Des vacances à mon coeur
Chapitre 38 - Loïc
CHAPITRE 38
Loïc
— Lila, tout va bien ? Tonio m’a dit que tu avais l’air ennuyée ? Je me suis inquiété.
Physiquement, Lila et Emma, postée devant la télé, semblent bien se porter et pourtant à la vue de l’œillade assassine qui me fixe, j’en viens à me dire que mon ami n’avait pas menti. Un truc ne tourne pas rond. Et quelque chose me dit que je ne devrais pas tarder à le découvrir.
— Ah oui, tu t’es inquiété ? ironise Lila avec un sourire loin d’être bienveillant. Trop aimable Loïc Briac, trop aimable.
Oh merde, le nom de famille, ça craint là ! Elle a l’air furax.
Je n’ai jamais fui devant le danger, alors je décide d’affronter son courroux pour découvrir la raison de sa visible fureur.
— Qu’est-ce qui se passe ?
— Qu’est-ce qui se passe ? répète-t-elle en faisant de grands gestes et haussant le ton. C’est une blague.
Voyant que la dispute est sur le point d’éclater, je décide d’isoler ma fille de nos mots d’adultes.
— Emma s’il te plaît, va dans ta chambre, lui ordonné-je.
— Mais papa, c’est Ladybug.
— Emma, insisté-je en instaurant mon regard de papa dont elle connaît l’inflexibilité.
Elle cesse immédiatement de râler et fonce dans sa chambre en traînant des pieds, se demandant s’en doute pourquoi je la vire du salon. Une fois certain qu’elle ne peut plus nous entendre, je me retourne vers Lila qui s’affaire à prendre ses affaires.
Mais où va-t-elle ? Hors de question qu’elle s’en aille sans me donner des explications.
— Que fais-tu ?
— Ça se voit non ? Je rentre, répond-elle sèchement en se dirigeant vers la porte d’entrée.
— Pourquoi ?
Elle se retourne violemment. Ses yeux m’envoient des éclairs.
— Pourquoi ? Tu oses me demander pourquoi ?
— Oui Lila, j’aimerais bien comprendre ce qu’il t’arrive. Tout allait bien ce matin quand tu as quitté ma chambre. Enfin, je crois... Ai-je fait ou dit quelque chose qui t’aurait contrariée ? Éclaire-moi, je suis perdu là.
— Tu m’as menti ! hurle-t-elle.
Quoi ?
— Mais qu’est-ce que tu racontes…
Elle fonce sur moi, prend un papier dans son sac et me le colle sur le torse.
Je récupère la feuille avant qu’elle ne tombe au sol et la lis en diagonale.
Oh merde.
La facture de réparation de sa voiture.
Je relève les yeux pour rencontrer les siens et y constater des larmes perlant au coin de ses paupières me déglingue l’estomac.
— Bravo, tu as bien caché ton jeu Loïc. Je n’ai rien venu venir. C’était quoi le plan ? Me bloquer ici le temps de pouvoir t’amuser un peu et puis me renvoyer chez moi une fois que tu te serais lassé ?
— Quoi ? m’horrifié-je. Elle n’a rien compris. Lila, je t’assure que ce n’est pas ce que tu crois.
D’un bras, je tente de la toucher pour la rassurer, mais elle me repousse violemment.
— Ne me touche pas, crie-t-elle. J’avais confiance en toi. Et toi, tu m’as menti. Tu n’es pas mieux que les autres finalement. J’ai cru… j’ai cru que tu étais différent. Mais ce que je peux être naïve.
— Lila, écoute-moi. Laisse-moi t’expliquer.
— Expliquer quoi ? Que tu me mens depuis près d’un mois ? Que tu m’as regardé droit dans les yeux et m’as dit que les réparations de Marguerite seraient longues ? Tout un baratin pour me berner alors que tu savais très bien qu’en réalité, tu avais reçu les pièces depuis des semaines. C’est écrit là, affirme-t-elle en pointant du doigt la facture honteuse que je tiens dans les mains.
— Lila…
— Alors quoi ? Tu t’es dit que c’était pratique d’avoir une baby-sitter et une secrétaire à l’œil ? Et puis allons-y. Cette pauvre fille est tellement paumée qu’elle tombe en plus dans ton lit. Pourquoi ne pas joindre l’utile à l’agréable pendant qu’on y est ?
