Des vacances à mon coeur
Chapitre 31 - Lila
CHAPITRE 31
Lila
Loïc nous a prévu un petit festin fait de produits locaux sous forme de bouchées, sandwichs et autres mets que je prends plaisir à goûter de mes doigts. La simplicité de ce premier rendez-vous me détend et me fait oublier l’angoisse qui m’a envahie quelques heures plus tôt. Comme au garage ou chez lui, nos échanges sont fluides et nous parlons de tout. À ses côtés, j’ai le sentiment d’être avec un ami de longue date.
Enfin non, pas vraiment. Parce que je n’ai jamais ressenti cette attirance pour l’un de mes amis.
Malgré la nuit que nous avons passée, résultat d’un lâcher-prise soudain, nous sommes revenus au point de départ. Si ce n’est que désormais, notre attraction et notre désir l’un pour l’autre ne sont plus des secrets.
Nos mains se frôlent dans les boîtes disposées entre nous.
Nos regards se percutent et l’intensité qui s’en dégage diffuse un feu brûlant dans mes veines.
Ma peau se darde de frissons sans savoir si elle réagit à l’intonation de sa voix, plus basse et plus grave ou seulement en réaction aux températures qui diminuent sur la jetée.
— Tu as froid ? me demande-t-il en constatant mes bras serrés l’un contre l’autre.
— Un peu, avoué-je en baissant les yeux honteusement en repensant à sa recommandation vestimentaire.
Il défait sa veste et me la passe par-dessus mes épaules. La chaleur et son odeur se diffusent sur mon corps et dans mes narines. J’ai envie d’y plonger mon nez pour mieux respirer son odeur si particulière qui mêle des effluves masculins d’after-shave et d’huile de moteur. Mais ses iris braqués sur moi m’en empêchent. Ses mains n’ont pas encore quitté les pans de son vêtement qui me réchauffe peu à peu. Comme s’il hésitait entre stopper ou persister dans son geste.
Je n’ai qu’une envie, qu’elles restent où elles se trouvent et poursuivent leur chemin. Je rêve de les sentir à nouveau effleurer ma peau.
Moins d’un mètre nous sépare et pourtant, je ne bouge pas. Les battements de mon cœur prennent un rythme effréné dans ma cage thoracique dans l’attente de sa décision. Et quand je crois qu’il va finir par reculer, ses doigts me surprennent en venant prendre en coupe mon visage.
Son regard ébène me sonde, cherchant à trouver mon approbation que je lui transmets de mes prunelles figées sur lui. Et lorsqu’il en a la certitude, sa bouche vient me cueillir dans un baiser lent et doux. Contre ses lèvres, je soupire d’aise, comme si, enfin, j’avais retrouvé une place convoitée. Sa langue vient chatouiller la mienne, réveillant la flamme de l’envie au creux de mes reins. J’ai besoin de le sentir davantage, mon dos se cambre, cherchant le contact de sa peau contre la mienne.
Dans la brume de mon désir, mon corps se rapproche sans songer à ce qui nous sépare. Ce n’est qu’en entendant les verres tinter les uns contre les autres que je prends conscience des dégâts que je viens de causer. Avec regret, je me détache précipitamment de ses lèvres et observe, d’un regard de dépit, le gâchis que je viens de créer. Le vin s’est renversé dans les différentes coupelles, noyant de liquide rougeâtre les merveilleuses bouchées non encore dégustées.
— Je suis désolée, je suis désolée, paniqué-je devant le tableau de notre dîner fichu. Et comme souvent, quand je panique, mes mains m’échappent, partant dans tous les sens. Vraiment, quelle nouille je fais, je suis désolée pour ton pique-nique Loïc.
— Lila, m’interpelle Loïc en me tendant une main.
— Non mais regarde, tout est fichu, l’ignoré-je.
— Lila ! s’écrie-t-il en me prenant les deux mains pour me calmer. Ce n’est rien. Arrête de te blâmer pour des bêtises. Ce n’est qu’un peu de nourriture. Et si je me souviens bien, nous étions deux à nous embrasser non ?
Son regard se fait rieur, alors je me détends, lui adressant un sourire moqueur.
— C’est vrai. D’ailleurs, c’est toi qui as commencé. Donc tout est ta faute finalement, l’accusé-je d’un sourire en le pointant du doigt.
— Ah oui, ma faute ? Tu vas voir si c’est ma faute, me provoque-t-il.
Son œillade joueuse m’inspire des représailles. Je me lève prestement et me mets à courir sur la plage, cherchant à lui échapper. Mais avec ses grandes jambes, il a tôt fait de me rattraper et m’intercepte en plein vol en m’encerclant d’un bras.
— Non, pitié ne me faites pas de mal, supplié-je d’une main sur mon front en exagérant mon intonation de voix, provoquant son rire aux éclats.
Il finit par me retourner pour me coller contre lui, cette fois sans rien entre nous.
Nos regards se percutent. Nos rires se meurent.
