Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV

Michel de Montaigne · Chapitre 8 sur 141

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Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV

Passages des Essais

Les Essais, pour qui les connaît, et dans un certain milieu nul ne

les ignore, échappent à cette loi, parce que leur lecture, ne demandant aucun effort, repose de l’état de surexcitation dans lequel nous vivons. Ils se lisent sans suite, à bâtons rompus, comme ils ont été écrits, et c’est là un de leurs plus grands charmes: pas n’est besoin de marquer où vous en êtes resté; ouvrez-les à n’importe quelle page, et le passage sur lequel vous êtes tombé vous intéressera sans qu’il soit nécessaire de vous reporter à ce qui précède, non plus qu’à ce qui suit; et plus tard, vous le relirez encore, lorsqu’il se représentera à vous, sans que l’idée vous vienne de tourner le feuillet.

Il s’y rencontre bien, de ci, de là, quelques expressions de nature

à choquer la pruderie de nos jours, où l’on tient plus de compte de la forme que du fond; elles s’expliquent par ce fait qu’autrefois on n’attachait pas à la pureté des termes employés celle des sentiments et des idées; lascif dans ses expressions, Montaigne était pudibond en pensée: versu lascivus, mente pudicus erat; et s’en souvenant, on passe outre sans en être autrement offusqué.

En somme la grande singularité et le plus grand mérite des

Essais, c’est que, mettant en pratique la philosophie, toute opinion extrême y est combattue; qu’ils enseignent la paix, la douceur, la bienveillance entre les hommes, et que, quoi que l’on pense de leur auteur à un titre quelconque, le langage dans lequel il s’exprime ne laisse pas de captiver.

 

PASSAGES DES ESSAIS

 

§ 1.—Où il est plus particulièrement question de cet

ouvrage [11].

[11] Voir Nota, fasc. B, p. 3.

Quelle fin Montaigne s’est proposée en écrivant les Essais, I, 58.

—Il les considère comme l’essai de ses facultés naturelles et non de ses facultés acquises, II, 60.

Sa manière de les composer, I, 210, 552.

Comparaison relative aux Essais, I, 296.

Pourquoi il s’est pris lui-même pour sujet d’étude, I, 676.

Diversité du sujet qu’il traite, III, 108.

Connaissance approfondie qu’il en a, III, 110.

Faute, dans sa vie, d’actions de quelque intérêt, il enregistre ses

fantaisies, III, 376.

Il exprime ses idées du moment, demain elles seront peut-être

autres, I, 232.

Pourquoi il parle si souvent de lui-même dans son livre, II, 524.

Ce qu’il gagne à publier ses mœurs, III, 440.

Peut-être se faisant connaître, se fera-t-il un ami, III, 444.

Il esquisse plutôt qu’il ne traite les sujets dont il s’occupe, I, 434.

Malgré les apparences, les sujets traités se tiennent toujours plus

ou moins les uns les autres, III, 470.

Il s’est imposé d’oser dire tout ce qu’il ose faire, III, 186.

Aveu de l’obligation où il est cependant de voiler parfois sa

pensée, III, 474.

Ce qu’il pense de ceux qui condamnent la licence de ses écrits,

III, 186.

Comment il excuse cette licence, III, 270.

Dans quel but Montaigne a inséré dans son livre des citations et

des passages empruntés à d’autres auteurs, III, 582.

Ses principes à l’égard de ces citations et de ces imitations, I,

232.—Il ne compte pas ces emprunts, il les pèse, II, 60.

Motifs pour ne pas citer les auteurs où il puise et ne pas mettre

d’ordre dans ses récits, II, 62.

Raison de l’absence de toute méthode dans son ouvrage, I, 552.

Pourquoi il aime les digressions, III, 470.

Caractère de son style, II, 476.

Son français corrompu par le langage du pays où il vit, II, 478.

Langage qu’il s’est appliqué à employer, I, 278.

Comment il travaillait aux Essais, III, 22.

Plusieurs feuillets lui en ont été soustraits, III, 22.

Il fait volontiers des additions à son livre, mais ne le corrige pas,

III, 410.

Il craint, par faute de mémoire, de se répéter, III, 406.

Il ne se mêle ni de l’orthographe, ni de la ponctuation, et ne

revise pas le travail de l’imprimeur, III, 412.

Affection qu’il a pour son livre, II, 52.

Ses différentes appréciations sur sa valeur, III, 366.

Sa soumission à la critique que l’Église peut en faire, I, 578.

Il est loin d’en être complètement satisfait, II, 474.

Succès auquel il lui semble pouvoir prétendre, I, 572.

Comment il peut être utile à la santé de l’âme et à celle du corps,

III, 628.

Destinée qui lui paraît réservée, III, 448.

 

§ 2.—Notes ayant trait à la contexture des Essais.

Origine de ce titre «les Essais», N. I, Titre, E .

Montaigne esquisse plutôt qu’il ne traite les sujets dont il

s’occupe, N. I, 434, Air.

Toute assertion, exacte ou non, lui est bonne, comme point de

départ d’une idée qu’il se propose d’exposer, N. I, 40, Dit.

Précautions oratoires prises avant l’émission d’idées peu

orthodoxes, N. I, 578, Icy.

Tendance de Montaigne à écrire le français en latin, N. II, 584,

L’enuie.

Il altère souvent les citations qu’il donne, N. II, 242, Profuerunt.

Montaigne, les Essais et Henri III, N. II, 524, Autheur.

