Des vacances à mon coeur

Célia Haden · Chapitre 5 sur 56

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Des vacances à mon coeur

Chapitre 4 - Lila

CHAPITRE 4

 

 

Lila

 

Le trajet se passe dans un silence de plomb. Autant dire qu’il a bien compris à mon regard qu’il ne faut pas me chercher. Et que ma bouche va désormais rester scellée. Non, mais ! Foi de Picard, on ne m’insulte pas comme ça sans en payer les foudres. Qu’importe son regard, ses yeux intenses, son petit cul ferme, ses bras… Stop Lila ! Enfin, bref, on ne m’insulte pas, point ! Il a de la chance, j’ai besoin de lui pour sauver Marguerite.

Arrivée au garage, je descends rapidement de la dépanneuse en évitant soigneusement de chuter, vu la hauteur de la cabine. Mon dépanneur me prend déjà pour une attardée, autant ne pas lui donner de munitions supplémentaires. Il m’explique, d’un ton toujours aussi peu avenant, qu’il va examiner rapidement le véhicule. Rapidement, j’ai bien compris oui, la plage l’attend avec sa compagne. Pour le café et le magazine dans la salle d’attente, on repassera. Aucune directive ne m’est laissée. Communication zéro. Apparemment, je dois me débrouiller et passer le temps comme bon me semble, puisque monsieur ne s’en préoccupe guère. Ah, ce qu’il m’agace ! En plus, j’ai faim, alors une Lila Picard l’estomac vide n’est pas vraiment de bonne composition. Avec tout ça, j’ai sauté l’heure du déjeuner, un comble ! Je laisse mes affaires en plan et pars d’un pas rageur à l’extérieur du garage pendant qu’il manœuvre ma Marguerite dans son atelier en songeant à ses mots prononcés plus tôt.

— Nom d’une purée de bois, je t’en ficherai moi, d’une incapable ! Et « Vous avez votre permis ? » l’imité-je d’une voix grave. Ben oui, évidemment crétin ! Et comment je pouvais savoir moi ? Je peste en m’éloignant assez loin du garage pour ne pas être entendu de ce rustre. Mer...credi de Pâques va, ils ne peuvent pas mettre une étiquette dessus aussi. C’est pas compliqué. Ben nooon, ils laissent les conducteurs se débrouiller tout seul. Vous achetez une voiture et faut deviner le carburant. Alors, on vous met quoi madame Picard aujourd’hui, essence ou diesel ? Attendez, j’hésite, je fais un pique-nique douille pour savoir : diesel… ? Perdu ! Vous perdez mille euros et repartez à la case prison sans passer par la case départ. Rhô, qu’il m’énerve ce… ce monsieur muscle du dimanche,

ronchonné-je en tapant des pieds. Espèce de... de… anthropopithèque !!1

Le rire d’une enfant me stoppe dans ma tirade enflammée.

Je me retourne et l’aperçois, postée là, en face de moi, à m’observer. Une petite fille dont les yeux noirs me fixent avec curiosité. Son sourire éclatant dévoile ses petites dents et ses fossettes. Ses couettes défaites pendouillent de chaque côté de sa tête. Habillée d’une belle jupe tutu doré, j’ai envie de rire en constatant le contraste avec son tee-shirt taché à de multiples endroits. La demoiselle est une casse-cou, j’en mettrai ma main à couper. Enfin, je parierais si je n’étais pas si gênée qu’elle puisse avoir été témoin de mon élan d’énervement. Je baisse la tête en soupirant. Arf. Et la médaille du bon exemple revient, Mesdames et Messieurs, à… Lila Picard !

— T’es trop drôle.

— Ah oui, tu trouves ? la questionné-je en levant un sourcil.

— Tu dis que des bêtises, pouffe-t-elle d’une main sur la bouche.

— Vois-tu, jeune fille… tu permets que je t’appelle jeune fille ?

— Ben je m’appelle Emma, énonce-t-elle fièrement comme si cela tombait sous le sens. Et lui, c’est Monsieur Bernard.

J’observe son doudou lapin usé à l’oreille coupée et lui réponds comme si c’était une personne comme une autre. Je sais que les enfants tiennent à ce petit compagnon.

— Enchantée Emma, bonjour Monsieur Bernard. Moi c’est Lila. Donc tu vois Emma, continué-je, mon papa nous a appris que lorsqu’on est énervé, plutôt que de dire des vilains mots pas très jolis jolis, mieux vaut en rire par des formules rigolotes. Il est comme ça mon papa. Lui aussi, il dit souvent n’importe quoi, tu sais, ris-je.

— Mon papa à moi, il dit toujours qu’il faut pas dire des gros mots sinon ça salit la bouche. Et moi je veux pas avoir des microbes dans la bouche, beurk ah ça non.

— Il a raison ton papa. Je suis désolée, (même si, entre nous, je n’ai pas vraiment envie d’excuser mes pensées pour ce… ce… enfin lui quoi !) je ne devrais pas parler comme ça.

Rire avec cette petite fille est une vraie bouffée d’oxygène dans cette journée catastrophique. Mais une pensée me vient soudain.

— Dis-moi, qu’est-ce que tu fais ici toute seule ?

— Je suis pas toute seule, se moque-t-elle comme si c’était évident. (Emma, tu m’excuses, mais là si un peu quand même, pensé-je en vérifiant autour de moi). Mon papa, il est là-bas.

De sa petite main elle me désigne le garage.

— Ah toi aussi il a sa voiture en panne. Ben bon courage à lui, parce que le mécano, il a l’air bien ronchonchon aujourd’hui. J’espère qu’il va sauver ma Marguerite.

— C’est qui Marguerite ?

