Des vacances à mon coeur
Chapitre 1 - Lila
CHAPITRE 1
Lila
Je les regarde tour à tour, le sourire aux lèvres. Ils sont mon clan, ma force, le pilier sur lequel je sais pouvoir m’appuyer.
À leur manière, ils m’ont tous soutenue ces dernières semaines et je me sais injuste en leur imposant chaque dimanche mon désarroi. J’ai pris ma décision. La bonne à n’en pas douter. Bien sûr, elle me fait peur, mais je dois le faire, pour moi, mais aussi pour eux.
— J’ai quelque chose à vous dire, annoncé-je d’une voix forte et déterminée. Interrompant les discussions entre Hugues, mon père et Marie qui tentent vainement de contenir les enfants à table.
Le silence se fait en un instant. Il est tel qu’on peut entendre une mouche voler. Même Capucine, la petite bavarde de la fratrie, cesse soudain de jacasser, se demandant sans doute ce que sa tante a bien de si important à confier. Je fuis le regard interrogateur de ma sœur afin de ne pas changer d’avis. Je ne veux pas la blesser, non, au contraire je cherche à la protéger. Ses iris sont braqués sur moi, son front prenant ce pli soucieux de maman bien trop souvent apparu ces derniers mois par ma faute. J’inspire un bon coup et déverse alors cette détermination qui a pris possession de moi, quelques jours plus tôt.
— Je pars.
— Comment ça tu pars ? attaque d’emblée Marie.
— Marie, laisse ta sœur parler, la raisonne Papou en m’adressant un sourire affectueux. Il m’a compris. Comme toujours.
— Écoutez, je tiens à vous remercier pour tout ce que vous avez fait pour moi ces dernières semaines, ces derniers mois. Depuis que Romain et moi… Depuis… Enfin vous savez…
Tous hochent la tête, mon beau-frère comme à l’accoutumée la baisse, mal à l’aise devant mes épanchements émotionnels, mais cette fois, je lui épargnerai mes larmes. Je suis bien décidée à ne plus en verser. Marie serre fort ma main dans un signe d’encouragement.
— Bref, balayé-je d’un revers de la main. Je ne veux plus être comme ça. Je veux me retrouver moi, celle que vous aimiez autrefois. Il faut que je tourne la page, que j’avance… J’ai besoin de… À vrai dire, je ne sais pas vraiment ce dont j’ai besoin. Mais je ne le saurai jamais en restant ici à m’apitoyer sur mon sort et être un poids pour vous.
— Tu n’es et ne seras jamais un poids pour nous ma fille, affirme avec conviction mon père.
— Je sais que vous voulez bien faire et sincèrement, je ne serai jamais assez reconnaissante pour tout ce que vous avez fait pour moi, mais c’est fini ! Je dois me débrouiller seule, il est temps !
— Tu pars quand ? demande Hugues. Et je le remercie silencieusement de me permettre d’exposer davantage mon projet sans m’appesantir sur les justifications.
— Dans huit jours.
Alors, je leur explique tout avec un engouement tel que je n’en ai pas ressenti depuis longtemps. Leur détaillant ce programme fou qui m’est apparu comme une évidence, une nécessité, et ce sentiment de plénitude qui en a découlé. Cette sensation de renaître frémissant à l’intérieur de moi et de retrouver enfin la liberté de mon esprit. Et je l’espère, un nouveau moi qui tenterait d’oublier les douleurs du passé. De trouver sur le chemin de nouvelles raisons de respirer.
Ce périple est, j’en suis persuadée, ce qu’il me faut pour retrouver la femme joyeuse et insouciante terrée au plus profond de moi. Ces facettes qui ont fait jadis ma personnalité veillent en moi depuis des mois, des semaines, mais il est temps, désormais, de les sortir de leur hibernation. Je suis bien décidée à réveiller et laisser s’épanouir la fougue et la folie qui m’ont souvent caractérisée.
À redevenir enfin moi.
Sans pouvoir en expliquer les raisons, je pressens que ce voyage va bouleverser ma vie.
***
Je regarde ma figurine Funko Pop Wonder Woman accrochée au tableau de bord en inspirant un grand coup.
— OK les filles, énoncé-je d’une voix forte. On peut le faire. Hein Marguerite, on va y arriver, je compte sur toi, m’encouragé-je d’une voix forte. Avouant que derrière ma façade déterminée, se cache une trouille acérée.
J’ai explicitement demandé à Marie et Papou de ne pas être présents ce matin. Le départ, avec larmes retenues, les voix qui tremblent et les effleurements timides pour ne pas s’avouer le besoin d’un dernier câlin, n’ont pas lieu d’être en ce jour. Ce ne sont pas des adieux, juste un au revoir. Quelques semaines, quelques mois tout au plus, qui me feraient revenir vers eux plus grande, plus forte et, je l’espère, changée.
Nous nous sommes dit à bientôt dimanche dernier, avons échangé de nombreuses embrassades et j’ai feint d’écouter les milles et une recommandations de Marie sur la prudence de rigueur dans ce voyage. À croire que je me rends en pleine contrée d’Afrique et non à la conquête de notre si beau territoire. Mais je ne lui tiens pas rigueur de son comportement protecteur qui m’a valu dans notre enfance d’éviter de bien lourds écueils. J’accepte ses conseils avec bienveillance et pour ce qu’ils sont : une simple représentation de tout l’amour que nous nous portons. Elle est pour moi bien plus qu’une grande sœur.
