Des vacances à mon coeur

Célia Haden · Chapitre 6 sur 56

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Des vacances à mon coeur

Chapitre 5 - Lila

CHAPITRE 5

 

Lila

 

— Hein papa qu’elle peut venir Lila ?

— Je ne sais pas, hésite-t-il en me dévisageant.

Il doit sûrement se demander si sa fille ne craint rien à mes côtés. Après tout, il ne me connaît pas. Je le sens partagé entre son envie de ne pas froisser sa fille et sa méfiance. Après quelques secondes de réflexion, il finit par me tendre la perche, me renvoyant la balle de la décision.

— C’est à elle de décider ma puce.

— C’est-à dire-que…, hésité-je en jetant un regard à Loïc.

Je ne vais tout de même pas m’incruster dans leur après-midi père-fille que j’ai déjà bien écourté avec mes mésaventures.

— Vous ne nous dérangerez pas, me rassure-t-il d’une voix neutre.

Bon, pour la joie de vivre on repassera, le sourire est de nouveau en option, mais la proposition est un pas énorme comparé à son accueil de tout à l’heure, que dis-je, un gouffre !

Qu’est-ce qui lui arrive, il a reçu un coup de capot de Marguerite sur la tête ?

Je ne comprends pas son comportement. Une heure plus tôt, ce même personnage semblait prêt à m’étriper pour avoir dérangé sa tranquillité, et voilà qu’il me propose de les accompagner. C’est louche ! Il doit souffrir du syndrome lunatique aigu. Mais si ça existe, voyons. Vous savez, ces personnes qui changent d’avis comme de chemises et d’humeur comme le temps. Le genre difficile à cerner. J’ai beau tenter de lire dans ses yeux, là tout de suite, je ne perçois que gentillesse dans cet océan noir. Vous avouerez qu’il y a de quoi s’y perdre. Ça sent l’embrouille. D’ailleurs, de quelle couleur sont ses yeux ? Leur teinte est vraiment surprenante. Tout à l’heure, je les aurais définis de noir corbeau alors que désormais une légère lueur mordorée les anime. Comme des petites étoiles brillantes qui se réveilleraient quand il est joyeux. C’est… fascinant. Ou bien sexy. À vrai dire, je ne sais plus mais mon Dieu, que son regard est attirant. J’ai soudain envie de me perdre dedans.

Attendez, il me sourit. C’est ça, il me sourit. Avec l’air narquois qu’il a lorsque ses lèvres sont relevées d’un côté. Pourquoi ?

Oh misère Lila, tu viens encore de te faire griller à le mater. Je me secoue intérieurement, oui parce qu’extérieurement, j’aurais l’air d’une gourde, et lui expose mes problèmes en inspirant un grand coup. Comme lorsque j’étais enfant et que j’avouais mes bêtises à Papou.

— Écoutez, c’est très gentil à vous, mais avec tout ça, je dois désormais trouver un hôtel pour cette nuit, et y poser les affaires qui sont à l’intérieur de ma voiture, veiller à rassurer mes proches qui attendent mon appel depuis des heures, tout cela alors que mon téléphone est déchargé. Et vous ne les connaissez pas. Si je n’appelle pas Marie bientôt, elle est capable de lancer une alerte enlèvement et d’appeler tous les hôpitaux de la région. Je dois gérer l’annulation de ma réservation de ce soir et surtout, surtout, je dois manger avant de finir par m’écrouler à vos pieds, car je vous assure que je suis loin d’être gracieuse dans le rôle de celle qui s’évanouit. Alors c’est très gentil à vous, mais je vais passer mon tour. Je suis désolée, débité-je en soufflant un grand coup, lasse de cette première journée catastrophique.

— Vous avez fini ?

Son regard est fixé sur moi, impénétrable et impressionnant. J’ai le sentiment d’être une enfant devant son maître d’école.

— Euh…

— Bien, me coupe-t-il, décidément une manie chez lui. Premièrement, je connais quelqu’un qui peut vous héberger. Mon amie Rose tient une auberge à Saint-Malo, nous allons l’appeler, je suis certain qu’elle aura une chambre pour vous. Nous sommes en juin, l’afflux des touristes n’est pas à son maximum, elle sera ravie de vous accueillir. Deuxièmement, nous allons mettre votre téléphone à charger au garage, il y sera en toute sécurité, rassurez-vous. Vous pourrez appeler vos proches à votre retour et si vraiment vous y tenez, je vous prêterai le mien. Troisièmement, vous ne pouviez pas le dire plus tôt que vous n’aviez pas mangé ? s’énerve-t-il soudainement au point de me faire sursauter.

— Mais…

— Non-assistance à personne en danger, vous connaissez ?

— Oui, mais…

— Vous m’avez pris pour qui ? Je ne suis pas un rustre au point de ne pas vous accorder un verre d’eau au minimum.

— Non bien…

— Donc pour vous prouver ma bonne foi, vous allez accepter que je vous nourrisse des meilleures crêpes de Saint-Malo, elles vont vous requinquer. On est d’accord ?

— Ai-je vraiment le choix ? ronchonné-je à mon tour.

— Dis oui, dis oui Lila, me supplie la fillette de son regard de malheureuse.

