Des vacances à mon coeur
Chapitre 46 - Loïc
CHAPITRE 46
Loïc
— En bleu !
— En gris ?
— Ah non, pas gris ! se plaint-elle.
Son visage se tord dans une grimace adorable. Son nez se fronce révélant davantage les légères taches de rousseur qui parsèment ses pommettes. Celles que je ne me lasse pas d’admirer. La teinte de ses iris s’assombrit légèrement, signe que son esprit se prépare au combat.
Une chose est sûre, Lila n’aime pas qu’on lui tienne tête. Quand elle a une idée dans la tête, elle ne l’a pas ailleurs, comme ma fille…
Ce n’est qu’elle ne sait pas, c’est que peu m’importe la couleur, à vrai dire, je m’en fous même royalement. Si cela peut lui permettre de se sentir bien ici, alors je le fais avec grand plaisir. Évidemment, je ne lui dis rien tout cela. Oh non ! C’est bien plus amusant de la voir lutter pour ne pas s’énerver et tout faire pour me convaincre.
— Le gris c’est terne, c’est d’un triste, pense aux clients, argumente-t-elle… Alors que le bleu, c’est la vie, c’est le ciel, c’est la mer. C’est une belle référence à Saint-Malo.
— Vraiment ? souris-je malgré-moi.
— Mais oui, insiste-t-elle avec conviction.
C’est plus fort que moi, l’envie de la titiller davantage me gagne. Comme souvent avec elle. Elle est tellement spontanée qu’elle ne retient jamais les propos qui sortent de sa si jolie bouche ni les réactions impulsives de son corps. Et j’adore ça. Être avec Lila est une vraie bouffée d’oxygène dans ma vie.
— Arrête-moi si je me trompe, continué-je en conservant mon air sérieux pour ne pas me trahir. Changer ton bureau, mettre du parquet au sol et repeindre le mur pour une teinte bleue, tes demandes n’ont donc, si j’ai bien compris, que pour but de me prouver ton amour envers ta nouvelle ville d’adoption, c’est bien cela ?
— Rhô, dit comme ça, j’ai l’impression d’être une femme égoïste qui a des exigences de privilégiée, boude-t-elle. Je te rappelle que je n’avais rien demandé, moi. C’était ton idée à la base tout ça, non ? Je me suis peut-être emballée, c’est vrai, mais tu ne peux pas rejeter la responsabilité sur moi. Voilà que cela va être ma faute, bientôt !
Elle a raison. Ces travaux, c’est ma décision. À moi seul.
Voilà près de trois semaines que Lila et moi vivons une relation au grand jour. Il nous a fallu trouver nos marques tous les deux, tous les trois.
Nous avons discuté de nos envies, nos besoins, nos attentes dans cette relation que nous n’avions envisagée ni l’un ni l’autre mais tombant à un moment clé de nos vies. C’est ainsi que Lila est devenue une employée, en toute légalité, de mon garage. Je mentirais si je disais que l’avoir à mes côtés n’est pas un réel bonheur. Et un atout non négligeable pour mon entreprise. Les clients apprécient sa voix douce et elle sait gérer les fournisseurs comme personne. Elle n’a plus à prouver ses compétences, dont j’aurais bien du mal à me passer.
Pour préserver notre équilibre familial, Louane a repris naturellement son activité de baby-sitting tous les jours, en attendant la rentrée qui aura déjà lieu dans quelques jours.
Après tout, Emma et Lila se voient suffisamment comme cela. Lila vit quasiment chez nous. Cette tête de mule considère qu’un emménagement définitif est précoce dans notre relation et trop rapide pour ma fille. Elle a donc instauré une sorte de rituel durant lequel elle continue à aller passer, de temps à autre, quelques nuits à l’auberge. Baladant à chaque fois ses affaires comme une vulgaire voyageuse.
C’est d’un ridicule !
Je suis prêt, Emma l’est aussi, j’en suis certain.
Elle adore Lila. C’est bien simple, j’ai presque perdu mon privilège de conteur d’histoires, au profit d’un gros câlin certes, mais tout de même. Lila ferait mieux les voix que moi d’après ses dires, on aura tout vu.
Quoi qu’il en soit, impossible de faire changer ma brune d’avis, alors je patiente et tente par tous les moyens de lui rappeler à chacune de ses nuits chez moi combien sa présence m’est devenue primordiale.