Quant à mon père, eh bien... c’est mon père et derrière mon discours de nouvelle aventurière indépendante, j’ai juste cherché à lui cacher ce que notre séparation m’inspire. L’importance de cette quête dépasse les craintes de la petite fille en moi qui se sent encore perdue. J’ai à cœur qu’il me voit plus forte. Lui qui m’a tant vu souffrir ces derniers mois, ces dernières années. Dans son cœur de papa, je sais que je reste à jamais son bébé, et j’avoue chérir cette place. Pourtant, pour son bien comme pour le mien, je dois trouver comment me réparer sans son appui.
Mettant de côté ces pensées nostalgiques qui risquent de me laisser à quai, je décide de prendre la route sans tarder. Confortablement installée dans le siège avant du véhicule, je balaye du regard l’intérieur de mon nouveau chez-moi. Un sourire vient orner mon visage dans un signe de fierté et de satisfaction personnelle. Elle est à moi ! La banquette avant, ainsi que les accessoires arrière ont été refaits dans un tissu vichy rouge qui ravit mes pupilles. Le large et fin volant en cuir noir paraît neuf tant il a été lustré par les anciens propriétaires. Le levier de vitesse donne le sentiment d’avoir été surélevé tant sa taille est grande et semble difficile à manier. Mais je ne doute pas de mes capacités. Après quelques kilomètres, je saurai me faire à la tenue de route si particulière de mon nouveau combi Volkswagen. Le vendeur m’a affirmé que j’y prendrais même beaucoup de plaisir. Sans parler de son aspect pratique qui va me permettre de me reposer à l’intérieur au besoin.
Je dois tout de même confier que le discours solennel du garagiste m’a convaincue et je n’ai donc pas été très attentive à ses recommandations. Après tout, une voiture reste une voiture, non ? Il faut dire que je suis restée en admiration devant sa carrosserie vert pomme et son graphisme à fleurs, elle a su me convaincre par son charme. Elle et moi, nous nous sommes trouvées !
Ah, ce n’est clairement pas le genre de voiture que j’ai l’habitude de conduire, c’est certain. Romain l’aurait détestée d’ailleurs. Finalement, c’est aussi un joli pied de nez que je lui adresse. Me moquant bien de ce qu’il en dirait. Moi j’adore ma Marguerite et voilà bien l’essentiel. Elle est la représentation même de mon nouveau moi. Ce lâcher-prise que j’ai retenu durant des années pour me conformer au quand dira-t-on, jusqu’à m’oublier moi. Mais cette fois, je ne me tairai plus. Pour ce que cela m’a apporté ! Je serai comme bon me semble et qu’importe le regard des autres. Marguerite et moi allons vivre une grande aventure...
Eh bien oui, j’ai donné un prénom à ma voiture. Pourquoi Marguerite ? Parce que les marguerites, ce sont les champs qui s’étendent sur des centaines de mètres. C’est la nature, l’horizon, l’évasion, la liberté. Et puis, vous savez quoi, c’est ma voiture, c’est moi qui décide !
Avant de démarrer, une vérification s’impose. Le vendeur m’a affirmé qu’elle était en état de marche. C’est l’un des seuls gadgets modernes du véhicule : l’autoradio ! Et pour la mélomane que je suis, conduire en musique est un impératif. J’allume donc ce qui sera mon meilleur ami durant ce périple et laisse la voix de ma chanteuse préférée me guider par ses chansons.
Ah oui, je ne vous ai pas dit, Céline est ma muse. Oui, la seule, l’unique. Parce que Céline, c’est la base ! N’essayez pas de discuter, vous avez tort, point !
Les guitares s’enclenchent, sa voix divulgue dans l’habitacle les premières paroles de « J’irai où tu iras » et ma motivation monte en flèche.
Parfait ! Je chausse mes lunettes de soleil sur mon nez et démarre alors mon bolide. C’est parti, à nous l’aventure !
Vous vous demandez sans doute qui je suis ?
OK, va pour une présentation primaire parce que vous m’excuserez, mais c’est bientôt l’heure du refrain. Je m’appelle Lila, j’ai vingt-neuf ans et demi – j’y tiens parce que cela prouve que je n’ai pas encore trente ans et vous savez que le cap des trente ans chez une femme… (bref, je ne vous fais pas un dessin) – j’ai décidé de me lancer dans un road trip en… France. Ouais je sais, la classe !
Comment ça, non ?!
Eh bien moi, je ne suis pas d’accord, je trouve qu’il y a de merveilleux coins de paradis qui méritent d’être visités en France. Regardez par exemple les gorges du Tarn, ou bien ou bien, il en existe plein, vous me prenez de court là. Je n’ai pas ma to-do list sous les yeux.
OK j’avoue, j’ai... peur de l’avion. Une phobie, une vraie ! Pire que le monstre sous le lit quand vous étiez enfant ou la crainte du dentiste. Non, moi, c’est une panique si viscérale que je serai capable d’exiger un examen intégral de l’avion, sans parler d’une vérification soigneuse et technique du permis du pilote. Choses qui me seraient évidemment refusées. Vous comprenez fort bien que prendre l’avion n’est tout simplement pas possible pour moi. Il en va du confort des autres passagers et heureusement pour vous, je me préoccupe des autres.
Donc la France !
Voilà, vous savez tout ou presque. Mais ne vous inquiétez pas, on va apprendre à se connaître vous et moi. Attention... refrain !
— J’irai où tu iras , Ouh Ouh Ouh, mon pays sera t 1oi, Qu’importe la place et qu’importe l’endroit.
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1. « J’irai où tu iras », album D’eux de Céline Dion, 1995
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