Des vacances à mon coeur

Célia Haden · Chapitre 43 sur 56

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Des vacances à mon coeur

Chapitre 42 - Loïc

CHAPITRE 42

 

 

Loïc

 

Nous roulons depuis quelques minutes.

Je les entends murmurer toutes les deux. Elle pense être discrète, mais Lila oublie que ma fille, du haut de ses quatre ans, ne contrôle pas tellement sa voix. Je comprends rapidement qu’elle essaie d’obtenir des informations sur notre destination auprès d’Emma.

Je ne suis pas fou, je n’ai pas vendu la mèche à ma gamine qui pourrait l’échanger contre je ne sais quelle promesse de ma belle brune. Elles partagent une complicité qui me rassure, me fait rire et m’inquiète également. Je me demande si je ne vais pas devoir me méfier de ce duo infernal.

Parfois, je me mets à imaginer quelle aurait pu être la relation qu’Emma aurait entretenue avec sa mère.

Auraient-elles été si proches ?

Et puis je me morigène rapidement en songeant qu’il ne sert à rien d’y penser. Elle a quitté nos vies pour ne plus y revenir.

— Inutile de la soudoyer, elle ne sait rien, annoncé-je en souriant.

Les deux se redressent, d’un air faussement innocent. Je me marre intérieurement mais me garde bien de faire tout commentaire. Je ne loupe pas le regard scrutateur de Lila dont l’esprit carbure sûrement à mille à l’heure. Nul doute qu’elle se pose de multiples questions. Je sens le poids de ses yeux posés sur moi mais je feins de ne pas la voir, concentré sur la route. Amateur de véhicule, je dois bien avouer en avoir peu conduit des comme ça alors j’en profite.

— Dis Lila, c’est pour mettre la musique ça ? demande Emma en touchant l’autoradio.

— Oui. D’ailleurs, on pourrait peut-être le mettre en route, si notre chauffeur nous y autorise, me taquine-t-elle.

— Faites donc, faites donc. Mais je te préviens, pas de Justin machin chose ou autre chanson de midinette.

— Avec moi, ça ne risque pas. Enfin ça dépend de ce que tu entends par chanson de midinette, ajoute-t-elle en riant.

— Moi, je veux les chansons de Lila, réclame férocement Emma.

— Et pourquoi pas un bon rock ? Ça nous mettrait la patate.

— Oh non, pas ta musique papa !

— Bon, eh bien, je crois que nous remportons cette manche, fanfaronne Lila.

— C’est pas juste, vous êtes deux, risposté-je. Pourquoi devriez-vous décider d’abord ?

— Ben papa, c’est nous qui run the world.

— Qu’est-ce que tu racontes toi, encore ?

— C’est pas moi, papa. C’est Lila, elle dit ça. Elle dit c’est les girls qui run the world.

Je jette un regard à mon amoureuse à ses côtés, qui explose soudain dans un rire sonore dont je ne comprends pas le sens. Je n’ai rien compris à son histoire !

— Tu m’expliques ? la questionné-je.

— Non, non pas besoin. C’est entre Emma et moi, clôt-elle d’un clin d’œil. Bravo bichette, c’était presque ça. On va retravailler ton anglais. Bon, on la met cette musique alors…

Elle farfouille dans sa boîte à gants et nous sort… un CD de Céline Dion. Oh putain, la route va être longue. Mais j’ai perdu alors je m’incline. Elle sélectionne un titre puis m’observe soudain avec un sourire timide. Ses joues se colorent d’un joli rouge. Je me demande bien pourquoi. Je n’ai pas le souvenir que cette chanteuse est connue pour ses titres crapuleux.

Une lente mélodie envahit l’habitacle. Elle fige son regard sur moi, comme si elle souhaitait me transmettre un message, alors je me concentre sur les paroles qui défilent.

« Ce n’est qu’en te croisant

Que j’ai su, j’ai compris

 

J’attendais, j’attendais

J’attendais ton regard pour expliquer enfin

Le pourquoi de ces au revoir

À tout ce long chemin

 

J’attendais, j’attendais

Le pays de ton corps le toucher de tes mains

Ma douce boussole mon nord

Le sens à mes demains » 1

 

Ce n’est pas elle qui les prononce et pourtant les mots s’imprègnent en moi de la même manière. Mes yeux quittent rapidement la chaussée, pour plonger dans son regard noisette qui traduit son embarras. D’un sourire tendre, j’espère lui transmettre tout ce que sa déclaration m’évoque. La rassurer sur le bonheur que les entendre me procure. À quel point les mêmes sentiments me traversent.

