Des vacances à mon coeur

Célia Haden · Chapitre 28 sur 56

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Des vacances à mon coeur

Chapitre 27 - Lila

CHAPITRE 27

 

Lila

 

— Pourquoi t’es dans le lit de mon papa ?

Mes yeux s’ouvrent en grand, je sursaute en entendant la voix d’Emma qui se trouve à proximité. À moins d’un mètre de mon visage pour être exacte, observant avec curiosité ma position.

Dans le lit de son père !

Dans la chambre où nous avons... copulé comme des lapins toute la nuit ! Pardon, non, si on nous demande, dormis toute la nuit. Sagement. Ensemble. Pendant qu’elle se trouvait dans la pièce d’à côté. Oh mon Dieu Lila, tu es une vraie dévergondée. C’est malin ! Mes yeux se referment instantanément tant la honte m’envahit.

— Tu dors ? me demande-t-elle.

Noooon, ai-je envie de lui crier. Mais la pauvre n’y est pour rien.

C’est ma responsabilité. Notre responsabilité.

Nous nous sommes laissé envahir par cette attraction grandissante qui nous a explosé au visage. Hier soir, Loïc et moi avons mis de côté nos passés, nos douleurs et nos questions le temps d’une nuit magique, mémorable et, je dois bien l’avouer, orgasmique. Y songer me chatouille le creux de l’estomac.

— Pourquoi t’es dans le lit de mon papa, Lila ? répète la petite.

Ah oui, Emma ! Elle n’a pas disparu d’un coup de baguette magique ! Pourquoi ça ne fonctionne que dans les livres ces trucs-là ! Réfléchis Lila, que dire à une enfant de quatre ans ? Je sais ! Je me redresse pour lui répondre avec la voix qui me semble la plus douce possible sans prêter attention à mon allure ni mes cheveux qui doivent sauter au plafond.

— Eh bien tu vois, hier soir, j’étais trop fatiguée pour rentrer alors ton papa m’a gentiment proposé de dormir ici.

Ses sourcils se froncent et ses petits yeux noirs m’observent avec accusation comme pour me dire « c’est ça, je t’ai à l’œil, on me la fait pas à moi ». Elle réfléchit et je sens qu’elle n’en a pas fini avec moi.

— Pourquoi t’as pas dormi sur le canapé dans la salle de jeux ?

Pourquoi t’as pas fait ça hein Lila ? Elle est futée cette petite !

— Ton papa n’avait plus de draps propres alors il m’a suggéré de partager son lit.

— D’accord.

Je respire un grand coup, apaisée d’avoir pu répondre à son interrogatoire. Mais mon soulagement est de courte durée lorsque son avalanche de questions reprend.

— Et pourquoi tu portes le tee-shirt de mon papa ?

Je jette un œil rapide à ma tenue. Flûte ! J’avais oublié ce détail. J’ai dû l’enfiler après notre partie numéro deux, ou trois, je ne sais plus. Bon, qu’est-ce que je lui réponds à la demoiselle ?

— J’avais oublié mon pyjama, lui rétorqué-je, fière de ma trouvaille.

— Et pourquoi…

Pourquoi, pourquoi... C’est pas vrai, ça ne va jamais s’arrêter. J’ai l’impression de repasser un examen du permis de conduire. Heureusement pour moi, la petite curieuse est stoppée par l’intervention de mon sauveur, alias son père, couché à mes côtés et que je croyais endormi.

— Emma ?

— Oui Papa, répond-elle d’une voix innocente. La chipie, elle sait y faire.

— Et si tu allais regarder ton Ladymachin dans le salon en attendant que je me lève tranquillement pour préparer ton petit-déjeuner ?

— Oui, merci Papa, s’exclame la mini tornade en fuyant la chambre et claquant la porte en courant.

Ma tête vient s’échouer lourdement sur l’oreiller, mon bras gauche couvrir mes yeux dans un sentiment de honte cuisant. Quel réveil ! Cela ne semble pas gêner mon voisin de lit, qui se moque de la situation à coups de grands éclats de rire. C’est plus fort que moi, ma main droite vient le taper dans une volonté de faire taire ses moqueries.