Ses mains partent dans tous les sens et je panique face à son discours catastrophique, bien loin de ce que je ressens.
— Lila ! hurlé-je à mon tour pour la stopper.
— Quoi Lila, tu vas me dire que tu ne m’as pas menti peut-être ?
— Si mais…
— Alors il n’y a rien de plus à dire Loïc, je m’en vais, annonce-t-elle en se dirigeant d’un pas décidé vers la porte.
— Lila, attends, la supplié-je. Mais elle reste sourde à ma requête et part en trombe de la maison. La porte claque derrière elle, me laissant sous le choc des dernières minutes.
Mais quel con je fais !
Avec Emma dans la maison, impossible pour moi de lui courir après. Pourtant ce n’est pas l’envie qui me manque. Je fais les cent pas dans mon salon pour tenter de me calmer, essaie de la joindre sur son portable à plusieurs reprises, mais les sonneries restent silencieuses.
Après plus d’une demi-heure à tourner en rond, je finis par admettre de dépit que rien ne se réglera ce soir.
Peut-être devrais-je laisser à Lila le temps dont elle a besoin pour réfléchir et se rendre compte par elle-même que jamais je n’ai cherché à lui faire du mal, du moins pas volontairement. Elle a réagi sous le coup de la colère et je peux le comprendre. J’ai été un idiot. Elle y verra sans doute plus clair demain.
Elle finira par comprendre et me revenir. Il ne peut en être autrement. On dit que la nuit porte conseil. Je vais lui donner l’air qu’il lui faut ce soir.
Lorsqu’on frappe à la porte, le lendemain matin, je me jette dessus comme un affamé, prêt à déverser la tirade répétée toute la nuit. Mais je suis vite stoppé par la personne qui se tient devant moi, loin d’être celle que j’attendais.
— Bonjour Rose, soupiré-je.
— Eh bien quel accueil, cache ta joie, se moque-t-elle. Bonjour Loïc.
— Désolé, j’attendais Lila.
— Je sais, c’est elle qui m’envoie.
À l’écoute de ses mots, je me redresse, stupéfié et inquiet d’entendre son explication.
— Pourquoi ?
— Tu vas laisser une vieille dame sur le paillasson ?
— Pardon, entre.
Avec un léger sourire, je me décale pour que celle que je considère comme une seconde mère puisse investir les lieux qu’elle connaît bien.
Quand Emma l’aperçoit, elle en lâche son petit-déjeuner à peine débuté et court dans ses bras.
— Mamie Rose !
— Coucou ma crevette. Tu sais quoi, j’ai une super nouvelle. Aujourd’hui, c’est moi qui m’occupe de toi. Regarde, ajoute-t-elle en désignant son grand sac que je n’avais pas pris soin d’observer. J’ai ramené plein de bonnes choses pour faire de la cuisine, ça te dit ?
C’est quoi ce délire ?
Je regarde mon amie, avec un mélange d’abattement et de déception. Si Rose est ici, alors c’est que Lila n’est pas décidée à me pardonner. Du moins, pas aujourd’hui.
— Super ! Je suis cro contente Mamie Rose, me sort de ma tristesse la voix enjouée de ma fille.
— Va donc prendre ton petit-déjeuner Emma, je te rejoins, lui demande-t-elle.
La main apaisante de Rose vient se poser sur mon avant-bras, tandis que je m’affale contre le mur derrière moi.
Et si j’avais tout fait foirer avec mes mensonges ?
— Laisse-lui un peu de temps, me conseille-t-elle. Tu n’as pas été très malin, c’est vrai, mais elle finira par comprendre.
— Et si ce n’est pas le cas ?
— Voyons, tu es plus intelligent que ça. Tu ne vas pas abandonner à la première épreuve, n’est-ce pas ?
— Et pourquoi pas ?
— Tu le sais bien, mon garçon. Si l’idée même que Lila puisse ne pas revenir te met dans un état pareil, c’est que nous savons bien, toi et moi, ce qu’elle représente à tes yeux. Alors, je ne doute pas que tu sauras faire ce qu’il faut.
Je hoche la tête, reboosté par les mots et la conviction de mon amie, bien décider à ne rien lâcher.
Elle ne peut pas me quitter comme ça. Pas sur un tel malentendu !
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