamie Rose, même que j’aurai un lit de grand pour moi toute seule. Et pis toi, tu peux aller dans mon lit. Comme ça, t’as pas besoin de dormir encore avec papa.

Misère de misère ! Un trou s’il vous plaît pour me cacher, genre tout de suite. Et du scotch, ouais du scotch, pour faire taire cette petite cafteuse ! C’est officiel, mes joues ne doivent plus être roses, mais rouges. Aussi rouges qu’un coquelicot. Ma bouche s’entrouvre dans une volonté de répondre, mais les mots me manquent. J’observe discrètement mes hôtes, espérant qu’ils n’aient pas compris ce que cette petite chipie vient de dévoiler, mais c’est peine perdue. Le sourire complice qu’ils échangent me prouve le contraire.

— En plus papa, il doit prendre toute la place dans le…

— On y va, nous, l’interrompt Loïc avant qu’elle ne finisse par raconter d’autres détails à Rose et Gaspard.

Nul doute qu’elle le fera s’ils l’interrogent, mais j’aime autant ne pas être présente pour assister à cette confidence.

Il s’accroupit à la hauteur d’Emma et lui donne quelques recommandations durant quelques minutes avant que tous deux ne s’enlacent dans un câlin affectueux. La scène nous impose le silence en raison de la tendre affection qui se dégage de ce duo rarement séparé. Loïc finit par se relever et m’interpelle.

— On est partis. Tu as ta veste ?

— Oui, confirmé-je lui présentant la seule que j’ai emportée avec moi.

— Tu n’as rien de plus chaud ? me demande-t-il soucieux.

Les questions se bousculent à nouveau dans mon esprit. Qu’a-t-il prévu qui nécessite autant de précautions ?

— C’est à dire que…

— Je peux lui en prêter une, si tu veux, propose Rose.

J’étudie son visage, soupçonneuse. Serait-elle informée de notre programme de ce soir ? Flûte, j’aurais davantage dû la travailler au corps.

— Non ça ira, merci Rose, j’ai un plaid dans la voiture, ça devrait le faire.

Ma tête alterne entre lui et elle, les yeux plissés, cherchant à saisir ce qui m’échappe.

— Allez, on file avant que Lila ne retrouve sa langue et ne t’inonde des questions qui gambergent dans son cerveau à l’heure actuelle. Sa tête va finir par exploser tant ça fume là-dedans, se moque-t-il.

— Eh, me révolté-je. Waouh ! Quelle répartie Lila, magnifique !

— Tiens, ajoute Rose en lui tendant un parapluie. Ça peut vous servir. Les mésanges ont chanté, il risque de pleuvoir ce soir.

— Mais non, arrête avec tes bêtises, ne nous porte pas la poisse, il a fait beau toute la journée.

— Enfin, on est quand même en Bretagne, marmonné-je entre mes dents, pensant être discrète. Malheureusement pour moi, toutes les têtes se tournent sur moi et me fusillent du regard. Flûte ! Quelle grande bouche aussi. Bon, on y va, clos-je avec un grand sourire en me dirigeant vers la porte d’entrée.

Nous finissons enfin par quitter l’auberge. Loïc m’ouvre la portière comme un gentleman, en exagérant la position, ce qui a le don de me faire rire et de détendre l’atmosphère. Nous roulons durant quelques instants avant que je n’ose le questionner.

— Et donc, où m’emmènes-tu ?

Il explose de rire si fort que je l’accompagne, bien que j’en ignore les raisons.

— Quoi ? lui demandé-je étonnée.

— Deux minutes. Tu n’as même pas tenu deux minutes.

Je me renfrogne dans mon siège, la moue boudeuse. Mais il vient saisir ma main et y glisser de tendres baisers, faisant fuir instantanément ma bouderie.

— Oh allez, c’était facile. Ne t’inquiète pas, tu le sauras bien vite. Nous sommes presque arrivés, ajoute-t-il en me lançant un regard déterminé.

Sentir sa bouche contre peau et le poids de ses iris sur moi me donne des papillons dans le ventre, je songe à la nuit dernière et sens mes joues se colorer d’embarras ou… d’envie, je ne sais plus.

Lorsqu’il se gare, j’ai pleine vue sur la mer qui se présente à moi sur l’une des plages de Saint-Malo. Une nouvelle pour moi qui n’en ai que peu visitées depuis mon arrivée, Gaspard m’ayant emmenée dans une ville à proximité.

— Tu m’amènes à la plage ? C’est ici, notre premier rendez-vous ?