— Arrête de rire, ce n’est pas drôle, m’amusé-je à mon tour.

— Si, ça l’est, se marre-t-il.

 

Je réitère mon geste mais il est stoppé par sa main qui serre mon poignet et pose la mienne contre son torse. Ce torse que j’ai touché, caressé hier soir, enfin cette nuit. Ma poitrine dévie à nouveau de sa trajectoire, sous mon palpitant qui s’affole aux souvenirs des sensations éprouvées. Lorsque son autre main baisse lentement le bras qui recouvre mes yeux et me dévoile son visage au-dessus du mien, j’y découvre ses iris irradiant d’amusement et d’un désir éveillé. La chaleur émanant de ses pupilles provoque la mienne en écho dans tout mon corps. Ses lèvres viennent caresser ma bouche avec tendresse et sensualité, répétant une fois puis deux le mouvement d’un lent et doux baiser. Si j’avais un doute sur la distance qu’il pourrait instaurer entre nous au réveil, il vient de me prouver que cette nuit a bel et bien existé et qu’il ne compte pas l’oublier.

— Bonjour toi, me susurre-t-il au creux de l’oreille.

— Bonjour, murmuré-je en souriant.

Mon sourire se fige lorsque son corps vient se coucher sur le mien et que je sens la puissance de son désir pour moi se dresser entre mes jambes. Comment peut-il ressentir l’envie après la nuit que nous avons passée ?

Cet homme est insatiable.

Et tentateur aussi.

Sa langue qui poursuit sa descente le long de mon cou diffuse sur son chemin des étincelles sur ma peau et réveille mon désir que je pensais assouvi.

— On ne peut pas faire ça, gémis-je entre deux caresses, Emma…

— Est devant sa série télé préférée qu’elle ne lâcherait pour rien au monde.

— Et si lui prenait l’envie de venir nous voir malgré tout ? lutté-je, partagée entre le besoin de soulager le plaisir qu’il vient d’éveiller et la crainte de nous faire surprendre.

— Alors ne fais aucun bruit et elle n’aura aucune raison de venir nous voir, je ferai vite, j’ai envie de toi Lila, me chuchote-t-il à l’oreille.

— D’accord, cédé-je en lui offrant ma bouche en récompense pendant que l’une de ses mains vient se glisser sous mon tee-shirt pour caresser ma poitrine nue.

Nos corps ondulent l’un contre l’autre, augmentant l’appétit qu’ils ont éveillé cette nuit. Lentement, je le laisse prendre la direction de notre étreinte qui enflamme mes sens. Pendant que ses gestes deviennent plus précis et libérateurs, mes doigts viennent caresser la peau de ses bras musclés, remontant jusqu’à sa nuque.

— Papaaaaa, entendons-nous hurler du salon.

Entendre la voix de la petite fille a un effet immédiat, Loïc se redresse comme pris en faute. Son œillade assombrie par la frustration vient percuter mon visage qui trahit l’excitation qui m’atteignait quelques instants plus tôt.

Ah les enfants ! Rien de tel comme rappel à l’ordre en bonne et due forme que l’heure des câlins n’est pas en leur présence, du moins pas quand ils sont éveillés !

— Allez debout Papa, je le repousse des deux bras, résignée, ta fille t’appelle.

— Nous n’en avons pas fini pour autant, me promet-il en me volant un dernier baiser avant de se lever pour se diriger vers le salon.

— Je peux prendre une douche avant de partir, s’il te plaît ?

— Tu veux partir ? me demande-t-il, étonné, le front plissé.

— Bien oui. Ce serait bizarre non, tu ne crois pas ?

— Qu’est-ce qui serait bizarre ?

— Pour Emma, je veux dire. Elle va se poser des questions. Plus qu’elle ne s’en pose déjà. Cela ne te gêne pas qu’elle nous ait surpris ce matin ?

— Elle n’a pas compris, elle est petite.

— Ne la sous-estime pas Loïc, elle est intelligente, affirmé-je avec sérieux

— Je connais ma fille, figure-toi, s’agace-t-il.

— Ne t’énerve pas, tenté-je de calmer la situation sentant la conversation m’échapper.

