Don Juan ou La Vie de Byron
Chapitre II
LES GORDON DE GIGHT
Bath était la ville d'eaux à la mode. Le jeune veuf y alla promener son chagrin sur les belles terrasses en forme de croissant. Là il rencontra une orpheline, héritière écossaise, Miss Catherine Gordon de Gight. Petite, grasse, le teint trop vif, le nez long, elle était loin d'être belle, mais la mort de son père l'avait faite maîtresse de ses biens et elle possédait vingt-trois mille livres, dont trois mille liquides, ce qui était commode pour payer des dettes pressantes, le reste étant représenté par le domaine de Gight, des pêcheries de saumon et des actions d'une banque d'Aberdeen.
Si Catherine Gordon n'était pas belle, elle était bien née et « fière comme Lucifer » de son nom, l'un des plus nobles de l'Écosse. Le premier laird ou seigneur de Gight, Sir William Gordon, avait été le fils du comte de Huntley et d'Annabella Stuart, sœur de James IL Mais si l'histoire de la famille commençait royalement, il était difficile d'ima- giner suite plus tragique d'événements. William Gordon noyé, Alexander Gordon assassiné, John Gordon pendu pour le meurtre de Lord Moray en 1592, un autre John Gordon pendu en 1634 pour avoir assassiné Wallenstein, il semblait qu'on eût pendu des Gordon de Gight à toutes les branches de leur arbre généalogique. Des mœurs féodales presque barbares s'étaient maintenues en Écosse plus longtemps qu'ailleurs. Un Gordon n'hésitait pas à attaquer en pleine campagne l'avoué d'Aberdeen qui avait osé saisir le cheval de l'un de ses amis ; si les autorités de la couronne adjuraient alors les citoyens de se lever en armes pour arrêter le cou- pable, les bourgeois refusaient prudemment. Ainsi s'était formée une dangereuse race de nobles brigands. Leur tem- pérament paraissait dès ]'enfance. En 1610, trois jeunes Gordon se retranchèrent dans l'École de Grammaire d'Aberdeen et s'y défendirent toute la nuit avec épées et pistolets. C'était plus fort qu'eux. Ils naissaient ainsi. Le sixième laird, malfaiteur conscient, disait : « Je ne puis m'arrêter. Je sais que je mourrai sur l'échafaud. Ma main a de mauvais instincts. »
Pendant tout un siècle, ces seigneurs de Gight tinrent les campagnes du Nord dans la terreur. Les ballades écossaises étaient pleines des exploits de ces hommes cruels, séduisants et cyniques. L'une d'elles raconte l'histoire d'un Gordon qu'adorait sa femme, alors qu'il aimait, lui, la Dame de Bignet. Il était condamné à mort pour avoir tué cinq orphe- lins dont il convoitait la fortune; sa femme, le jour de l'exé- cution, venait implorer le pardon du roi :
O Geordie, Geordie, je vous aime de tout cœur, Aucune jalousie ne peut changer mon amour, Les oiseaux dans l'air, qui volent en paires, Savent seuls combien vous aime mon cœur.
Alors le roi, ému, faisait grâce et Gordon, mis en liberté, criait à la femme qui l'avait sauvé :
Un doigt de la main de la Dame de Bignet
Vaut mieux que tout votre beau corps.
Tels étaient les seigneurs de Gight, marqués d'un signe tragique, et si, au xvme siècle, la couronne, plus forte, avait pu les contraindre à observer les lois, la liste des morts vio- lentes n'en avait pas été interrompue. Alexander Gordon s'était noyé; son fils, George Gordon, s'était noyé (sans doute volontairement) dans le canal de Bath. Il était le père de cette Catherine Gordon qui, quelques années plus tard, se prenait pour les beaux yeux du capitaine Byron d'un amour aussi vif, aussi désespéré que celui de son aïeule de la ballade.
