Des vacances à mon coeur
Chapitre 41 - Lila
CHAPITRE 41
Lila
Cette nuit a été meilleure que les deux précédentes. Le souvenir de ma discussion avec Loïc résonne dans mon esprit. Mes doigts caressent ma bouche comme si l’empreinte de ses lèvres s’y trouvait toujours. Un sourire vient orner mon visage. Il nous reste du chemin à parcourir et je ne sais pas réellement de quoi sera fait demain, pourtant, c’est prise d’un nouvel élan positif que je me suis levée ce matin, survolant ma chambre d’un pas léger.
Amoureux.
Loïc est amoureux de moi ! Et dire que je partais simplement en voyage solitaire…
Des coups à la porte de ma chambre me sortent de mes pensées pleines de désir et de tendresse. J’ouvre avec précipitation en songeant à l’homme qui a conquis mon cœur mais découvre Gaspard un grand sourire aux lèvres. L’amusement qui caractérise son visage éveille ma curiosité. Que se passe-t-il ?
— Tu ne vas tout de même pas rester cloîtrée dans ta chambre toute la journée avec ce beau soleil, dis-moi ?
— Euh… non, c’est-à-dire que…
Comment lui expliquer que je n’ai aucun programme pour le week-end ? Par ma faute, d’ailleurs, puisque je n’ai pas encore rappelé Loïc. Enfin, nous ne sommes que la fin de la matinée et à l’heure qu’il est, il doit être encore au garage ou occupé avec Emma, dont je ne me suis même pas préoccupée de la garde aujourd’hui. Je n’ai songé qu’à moi.
J’avais besoin de ces quelques heures de répit après ces dernières révélations.
Alors que je suis de nouveau perdue dans mes pensées, je m’aperçois que je n’ai pas écouté un traître mot de ce que vient de me dire Gaspard.
Il a la sympathie de ne pas s’impatienter quand il remarque mon incompréhension la plus totale.
— Hein ?
— Je te disais, tu as de la visite Lila ?
— Qui moi ?
— Lila Picard, c’est bien toi, non ? rit-il.
— Évidemment que c’est moi. Mais qui est-ce, je n’attends personne ?
— Eh bien pour le savoir, tu sors de cette chambre et tu te déplaces. Les personnes t’attendent dehors.
— Des personnes ?
— Les personnes, oui. Dis-moi, tu es sûre que tu vas bien Lila ?
— Oui, oui, pardon. Fais-les patienter, j’arrive.
Je referme la porte et me change en quatrième vitesse. Un jean et un tee-shirt qui traînent au sol. Je les ramasse, les respire, ils sont propres. Sauvée ! Allez zou, ça ira bien. Je me demande qui ça peut être.
Oh non, et si c’était Marie qui vient me chercher par la peau des fesses ?
Ce n’est pas les quelques pauvres SMS que je lui ai envoyés depuis notre appel en visio qui ont dû calmer ses inquiétudes et ses interrogations. OK, je n’ai pas été très fair-play à la laisser mariner dans son jus ainsi et refuser ses appels. Mais, flûte quoi, elle va me noyer de questions auxquelles je n’ai moi-même pas encore les réponses. Alors, oui, je l’avoue, je pratique la politique de l’autruche.
Aurait-elle été lassée au point de me venir me pourchasser jusqu’ici ?
— Mais non, arrête un peu tes bêtises Lila, me rassuré-je à voix haute, elle ne connaît même pas cette adresse.
Quoi que, elle serait bien capable de me trouver au fin fond du Pérou ! Eh bien, allons vérifier ce mystère !
Un dernier coup d’œil dans le miroir de la chambre.
Les yeux ? Pas de mascara qui a coulé. OK.
Les cheveux ? Globalement je ne ressemble pas à un épouvantail, on va dire que ça ira pour ces visiteurs.
Allez, c’est parti, découvrons qui cherche à me voir.
Je parcours quelques mètres, surprise de ne trouver personne à m’attendre dans le vestibule, alors je continue mon avancée. L’excitation et l’inquiétude se bousculent à l’intérieur de moi.
Quand je passe le pas de la porte d’entrée et découvre qui m’attend sur le seuil, je relâche le souffle que je retenais. Un grand sourire vient s’inscrire sur mon visage.
— Loïc, Emma ?
J’observe ce duo auquel je me suis attachée, dressé devant moi, me regardant en riant.
— Surprise, s’exclament-ils en cœur.
— Mais… qu’est-ce que…
Voilà que j’ai de nouveau perdu ma langue. Que font-ils ici ? Emma se met à sautiller sur place. Je la regarde faire. Sa joie est contagieuse.
