Des vacances à mon coeur
Chapitre 47 - Lila
CHAPITRE 47
Lila
Attablés dans la cuisine, nous dînons. Enfin dîner est un grand mot puisque des pizzas composent notre repas. Mon amoureux a décrété que c’était soirée pizza désormais tous les vendredis. Il refuse catégoriquement de me laisser aux fourneaux. Ça en deviendrait presque vexant si je ne me savais pas être une catastrophe en cuisine. Mais je crains que sa fainéantise en gastronomie ce soir n’ait d’autres motifs.
Depuis une semaine, je sens Loïc à mille lieues de moi, de la réalité, du quotidien et j’en ignore totalement les raisons.
J’ai d’abord cru que nous faire surprendre par Antonio avait refroidi ses ardeurs et qu’il cherchait simplement à ne plus nous afficher en public. Mais force est de constater que même dans notre intimité, il réfrène parfois son engouement.
Je ne comprends pas.
Il est tantôt fougueux comme je sais qu’il peut l’être, tantôt si distant que j’ai le sentiment que son esprit s’est barré à Tataouine. Et je n’arrive pas à savoir pourquoi. Comme ce soir, où il n’écoute pas un mot de nos échanges entre Emma et moi. Il feint son attention mais je commence à bien connaître ses réactions, son regard et j’ai vite saisi qu’il bluffait. Ses iris alternent furtivement entre nous et son portable posé à ses côtés. Et si je n’avais pas prêté attention au moindre de ses mouvements, j’aurais pu passer à côté.
Je me demande bien ce qu’il redoute tant. Un appel, un message.... Qui que soit l’expéditeur, cela semble avoir un impact plus que conséquent sur ses pensées. Cette fois, c’en est trop, je suis bien décidée à le confronter et lui faire cracher la vérité. Est-ce un souci au garage qui le tracasse à ce point-là ? Se rend-il au moins compte qu’il ne nous écoute pas ?
J’en doute ! Mais j’ai bien l’intention de le lui démontrer.
— Madame Doisneau est repassée au garage aujourd’hui, débuté-je, l’air de rien en croquant dans ma pizza.
— Ah oui, répond-il sans me regarder.
— Apparemment, elle a un nouveau bruit sur sa Ford et elle voulait que tu regardes ça, mais tu étais parti en dépannage.
— OK.
— Un bruit dans le moteur m’a-t-elle dit. Comme le son d’une souris coincée dans la mécanique.
— Très bien.
— Même qu’elle chante la souris, du Lady Gaga. Le bruit l’insupporte, tu comprends, elle préférerait ne plus entendre cette voix.
— OK.
Emma à mes côtés, me regarde avec des yeux grands ouverts, se demandant sans doute si je dis la vérité. Ne voyant pas Loïc réagir davantage, je continue sur ma lancée.
— Et puis, il y a la marmotte aussi. Celle sur le côté passager. Elle prend trop de place, faudrait la déplacer. Tu comprends, elle en a plus qu’assez.
— Hum.
— Parce que tu comprends la marmotte, elle met le chocolat dans le papier alu.
— D’accord.
Mais c’est pas vrai, il n’a rien entendu, oui. Je m’emporte devant ce constat.
— Loïc ! m’écrié-je d’une voix autoritaire.
— Quoi ? réagit-il vivement, comme s’il venait de se réveillait.
— Tu te fiches de moi ! Tu n’as rien écouté !
— Bien sûr que si, se révolte-t-il. Mme Doisneau, sa Ford.
— Et la souris qui chante, et la marmotte, complète Emma en riant. Elle a une drôle de voiture la dame.
Il nous regarde tour à tour, penaud, comprenant sa méprise et ne cherche même pas à se défendre. Agacée, je quitte la table en me dirigeant vers la chambre, et l’entends expliquer à Emma qu’elle peut aller jouer.
Je m’affale sur le lit. Notre lit. Et soupire en vain. Mon humeur oscille entre colère, interrogations et déception. J’aimerais que Loïc ait assez foi en moi pour se confier. À deux, nous pourrions sans doute régler ce qui obstrue ses pensées, mais au lieu de cela, il préfère m’ignorer et jouer une comédie qui ne nous apportera rien.
Je déteste le mensonge. Je l’ai toujours détesté. Davantage depuis que Romain m’a dupée, trahie et quittée. Mais c’est fini, cela m’a servi de leçons. Je ne recommencerai pas. Je ne fuirai plus, quitte à m’en mordre les doigts.
J’entends ses pas se rapprocher avant même de le distinguer. Quand ceux-ci cessent, je tourne la tête dans sa direction pour constater qu’il s’est arrêté dans l’encadrement de la porte. Comme s’il craignait de trop m’approcher. Dis-moi juste la vérité Loïc, ai-je envie de quémander.
— Je suis désolé, s’amende-t-il d’une voix douce.
— Pourquoi t’excuses-tu au juste ? exigé-je en me redressant. De m’ignorer, de mentir ou bien juste de ne pas être assez honnête avec moi pour me confier ce qui te tracasse autant.
Je le vois blêmir un instant. Se rendant compte que mon irritation est plus profonde qu’il ne l’estimait, sans doute.
Il hésite quelques secondes puis s’approche en douceur, comme pour ne pas m’effrayer, me laissant le temps de lui refuser de s’installer à mes côtés. Je suis incapable de bouger ni de rétorquer quoi que ce soit. J’ai dit ce que j’avais sur le cœur. À lui, désormais, de s’ouvrir et me confier ses difficultés. Il finit par s’asseoir en face de moi, la paume de sa main vient cueillir ma joue. Son pouce caresse ma pommette dans cette douceur que j’apprécie tant.