Elle avait été élevée par sa grand-mère, une Duff, Écos- saise elle aussi, qui lui avait appris la sévère économie de ces campagnes, l'avait fait assez bien instruire et lui avait trans- mis les traditions de politique libérale de la famille Duff. Catherine Gordon aimait la lecture ; elle écrivait des lettres d'aspect désordonné, mais de style rapide et vivant. Elle avait le caractère brutal et la main trop vive des Gordon, mais aussi leur courage. Elle le fit bien voir, en épousant, le treize· mai 1784 à Bath, où son père s'était suicidé, le plus redoutable des maris.
Le jeune couple alla s'installer à Gight, qui était un beau domaine, et fut mal accueilli par les parents et amis des Gordon. Le capitaine Byron avait transporté, dans ces cam- pagnes puritaines, ses habitudes dissipées. On dansait et on buvait à Gight toutes les nuits. Des cousins de Mrs Byron, venus un samedi soir, se demandèrent si le dimanche serait au moins respecté. « Les danses s'arrêtèrent au moment où l'horloge sonna minuit. » Les Écossais voyaient avec mépris cet .étranger, cet homme du Midi, cet Anglais, qui jetait au vent une fortune écossaise. On blâmait la folle héritière qui se croyait jolie, se couvrait de soie, de plumes, cachait sous des colliers son cou trop court et s'était fait épouser pour son argent. Les rimeurs anonymes le lui dirent :
Un garçon débauché, qui nous vient d'Angleterre;
Les Écossais ne savent pas quelle est même sa famille,
Il entretient des femmes et ne paie pas son loyer.
Il détruira bien vite le domaine de Gight.
Et un autre :
Tu t'es mariée, tu t'es mariée avec Johnny Byron,
Pour ruiner les terres de Gight.
Les rimeurs n'avaient pas tort. Le jeune Anglais dissipait rapidement la fortune des Gordon. D'abord disparurent les trois mille livres d'argent liquide, puis le capitaine fit vendre par sa femme les actions de la banque d'Aberdeen, puis les droits de pêche au saumon. Les bois du domaine furent coupés et huit mille livres empruntées sur hypothèque. Il y avait à Gight des hérons qui, depuis des centaines d'années, bâtissaient leur nid près de l'étang. Un vieux dicton de la famille donnait à ces oiseaux valeur prophé-tique :
Quand le héron quittera son arbre,
Le laird de Gight sera sans terres.
En 1786, les hérons de Gight s'envolèrent en face, chez Lord Haddo. « Laissez venir les oiseaux, dit-il, et ne leur faites aucun mal, car les terres suivront bientôt. » L'année suivante, il achetait le domaine pour dix-sept mille huit cent cinquante livres, que les hommes de loi écossais déci- dèrent de conserver entre leurs mains, car il y avait des oppositions de créanciers.
Depuis un an déjà les Byron avaient quitté Gight, devenu trop lourd pour leur pauvreté; ils avaient un peu erré en Angleterre, puis, les huissiers devenant familiers, avaient traversé la Manche. Les parents écossais de Mrs Byron plai- gnaient la « pauvre malheureuse créature ». En France, son mari, familier du maréchal de Biron, qui le traitait en parent, ami de plusieurs grands seigneurs, jouait, courait les filles, menait grand train et se couvrait de dettes. Cependant Catherine Gordon vivait courageusement, à l'écossaise, sans grandes dépenses, et s'efforçait d'élever la petite Augusta. A Chantilly, où le couple resta longtemps, Augusta fut très malade et sa belle-mère la soigna. « Je me souviens encore avec horreur, lui écrira-t-elle vingt ans plus tard, des nombreuses nuits sans sommeil et des jours d'agonie que j'ai passés près de votre lit, noyée dans les larmes, tandis que vous gisiez insensible et presque aux portes de la mort. Votre guérison fut certainement miraculeuse et, Dieu merci, j'avais fait mon devoir. » Vraiment elle n'avait rien à se reprocher. Elle adorait son « Byrrone », dont elle prononçait le nom en roulant les r à la manière de son pays natal; elle aimait sa beauté, sa hardiesse, mais elle avait peur de l'avenir. En 1787, elle devint enceinte. Quand le moment de l'accouchement approcha, elle souhaita revenir en Angleterre. La grand-mère maternelle d'Augusta, Lady Holderness, offrit alors de reprendre cette enfant qui fut désormais élevée par les parents de sa mère.