Doucement, nous avons donc trouvé une organisation entre vie privée et vie professionnelle. Nous tentons de maintenir cette frontière pour l’équilibre de notre couple. Mais j’avoue avoir quelques difficultés à ne pas lui sauter dessus sur notre lieu de travail. Il faut dire que maintenant qu’elle est officiellement l’assistante du garage, Lila tient à une tenue adaptée à son poste. Ses jeans et robes fleuries étaient loin de me déplaire. Mais j’ai une nette préférence pour ce petit chemisier bleu ciel récemment acquis qui dévoile légèrement sa poitrine lorsque celle-ci est penchée sur son bureau. Bureau dans lequel je me rends bien trop souvent au goût de Tonio qui ne manque pas de me charrier à ce propos.
Bureau dans lequel, l’entendant tous les jours pester dans l’atelier pester sur les tiroirs qui coincent, j’ai décidé qu’un relooking s’imposait.
L’idée m’est venue, en souvenir de ses confidences sur son ancien poste, de lui rendre son nouveau cadre de travail plus agréable. Devant mes finances limitées, mais grâce à l’aide de Gaspard et Tonio, et surtout avec un peu d’huile de coude, Lila se retrouve désormais avec un beau bureau en bois fabriqué de nos mains et un parquet remplaçant le vieux sol de la pièce. Nous aurions pu nous arrêter là mais je n’ai pas l’habitude de faire les choses à moitié. Raison pour laquelle nous sommes actuellement en train de nous chamailler pour choisir la teinte des murs.
Enfin choisir est un bien grand mot puisque, sauf si Lila me réclamait orange rouille ou noir corbeau, j’ai prévu de lui laisser carte blanche, ce qu’elle ignore et que je prends un malin plaisir à ne pas lui révéler.
— Bien sûr que c’est ta faute, m’offusqué-je faussement. J’ai bien été obligé de faire quelque chose pour ne plus t’entendre râler par-delà la cloison.
Voir sa bouche s’ouvrir dans une grimace de stupéfaction et les mots lui manquer me sort de ma connerie, j’éclate en un rire sonore.
Elle hésite quelques instants puis finit par me rejoindre avec un sourire aussi large que son visage.
— Non d’une purée de bois, j’y crois pas, je suis encore tombée dans le panneau. Tu es vraiment un…
— Attends, ne dis rien, dis-je faisant semblant de réfléchir un doigt posé sur la bouche. Je sais. Comment tu dis déjà ? Ah oui, un anthropopithèque.
— Voilà c’est ça ! s’exclame-t-elle en me pointant du doigt, agacée. Mais sa contrariété laisse rapidement place à un sourire taquin lorsque mes mains se posent sur ses hanches et que je me mets à dévorer son cou.
— Allez, avoue que c’était drôle, lui murmuré-je à l’oreille.
— Tu triches, se défend-elle en me donnant néanmoins un meilleur accès à sa nuque. Tu utilises mon point faible pour me faire flancher, c’est déloyal.
— Moi, continué-je en picorant sa mâchoire. Je n’oserais pas.
— Si… je… commence… à bien te… connaître, halète-t-elle.
Mes lèvres parcourent la douceur de sa peau, parsemant de baisers son menton, son cou et le haut de sa poitrine dévoilée par son chemisier. Capturant son corps, je l’entraîne pas à pas contre le bureau devant lequel nous nous trouvions. Lorsque ses jambes percutent le mobilier, je la couche dessus en douceur. Laissant le désir ployer entre nous.
— Tu veux que j’arrête ? susurré-je dans un souffle, provoquant un frisson sur le duvet de sa peau.
— Si tu fais ça… je te tue.
D’un doigt, je défais en souriant les deux premiers boutons et viens remplacer le tissu par ma bouche.
Ses soupirs s’intensifient quand ma langue cherche à atteindre sa poitrine. Ses hanches se cambrent contre les miennes, m’invitant à me frotter contre le centre de son anatomie.
Je soulève sa jambe droite d’une de mes mains, me rapprochant davantage. Sans que je le contrôle, mon bassin intime de lents mouvements, rendant laborieuse nos respirations qui s’affolent. Je poursuis tranquillement mon adoration pour sa peau douce lorsque nous sommes interrompus par une voix tonitruante.
— Putain les gars, vous êtes sérieux ?
Je me redresse vivement tout en me retournant pour cacher Lila dans mon dos.
— Merde ! m’exclamé-je, penaud, en observant un Antonio abasourdi, sur le pas de la porte.
