Des vacances à mon coeur

Célia Haden · Chapitre 4 sur 56

Pages du PDF

Des vacances à mon coeur

Chapitre 3 - Lila

CHAPITRE 3

 

Lila

 

Je tourne la clé en fermant les yeux d’appréhension.

— Allez Marguerite !

Le ronronnement de la voiture me rassure instantanément.

— YES ! Bravo ma fille, tu es la meilleure !

Vous voyez, je le savais bien !

Je reprends la route, soulagée et prête à accomplir le reste de ma trajectoire. Je suis cependant stoppée après cinq cents mètres par un bruit suspect. Comment vous décrire cela ? Imaginez une souris.

Voilà, c’est comme si on avait coincé une souris dans le moteur de Marguerite. Et que cette dernière tentait de s’en échapper en poussant de vils couinements.

Le constat est sans appel, vous l’avez compris comme moi, Marguerite avait besoin d’essence et non de diesel. Je m’arrête une nouvelle fois sur le bas-côté. Ma tête repose lourdement sur le volant, lasse. Mais ce n’est pas vrai, je ne vais jamais m’en sortir ! Et ce n’est que ma première destination. À croire que Marie et Papou avaient raison de s’inquiéter.

Mon autoradio continue de diffuser le best of de ma chanteuse préférée : quand « Prière païenne » débute, je relève la tête, dépitée, me demandant si je ne dois pas y voir un signe. Très drôle Céline, je suis pliée là !

OK, résumons si vous le voulez bien. Je suis donc perdue sur la nationale N.… je ne sais plus quoi, de surcroît en panne et ô joie sans téléphone.

Tout va bien !

Je descends de ma voiture dans un excès soudain de colère. Colère contre la situation, contre moi-même, contre ces derniers mois que j’avais refoulés. Alors que je me relevais enfin, que je réalisais quelque chose pour moi, juste pour moi, il faut que le sort s’acharne contre moi, encore.

— Ahah. Pourquoi ? Pourquoi hein ? Pourquoi je n’ai pas le droit au bonheur moi ? hurlé-je en levant les yeux au ciel puis en venant taper violemment mon pied dans le pneu avant droit de Marguerite.

Geste totalement idiot qui me provoque une douleur instantanée dans les doigts de pieds.

— Aïe.

Je m’effondre en larmes au sol devant ma voiture, tellement épuisée de tout cela.

Je ne sais combien de temps, je reste assise sur le rebord de cette route à verser des larmes sur mes malheurs d’hier et d’aujourd’hui. J’ai perdu la notion des heures et des minutes qui défilent, quand un automobiliste s’arrête devant moi. Un homme d’un certain âge, dont les traits respirent la bonté, me rejoint. Je ne saurais réellement expliquer pourquoi, mais je lui accorde ma confiance dès l’instant où je croise son regard.

— Ben alors ma petite dame, qu’est-ce qui vous arrive ? m’interroge prudemment le monsieur.

— En panne, soufflé-je en levant les épaules, le visage baignant de larmes.

— Vous voulez que je jette un œil ? me propose-t-il gentiment.

— Pas la peine, je sais ce qu’elle a. Je… je me suis trompée de carburant.

Je pourrais mentir, mais je suis trop fatiguée pour ne pas avouer piteusement ma faute.

— Ah ! rétorque-t-il, gêné.

— Oui, comme vous dites. De toute façon, c’est ma faute, tout est ma faute, sangloté-je à nouveau en songeant soudain à lui. Romain avait raison.

— Ouh là, faut pas déprimer comme ça, on va régler ça, ajoute-t-il en me tendant un mouchoir en tissu. Comme ceux de Papou, pensé-je en souriant tristement.

Pendant la demi-heure suivante, je laisse cet inconnu prendre en main la situation, appelant je ne sais qui à la rescousse pour venir dépanner la pitoyable aventurière que je suis. Nous échangeons de brèves présentations d’usage. Il m’explique se nommer Gaspard et vivre à Saint-Malo qu’il m’indique, à quelques kilomètres d’ici. C’est grâce à lui que je comprends ma bévue sur ma trajectoire. J’en rirais si mon cœur n’était pas resté coincé dans le pistolet à essence de cette station-service. Je n’ai qu’une hâte désormais : voir la journée se terminer. Où, je ne sais guère, mais qu’elle prenne fin, ça oui, j’en rêve.

 

***

 

Une chose est sûre, je ne peux louper son arrivée. Ce que me confirme mon papi sauveur.

— Voilà le dépanneur, je vais vous laisser avec lui. C’est un ami, il est sympa, vous verrez.

C’est bizarre, mais voir cette énorme dépanneuse rouge et jaune me provoque un sourire. Elle me fait penser à la dépanneuse Playmobil de mon neveu Paul. Remarquez, la sienne est une belle reproduction, elle a les mêmes accessoires. Il en serait fou. Songer à lui et à sa bouille de crapule me rebooste. Allez Lila, tout va finir par s’arranger. Je sèche mes larmes d’un geste de la main et me redresse en direction du dépanneur.

— Bonjour Loïc.

— Bonjour Gaspard, répond une voix grave.