Ses lèvres s’étirent jusqu’aux oreilles, signe qu’elle comprend que j’ai saisi son message.

La journée risque d’être bien longue si je dois attendre le coucher d’Emma pour la prendre dans mes bras, lui montrer combien j’aime qu’elle soit près de moi… Surtout quand cette dernière vient interrompre notre échange romantique silencieux de sa voix aiguë et déterminée.

— Elle est nulle cette chanson, moi je préfère celle qui fait bouger la tête, bougonne-t-elle en croisant ses bras d’un air boudeur.

Nous rions en symbiose de sa réaction et Lila décide de changer au profit de la radio pour contenter tout le monde.

Moins d’une heure plus tard, je me gare dans le parking prévu à cet effet, à proximité de notre destination.

Quand Lila descend du véhicule et observe où nous nous trouvons, je n’ai plus aucun doute sur le bien-fondé de mon choix. Et malgré la présence d’Emma, elle ne peut retenir sa joie quand elle vient se blottir précipitamment contre moi et que ses bras m’entourent de toutes ses forces.

— Merci. Merci, récite-t-elle en chantonnant. Tu ne sais pas ce que cela représente pour moi.

Des larmes pointant au coin de ses yeux, me prouvant son émotion intense, me donnent un aperçu de l’importance que cela revêt à ses yeux de se trouver ici. Je ne sais pas pourquoi, mais savoir que j’ai permis de corriger mon erreur et lui rendre accessible un de ses vœux me remplit d’une fierté incommensurable. Je m’insulte intérieurement de ne pas y avoir songé plus tôt, mais décide de me concentrer sur le moment présent.

Après nous être munis du sac à dos que j’avais préparé avec tous les accessoires dont pourrait avoir besoin Emma, ainsi que des boissons, nous prenons donc la direction de notre destination du jour : le Mont-Saint-Michel.

Emma prend une de nos mains, se positionnant en nous, donnant à tout regard extérieur à notre situation l’image d’une famille. Nous voir ensemble, tous les trois, me procure un sentiment de joie incroyable. Lila observe nos mains, liées à la même personne. Le sourire qui éclaire son visage tend à me prouver qu’elle semble approuver les gestes d’affection de plus en plus prononcés de ma fille à son égard. J’embrasse le haut de la tête de ma fille, fait un clin d’œil à ma nouvelle compagne et les entraîne dans notre aventure du jour.

— On y va ?

Ensemble, nous parcourons la passerelle qui nous mène à ce mont si majestueux. À la puissance de nos bras, nous faisons voler dans les airs Emma qui rit aux éclats. Notre avancée se fait joyeuse et flâneuse, prenant même le temps de nous photographier tous les trois avec pour toile de fond la vue de ce célèbre rocher et de son abbaye.

Une fois arrivés à son pied, nous commençons à déambuler dans les remparts. Ils sont si hauts et solides qu’ils donnent le sentiment d’être au sein d’une véritable forteresse. Nous nous hissons à l’une de ses extrémités afin de nous rassasier de la majestueuse vue sur le mascaret que le mont nous offre. La mer actuellement retirée, nous pouvons observer les touristes traverser son lit à pied, munis de bottes, de vulgaires sandales, ou bien pieds nus mais prenant plaisir à patauger dans les quelques flaques persistantes.

Avant que ce jeu n’attire Emma, je l’entraîne à travers les ruelles du village médiéval et la bascule sur mes épaules devant la foule s’amassant aux entrées des boutiques. Il faut dire que le charme entretenu par les boutiquiers donne cette impression que le temps est suspendu au Moyen Âge. Nombreux sont les pèlerins et les touristes à s’y arrêter pour trouver un souvenir à emporter de ce lieu mythique. Lila les observe d’un regard pétillant, intriguée. Rien ne semble échapper à son observation.

Il est vrai qu’entre l’architecture, les rues, les pavés et les couleurs qui foisonnent des échoppes, il est bien difficile de savoir où poser le regard. Comme des enfants, nous nous amusons à nous serrer comme des sardines en traversant la ruelle des cocus, connue pour sa largeur très étroite.

 

Nous finissons par atterrir devant une maison dont l’intérieur a conservé le style de l’époque. Lila ne cache pas sa joie d’y entrer et de la visiter.

Pièce après pièce, nous découvrons les meubles, l’histoire qui la compose et tentons d’expliquer le sens de certains objets à Emma. Quand nous arrivons à son sommet, nous tombons sur un homme déguisé d’un costume d’époque. Il nous propose à notre tour de nous vêtir de la sorte et de vivre l’aventure des grands seigneurs. Si je refuse d’emblée de me couvrir de ridicule, je vois que Lila ne rêve que de passer l’une de ces robes en velours qui pendent sur un des portants.