Vous vous souvenez de Chat Potté ? La même bouille se dresse devant moi. Elle est maligne, j’ai autant envie de rire que de céder. Et il faut dire que le discours de Monsieur Mécano n’appelle pas à la contradiction. Et vous savez quoi, je suis tellement lasse que laisser quelqu’un d’autre mener la barque pour aujourd’hui, on va dire que c’est exactement ce dont j’ai besoin. C’est comme s’il avait lu dans mon esprit et que celui-ci était prêt à partir en courant dans les îles Fidji en criant à mon corps « fais ce que tu veux, je m’en fous, je suis plus là ». Bref, j’ai besoin d’aide. Ah, il était beau mon discours indépendantiste de ce matin tiens, même pas une journée et j’ai besoin d’un homme pour me sauver. Oui, mais un homme avec un beau petit cul, ça change tout, non ?

Je réfléchis deux secondes (oui je suis hyper rapide en calcul mental, ce n’est pas ça, mais c’est pareil), que dirait Céline ? « I’m your angel », ouais c’est ça Céline, t’as raison !

— OK, vendu pour les crêpes, je lui réponds avec un grand sourire.

 

***

— Prête moussaillon ? Cargaison chargée ?

— Oui mon capitaine !

J’observe ce duo attachant le sourire aux lèvres. Ils sont adorables tous les deux.

Après avoir mis en charge mon téléphone, nous avons finalement convenu de remettre à plus tard le déchargement de Marguerite. Prenant simplement de quoi me protéger du soleil, je suis avec attention Loïc et Emma dans l’organisation, apparemment rodée à ce rituel important.

— Nous allons procéder à une vérification du chargement, si vous l’acceptez.

— À vos ordres, capitaine Briac, récite Emma.

— Chapeau ?

— Sur ma tête.

— Crème solaire ?

— Sur mon nez, mon front, mes joues, mes bras et même le bout de mes doigts. Elle sent bon la crème en plus, tu veux voir Lila, chuchote la petite comédienne.

— Moussaillon, on se concentre. On continue.

La petite se redresse instantanément, me provoquant un fou rire.

— Maillot de bain ?

— Sous ma jupe.

— Seau et pelle ?

— Dans mon petit sac.

— Bien, je pense qu’on est au complet moussaillon, nous pouvons lever l’ancre, clôt-il en m’adressant un clin d’œil complice.

— Vous avez encore oublié quelque chose capitaine, ricane Emma, malicieuse.

— Je ne vois pas, éclairez-moi moussaillon, je vous prie.

— Pff, soupire-t-elle en levant ses mains dans un grand geste théâtral. Mes lunettes Minnie, Papa. Tu les oublies à chaque fois !

— Oh oui ! C’est vrai. Elles sont dans la voiture, je vais les récupérer au passage. Lila, vous êtes prête ?

— Eh bien oui, je vous suis. Où nous rendons-nous ?

Ce n’est pas que je crains pour ma vie, parce que soyons réaliste, quel tueur à gages emmènerait sur le lieu de son crime une gamine haute comme trois pommes, hein ? Mais j’avoue qu’entre toutes les déconvenues de la journée, une vision de ce que je faisais pouvait me rassurer sur ma situation bancale.

Emma est tellement contente qu’elle sautille dans tous les sens autour de moi, son chapeau de paille rose rebondissant sur sa tête au même rythme que son petit sac à dos contenant lesdits accessoires essentiels aux jeux de plage.

— Dites-moi moussaillon, pouvez-vous dire à notre invitée quel est le lieu de notre aventure aujourd’hui ? Un lieu mythique.

— Oui mon capitaine, s’écrie-t-elle, enjouée.

L’arrêt de ses mouvements me surprend et ses traits devenant brutalement sérieux, j’écoute religieusement cette petite fille m’éclairer sur notre destination, veillant à ne pas me moquer de ses mimiques d’enfant.

— Lila, annonce-t-elle, ton défi si tu l’acceptes est de venir avec nous à la plage du Sillon.

— Et qu’a-t-elle de particulier cette plage, dis-moi ?

— Ben, je sais pas, moi ! C’est une plage avec du sable et des gros rochers à côté du château, énonce-t-elle en haussant les épaules.

— Ce que ma fille essaie de vous dire, Emma rappelle-moi de te faire un cours d’histoire, c’est qu’il s’agit de l’une des plus belles plages de Saint-Malo et de France d’ailleurs. Elle est réputée pour sa présence autour du Fort National classé aux monuments historiques, sa vue sur la citadelle de la ville et ses hauts pieux en bois. Ce qui en fait son côté atypique et exceptionnel. Si vous êtes de passage à Saint-Malo, elle vaut le coup d’œil.

— Pff, c’est ce que j’ai dit Papa, c’est tout pareil.

— Pas exactement ma fille, rit-il.

— Mais je t’assure que tu m’as donné très envie de la découvrir cette plage Emma. Alors, on y va ? l’entraîné-je, enthousiaste.

C’est ainsi que ma journée se poursuit. Accompagnée d’un homme un peu trop sexy, dont notre rencontre a débuté sur les chapeaux de roues, et d’une petite fille à la langue bien pendue, marchant tous trois dans les rues d’une jolie commune que je n’avais jamais songé à visiter avant ce matin même. À croire que le destin avait prévu une aventure totalement différente de mon plan initial, ce traître.

 

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