Je décide de les rejoindre, mais suis stoppée par la voix des deux hommes qui discutent sans me voir. Gaspard vient de lui expliquer mon étourderie et le moins qu’on puisse dire, c’est que le garagiste n’accepte aucune erreur.

— Non mais c’est incroyable, ces automobilistes incapables de faire la différence entre diesel et essence. On devrait leur enlever leur permis. Ce n’est quand même pas compliqué !

Ah oui, rien que ça. Sympa le dépanneur ? Mon cher Gaspard, nous n’avons pas la même définition de ce mot apparemment.

— Tu me sembles bien ronchon aujourd’hui. Que t’arrives-tu ?

— C’est journée plage aujourd’hui, râle-t-il. Je suis en train de lui faire faux bond là. C’est vraiment pour toi que je suis ici Gaspard, crois-moi.

Attendez, monsieur est de mauvais poil car il ne peut pas aller se dorer la pilule avec sa copine sur la plage. Ah, tout s’explique, excusez-moi monsieur. Mais moi, sa séance de bronzage, je m’en cogne le haricot.

— Je suis désolé Loïc, je ne savais pas. Écoute, ne lui en tiens pas rigueur s’il te plaît, je n’avais que ton numéro et elle avait besoin d’aide. Je ne pouvais pas la laisser ainsi. Je t’assure.

— Elle ?

— Oui, allons la retrouver.

— Elle est ici, m’annoncé-je froidement en me rapprochant des deux hommes qui se retournent, surpris par ma voix.

Et tandis que je m’apprête à me lancer dans un discours bien salé façon Lila Picard, je suis stoppée… hypnotisée par ce regard que je n’avais pas anticipé. Se dresse devant moi un homme d’une trentaine d’années. Oubliez la cotte bleue habituelle des mécanos, je préfère mille fois son jean brut et son tee-shirt blanc qui souligne sa silhouette, hum comment dire… développée. J’ai le champ libre pour admirer ses biceps musclés et ses abdominaux que je devine à travers son tee-shirt. Je termine mon observation par son visage. Des lèvres charnues et un regard impressionnant, intense… d’un noir profond. Est-il possible d’avoir des yeux si noirs ? Je me demande si leur éclat garde la même teinte quand il sourit. Il passe une main dans sa chevelure épaisse brune en grognant.

— Quand vous aurez fini de me reluquer, on pourra peut-être y aller, m’assomme-t-il sèchement. Oups !

Canon peut-être, grincheux c’est certain. Rappel à l’ordre immédiat. J’inspire un bon coup et m’avance vers ce rustre dont la beauté n’efface pas ses mauvaises manières.

— Bonjour, je suis…

— Oui très bien, vos clés s’il vous plaît, me coupe-t-il sommairement.

OK, vous voulez jouer à ça. Très bien !

Je tends mon trousseau licorne à Monsieur Mécano et lui adresse un bon sourire hypocrite. Gaspard nous annonce de son côté qu’il peut nous laisser désormais. Je le remercie chaleureusement pour son aide et son précieux soutien.

— Bon courage, me crie-t-il en se dirigeant vers sa voiture. Je ne sais pas si ses encouragements ont un lien avec le dépanneur ou ma situation.

Je me retourne après son départ afin de faire face à cet étrange personnage. Peu causant, le mec. Enfin là, tout de suite, la vision qui se dresse devant moi n’appelle pas forcément à la conversation. Penché sur le côté de la dépanneuse, il manipule quelques manettes basculant la plateforme de cette dernière. Mais j’avoue n’avoir que faire de cette vision. Non, mon regard à moi est plutôt centré sur son cul parfaitement moulé dans son jean. Un fessier tendu vers moi comme un appel au péché, il me crie « regarde-moi Lila, palpe-moi ». Je vous jure !

Bon OK, ce n’est pas ainsi que je vais aider Marguerite, mais autant joindre l’utile à l’agréable, non ?

Je secoue la tête et sors de mes pensées déviantes en le voyant se redresser. Prise en plein flag de matage une fois, pas deux, ça va bien.

— Vous alliez où comme ça ? m’interroge-t-il subitement en se retournant.

Hein ? Ah oui, il parle de mon voyage. Pas de mon corps qui subitement a envie de venir se coller au sien. Vraiment Lila ça ne tourne pas rond là-dedans.

— Au Mont-Saint-Michel.

Ma réponse fuse trop rapidement. Je sens la rougeur envahir mon visage. Pas bien, Lila.

— Vous avez conscience que vous n’êtes pas du tout sur la bonne route ?

Il se moque de moi ?!

— Euh oui, j’ai cru comprendre, merci.

— Rassurez-moi, vous avez votre permis au moins ?

Pardon ! Il n’a pas osé, si ?

— Écoutez, pensez ce que vous voulez, répliqué-je en détournant le regard pour mettre fin à ce court échange loin d’être agréable.

— Bien, je vais emmener votre véhicule à mon garage, vous pouvez monter dans la cabine avant, m’indique-t-il sans sommation.

— Très bien, merci, le remercié-je de ce nouveau sourire hypocrite que je semble maîtriser à la perfection rien que pour lui.

Quand il claque la portière côté conducteur, je m’autorise un discret soupir de soulagement signant la fin de cette première épreuve.

 

OceanofPDF.com