— Je ne m’énerve pas, je ne comprends juste pas ta réaction. Alors quoi, c’était bien, merci pour la nuit et salut !

— Non ! Je n’ai pas dit ça. Tu déformes mes propos.

— Pourtant tu veux fuir comme une voleuse au petit matin.

— Pour protéger ta fille Loïc.

— OK, très bien, faisons ça alors puisque je suis un papa irresponsable, réplique-t-il, cinglant, en quittant la chambre.

— Loïc attend, l’appelé-je pour tenter de régler ce quiproquo mais il reste sourd.

 

Comment avons-nous pu passer de cette nuit à ceci en quelques instants, je me le demande encore en me levant du lit. S’il m’avait laissé m’exprimer au lieu de faire son ours mal léché, j’aurais pu lui dire que cette nuit avait été magique et que la passer à ses côtés avait été merveilleux. Et même si une part de moi refuse de se poser des questions existentielles inutiles, j’apprécie les moments que je passe avec lui, avec eux. Ce n’est peut-être pas assez pour lui. Mais comment peut-il exiger plus alors qu’il connaît ma situation ? Je ne suis censée être que de passage. Je ne sais pas ce que l’avenir me réserve, demain, après-demain ou bien l’année suivante. Il devrait le comprendre plus que quiconque. Doit-on pour autant mettre des mots dès à présent sur ce que nous sommes ou ne sommes pas ?

Je décide de m’abstenir finalement de cette douche source de notre dispute, enfile mes vêtements de la veille et me dirige vers Emma et son père qui me tournent le dos.

— Coucou Lila, tu dors plus ? me questionne la petite de sa voix pleine de vie, bien loin de l’humeur renfrognée affichée de son père qui se terre dans un coin de la cuisine.

— Non je ne dors plus ma bichette, dis-je en l’embrassant sur le haut de la tête.

— Tu fais quoi ?

— Eh bien… débuté-je, mais je suis interrompue par mon amant éphémère qui ne semble pas avoir digéré ma suggestion et me le fait savoir comme il sait si bien le faire.

— Lila s’en va ma puce, elle a plus important à faire, annonce-t-il sèchement en me tournant le dos.

Le mufle, il recommence à faire son anthropopithèque. Ah, tu veux jouer à ça Loïc Briac, très bien !

— Oui tu vois Emma, mon papou m’a toujours appris qu’il valait mieux être seule que mal accompagnée, alors comme ce matin tu vas à l’école et qu’il est inutile que j’embête ton père avec des sornettes qu’il n’écoutera pas, je repasserai demain pour te garder et être en ta si agréable compagnie, toutes les deux toutes seules, déclaré-je avec un sourire hypocrite adressé à mon enquiquineur du jour.

— C’est ça, Emma, Lila repassera demain. Et peut-être demain aura-t-elle changé d’avis, encore.

— Ou peut-être que demain, elle pourra s’exprimer librement et faire comprendre son point de vue.

— Ou peut-être qu’Emma n’en aura rien à faire demain non plus. Peut-être que demain les choses n’auront pas changé.

— Très bien, clos-je agacée.

— Très bien, rétorque-t-il sans me lâcher de ses yeux luisants de colère.

La tête d’Emma suit nos échanges comme un match de ping-pong, fronçant les sourcils, elle tente de comprendre ce que nos mots cachent. Puis elle finit par abandonner en haussant les épaules et plongeant à nouveau sa cuillère dans ses céréales.

— C’est nul d’être un adulte, soupire-t-elle en haussant les épaules.

Je baisse le visage en réaction à ses mots qui me rappellent sa présence. Nous l’avions presque oubliée durant notre joute verbale. Voilà pourquoi il est important que nous ayons une discussion, une vraie, lui et moi, seuls. Mais cela devra attendre car ni lui ni moi ne sommes d’humeur désormais à cela.

J’embrasse une dernière fois Emma, lui promettant d’être présente plus tard pour l’école et me dirige vers la porte. Avant de la passer, mes prunelles rencontrent celles de Loïc. Il ne fuit pas. J’y lis la même déception, la même question : que se passera-t-il demain ?

 

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