Des vacances à mon coeur

Célia Haden · Chapitre 33 sur 56

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Des vacances à mon coeur

Chapitre 32 - Lila - Deux ans plus tôt

CHAPITRE 32

 

Lila

 

Deux ans plus tôt

 

Deux traits.

Positif.

Enceinte.

Je suis enceinte. Je n’arrive pas à y croire !

Cette sensation de me dire qu’un petit être grandit au creux de mon ventre m’emplit d’une joie incommensurable. J’en venais à douter que ce jour arriverait et pourtant, les preuves sont là, devant moi. J’ai l’impression que des étoiles ont investi ma tête et mon cœur tant je ne fais que songer à ce futur bébé. Ma main vient caresser la peau de mon abdomen dont on ne soupçonne pas encore ce qu’il recèle. J’ai hâte de le voir se développer.

 

Je suis tellement contente et pourtant, au fond de moi, la peur me tenaille. J’ai beau savoir depuis quinze jours maintenant qu’un embryon a fait son nid au sein de mon corps, je peine à le réaliser. Alors, de crainte d’avoir rêvé cette nouvelle, je regarde encore et encore ces nombreux tests réalisés que j’ai gardés précieusement. Trois tests positifs se dressent dans ma main. Le constat est sans appel et pourtant je crains que la visite chez le Dr Garbin dans quelques minutes balaye en un rien de temps mes espoirs faiblement retrouvés.

J’ai du mal à réaliser que nous y sommes arrivés ! Après ces mois de traitement, de rendez-vous médicaux, ces déceptions à répétition, ces douleurs à gérer et ces hésitations sur les choix à faire pour mon corps.

 

Il y a plus d’un an désormais, j’ai appris que je souffrais d’endométriose. Le diagnostic est tombé comme un couperet et m’a laissée pantoise durant quelques jours. J’avais entendu parler de cette maladie bien sûr, mais je ne me pensais pas concernée. Du moins, jamais je ne m’étais pas posée la question avant que nous entamions nos essais bébé. Et pourtant, je me demande encore pourquoi je n’ai jamais parlé à mon père de ces douleurs qui me clouaient le ventre lors de mes cycles.

À l’adolescence, je n’avais pas ma mère pour me guider et ma sœur, seulement âgée de quelques années de plus que moi, n’était pas assez mûre pour comprendre que ce n’était pas normal de souffrir à ce point durant une simple étape hormonale. Alors, j’ai grandi avec la conviction que règles et douleurs allaient forcément de pair jusqu’à ma rencontre avec Romain.

 

Ensemble depuis quelques années, je me protégeais évidemment. J’utilisais un contraceptif sous forme de pilule permanente. Elle avait l’avantage de supprimer mes règles, c’était pratique. Dès lors, je n’avais plus connu ces douleurs depuis longtemps. Si Romain ne m’avait pas alertée, peut-être n’en aurais-je jamais parlé à un médecin, de crainte d’être jugée. Sans doute, avais-je peur qu’on puisse dire que j’exagérais ou étais une petite chose fragile qui se plaignait pour pas grand-chose.

Mais je ne mentais pas !

Le docteur Garbin m’a écoutée et m’a comprise.

Il m’a expliqué les conséquences, les risques et les traitements de la maladie. Grâce à lui, j’ai compris pourquoi je peinais à faire naître au creux de mon ventre ce petit nous. Si mettre des mots sur la cause de mon infertilité a pu me soulager, la culpabilité n’en est pas moins pesante.

 

Car Romain, lui, ne souffre d’aucune pathologie. Seul mon corps est défaillant et nous empêchait de concevoir un enfant comme bon nombre de couples. Je n’ai pas choisi mon anatomie, simple association des gènes de mes parents et des facteurs familiaux que je porte, pourtant, j’ai le sentiment d’être responsable de ce qui m’arrive. Depuis des mois, je portais ma croix en silence.

Mais grâce au docteur Garbin, nous avons établi un protocole de soins pour favoriser cette grossesse que Romain et moi désirions plus que tout. Il nous a présenté toutes les options qui se présentaient à moi, allant même jusqu’à dresser des scénarios les plus noirs. Malgré notre jeune âge, j’ai eu peur. Je ne voulais pas perdre de temps et ai refusé une éventuelle opération qui pouvait certes me soulager mais retarderait notre projet.

Puisque le stade de ma maladie me le permettait, j’ai accepté les stimulations hormonales pour favoriser mon ovulation, malgré les douleurs que cela a engendrées. Être enceinte aujourd’hui me prouve que j’ai fait le bon choix, même si cela ne l’a pas été sans mal. Quand je pense aux étapes suivantes qu’avait évoqué le médecin, une part de moi se sent rassurée de ne pas avoir à vivre un parcours encore plus difficile.

— On y va Lila, m’appelle Romain que j’entends arriver à l’autre bout du couloir.

Je range précipitamment mes tests dans ma table de chevet et me relève au moment où il rentre dans la chambre. Je ne sais pas pourquoi, je lui tais mes inquiétudes et mes doutes. Il a été adorable depuis les tous débuts de notre décision. N’a jamais reculé devant les épreuves et m’a soutenue lorsque la sentence est tombée.

