Des vacances à mon coeur

Célia Haden · Chapitre 50 sur 56

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Des vacances à mon coeur

Chapitre 49 - Loïc

CHAPITRE 49

 

 

Loïc

 

Après un peu plus de deux heures de route, j’atteins ma destination : Angers.

Je stoppe mon véhicule devant une petite maison qui se dresse devant moi. Je vérifie l’adresse sur mon bout de papier. Pas d’erreur, c’est bien là.

Elle ressemble à celles qui l’entourent, dans ce quartier résidentiel à la périphérie de la ville. Seule la couleur des volets peints en un joli bleu ardoise la distingue de celles des voisins. La maison du père de Lila laisse transparaître qu’un homme simple vit ici. D’extérieur, elle semble bien entretenue et coquette avec ses parterres fleuris et sa porte en bois.

J’espère que son accueil sera aussi chaleureux que sa demeure. Après tout, je viens courir après sa fille, et je ne sais pas vraiment ce qu’elle lui aura raconté à mon sujet après ces deux derniers mois. Aura-t-elle fait de moi un mauvais type après le quiproquo de la veille ? J’espère seulement qu’elle ne m’aura pas rangé dans la même catégorie que son ex et qu’il me laissera au moins plaider ma cause auprès d’elle.

 

Un coup d’œil à l’horloge sur le tableau de bord me fait grimacer : dix-neuf heures. Pas l’idéal pour débarquer chez mon potentiel beau-père, mais je n’ai guère le choix. Lila ne prend aucun de mes appels, son portable semble même éteint. Alors, après une brève inspiration pour me donner du courage, je me rends devant la porte et m’attends à être soit congédié soit sauvé. Espérons pour moi que ce soit la deuxième option.

Je frappe avec force, sans doute un peu trop, ne contrôlant pas l’inquiétude en moi. La porte s’ouvre et je recule sur le perron, malgré moi impressionné. Non pas qu’il soit de grande taille. À vrai dire, l’homme qui me fait face est plus petit que moi. Il est un peu rondouillet mais je retrouve sur ses traits l’air avenant et le regard pétillant de Lila. Mais il s’agit de son père et j’ignore totalement ce qu’elle lui a bien confié à mon propos.

 

Il m’observe de la tête aux pieds, se demandant sans doute qui je suis et ce que je viens faire chez lui, surtout un samedi soir. Alors je prends mon courage à deux mains et me présente, comme l’homme respectueux que mes parents m’ont appris à être.

— Bonjour monsieur Picard.

— Bonjour jeune homme, je peux vous aider ?

— Je suis désolé de vous déranger en ce début de soirée, je suis Loïc, l’ami de votre fille, Lila, précisé-je pour ne pas instaurer de doute.

À l’annonce de mon prénom, son visage s’illumine, me prouvant désormais qu’il a déjà entendu parler de moi. Devant le sourire qui orne ses traits, le souffle que je retenais se lâche, et mes espoirs renaissent. Lila, ne m’en veut sans doute pas tant que ça. Il se décale sur le côté et me montre sa maison dans un signe d’hospitalité.

— Loïc, bien sûr mais entrez, entrez, voyons ne restez pas dehors.

— Merci, c’est très gentil à vous. Je ne veux pas m’imposer, déclaré-je légèrement ennuyé tout de même.

— Mais non, ne vous tracassez pas, nous n’avons pas encore dîné. Venez, suivez-moi, ça tombe bien, je vais vous présenter.

Me présenter, mais à qui ça ?

Je le suis alors qu’il passe du vestibule à un petit salon où deux adultes assis sur le canapé en cuir vert m’observent faire mon entrée à ses côtés.

— Regardez qui voilà. Marie (Marie, oh merde la sœur, c’est bien ma veine ça), je te présente Loïc, l’ami de Lila. Loïc, je vous présente ma fille et mon gendre, énonce joyeusement mon « beau-père ».

Quand elle entend mon prénom, Marie se redresse. Je dois dire que je ne l’avais pas imaginée ainsi. Elle est bien plus grande que Lila. Plus brune aussi. Et ses yeux… Je comprends désormais les mises en garde de Lila. S’ils avaient la capacité de tuer, je serais mort plus d’une fois. Ses sourcils sont si froncés que des rides parcourent son front dans un signe distinctif de curiosité. Une chose est sûre, elle va me bouffer tout cru, j’ai intérêt à la jouer fine.