Mes mains viennent saisir sa chevelure et mes lèvres prendre d’assaut les siennes. Notre baiser est bien moins doux. Il est joueur, tentateur, passionné. Nos langues se confondent et ne se quittent plus. Ce n’est que lorsque la respiration nous manque que nous cessons. Constatant par la même occasion que nous sommes en plein milieu de la plage. Et bien que la nuit soit proche de tomber, nous prenons conscience que nous nous donnons en spectacle. La situation nous amuse quelques secondes, mais très vite notre rire s’éteint pour laisser place au désir qui nous submerge.
Loïc m’entraîne avec précipitation vers notre place quittée plus tôt et remballe sommairement notre dîner gâché dans son panier. Je le regarde faire sans intervenir, ma poitrine se soulevant sous le poids de ses pulsations chaotiques et de l’impatience que je contiens. Ce n’est que lorsqu’il me plaque contre la portière de sa voiture quelques minutes plus tard, que je sors de ma léthargie.
— Et notre dîner ? m’inquiété-je soudain pour tout le mal qu’il s’était donné.
— Que de la nourriture, Lila. Pour l’instant, je n’ai faim que de toi, me murmure-t-il à l’oreille en me dévorant le cou.
J’aimerais lui dire que nous sommes des adultes, que nous pouvons attendre. Mais les morsures qu’il inflige au lobe de mon oreille me provoquent des gémissements bien trop difficiles à refouler pour émettre la moindre contestation. Mon corps se dandine contre ses hanches, cherchant l’apaisement nécessaire. Mes mains empoignent à nouveau les mèches noires de sa chevelure.
— OK, pas de dîner, cédé-je. Emmène-moi chez toi.
— Sage décision, mademoiselle Picard, dit-il contre mon épaule.
— Maintenant monsieur Briac. Maintenant ! ordonné-je en le repoussant du torse.
Je ne sais réellement si notre trajet est de courte durée parce que Loïc roule plus vite ou si c’est mon impatience qui perturbe mes sens. Quoi qu’il en soit, la même frénésie nous submerge lorsque nous passons les portes de sa douce maison.
Nos corps se percutent comme deux aimants.
Nos lèvres se trouvent telles deux âmes esseulées.
Nos mains se font aventureuses, captivées et fougueuses.
Un à un, nos vêtements volent au milieu du salon au gré de nos effeuillages. Et quand nous nous retrouvons enfin nus de ces couches qui nous encombraient, nous savourons à nouveau le contact de nos peaux l’une contre l’autre.
Nos corps se percutent dans une danse frénétique et passionnée. Ses doigts empoignent ma chair comme pour me prouver que je ne rêve pas. Ma bouche se fait gourmande contre son cou, sa mâchoire voilée d’un duvet brun rugueux et son torse musclé que je prends plaisir à picorer. Il n’a pas le physique d’un athlète qui passerait des heures à le travailler. Mais une musculature plus naturelle que je prends plaisir à admirer. Celle obtenue de son labeur, dans son atelier. Mes mains parcourent les sillons de ses abdos dessinés, de ses épaules charpentées pour finir leur course dans sa chevelure folle que j’aime tant empoigner.
Loïc ne me laisse pas le dévorer davantage, ressentant comme moi l’urgence de nos besoins, il finit par me porter dans ses bras musclés. Mon dos vient heurter l’une des cloisons du salon, et je ne sais si je gémis de douleur ou de plaisir.
Sans doute les deux à la fois.
Ma respiration se coupe quand d’une poussée, il m’envahit de toute sa puissance. Pourtant, une fois au creux de mon intimité, il stoppe tout mouvement, comme pour savourer sa présence. Nous gémissons à l’unisson de cette union précipitée.
Nos yeux se percutent. Nos lèvres se rencontrent à nouveau et d’un mouvement de hanche, je l’invite à continuer. D’abord lentement, puis plus passionnément, ses coups de reins reprennent, m’emportant dans une spirale de plaisir inouï. Je ne sais plus où je suis. Je ne vibre que pour lui.
Peu m’importe le mur, le salon, le canapé, nos positions, quand Loïc jouit en moi, j’ai le sentiment que nos âmes se sont trouvées.
***
Allongés l’un contre l’autre sur le canapé, nous savourons ce moment de plénitude dans lequel le silence nous accompagne. Ma tempe, collée contre le torse de Loïc, est bercée par le son des battements fous de son cœur vibrant contre moi. L’une de ses mains caresse le duvet de ma peau dans un geste lent et paresseux, sans qu’il ne soit réellement conscient, je crois, du mouvement qu’il exerce. Ses bras me donnent le sentiment d’être dans un cocon protecteur.
— Je ne sais pas exactement ce que nous sommes Lila, ni vers quoi nous allons, me murmure Loïc en douceur dans mes cheveux. Mais ce que je sais, c’est que je suis bien avec toi.
En appui sur sa poitrine, ma tête vient l’observer, à l’écoute de ses mots apaisants. Juste quelques mots. Aucune promesse mais un simple constat d’un bonheur partagé.
— Je le suis également, confié-je en souriant.
Lorsque ses doigts viennent caresser l’arrondi de ma joue dans un geste d’ultime tendresse, je me sens fondre. Le temps semble se suspendre entre nous.