— C’est ma voiture pardi, je vais te la montrer si tu veux et on va aller voir ton papa. Tu vas voir, elle est trop belle ma voiture.

— Ta voiture elle s’appelle Marguerite, pouffe-t-elle à nouveau.

Décidément à croire que je suis très drôle. Un anniversaire, une fête de famille ? Mesdames et Messieurs, je vous propose mes services auprès de vos enfants, fou rire garanti.

Nous entrons dans l’enceinte du garage où Loïc, je crois que c’est son prénom, referme justement le capot de ma voiture.

— Emma, où étais-tu passée ? Je t’ai déjà dit de ne pas rester toute seule, gronde-t-il.

— Mais j’étais pas toute seule Papa. Papa ?! Oh misère ! J’étais avec Lila, répond l’intrépide en me désignant de ses petits doigts.

— Je ne veux pas le savoir, tu devais rester avec Louane en mon absence, tu le sais. La pauvre te cherche partout dans le garage.

Et pendant ce temps-là, moi je crachais sur son père, génial. Elle va me dénoncer et adieu mes réparations.

— Oui, mais je m’ennuie, moi. T’avais dit qu’on irait à la plage, soupire-t-elle avec sa tête de chien battu.

Flûte. Je me sens bien penaude d’un coup. C’est ma faute, ça. Finalement, il n’a pas l’air si méchant ce mécano. En tout cas, il semble être un papa adorable avec sa fille, et j’avoue que je trouve ça craquant.

— Je sais ma puce. J’ai terminé avec la voiture de la dame. On va pouvoir y aller.

— C’est pas une dame Papa, c’est Lila, le contre-t-elle avec assurance.

— Emma, la prévient-il en fronçant les sourcils.

— Vous avez réparé Marguerite ? le questionné-je avec espoir.

— Qui ça ?

— Sa voiture, rétorque Emma comme l’évidence même en levant les yeux au ciel.

Ah je l’aime bien cette petite, elle comprend vite. Je lui adresse un clin d’œil de connivence.

— Non, il faudra attendre demain pour cela. J’ai des pièces à changer et je dois me renseigner auprès des fournisseurs pour connaître leurs disponibilités. Aujourd’hui, on est dimanche, tout est fermé. Sans blague.

— Comment je vais faire ?

Je commence à paniquer. Sans voiture, me voici bloquée ici et ce n’est pas vraiment le programme initial. J’espère que ce mécano pourra me trouver une solution. Malheureusement, mes espoirs sont vite réduits à néant quand il m’envoie une nouvelle fois sur les roses.

— Écoutez, c’est comme ça. Je veux profiter de ma fille sur mon jour de repos, si vous le permettez, alors repassez demain.

Je m’apprête à acquiescer et m’excuser, consciente qu’il en a déjà fait beaucoup, quand la petite Emma décide de nous partager son point de vue.

— Dis donc Papa, elle a raison Lila, tu es un mécano ronchonchon aujourd’hui.

Oh misère, un trou s’il vous plaît dans lequel je peux me terrer, disons… tout de suite ? J’ai envie de me donner une bonne claque de n’avoir pas su, une nouvelle fois, tourner ma langue avant de parler. Je sens mes joues rosir d’embarras.

J’ose un regard penaud vers Loïc dans la crainte de sa réaction. Nos yeux se croisent, sa manière de me scruter suffit à déclencher une onde de chaleur au plus profond de mon être, mais ce qui me surprend à cet instant, ce sont les traits de son visage, soudain plus détendus. Je redresse la tête, étonnée, en le voyant me dévisager un grand sourire collé aux lèvres. What ? Qu’est-ce qui lui prend tout d’un coup ?

De sa main tendue, il finit par rompre le silence maladroit qui nous entoure.

— On reprend à zéro si vous le voulez bien. Je me présente, Loïc Briac, propriétaire de ce garage, père de cette petite maligne et dépanneur ronchonchon à ses heures perdues, annonce-t-il malicieusement.

Je souffle un bon coup, soulagée qu’il ne semble pas me porter rigueur de tels propos à son égard. Mais surtout satisfaite de constater que cet homme, si froid au demeurant, sait apparemment pratiquer l’humour. Je décide donc à mon tour de baisser les armes et de me présenter dans les formes.

— Lila Picard, nouvelle aventurière depuis ce matin, novice en carte routière et étourdie en plein d’essence, répliqué-je dans un sourire en lui serrant la main.

Le contact de sa peau contre la mienne me provoque une réaction surprenante, je ne saurai dire réellement laquelle. Je retire brusquement mes doigts, comme s’ils m’avaient brûlé. Nos regards s’aimantent, surpris l’un et l’autre de cet échange. C’était quoi ça ?

Qui êtes-vous, monsieur Loïc Briac ?

— Papaaa, on va à la plage ?

Fin de cet intermède, rien de tel qu’une enfant impatiente pour vous rappeler à l’ordre.

— Oui, on y va ma chérie.

— Tu viens avec nous Lila ? me demande la petite.

Je dois dire non. D’une part, car la demande émane d’une petite haute comme trois pommes, que d’autre part, envahir ce duo familial surprenant plus que je ne l’ai déjà fait semble une très mauvaise idée. Enfin, je risque encore de faire des bourdes plus grosses que moi. Le coup de l’insulte à son père, avouez que c’était pas mal. Mais vous commencez à bien me connaître, je peux faire mieux, beaucoup mieux.

Alors pourquoi, j’ai soudainement envie d’accepter ?

Et puis, qu’est-ce qui pourrait m’arriver de pire que ce que j’ai déjà vécu ?

 

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1. Note de l’auteure : je vous imagine à essayer de le prononcer et je ris déjà. Qu’est-ce qu’un

 

anthropopithèque ? C’est un être préhistorique mi-homme mi-singe.

 

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