Des vacances à mon coeur

Célia Haden · Chapitre 51 sur 56

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Des vacances à mon coeur

Chapitre 50 - Lila

CHAPITRE 50

 

 

Lila

 

— Je suis désolée, énonçons-nous en même temps, provoquant nos rires qui font relâcher la pression et l’ambiance tendue qui règne depuis mon arrivée.

Assise sur le canapé de Juliette, je me tourne de côté pour lui faire face et prendre ses mains dans les miennes. Elle m’a tellement manqué.

D’un geste du doigt elle m’invite à continuer. J’ai tant à lui confier…

— Je te dois des excuses Juliette, m’amendé-je d’une voix coupable.

— Tu ne me dois rien Lila.

— Si. Si, je te le dois. Ça m’a pris du temps, c’est vrai, mais j’ai fini par comprendre que personne n’y était pour rien. Et qu’en vouloir au monde entier n’allait faire revenir mon bébé.

— Lila…

— Non s’il te plaît, j’ai besoin de le dire. D’aller jusqu’au bout cette fois.

Ma meilleure amie se concentre sur moi et hoche la tête, alors je lui déverse ce que j’aurais déjà dû faire depuis des mois…

— Quand j’ai perdu Luna, je suis passée par de nombreuses phases comme tu le sais. Le déni, la colère, la tristesse… J’ai été injuste envers toi et tous ceux qui ont simplement voulu m’aider. J’ai cru… j’ai cru que ce serait plus facile pour moi… de m’isoler, de vous rejeter. De m’enfermer dans ma bulle de douleur où ne comptait que Luna et moi. De faire comme si cela n’avait jamais existé. Mais j’avais tort.

— Lila.

— Non Juliette, la stoppé-je une nouvelle fois. C’est vrai. J’avais tort.

Je serre davantage ses mains contre les miennes, pour y puiser la force de me confier.

— J’ai longtemps lutté. Cru que je ne m’en relèverai pas. Mais quelqu’un m’a montré le chemin.

Malgré les derniers événements, je ne peux empêcher mon visage de sourire en pensant à lui et à tout ce que nos moments ensemble m’ont enseigné. Loïc…

— Loïc ? m’interroge-t-elle intrigué.

Je hoche la tête sans rien préciser mais continue à lui expliquer.

— Il m’a montré que le bonheur ne tenait qu’à moi. Et grâce à lui, je me suis rappelé. De toi, et des gens qui ont compté. De tous ceux que j’avais honteusement oubliés, éloignés, mis de côté. Et je m’en veux, sangloté-je soudain. Juliette, si tu savais comme je suis désolée.

Mes larmes dévalent le long de mes joues, libératrices d’une page que je sens se tourner. Ses bras me pressent contre elle, dans une étreinte réconfortante. Réparatrice. Aimante. Ses pleurs rejoignent les miens et durent un long moment.

 

Ce n’est qu’au bout de je ne sais combien de minutes que nous nous séparons. Dans nos yeux, nous partageons la même affection profonde. De celles que seules deux amies, unies depuis des décennies, peuvent comprendre. Et je saisis alors avec soulagement que je suis pardonnée.

Nous discutons pendant des heures de ces mois qui ont passé, de sa vie ici. De la mienne là-bas. De Loïc et Emma. De celle que je pense être devenue. De mon amour pour lui. Et de mes doutes quant à demain. Quand je me réveillerai seule, sans ses bras, son sourire, son odeur de cambouis, ses moqueries et son soutien. De ma peine de les avoir quittés, avec la certitude cependant qu’il le fallait.

Ce n’est que lorsque mon estomac crie famine que je me rends réellement compte du temps qui est passé.

 

Juliette, se redresse d’un bond de son canapé et me tend la main, un grand sourire aux lèvres.

— Allez viens !

— Où ça ? l’interrogé-je, surprise.

— Allons rattraper le temps perdu, oublier le temps d’une soirée ton Loïc et ce qui se passera ou non demain. Je te propose un retour dans notre passé. Tu te souviens, quand on avait vingt ans et que rien d’autre ne comptait que nos tenues de soirée. On ne pensait ni à l’avenir ni même à trouver un copain.

— C’est vrai, je me souviens, ris-je. On était même de vraies dévergondées à l’époque.

— Bon, ne te méprends pas, je ne te propose pas de trouver un mec et de tout oublier dans le lit d’un autre. Mais tu sais quoi, ce soir on va juste s’amuser. OK Lila ?

— Mais je ne ressemble à rien, rétorqué-je en m’examinant de la tête aux pieds en pensant à mon allure, loin d’être apprêtée.

— Pas de soucis, on va arranger ça, crois-moi, clôt-elle en me guidant dans sa chambre que j’ai bien connue dans le temps.

C’est là que nous échangions nos vêtements, refaisions le monde et critiquions les hommes qui partageaient nos vies. Contrairement à moi, Juliette n’a jamais souhaité s’installer dans une vie de couple, préférant son statut de femme indépendante et d’affaires accomplie. Longtemps, je me suis demandé s’il lui manquait quelque chose mais vraisemblablement, c’est ainsi qu’elle s’épanouit, alors je n’ai pas à la juger. C’est mon amie, c’est ainsi.

 

Près d’une heure plus tard, nous nous garons boulevard Carnot et nous nous faufilons à travers la foule amassée devant l’entrée du pub. Du temps de notre jeunesse, le James Joyces était notre QG. Soirée étudiante, concert, ou simple repas sur le pouce, nous avions fait de cet endroit notre lieu de retrouvailles préféré. Je suis surprise, près de dix ans après, de le retrouver, toujours aussi bondé. Une ambiance survoltée semble toujours régner dans ce pub irlandais.