— Elle est où ma sœur ? me questionne-t-elle d’emblée après avoir constaté ma seule présence.

— Voyons Marie, la reprend son père, tu pourrais au moins le saluer.

— Pardon, bonjour, s’excuse-t-elle sans me quitter du regard, me sommant de répondre.

Je recule, étonné, ignorant son manque d’hospitalité. Et lance un regard à son père qui n’a pas bougé.

— Elle n’est pas ici ? lui demandé-je à mon tour, surpris.

— Non, répond-il interloqué. Aux dernières nouvelles, ma fille vivait avec vous. Je me serais trompé ?

D’un geste de la main, je me gratte le cou, bien ennuyé. Me voilà bien embêté. J’étais persuadé de la trouver ici, auprès des siens. Comment faire désormais pour découvrir où elle a pu filer sans alerter toute sa famille qui me scrute avec attention ?

— Où est ma sœur ? répète Marie devant moi.

Je soupire, résigné, et finis par répondre que je n’en ai aucune idée. La brune commence à s’impatienter tandis que son père, toujours debout à mes côtés, ne semble pas vraiment s’inquiéter. Le gendre, dont j’ignore toujours le prénom met une main sur le genou de sa femme, qui visiblement allait s’emporter et me lance une roue de secours que je saisis au vol :

— Marie, ne t’énerve pas et laisse-le s’expliquer. Tu ne vois pas que ce pauvre homme semble terrorisé, se moque-t-il.

Puis il se lève, me tend sa main que je serre et se présente avec un sourire accueillant.

— Salut, moi c’est Hugues. Désolé, faut pas lui en vouloir, dès qu’on parle de Lila, Marie sort les griffes mais crois-moi, elle est très sympa. Hein ma chérie ?

— Mouais, on verra, rétorque-t-elle en croisant les bras. Je veux d’abord comprendre ce qui se cache derrière tout ça. Mais pour l’instant, on va boire un coup, se radoucit-elle gentiment en se rasseyant. Allez, assieds-toi Loïc, promis je ne mords pas.

Elle me désigne, l’un des fauteuils placés devant le canapé et j’accepte de m’y poser en me demandant à quelle sauce je vais être mangé. Marie semble s’être temporairement calmée, mais pas sûr que cela reste le cas une fois que j’aurai exposé mon cas.

— Papou, ramène-lui donc un petit remontant, il me semble bien pâle ce Breton. Quelque chose me dit qu’il a plein de choses à nous raconter, me taquine-t-elle soudain d’un clin d’œil.

J’ai du mal à la suivre. Mais je reconnais l’air malicieux de sa sœur qui sait, semble-t-il, également obtenir ce qu’elle veut.

Après quelques instants, le père de Lila nous rejoint et pose un plateau devant nous avec quatre verres d’un blanc transparent et quelques glaçons.

— Tenez Loïc, goûtez-moi moi ça. Un bon petit cointreau frais de chez nous, ça requinque ça.

Je prends le verre qu’il me tend et le bois d’un trait avant de tousser devant la force de la liqueur que j’avais sous-estimée. Ma réaction provoque le rire de mes hôtes autour de moi. Je m’affale dans mon fauteuil et soupire, pensant à Lila. Elle n’aurait pas manqué de me chambrer, c’est certain.

— Merci, ris-je. J’en avais besoin. Je suis désolé de débarquer comme ça. Je pensais vraiment la trouver là.

— Vous vous êtes disputés ? me demande en douceur le papa de Lila.

— C’est compliqué, soufflé-je en baissant la tête. J’ai conscience que ce ne sont sans doute pas des explications suffisantes alors que vous ne me connaissez pas. Mais je dois avant tout parler à Lila. C’est juste… C’est un… Je dois lui parler.

— Si t’as fait du mal à Tata Lila, je te préviens, je te casse la gueule, me menace une voix jeune et masculine.

