Des vacances à mon coeur
Chapitre 36 - Lila
CHAPITRE 36
Lila
— Dis Lila, pourquoi tu mets du rouge sur ta bouche ? m’interroge Emma postée à mes côtés dans la salle de bain.
Ce soir, j’avais envie d’être coquette. Du moins plus que d’habitude où je reste au naturel. Plus d’une semaine est passée depuis notre soirée de mardi, Loïc et moi ne cessons de nous chercher comme deux adolescents fougueux, nous échangeant des baisers volés au bureau ou dès que la petite a le dos tourné. Nous avons décidé de ne rien précipiter et préférons attendre avant de lui en parler. Pour autant, cela ne m’empêche pas de vouloir lui plaire et de vouloir réveiller cette lueur dorée dans ses iris qui s’anime lorsque le désir le submerge.
En rentrant du garage ce soir, j’ai pris la décision de me changer avant d’aller chercher Emma et d’enfiler l’une de mes jolies robes d’été. M’apprêter quelque peu, juste par envie.
N’ayant que peu de références féminines dans son entourage, je comprends la surprise d’Emma de me voir faire. Alors je prends le temps de lui expliquer. En taisant évidemment les raisons réelles de ce choix.
— Quelquefois, les dames, pour se sentir jolies, elles se maquillent. Ce n’est pas une obligation pour être belle, précisé-je pour éviter toute confusion dans son esprit. Mais disons que parfois on aime bien ça.
— C’est comme quand c’est le carnaval de l’école et que la maîtresse, elle nous met de la peinture sur les joues pour se déguiser. On aime bien ça.
Sa référence est très drôle, j’explose de rire malgré moi. Après tout, elle n’a pas tout à fait tort. Est-ce que je ne me déguise pas en me changeant, moi, pour plaire ?
Je n’en ai pas l’impression du moins, mais du point de vue d’une petite fille, je peux comprendre la comparaison.
— Tu veux essayer, lui proposé-je avec un grand sourire, la voyant lorgner sur le tube de maquillage.
— Papa, il va pas vouloir, hésite-t-elle, se dandinant sur le rebord de la baignoire.
Je la sens partagée entre son obéissance et sa fougue de petite fille. Oh allez, quel enfant n’a jamais fait ça. Je repense en souriant à la fois où Marie avait piqué le maquillage de la voisine. Nous avions fini dans un sale état, mais qu’est-ce qu’on avait ri. Cette fois, je suis là pour surveiller Emma, il ne peut rien arriver de catastrophique, non ?
— Tu sais quoi, lui chuchoté-je comme une conspiratrice, on a qu’à dire que ce sera notre petit secret, qu’en dis-tu ?
Je lui tends mon petit doigt pour sceller notre pacte de garder le silence. Elle hésite quelques secondes, pouffe légèrement et finit par croiser son doigt avec le mien en me souriant. Voilà, la petite Emma que je connais bien !
— Mais ce n’est que cette fois, d’accord ? Et je t’interdis d’y toucher sans moi, c’est compris ? énoncé-je d’une voix que j’espère autoritaire.
Elle hoche vigoureusement la tête pour me donner son accord. Alors je la porte et l’installe sur la machine à laver afin qu’elle soit à ma hauteur. Et avec douceur, je prends son petit visage poupin entre mes mains pour maquiller sa bouche. Je retiens mon rire lorsque je la vois faire une bouche en cul de poule. Mais je me garde bien de tout commentaire. J’observe un instant ses yeux noirs, aussi profonds que ceux de son père, en me disant qu’elle en fera des ravages, plus tard, avec une telle intensité dans ses iris. Puis je débute l’application du rouge. Ses sourcils se froncent en sentant la texture envahir ses lèvres. Quand j’ai terminé d’appliquer une touche légère de rouge sur sa bouche, je la prends à nouveau dans mes bras pour lui faire découvrir le résultat dans le miroir au-dessus du lavabo.
— Regarde bichette, tu es toute mignonne.
— Comme une dame, dit-elle fièrement.
— C’est ça, comme une dame.
Elle se regarde quelques instants, intriguée par l’effet de cette couleur sur sa bouche quand nous entendons du bruit provenant du salon.
Ses yeux me renvoient la panique à travers le miroir.
— C’est papa, il va me gronder.
— Mais non Emma, ne t’inquiète pas, lui indiqué-je en la descendant.
Ses petits yeux commencent à se remplir de larmes et c’en est trop pour mon petit cœur. Je lui prends le visage en coupe et lui transmets toute ma conviction avec un clin d’œil malicieux.
— Écoute Emma, tu n’as rien fait de mal. Je vais m’occuper de ton papa et toi, tu restes ici d’accord. Ne sors pas de la salle de…
— Coucou les filles, nous interrompt Loïc en passant sa tête dans l’encadrement de la porte.