La musique qui émane des enceintes n’a plus rien de celle d’autrefois mais j’y retrouve un mélange de rock et de sons celtiques qui me donnent instantanément envie de bouger. Les clients de ce soir sont un mélange de tous les âges et je ne me sens pas si vieille que cela, à l’aise dans les fringues prêtées par Juliette.

Pendant mon observation des lieux, celle-ci nous a déniché une petite table à l’une des extrémités du bar. C’est l’annonce de mon prénom qui me sort de ma contemplation, je la rejoins d’un pas décidé.

À peine installées, un des serveurs dépose devant nous une rangée de shooters ainsi que des wings et diverses chips à grignoter. Je comprends alors que mon amie a été plus rapide que moi et a déjà commandé.

Bien décidée à tout oublier, le temps d’une soirée, je lui tends un verre et après en avoir saisi un, l’entrechoque au sien en répétant notre ancien mantra.

— À toi, à moi, à nous, qu’elle répète à son tour avant de me suivre et de boire en une gorgée notre première tournée.

 

Quelques heures plus tard, l’effet de l’alcool se fait sentir sur mon corps mais je n’ai ni l’envie ni ne ressens le besoin de ralentir. À vrai dire, je me sens déconnectée. Comme si mes différentes gorgées avaient anesthésié mes pensées. Je ne songe plus à Loïc, ses baisers, et tout l’effet qu’ils avaient sur moi. Du moins, c’est ce dont je me convaincs.

Je ne sais pas quelle heure il est, mais le bar est passé en mode karaoké. C’est nouveau. À notre époque, il ne le faisait pas.

Peu importe les voix fausses, les chorégraphies atypiques, les gens chantent, rient, s’amusent, sans prêter attention au regard des autres et je dois dire que j’aime ça. Soudain, je pense à Loïc qui n’aurait pas manqué de se moquer, avec ma voix de casserole et mes pas désordonnés. Il n’en faut pas plus pour me décider.

Je me lève d’un coup, chancelle un peu mais ne m’arrête pas pour autant.

— Qu’est-ce que tu fais Lila ? me demande Juliette, interloquée.

— C’est mon tour. S’amuser t’as dit ? Eh ben je veux chanter ! annoncé-je en levant mon poing en l’air, déterminée.

— Mais attends, il y a déjà quelqu’un, tente-t-elle de me retenir.

Mais elle me connaît. Impossible de m’arrêter. Je dépasse rapidement la fille qui s’apprêtait à grimper, et monte sur la scène, ignorant ses contestations.

— Désolée chérie, mais la scène est à moi. Tu l’entends, elle m’appelle. Mais promis, j’en garde pour toi. Je chauffe le public et je te laisse en profiter. Tu verras, il sera chaud bouillant pour toi.

Ses yeux me parcourent, elle pouffe doucement mais je sens qu’elle se retient. Elle regarde le DJ derrière moi en signe de questionnement puis hausse les épaules face à son accord, et repart comme elle est venue, me libérant l’espace.

 

Je m’installe au centre de la scène et comme mon idole, en inspire les vibrations. Les mains relâchées le long de mon corps, c’est comme si je la sentais au fond de moi.

— Bon, et elle nous chante quoi la diva ? demande en riant le musicien derrière moi.

— Ben du Céline, voyons, quoi d’autre, réponds-je en haussant les épaules. Quelle question ! Envoie-moi le son garçon, je suis prête !

Les pieds ancrés sur le parquet, je positionne mes deux mains sur le micro et inspire vivement en attendant le début de la chanson. Quand les premières notes débutent, un large sourire prend place sur mes lèvres. Yeah, c’est parti !

Je chante à tue-tête, y mettant tout mon cœur. Et me moquant bien de la justesse de mes notes.

Quand le refrain arrive, là où la chanson mêle normalement deux voix, l’envie folle me prend d’intégrer mon nouveau public que je sens captivé par ma prestation. Évidemment ! Alors, je grimpe sur l’une des caisses en bois qui décorent la scène pour prendre plus de hauteur et enflammer mon public en augmentant le son de ma tonalité. L’équilibre est légèrement bancal mais l’adrénaline de ma prestation me fait ignorer les risques que je prends.

— Allez, avec moi, les encouragé-je en levant les deux bras, tout en tanguant.

 

Fais comme si j’avais pris la mer1

J’ai sortiiii la grande voile

Et j’ai glissé sous le vent

Fais comme si je quittais la terre

J’ai trouvé mon étoile

Je l’ai suivie un instant

Sous le veeeeennnt

 

Lorsque je termine ma prestation, la foule est en délire. Elle scande mon nom. Enfin, c’est ce que j’imagine. Dans ma tête, c’est la folie, Céline m’applaudit et j’adore ça ! Je m’amuse, ris et secoue les bras au-dessus de moi, en remuant les fesses de satisfaction.

Mes mouvements désordonnés et l’impact de mon poids ont soudain raison de la résistance de la caisse sur laquelle j’étais perchée. Elle se fracasse et m’entraîne dans une chute spectaculaire. Déséquilibrée, je bascule en avant, ma tête percutant le coin du parquet en bois.

Et c’est en songeant à Loïc, qui m’aurait sûrement sermonnée sur le ridicule de mon choix, que je sombre dans les vapes une nouvelle fois…

 

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1. Paroles de la chanson Sous le vent de Céline Dion et Garou.

 

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