A Londres, l'étrange descendante des Stuarts trouva un appartement dans un quartier assez élégant. En cet état où les femmes ont si grand besoin de se sentir protégées, elle se voyait abandonnée ; le capitaine vivait à Douvres et à Paris, ne venait la voir que pour lui demander de l'argent et dépensait ensuite en quelques jours les sommes qu'il obtenait de sa faiblesse. Le seul être au monde qui s'occu- pât d'elle était un homme d'affaires auquel l'avaient recommandée ses amis d'Aberdeen, John Hanson, dont la femme indiqua à Mrs Byron une nurse et un accoucheur. L'enfant naquit le 22 janvier 1788 et fut baptisé George Gordon Byron, car un testament exigeait que l'héritier des Gordon de Gight portât leur nom. C'était tout l'héri- tage.
Dès son retour en Angleterre, Mrs Byron avait appris qu'elle était ruinée. La vente de Gight avait été inutile, le capitaine étant d'appétit à dévorer un domaine par mois. Dès qu'on payait une traite, d'autres surgissaient. John Byron se savait incorrigible. « Je ne puis répondre de moi », disait-il. Il avait pensé quelque temps aller vivre au pays de Galles. « Mais j'y ferais certainement des folies; j'achèterais des chevaux, peut-être une meute. » Les avoués écossais écrivaient à leur cliente des lettres sévères. Une lettre de change de quatre cents livres, signée de John Byron, était présentée par un homme d'affaires de Paris; la même semaine il fallait envoyer cinquante livres à Mrs Byron et trente, à Douvres, à Mr Byron. Cela ne pouvait durer. De l'argent de Gight, il ne restait déjà plus que quatre mille deux cent vingt-deux livres (dont douze cent vingt-deux servaient de gage pour une pension hypothèque du domaine) ; les trois mille autres furent placées en rente cinq pour cent inaliénable, sur la tête de Mrs Byron et de son fils ; et l'avoué écossais chargea un confrère de Londres de verser cent cinquante livres de revenu à Mrs Byron, par petites sommes. Le premier dimanche, elle envoya chez lui sa servante avec un reçu de cent livres. Il refusa. Quelques heures plus tard la servante revint avec un reçu de vingt- cinq livres et une lettre suppliante.
Catherine Byron, économe, dure pour elle-même, était plus capable que personne de vivre avec cent cinquante livres par an, mais elle ne pouvait résister à son mari. Quand elle apprenait qu'en trois semaines il avait refait treize cents livres de dettes, la fureur des Gordon flambait ; elle déchirait son manteau, ses bonnets; elle jetait la vaisselle à la tête de sa servante, mais, dès qu'elle revoyait les yeux de son Byron, elle balbutiait. « Mrs Byron a bien peur d'être incapable de refuser aucune requête qui lui serait faite personnellement par Mr Byron », écrivait l'avoué de Londres à son confrère écossais, ajoutant : « Lui n'a, à la lettre, plus un centime et elle est dans la même situation. »
Elle avait vingt-trois ans. Dans sa jeunesse, elle s'était vue l'héritière d'un grand nom et d'une grande fortune; elle avait eu la faiblesse de se croire digne d'être aimée; elle avait pensé l'être; elle aimait encore. (Sa devise était : « Je ne change qu'en mourant. ») Elle devait reconnaître qu'elle avait été trompée, dépouillée de tout et se retrou- vait pauvre avec, à sa charge, un mari, un petit enfant, une nourrice, une maison. Beaucoup de femmes auraient perdu la tête et elle la perdait quelquefois. Dans sa détresse elle éprouvait un grand désir de fuir vers l'Écosse, vers Aberdeen. Elle n'y possédait plus un seul pouce de terre. Mais au moins, dans cette dure et familière Écosse, ne serait-elle plus l'étrangère. A Londres, harcelée par les huissiers, elle était trop malheureuse. Elle partit.