— Je suis désolé, répète-t-il.
— Qu’est-ce qui t’arrive Loïc, je ne te comprends pas. Est-ce que j’ai fait quelque chose de mal ? le questionné-je malgré moi en baissant le regard.
— Non, me rassure-t-il. Tu n’y es pour rien Lila. Ce n’est pas toi, c’est moi.
Qu’est-ce que ça veut dire ça ?
La panique commence à m’imprégner et je sens mon rythme cardiaque louper un battement. Mais il me rassure rapidement en faisant taire mes doutes d’un baiser. Ses lèvres m’effleurent dans une caresse langoureuse et quand les miennes lui répondent enfin, il intensifie l’impact de nos bouches posées l’une sur l’autre. Durant quelques secondes, je me noie dans les sensations charnelles qu’il provoque, oubliant le passé, les questions et nos lendemains.
Il finit par rompre le contact, et pose son front contre le mien. C’est sans ouvrir ses yeux qu’il se confie.
— Fais-moi confiance, s’il te plaît Lila. Je te promets que bientôt ce sera réglé.
Je soupire contre ses lèvres, observant ses yeux froncés, ses mains qui maintiennent nos têtes l’une contre l’autre dans une aura protectrice.
Lui faire confiance ?
Très bien, je peux le lui accorder. Et je viens clore cette drôle de discussion, qui n’en était pas vraiment une, en scellant ma bouche à la sienne dans un tendre baiser.
Quand Emma est enfin couchée, Loïc m’entraîne dans notre lit où il fait taire mes angoisses dans une nouvelle étreinte passionnée.
Le lendemain, la journée se déroule dans une sorte de brouillard. J’ai le sentiment qu’un orage est prêt à exploser, je le sens au fond de moi. Et pourtant en façade, c’est le soleil qui se dresse devant moi. Loïc est présent, me sourit, me touche, m’embrasse, ne m’ignore plus.
Mais c’est plus fort que moi !
La graine a germé au creux de mon estomac, attendant l’engrais nécessaire pour pousser, se développer et m’ensevelir sous son poids.
Confiance, il m’a demandé de garder confiance et j’aimerais en être capable mais l’expérience m’a trompée plus d’une fois. Et les doutes sont un venin mortel qu’il est difficile d’effacer et d’ignorer. Une tentation malsaine qui prend le dessus sur tout parfois.
C’est cette dernière qui me pousse à passer le pas de la porte de la maison, tandis que je ne le devrais pas. Quand il m’a suggéré ce matin d’aller avec Rose et Gaspard à la foire d’Antan de Dinard profiter des spécialités et des représentations théâtrales, j’y ai vu une manière détournée de m’éloigner.
Pourquoi, je ne le savais pas.
Mais je sentais que quelque chose de suffisamment important se jouait pour qu’il décide de me rejeter.
C’était plus fort que moi. Comme un rappel à ce que j’avais vécu autrefois, j’avais besoin d’être là, de voir de mes propres yeux la supercherie.
Alors malgré la gentillesse de Rose et Gaspard, malgré l’agréable sortie que j’aurais sans doute appréciée davantage si mon esprit n’était pas si préoccupé, j’ai demandé à rentrer, prétextant un mal de tête carabiné.
Puis, je leur ai demandé de patienter devant la maison de Loïc, le temps de récupérer mes affaires afin de passer la nuit dans ma chambre en toute tranquillité et je suis entrée.
J’ai ouvert la porte en douceur, sans faire de bruit, en plein milieu d’après-midi devant mes amis, comme si Emma pouvait encore dormir à cette heure-ci. Après quelques pas dans la cuisine, ce sont des éclats de rire qui m’ont stoppée et je dois dire que je m’attendais à tout sauf à ça.
De là où je suis, on ne me voit pas, cachée par le reflet de la baie vitrée, mais j’ai, par contre, pleine vue sur ceux qui se dressent en face de moi.
Loïc, mon Loïc, attablé dans le jardin avec une femme. Une jolie femme blonde… ressemblant trait pour trait à… Emma ?
Mais comment c’est possible ?
Est-ce que…
Non, il m’en aurait parlé !
C’est ça qu’il appelle « régler » ?
Son ex débarque, l’ex-femme de sa vie, la mère de sa fille, sa Sophie et il va juste « gérer » ça ?
Et comment au juste ?
Je les regarde à nouveau, échangeant de nombreux mots. Ils semblent à l’aise l’un avec l’autre, riant aux éclats. Emma court autour d’eux. Loin d’être déboussolée de découvrir sa mère, comme si…
Et si ce n’était pas la première fois qu’ils se voyaient ?
L’un à côté de l’autre, ils forment un joli couple. Les parents unis par leur enfant. Leur fille Emma, qui semble heureuse et je comprends que ce soit le cas. Elle a enfin sa famille au complet. Sa famille réunifiée. Celle qu’elle mérite d’avoir. Mon Dieu, mais qu’est-ce que je fais ici ?
Je recule, comme si on m’avait frappée. Les larmes brûlent mes rétines, mais je les retiens du mieux que je peux.
Je dois partir et m’éloigner. Laisser ma place et ne pas m’imposer. Ils n’ont pas besoin d’une roue cabossée qui viendrait compromettre un chemin à tracer.
Emma mérite d’avoir sa mère et son père, ensemble, à ses côtés. Aucune enfant ne mérite d’être abandonnée et de connaître la vie sans ses parents. Je ne serai pas celle qui fera tout capoter. C’est sur cette décision que je quitte la maison, sans un regard en arrière.
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