— Vas-y toi, l’encouragé-je. On te regarde.

Elle ressort d’un vestibule au bout de quelques minutes, vêtue d’une belle robe en velours bordeaux qui lui sied à merveille et met en valeur sa jolie silhouette.

Elle s’observe durant quelques instants devant un large miroir doré en souriant avant que l’homme ne propose de la photographier. J’en profite pour m’accroupir à hauteur de ma fille et lui confier ce qui me travaille.

— Tu la trouves jolie, Emma ?

Elle acquiesce vivement de la tête, le regard figé sur les mouvements de sa robe.

— Elle est cro belle Lila.

— C’est vrai qu’elle est belle, ajouté-je en regardant à mon tour la jeune femme qui a bouleversé mon univers.

Jamais je n’aurais songé laisser entrer une nouvelle personne dans mon cœur et pourtant, me voici ici à me demander comment annoncer à ma petite fille que Lila a pris une place importante. Alors, maladroitement, je lui explique du mieux que je peux.

— Tu sais ma puce, Papa aime beaucoup Lila.

— Tu l’aimes d’amour ?

Je souris à ses mots d’enfant. Amour. Peut-on déjà parler d’amour ? Je crois en être déjà là.

— Est-ce que cela te gênerait si c’était le cas ?

Elle baisse la tête, ses petites mains se serrent dans un signe de nervosité.

— Emma, tu as le droit de me dire tout ce que tu veux, tu sais. Je ne vais pas te gronder.

— Est-ce que ça veut dire que tu vas plus m’aimer ?

Je la serre fort dans mes bras, cherchant à faire taire ses doutes de petite fille.

— Oh ma puce, non. Regarde-moi, indiqué-je en prenant délicatement son si doux visage dans mes grandes mains. Je t’aimerai toute ma vie. Même quand tu auras trente ans, un mari et des enfants. Tu seras toujours ma petite fille à moi.

— Ah mais papa, moi je veux pas de mari, je veux pas faire de bisous aux garçons, c’est beurk. Esteban, il veut toujours me faire des bisous à l’école mais moi je veux pas, ah ça non.

— Ah oui ? m’étonné-je en riant. Tu me montreras qui est cet Esteban que j’aille lui régler son compte à celui-là.

— Dis Papa, est-ce que Lila va venir vivre à la maison ?

Je lance un regard à nouveau dans la direction de Lila. Ses yeux sont posés sur nous. Curieux, ils observent notre position, notre discussion qui doit sûrement l’intriguer.

Acceptera-t-elle de vivre avec nous si je le lui proposais ?

N’est-ce pas trop tôt ?

— Peut-être, je ne sais pas encore ma puce. Qu’est-ce que tu en penses, toi ?

Elle hausse les épaules et me répond de la seule manière qu’une petite fille de quatre ans sait le faire. Avec simplicité et désinvolture.

— Moi je veux bien. Lila, elle est gentille. Elle fait la danse dans ma chambre et pis même qu’elle dit que c’est pas grave, quand je me trompe. Mais Papa, faut lui dire comment faire cuire les saucisses, chuchote-t-elle d’un air de conspiratrice, parce que Lila, elle fait pas comme toi. Et je veux pas lui faire de la peine, mais tu sais, ça a un goût pas bon dans la bouche.

— OK ma puce, je lui dirai, rigolé-je. Autre chose ?

Nous sommes interrompus par le retour de Lila dont je n’avais pas vu la séance se terminer aussi vite.

— Ben alors, qu’est-ce qu’il se passe ici ? Tout va bien ?

Je me redresse et la regarde en cherchant mes mots.

Ai-je bien fait de m’avancer si vite après notre dispute d’hier ?

Je n’ai pas le temps de me poser plus de questions que ma fille nous prend de court en prenant chacune de nos mains pour les joindre ensemble en nous adressant son petit regard plein de malice.

— Les amoureux, ça doit se tenir la main, affirme-t-elle.

Les yeux de Lila font des allers-retours entre nos mains, Emma et finissent par se poser sur moi. Comprenant le sens de notre discussion.

Je crains sa réaction et pourtant, elle vient rapidement me rassurer en m’adressant un tendre sourire qui atteint son regard. Elle finit par répondre à ma fille et clore une fois pour toutes mes doutes :

— Tu as raison Emma, les amoureux, ça se tient par la main.

 

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1. Chanson « J’attendais », album D’eux, Céline Dion.

 

 

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