Il acquiesce avec nervosité et je me rends compte de la portée de mes mots.

— Cela ne te plaît pas ?

— Au contraire, le rassuré-je d’un grand sourire en venant à nouveau serrer sa main qu’il a reposée sur le levier de vitesses. C’est parfait.

C’est bête, mais je me sens soudain soulagée. Bien sûr, j’aurais accepté sans rechigner l’invitation dans un resto chic, mais cela ne lui correspond pas vraiment. Qu’il ait pris la décision d’une simple soirée à la plage me convient mieux. Elle est à l’image de l’homme simple que je me fais de Loïc. Enfin simple dans sa façon de vivre, j’entends. Évidemment, nous ne parlerons pas de son caractère.

 

Comme un vrai gentleman, il vient m’ouvrir la portière, et après avoir pris un grand panier dans le coffre, me guide vers la plage. Il m’indique qu’il s’agit de la plage Bon-Secours et qu’elle est réputée pour son spot. Je le laisse m’entraîner tandis qu’il prend ma main en plongeant mon regard droit devant moi.

Lorsque nous nous asseyons sur la couverture qu’il étend sous nos pieds, je prends réellement conscience de la vue. Se dresse devant moi une petite piscine d’eau de mer visible grâce au retrait de la marée. J’imagine le plaisir des enfants et des adolescents de s’y baigner en journée. Mais ce qui m’interpelle le plus, c’est cet horizon, splendide ! Se dresse entre de gros rochers la magnifique perspective d’une ville. Cela me fait d’ailleurs penser de loin au Mont-Saint-Michel, que je devais visiter. J’interroge Loïc.

— Où est-ce, en face ?

— C’est Dinard.

Il regarde au loin et sourit comme s’il était heureux que je la découvre avec lui.

— J’adore ma ville, tu sais, et j’aurais du mal à te citer un seul et unique endroit que je préfère. Mais ici, le soir, c’est un lieu où j’aime me recueillir quand je le peux. Quand le soleil se couche sur la jetée, il offre un panorama unique dont je ne me lasse pas.

 

Pendant qu’il me confie son attachement à ces lieux, j’observe son visage. Depuis que je le connais, je ne crois pas l’avoir déjà vu aussi détendu. La veine souvent tendue de son front n’est, ce soir, pas visible. Je n’avais pas encore remarqué cette petite cicatrice qui orne son sourcil droit. Ni prêté attention à la légère imperfection de son nez qui me laisse à penser à une fracture passée. Ses petits défauts le rendent plus vrai et plus beau encore. Mes yeux sont attirés comme des aimants par son regard vif. Jamais je n’ai croisé de prunelles aussi noires et pourtant si expressives et silencieuses à la fois. Je termine mon exploration par sa bouche. Je n’oublie pas ses lèvres, charnues et douces qui m’ont touché et mené au plaisir. Je sens mes pensées vagabonder vers les souvenirs de notre nuit, mes joues s’échauffent.

 

— Je serai curieux de savoir à quoi tu penses, affirme un Loïc, sourire au coin des lèvres. Sa taquinerie me sort de ma contemplation. Je baisse la tête pour cacher ma gêne d’avoir été prise en pleine scène de « reluquage », une nouvelle fois.

— À rien, rien du tout, mens-je.

— Allez, on trinque, me sauve-t-il en coupant court à ce drôle d’échange.

Il me tend un verre dans lequel il vient de servir un vin rouge. Bizarrement, j’aurais pensé à un verre de cidre ou d’une spécialité de la région. Mais en bonne Angevine que je suis, je ne dis jamais non à un bon petit verre de rouge.

— À quoi trinquons-nous ? dis-je en le saisissant.

Ses iris plongent dans les miens avec une intensité qui me fait vaciller. À nouveau, je me perds dans la nuance si particulière de ses yeux. Me demandant ce qu’elle souhaite me transmettre. Quand il me regarde ainsi, comme s’il voyait au plus profond de mon âme, je me sens redevenir moi. La vraie Lila.

— Aux secondes chances que la vie nous offre, clame-t-il avec certitude et douceur.

Une part de moi n’a qu’une envie, laisser éclore le bourgeon qui s’est forgé entre nous. Voir quelle jolie fleur il va composer. Alors, je fais tinter mon verre contre le sien, un sourire béat posté sur mes lèvres, en acquiesçant à son affirmation plus qu’en prononçant des mots.

Aux secondes chances.

Et s’il était ma seconde chance ?

 

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