— Quand je repense à notre première rencontre, j’en ris encore. Tu sais que du garage, j’ai tout entendu.
— Comment ça, tu as tout entendu ? m’inquiété-je soudain en songeant à mon excès d’énervement.
— Je ne sais pas exactement ce que tu me reprochais, mais je crois bien que mes oreilles ont sifflé un moment.
— Oh non la honte !
Je me cache le visage dans son torse.
Ses doigts découvrent lentement mon regard honteux. L’une de ses mains vient tourner ma tête à nouveau et me plonge dans ses iris qui brillent d’un éclat malicieux.
— Depuis que tu es entrée dans notre vie, j’ai l’impression de revivre Lila. Tu as déboulé toi, toute ton énergie, tes mots farfelus et tes situations cocasses en mettant un joli coup de pied à ma petite vie trop calme. Tu n’as aucune raison d’être gênée, crois-moi. J’ai lutté contre toi, c’est vrai. Mais pas parce que tu m’agaçais. Plutôt parce que je refusais d’admettre que tu m’attirais particulièrement. Et si je suis honnête avec moi-même, je pense que c’est à ce moment-là que j’ai su que tu étais différente des autres femmes. Tu es une femme incroyable Lila.
D’un tendre baiser sur mes lèvres, il vient clore sa jolie déclaration.
Sa confession me touche au plus profond de mon être. Parce que j’ai ressenti la même attraction pour cet homme dès les premiers jours et que la rencontre avec lui et sa petite fille m’ont totalement chamboulée. Il ne peut comprendre à quel point j’avais besoin de me sentir aimée. Sans le savoir, il m’a permis d’accélérer ma reconstruction et je prends conscience désormais que j’ai besoin de lui confier ce pan de ma vie resté secret.
Les larmes envahissent mes paupières tant l’émotion me gagne. Son front se plisse sous l’inquiétude des traits de mon visage. Avant qu’il ne m’interroge, je me rallonge à ses côtés, mes prunelles fixant le plafond, y cherchant la force de me confier. J’inspire vivement et décide de débuter mon aveu douloureux.
— La Lila que tu as rencontrée n’a rien à voir avec celle que j’étais il y a encore quelques mois, débuté-je d’une voix rendue rauque par l’émotion. J’ai parfois l’impression d’être une pâle copie de moi-même. De la Lila d’autrefois. Sans savoir vraiment si je retrouverai réellement cette personne. Quand nous sommes tombé l’un sur l’autre, je venais de me « réveiller ». Tu sais, c’est un peu comme lorsque tu fais un cauchemar et qu’au petit matin, tu peines à en sortir. Tu te sens un peu dans le brouillard pendant un moment et ta journée ne débute réellement que lorsque le nuage qui t’encombrait l’esprit a fini par se dissiper. Tu vois ce que je veux dire ?
Il acquiesce en silence et sa main vient se glisser dans la mienne dans un signe d’encouragement. Alors, je puise sa force et continue.
— Eh bien c’était ça. J’avais décidé qu’il était temps que le nuage parte, enfin, et le soleil qui faisait son retour dans ma vie était tellement vif et brutal que c’est comme si on m’avait donné un shoot en intraveineuse de vitamines et de bonne humeur. J’avais ce sentiment d’être redevenue enfin moi, la femme joyeuse et un peu loufoque. Mais au fond de moi, même si je le tais, le nuage reste caché, prêt à refaire surface et à m’engloutir de nouveau.
— Et ce… « nuage », comment faire pour qu’il parte définitivement ? me demande-t-il délicatement, comme pour ne pas me brusquer.
— Je… je ne sais pas encore. Je crois qu’il commence doucement à me quitter, déclaré-je en lui souriant timidement. Mais j’ai peur. Pour être honnête, j’ai peur de ce que je vais devoir faire pour le faire totalement disparaître. Je ne sais pas si je suis encore prête.
— Alors, prends ton temps. Un jour, tu le seras, me rassure-t-il en me caressant le visage du dos de sa main.
Je l’observe avec attention. Ses iris sombres m’apparaissent aujourd’hui comme une mer tranquille sur laquelle je me sens en sécurité. J’ai l’envie d’y plonger davantage, sans filets. J’ai le sentiment que si je devais tomber, il me rattraperait. Alors, je prends la décision d’ouvrir mon cœur pour la première fois à une autre personne que ceux qui me connaissent intimement et lui avoue ma triste vérité.
— J’ai menti, confessé-je difficilement.
Surpris, son regard se braque sur le mien, cherchant une explication à ces mots lourds de sens. Ma trachée se noue d’appréhension dans l’attente de ce que je vais annoncer.
— J’ai menti lorsque j’ai dit à Emma que je n’étais pas une maman, continué-je.
— Tu as un enfant ? soupire-t-il comme soulagé. Lila, ce n’est pas grave. J’aurais préféré que tu m’en parles évidemment mais…
— Loïc, le coupé-je. S’il te plaît, laisse-moi parler.
Et quand je suis certaine qu’il ne va pas m’interrompre une nouvelle fois, je débute alors le récit de ce pan de ma vie…
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