Sa joie fut tellement grande lorsque je lui ai annoncé ma grossesse que je crains que lui exposer mes doutes vienne ternir ce sourire qui ne quitte plus son visage depuis.

 

Quand nous arrivons dans le cabinet du docteur Garbin, mes mains que je cache dans les poches de ma veste sont moites d’appréhension. J’ai le cœur qui palpite dans ma cage thoracique. Le médecin se rassoit en face de nous dans une posture droite que je lui ai toujours trouvée sévère, comme si par sa position, il nous mettait en garde. Nous donnant l’impression qu’il hésitait encore quant à ce qu’il souhaite nous annoncer. Pourtant, sa voix ne dégage que bienveillance et compréhension face aux patients comme moi qu’il rencontre. J’attends son verdict avec appréhension.

— Lila, j’ai reçu vos résultats. Vous êtes bien enceinte. Félicitations. C’est une bonne chose. Preuve que le traitement a fini par porter ses fruits.

Romain et moi échangeons un regard rempli d’amour et de bonheur. Enfin, ce bébé tant attendu est là. L’une de ses mains vient enrouler la mienne dans un geste affectueux, presque comme une reconnaissance. Mais le ton de l’homme en face de nous nous fait brutalement redescendre de notre nuage.

— Néanmoins, je dois vous prévenir. Nous en avions discuté mais c’est plus difficile lorsque cela devient concret. Avec l’endométriose, les risques d’une fausse couche prématurée restent élevés. Je ne veux pas être pessimiste, mais juste vous dire d’être prudente pour l’instant.

— Y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour éviter la fausse couche ? demandé-je avec nervosité.

— Malheureusement non. Nous pouvons décider ensemble d’un traitement local pour maximiser les chances d’adhérence de l’embryon, mais je dois vous préparer au fait que les deux prochains mois vont être décisifs.

— Mais vous pensez que Lila va perdre le bébé ? interroge Romain, soudain inquiet.

— Je ne sais pas. Pour le moment, nous n’avons aucune raison de songer que ce sera le cas. Compte tenu de cette pathologie, je vais assurer le suivi avec un contrôle plus régulier, rassure-t-il. Venez, nous allons procéder à une première échographie pour vérifier tout cela.

Lorsque le docteur Garbin me présente son appareil censé être utile pour mon échographie, mes yeux s’ouvrent en grand.

— Euh docteur, qu’est-ce que c’est votre truc, là, paniqué-je en riant, mal à l’aise.

— Votre stade de grossesse est trop récent pour effectuer une échographie classique, nous allons donc passer par le bas.

— Ah oui d’accord, très bien. D’accord, balbutié-je.

— Je peux ?

J’observe le médecin, son grand bidule dans les mains, acquiesce et me détends pour le laisser « s’installer ». Lorsque les images apparaissent, mon regard se fige sur le petit écran à ma gauche.

— Regardez, il est ici, ce bébé.

Il désigne en souriant une petite boule blanche sur fond d’une mer noire. Mon regard est hypnotisé devant ce petit haricot informe qui semble bouger dans tous les sens. Les larmes envahissent mes paupières sans que je ne fasse rien pour les déloger. Tu es là. Tu es réel. Mon bébé. D’un sursaut, je sors de ma bulle au contact de sa main contre la mienne et observe Romain. Aussi ému que moi, il vient embrasser mes lèvres en douceur. Nous partageons dans ce chaste et rapide baiser tout le bonheur que cette vision nous apporte. Parents. Nous allons devenir parents.

— Est-ce que tout va bien ? Ne puis-je m’empêcher de demander avec angoisse au médecin en face de moi.

Il prend le temps d’essuyer son matériel avant de me répondre. Puis il se tourne dans notre direction pour se mettre face à nous. Un grand sourire vient orner son visage, présage de mots apaisants.

— Oui Lila, me rassure-t-il, tout va très bien.

La peur était telle que des sanglots me submergent. J’ai eu tellement peur qu’il m’annonce une mauvaise nouvelle.

— Je suis désolée, reniflé-je.

— Ce n’est rien, répond-il en me tendant un mouchoir. Je comprends.

Je vous laisse vous rhabiller pendant que j’enregistre quelques notes.

 

Lorsque nous quittons le cabinet quelques minutes plus tard sous les dernières recommandations du docteur Garbin, nous soufflons tous les deux. Sur le trottoir de la clinique, Romain laisse éclater sa joie et me porte dans ses bras. Sa bonne humeur et sa confiance sont contagieuses. J’éclate en un rire libérateur.

— On va avoir un bébé ma chérie, s’exclame-t-il en m’embrassant tendrement.

J’acquiesce, l’émotion encore palpable. Mais je n’oublie pas les mises en garde du médecin pour autant. C’est donc partagée entre joie et angoisse que j’enlace le père de mon bébé.

Deux mois.

Ces deux prochains mois vont déterminer notre avenir.

Irai-je au bout de cette grossesse ?

Aurai-je la chance de rencontrer ce petit être qui est venu se nicher au creux de mon ventre ?

Je l’espère plus que tout. Car si je devais perdre ce bébé, je ne sais pas si je m’en remettrai.

 

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