— Désolée Tonio, s’excuse Lila qui saute du bureau et se poste devant moi en refermant prestement son chemisier.
— Ouais ben vous pouvez. Je suis content pour vous hein, c’est pas la question. Mais bon, si vous pouviez éviter de vous sauter dessus pendant les heures de boulot, ça arrangerait mes rétines franchement.
— Tu as raison, s’amende Lila d’un air si sérieux que j’en suis moi-même surpris. Promis, on ne le refera plus.
Quoi ? Comment peut-elle lui promettre une telle chose alors que je suis moi-même incapable de lui résister dès que nous sommes seuls.
— Mouais, j’y crois moyen, contre mon mécano qui me dévisage en grimaçant. Lila, t’as remis jeudi avec vendredi, se moque-t-il en désignant son haut.
— Oups, rit-elle en repositionnant chaque bouton à leur place.
Désolé mec, ai-je envie de lui dire, mais mon regard ne semble pas le convaincre.
— Je comprends, mais c’est promis, répète ma compagne une fois rhabillée correctement.
Droite comme un I, elle fixe son regard sur Tonio tout en conservant les traits stoïques. Elle finirait presque par me convaincre, c’est dingue !
— Tonio, clame-t-elle d’un air solennel en levant la main droite, je te jure que tu ne nous y reprendras plus. Croix de bois, croix de fer, si je mens, je vais en enfer.
Ah oui, quand même, oh ben merde !
Mais quand je crois avoir perdu tout droit de fricoter avec ma nouvelle compagne, c’est là que je les vois.
Ses doigts. Croisés. Dans son dos.
Alors je retiens le rire qui me chatouille les lèvres pour ne pas dévoiler sa manœuvre. Voilà la Lila que je connais !
— Tu voulais quelque chose ? clos-je pour changer de sujet.
— Ouais. Lila je venais chercher la facture de Mme Doisneau. Elle est dans l’atelier, elle a récupéré sa vieille Ford.
— C’est bon, elle est prête, lui répond-elle. Attends, je te donne ça.
Elle part farfouiller dans les dossiers qui jonchent le plateau de son bureau pendant que Tonio m’adresse un sourire moqueur en conclusion de la scène qu’il vient d’interrompre. Une chose est sûre, je n’ai pas fini d’en entendre parler de cette histoire.
Le téléphone du garage se met à sonner mais Lila, trop occupée, me le désigne de la main.
— Tu peux répondre Loïc s’il te plaît ?
— Ouais pas de soucis.
Je m’avance et m’apprête à saisir le combiné lorsque je suis stoppé devant la vision du nom qui s’affiche. Je crains d’halluciner et me secoue mentalement.
— Ben alors, tu ne réponds pas ? m’interroge Lila, intriguée, entre deux papiers.
— Si, si.
Je tends la main pour prendre l’appareil mais la sonnerie cesse avant que je ne puisse mettre un terme à mes interrogations.
— Tant pis, ça rappellera, réplique ma jolie brune à mes côtés. Tiens, la voici, indique-t-elle à Tonio en lui tendant la facture réclamée.
— Merci, réplique-t-il. Bon je me sauve, mais n’en profitez pas pour remettre ça !
— Croix de bois, croix de fer, s’amuse Lila.
Je n’écoute que d’une oreille sans réellement prêter attention à ses propos. Quand elle se tourne vers moi, j’ai toujours le regard figé sur le téléphone.
— Tout va bien ?
Sa voix soudain proche de moi me sort de ma stupeur. Mes yeux clignent et la suivent du regard.
— Loïc, m’interroge-t-elle à nouveau d’une voix plus douce. Tu es sûr que ça va ? Tu es tout pâle.
Je détaille son visage. Ses taches de rousseur, son petit nez retroussé, la douceur de ses lèvres. Sa beauté qui me séduit davantage chaque jour. Ses yeux verts m’observant avec inquiétude. Sa main se pose sur ma joue dans une tendresse qui me fait fondre. Ma main vient recouvrir la sienne dans un geste d’amour et de possession.
Avant de la rencontrer, je ne croyais plus ni aux femmes ni en l’amour. Je ne sais pas si je la méritais mais ces deux mois à ses côtés m’ont apaisé comme jamais.
Je nous pensais lancés vers un bel avenir. Je ne suis désormais plus sûr de rien.
Les questions se bousculent dans mon esprit. Suis-je prêt pour tout ça ?
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