Le capitaine Byron ne la suivit pas tout de suite. Il avait perdu la ravissante Lady Conyers et les quatre mille livres de rente qui lui permettaient de vivre gaiement avec ses brillants amis français. Il se voyait lié à une femme ruinée, qui n'avait jamais été belle, devenait d'une corpulence ridi- cule et avait l'air, malgré son sang royal, de la femme d'un épicier de village. Elle voulait l'entraîner dans une province sévère, au climat rude, où un clan honnête et vertueux méprisait l'Anglais prodigue. Celui-ci n'était pas pressé.
Dans Aberdeen, Mrs Byron avait trouvé, pour un prix raisonnable, un appartement meublé. Elle s'y installa avec ses servantes écossaises, deux sœurs, Agnès et May Gray, qui furent tour à tour les nourrices du petit George ou, comme on l'appelait en Écosse, Geordie. Cet enfant était aussi beau de visage que son père, mais dès qu'il avait été en âge de marcher, sa mère s'était aperçue avec effroi qu'il boitait. Les pieds étaient de forme normale, les jambes de longueur égale, mais, si l'enfant posait le talon à terre, sa cheville se tordait. Il ne pouvait se tenir debout que sur la pointe des pieds. Les médecins, consultés, accusèrent une fausse manœuvre à l'accouchement, due à la pudeur excessive de Mrs Byron. Les tendons de la cheville sem- blaient paralysés. Le docteur d'Aberdeen correspondit avec le grand accoucheur de Londres. Celui-ci fit faire des chaussures spéciales et les envoya en Écosse, mais le petit Byron continua de boiter, aux côtés de May Gray, dans les rues d'Aberdeen.
C'était un enfant très intelligent, affectueux, mais d'un caractère violent. Comme sa mère, quand il était en colère, il était capable de bouderies passionnées. Encore en jupons, ayant été réprimandé pour avoir sali une nouvelle robe, il saisit cette robe des deux mains et, dans une rage silencieuse, la déchira du haut en bas, en regardant sa nurse d'un air de défi. Les jugements d'un enfant sur la vie se forment dès ses premières années. Que voyait celui-ci? Son père et sa mère avaient essayé de vivre ensemble et avaient dû y renoncer. Aigrie par le malheur, Mrs Byron était devenue très irritable. « Elle est aimable à distance, écrivait son mari, mais je vous défie, vous et tous les Apôtres, de vivre avec elle deux mois, car si quelqu'un pouvait la supporter, c'était moi. Mais jeu de mains, jeu de vilains. » Pendant quelque temps, ils avaient occupé à Aberdeen des apparte- ments distincts, l'un dans Queen Street, l'autre dans Broad Street, se faisant des visites et allant prendre le thé l'un chez l'autre. Elle continuait à ne pouvoir résister aux yeux de son mari; il réussit encore à la persuader d'emprunter trois cents livres, qu'elle lui donna et. dont elle paya l'intérêt, ce qui réduisit sa rente à cent trente-cinq livres. Là-dessus elle vivait sans faire un sou de dettes, toujours fière comme Lucifer, mais s'abandonnant parfois à de redoutables fureurs. Alors les porcelaines volaient dans la maison.
L'enfant observait ses parents avec une grave curiosité. Les autres petits garçons avaient un père et une mère qui vivaient ensemble, qui s'aimaient. Mais lui, son intelligence s'éveillait au bruit des querelles, des reproches et des plaintes. Il voyait que les servantes tenaient ses parents pour des êtres fous, dangereux, parfois risibles. Différent des autres par sa famille, il l'était plus encore par son infir- mité. Pourquoi ses talons se dérobaient-ils sous lui? Il en éprouvait une telle honte qu'il ne posait jamais la question. Un jour une femme, dans la rue, dit à May Gray : « Quel joli petit garçon que ce Byron. Quelle pitié qu'il ait de telles jambes ! » Il la frappa de son petit fouet, et cria : « Ne parlez pas de cela! » Le soir, il lui fallait subir des traitements pénibles parce qu'on espérait le guérir en enveloppant son pied de bandages.