Ma tête se tourne et mes prunelles plongent dans le regard furieux d’un adolescent que je n’ai pas entendu arriver, se tenant à l’autre bout de la pièce. Le corps élancé, un air dégingandé mais la fougue de la jeunesse figée sur ses traits. Je n’ai aucun doute sur celui qui ose m’affronter.

— Tu dois être Tom, répliqué-je en souriant, ignorant ses menaces, pour le moins touchantes.

— Comment tu me connais, toi d’abord ? Et elle est où Tata Lila ? m’assène-t-il d’une forte voix.

— Tom ! le reprend sa mère en lui jetant une œillade noire.

— Laisse Marie, balayé-je d’un geste de la main. Puis, me retournant vers le jeune homme, je lui explique. Tu as raison, tu ne sais pas qui je suis. Mais ta tante m’a tellement parlé de toi, Tom. De toi, de ta sœur Capucine et de ton petit frère Paul, que j’ai le sentiment de vous connaître déjà. Elle pensait à vous souvent à Saint-Malo. Alors tu ne me connais pas, c’est vrai. Mais je peux t’assurer que je ne ferai jamais de mal à Lila. Du moins pas intentionnellement. Je t’en donne ma parole.

— OK, valide l’adolescent en hochant la tête doucement.

Quand je suis certain qu’il a compris mes intentions et qu’il ne doute plus de moi, je me tourne à nouveau vers ma « belle-famille » et tente également de les convaincre en encrant mon regard dans chacun d’eux, son père, sa sœur, tour à tour, et en leur transmettant juste ce que j’ai au fond de moi. Ce que je suis et mon amour pour Lila.

— Écoutez, vous ne savez sans doute pas grand-chose de moi et vous n’avez aucune raison de me croire. Mais j’aime Lila. C’est vrai, elle me rend dingue parfois, surtout quand elles s’y mettent à deux avec ma petite Emma, ris-je. Mais elle apporte tant de joie dans nos vies que je ne me vois plus vivre sans elle. Lila en a assez bavé par le passé, je le sais et vous le savez. Jamais je ne ferai quoi que ce soit qui pourrait la blesser. Je n’ai cherché qu’à la protéger.

 

Je termine mon discours, presque essoufflé. Se mettre à nu devant de parfaits inconnus n’est vraiment pas ma tasse de thé, mais pour elle, je suis prêt à tout. Le père de Lila m’adresse un grand sourire avenant et réconfortant. Mais ce n’est qu’en voyant les larmes de Marie que je sors de ma léthargie. Elle m’observe, visiblement touchée, bien que je ne comprenne pas totalement pourquoi.

— Elle s’est confiée à toi, murmure sa sœur, comme si elle n’en revenait pas. T’entends papa, elle a enfin parlé du bébé…

— Oui ma fille, complète-t-il, visiblement chamboulé.

— Elle m’a tout raconté, confirmé-je. Ses problèmes de santé, l’accident, Luna, Romain… Je crois que Lila mérite qu’on se batte pour elle, désormais.

— Tu sais quoi Loïc, je t’ai mal jugé. Je crois qu’on va bien s’entendre toi et moi finalement, clôt Marie en se levant. Je propose que nous passions à table, et tu vas tout nous expliquer. Cela nous permettra de réfléchir et de t’aider à trouver où se cache notre Lila.

 

Durant les deux heures qui suivent, autour d’un repas simple et convivial, j’apprends à connaître davantage cette famille attachante. Je raconte brièvement mes péripéties et quelques-unes de nos mésaventures en riant. Mais je garde pour moi les détails que seule Lila doit entendre. Chacun me confie des anecdotes sur elle, et malgré son absence, je suis heureux d’être ici.

La soirée s’étend, sans que je sache vraiment l’heure qu’il est. L’ambiance est particulière. Partagée entre curiosité, découverte, détente et questionnements. Mais toujours aucune trace de Lila.

Jusqu’à ce que le téléphone de Marie sonne et mette fin à nos interrogations.

— Allo ?

Elle écoute prodigieusement son interlocuteur. Nous sommes tous tournés vers elle, surveillant la moindre de ses réactions. Quand son visage exprime la stupéfaction, nous attendons avec impatience de comprendre ce qui la met dans un tel état.

— Dis-moi qu’elle n’a pas fait ça ?

Il semblerait que nous avons retrouvé Lila…

 

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