— On part à la vadrouille, on part à la vadrouille, on part à la vadrouille, chantonne-t-elle.
— Quoi ? m’étonné-je. Qu’est-ce que tu racontes ?
— Papa, il a dit on part à la vadrouille avec toi. C’est trop bien. Hein c’est bien Lila ?
— Sans doute, ris-je.
Soudain, elle se stoppe devant mon étonnement et fronce ses sourcils.
— C’est pas bien la vadrouille Lila ? Hein Papa, c’est bien la vadrouille ?
J’observe son père resté un peu en retrait devant la fougue de sa fille, son regard souriant braqué sur moi, il semble attentif à mes réactions. Son silence accentue ma curiosité.
— Qu’est-ce que tu mijotes, toi ?
Son sourire devient éblouissant. Ses iris, pourtant si sombres, semblent briller d’un éclat vif. Quel que soit ce qu’il a concocté, cela semble important pour lui. Il s’avance d’un pas, imposant son corps élancé devant moi. Je dois lever la tête pour me plonger dans son regard.
— Une journée. Je te demande une journée avec nous. Pas à la maison. Pas de baby-sitting ou de dossiers à traiter. Laisse-moi te montrer ce que pourraient être nos moments. De vrais moments ! Tous les trois. Ensemble.
Mes yeux ne quittent pas les siens. J’y lis ce qu’il ne dit pas. Ce qu’il ne peut dire devant Emma. Ensemble. Lui et moi. Comme un couple.
Comme une famille ?
Pourquoi cette idée me touche-t-elle au point que je sens poindre des larmes de joie au coin de mes paupières ?
Je n’ai pourtant pas le loisir de m’interroger davantage, car la petite terreur dressée devant nous est bien décidée à nous faire décoller.
— On y va ?
Je baisse le regard vers elle et lui adresse un grand sourire en signe d’accord.
— Je vais me changer d’abord et on peut y aller.
— Pas besoin, me retient Loïc de la main, tu es très bien comme ça. Je me suis occupé de tout. Tu n’auras besoin de rien, je t’assure Lila.
— Euh OK. Je vous suis alors, mais vous êtes venus à pied, m’étonné-je en ne voyant pas leur voiture dans la rue.
— Nous sommes garés un peu plus loin.
Je suis donc ce duo, m’interrogeant sur la destination et le programme de cette drôle de journée qui s’annonce.
Quand nous tournons au coin de la rue et que je la découvre quelques mètres plus loin, je ne peux retenir la joie qui me submerge. Je cours vers elle, comme si elle était une personne que je n’avais vue depuis des mois.
— Marguerite !
Elle est là, devant moi, ma voiture. Ce n’est certes qu’un véhicule mais elle est pour moi bien plus que cela. Le symbole d’un nouveau départ, de mon nouveau moi. J’ai mis dans cet amas de tôle tous mes espoirs et ma conviction que j’étais capable de me relever. La retrouver après ce mois passé à leurs côtés est comme un nouveau souffle. Il tombe à point nommé.
Je la touche du bout de mes doigts. Survolant ses couleurs et ses fleurs, un large sourire sur mon visage. Quand je suis repue de la revoir, je me tourne vers mes compagnons d’aventure et m’adresse à Loïc.
— Je croyais qu’elle n’était pas réparée ?
— Il m’a fallu trouver une occupation pour compenser ces heures à tuer durant ton absence, que veux-tu. Il était temps qu’elle retrouve la lumière du jour, explique-t-il timidement.
J’aimerais lui sauter au visage, l’embrasser et lui dire à quel point ce geste me touche. Lui confier que ma colère de la veille est oubliée et que je ne rêve que de ses bras. Mais la présence d’une petite haute comme trois pommes, nous observant attentivement, me freine. Alors, je me fais sage, et remet à plus tard ce que son corps parfaitement moulé dans son polo blanc et son short en jean m’évoquent. Mes pensées peu orthodoxes ont dû tout de même traverser mes pupilles, car son sourire se fait soudain taquin quand il s’approche, me frôle et me susurre à l’oreille :
— De rien, tu me remercieras plus tard.
Puis il s’adresse à sa fille, le plus naturellement du monde, en ouvrant la portière, comme si sa voix suave n’avait soudainement pas fait grimper ma température corporelle de quelques degrés.
— Après vous, jeune fille.
— Tu viens Lila, me demande-t-elle le regard froncé, inquiète de me voir postée comme une statue devant Marguerite.
Je me secoue, efface les images de nos derniers ébats imprimées dans mon esprit et lui réponds joyeusement.
— Je suis là, Emma, ne t’inquiète pas. Allez, en voiture Simone !
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