Je me retourne subitement pour lui faire face en planquant Emma derrière mon dos. La petite se recroqueville contre moi afin de cacher son visage. J’instaure sur le mien un sourire que j’espère convaincant et m’adresse à ce papa parfois bien trop protecteur avec son enfant.
— Eh coucou toi, m’exclamé-je avec enthousiasme. Tu rentres tôt dis donc.
— Vous faites quoi ? demande-t-il suspicieux en tentant de regarder par-dessus mon épaule.
— Nous nous apprêtions à faire le bain de cette demoiselle, donc si tu veux bien nous laisser...
Je le repousse du plat de ma main sur son torse et l’accompagne dans le couloir pour éviter la catastrophe en veillant bien à refermer la porte derrière moi.
— Et mon bisou à Emma !
Je ne le laisse pas insister et monte sur la pointe des pieds pour lui voler un baiser que j’espère rapide. Mais une fois nos lèvres en contact ses mains viennent trouver mes hanches et mes doigts se faufiler dans sa crinière sombre. C’est plus fort que nous. Il semble que lorsque nos peaux se rencontrent, l’attraction est trop forte pour y résister. Ce n’est qu’après quelques secondes d’un baiser passionné que je me détache en douceur de mon mécano préféré, nos fronts toujours collés l’un à l’autre.
— Bonjour vous, me susurre-t-il de sa voix grave qui m’envoie des décharges. Tu m’as manqué aujourd’hui.
— On s’est vu ce matin, pouffé-je malgré moi.
— N’empêche, j’ai pensé à toi pendant toute cette journée de déplacement. Hum, tu t’es changée, remarque-t-il.
Ses mains se resserrent sur mon bassin, me rapprochant du sien pour me faire sentir l’étendue de son désir proéminent sous son jean. OK, capitaine au rapport !
Ses lèvres s’apprêtent à investir à nouveau les miennes lorsque nous entendons un bruit sourd dans la pièce voisine, ce qui nous fait sursauter et a le don de stopper notre parade nuptiale. Emma ! Mince, je l’avais presque oubliée !
— Je m’en occupe, débité-je à vive allure, anticipant le fait que le papa protecteur en face de moi envisage déjà de rentrer en furie dans la salle de bain.
— Mais, je…
— Je gère Emma, clos-je avec conviction. Pourquoi ne t’occupes-tu pas du dîner par exemple en nous attendant. Hein, allez, file Papa, le repoussé-je en intégrant la pièce et en refermant la porte derrière mon dos.
Et quand je constate l’étendue des dégâts qui se dressent devant moi, j’hésite entre exploser de rire et pousser une gueulante façon Lila Picard.
Mais qu’est-ce qu’elle a fichu ?
— Oh mon Dieu Emma, mais pourquoi tu as fait ça ?
Au sol se mêlent des cotons, une serviette désormais teintée de rouge, un shampoing renversé, et ne parlons même pas de son visage qui ressemble plutôt un clown qui aurait trop picolé et dont la fin de soirée aurait mal tournée.
— J’avais peur que Papa rentre dans la salle de bain alors je voulais enlever, mais le rouge, il voulait pas partir, explique-t-elle penaude.
— Donc tu t’es dit que tu allais vider l’armoire de la salle de bain et tester tous les produits ?
— Je savais pas comment faire Lila. Je suis désolée. Tu es fâchée ?
Oh bichette ! À vrai dire, ça me fait plutôt rire, mais impossible pour moi de le lui dire sans fiche en l’air ma crédibilité chèrement trouvée !
— Mais non Emma, je ne t’en veux pas voyons. Allez, nettoyons cette petite tête de clown qui fait peur. Chipie ! clos-je en lui chatouillant les côtes, générant son rire que j’aime tant.
J’attrape un disque de coton et un peu de gel douche, en l’absence de mes produits démaquillants, ça fera l’affaire. Quelques passages sur son visage poupin et la scène de crime a disparu, à mon plus grand soulagement. Je n’imagine même pas la tête de son père s’il l’avait trouvée dans cet état.
— Allez, à la douche crapaud, maintenant. Ton père va se demander ce qu’on fabrique.
Quand nous débarquons quelques minutes plus tard dans la cuisine, nous sommes unies par notre secret. J’ai dit, j’ai promis. Ce n’est pas très malin, c’est vrai, mais pour rien au monde je ne mettrai en péril la confiance que m’accorde cette petite. Ce n’est pas très responsable j’en conviens, mais après tout, elle a son père pour cela. Et si je dois désormais faire partie de sa vie, je compte bien être un maillon sur lequel elle saura qu’elle peut compter.
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