Des vacances à mon coeur
Cinq ans plus tard
— Mamaaaaan, il recommence.
Quoi ? Encore !
C’est pas vrai, cet enfant aura ma peau !
— Raphaëëël, viens ici, chenapan ! m’écrié-je en pourchassant le petit démon sur pattes.
Depuis qu’il tient droit sur ses deux pieds, notre fils de quinze mois semble se prendre pour un apprenti jardinier. Je dois sans cesse vérifier que je ne le retrouve pas les deux mains dans l’un des pots de fleur de la maison. Heureusement pour moi, je peux compter sur sa grande sœur qui veille dessus comme sur le lait.
Je parcours les pièces en suivant leurs rires et leurs voix et trouve le coupable les mains noires de terreau, entouré d’Emma, un sourire coupable au coin des lèvres. Il a le même regard noir océan que son père. Celui qui sait exprimer autant son mécontentement que la malice qui le caractérise. Je suis certaine que d’ici quelques mois, quand la parole ne sera plus qu’une avalanche de charabia, il aura la même répartie que sa grande sœur, qui passe son temps à tenter de lui faire répéter mille et un mots intelligents.
Depuis qu’il est arrivé dans nos vies, j’ai du mal à me souvenir de ma dernière nuit complète. Notre lit est souvent envahi de quatre petits pieds dodus. Les repas sont devenus un combat. Notre salon, un champ de bataille.
Et pourtant, je n’ai jamais été aussi heureuse que depuis qu’il est là.
J’ai refusé pendant des mois, des années, d’y songer. Tellement j’avais peur que cela ne recommence une nouvelle fois. Loïc m’a toujours écoutée, suivi dans mes choix, sans me mettre la pression. Il a patienté et m’a accompagnée à chaque étape de ma guérison. Ensemble, nous avons pris la décision de me soigner. Moi. Et c’est ce que j’ai fait.
Ce fut long. Difficile. Douloureux.
Il y a eu les traitements, l’opération. Les opérations. Avant. Après.
J’ai cru que jamais je n’y arriverai. J’avais même fini par abandonner l’idée. Mais Loïc y croyait pour nous deux et moi je le croyais, lui.
Et c’est ainsi qu’au terme de la quatrième fécondation in vitro Raphaël est né. Avec ses cheveux clairs. Ses yeux noirs. Sa voix perçante et l’envie féroce de s’imposer.
Malgré mes angoisses perpétuelles, mes doutes à chaque nouveau symptôme, et la peur qu’il décède à sa naissance. Il s’est accroché et ne nous a jamais quittés.
Il y a neuf ans, je suis devenue maman pour la première fois en mettant au monde Luna. Je croyais que jamais plus je ne le serais de nouveau. Et pourtant, j’ai eu la chance de le devenir une seconde fois.
Il y a quatre ans, lorsque Emma a souhaité m’appeler maman.
Il y a un an, en accouchant d’un joli petit garçon. La naissance de Raphaël m’a permis de cicatriser les blessures que je pensais refermées.
Désormais, je sais que, quoi qu’il arrive, pour le meilleur et pour le pire, je suis en vie.
FIN
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