Vers la fin de 1790, John Byron obtint de sa femme et de sa sœur, Mrs Leigh, un peu d'argent pour fuir en France. Mrs Leigh possédait une maison à Valenciennes. Ce fut là qu'alla vivre le capitaine déchu, mêlé à la Révolution fran- çaise sans la comprendre, troussant les servantes d'auberge et toujours à court d'un louis. Quelques lettres adressées à Mrs Leigh laissent entrevoir les derniers sursauts de cette épave : « Valenciennes, Ier décembre 1790... – Pour moi je suis ici, et amoureux de qui? D'une nouvelle actrice qui est arrivée de Paris, elle est belle et a joué hier soir dans L'Épreuve villageoise... Quant à Mme Schoner – elle m'a vraiment dit qu'elle m'aimait, mais elle était ivre et je ne sais que faire... Pas d'huissiers, car Fanny les mord tous et je ne suis jamais à la maison. – Nous allons tous bien, et Joséphine fait son devoir, – elle reçoit peu d'argent, beau- coup d'injures, c'est la seule façon de la traiter... Il y a une nouvelle pièce appelée Raoul de Créqïii, et une des phrases est : « J'ai sauvé mon roi, mais je meurs content. » Tout le monde a crié : « Bis! Vive le Roi! Vive la Nation! » et moi, le jus de la treille aidant, et me rappelant que mes ancêtres étaient Français, j'ai crié aussi fort que les autres, et main- tenant ils disent « que cet Anglais est aristocrate en diable ». – Quant à mes amours, elles sont toutes finies et les gens d'ici disent que je suis très amoureux mais très inconstant. Un clou chasse l'autre et je crois que j'ai eu le tiers des femmes de Valenciennes, et particulièrement une fille de l'Aigle Rouge, une auberge où j'ai dîné un soir qu'il pleu- vait... Elle est grande et belle, et je n'en suis pas encore fatigué. » Vers l'été de 1791, les lettres devinrent tragiques : « Je n'ai réellement plus une chemise... Je n'ai pas un sou. » L'épicier, le boucher refusaient de continuer à le nourrir. « Je n'ai qu'un vêtement sur le dos, et en loques... J'aimerais mieux être un galérien... » « Je n'ai plus une chemise sur le dos, ni un vêtement, car celui que j'avais est complète- ment usé... » Quelques jours plus tard, il mourait. On dit qu'il s'était suicidé.
Cette mort fit beaucoup de peine à sa femme qui n'avait jamais cessé de l'aimer. « Chère madame, écrivit-elle à sa belle-sœur, vous me jugez bien mal en pensant que je ne souffrirai pas de la mort de Mr Byron. Elle m'a rendue très malheureuse, et plus encore parce que je n'ai pas eu la mélancolique satisfaction de le voir avant sa mort. Si j'avais su sa maladie, j'aurais été le soigner... Malgré toutes ses faiblesses (car elles ne méritent pas de nom plus sévère) je l'ai toujours sincèrement aimé... Vous dites qu'il a eu sa connaissance jusqu'au bout. A-t-il parlé de moi? A-t-il été longtemps malade? Et où est-il enterré? Soyez assez bonne pour me l'écrire et pour m'envoyer un peu de ses cheveux. »
Le petit George n'oublia jamais son père; il l'avait admiré. Il restait seul dans la vie, avec une femme dont l'humeur incohérente faisait succéder une pluie de baisers à un déluge de coups. Il savait qu'elle était malheureuse. Il la redoutait et la plaignait. Quand il allait dans le jardin de John Stuart, professeur de grec à Aberdeen, il cueillait des fruits et demandait toujours s'il pouvait emporter des pommes « pour sa pauvre chère maman ».
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