 

La première édition des Essais parut en 1580.

Cette édition, imprimée à Bordeaux, ne comprenait que les deux

premiers livres, chacun formant un volume in-8 o dont l’impression n’est pas faite avec les mêmes caractères pour tous deux; les citations y sont peu nombreuses; les sonnets de La Boétie, objet du ch. 28 du livre Ier, y figurent.

En 1582, Montaigne en publiait une seconde édition, revue et

augmentée, mais toujours réduite à ses deux premiers livres, renfermés cette fois en un seul volume in-8 o.

En 1587, troisième édition, celle-ci du format in-12; la ponctuation

y est améliorée, d’assez nombreuses corrections de style et quelques phrases remaniées.

Ces trois premières éditions sont devenues fort rares; dans

diverses ventes publiques du siècle dernier, des exemplaires de la première ont été vendus: 527, 515, 645, 1.050 et jusqu’à 2.060 francs; un de la seconde a dépassé 200 francs, un de la troisième a atteint près de 500 francs.

Enfin en 1588, autre édition, in-4o cette fois, qui, d’après son

titre, serait la cinquième. La quatrième n’existe pas; on pense qu’elle avait pu être publiée dans l’intervalle en Angleterre, ou encore en France, le privilège de l’imprimeur de l’édition précédente étant expiré; mais on manque de données précises à cet égard. Imprimée à Paris, l’édition de 1588 se trouve, toujours d’après le titre même de l’ouvrage, augmentée d’un troisième livre et de six cents additions aux deux premiers; la pagination du dernier livre y est distincte de celle des deux autres; les additions introduites interrompent déjà assez fréquemment le texte primitif et l’alourdissent parfois.

Cette édition est la dernière publiée du vivant de Montaigne, qui

mourut encore occupé à en préparer une nouvelle. Les rapports qui s’étaient établis entre lui et le poète Pierre de Brach d’une part et Mlle de Gournay de l’autre, lors de l’impression de l’édition de 1588 à laquelle ils semblent s’être intéressés, firent que naturellement, et peut-être aussi sur sa recommandation, Françoise de la Chassaigne sa veuve, résolue à donner suite aux intentions de son mari, s’adressa à eux pour l’y aider.

Montaigne consignait toutes les modifications et additions qu’il

projetait sur un exemplaire de l’édition de 1588, y joignant des notes détachées. Pierre de Brach reçut mission de les transcrire, en les mettant au net sur un autre exemplaire, qu’il adressa à Mlle de Gournay chargée d’en surveiller l’impression. Tous deux s’acquittèrent avec conscience et promptitude de leurs tâches respectives; moins de trois ans après la mort de l’auteur, l’édition nouvelle, portant la date de 1595, était livrée au public.

Cette édition, in-folio, est d’un tiers plus considérable que la

précédente. Comparée à l’exemplaire annoté de la main de Montaigne qui, conservé par la famille, a ensuite appartenu aux Feuillants et se trouve actuellement à la Bibliothèque publique de Bordeaux, l’orthographe en est plus simple, la ponctuation établie de manière à n’avoir que de très courtes phrases, et dans les cas très rares où les deux textes diffèrent, les divergences, toutes de forme, ne consistent guère qu’en quelques termes adoucis, quelques expressions moins primesautières, des mots ajoutés, retranchés ou modifiés pour rectifier des incorrections de style, ce qu’immanquablement l’auteur eût opéré lui-même, avant de livrer son travail au public, témoignant de la part de ses exécuteurs testamentaires de la fidélité la plus absolue.—Qu’eût été cette édition si elle avait été publiée du vivant de l’auteur? Nul ne le saurait dire; immanquablement, jusqu’au dernier moment, il eût fait encore des modifications aux notes d’après lesquelles celle-ci a été établie (sur l’exemplaire de Bordeaux, Montaigne écrit et raye trois fois avant de l’admettre la citation: Ille beatus.... [Vol. I, pag. 484, lig. 25]; rien ne prouve que finalement il l’eût maintenue), de telle sorte que le texte définitif des Essais n’ayant pas existé, ne sera jamais connu.

Il est à observer que par le fait d’une omission qui n’a pas été

constatée à temps, cette édition ne porte pas l’Avis au lecteur qui devrait figurer en tête; par contre, elle est précédée d’une préface assez étendue et par trop apologétique de Mlle de Gournay qui l’a dotée en outre d’une table analytique assez détaillée; enfin par suite d’une mention bien ou mal interprétée, inscrite sur le manuscrit de Bordeaux, les sonnets de La Boétie n’y sont pas reproduits.—Quant à l’exemplaire qui a servi de copie, il n’existe plus; il semble avoir été détruit, aussitôt l’impression achevée.

Mlle de Gournay, sa fille d’alliance comme il l’appelait et titre dont

elle aimait à se parer, s’était donnée de toute son âme à Montaigne et à son œuvre; postérieurement à l’édition de 1595, elle en a publié nombre d’autres (une dizaine environ), dérivant toutes de celle-ci; entre autres:

Une en 1608, portant en marge des sommaires, forcément

réduits à quelques mots; ce qui avait déjà été réalisé, dès 1595, à Lyon, dans une réédition de celle de 1588.

Une en 1611, où elle donne l’indication de la plupart des sources

où Montaigne a pris ses citations.

Une en 1617, qui présente la traduction de toutes ces mêmes

citations.

Enfin la magnifique édition in-folio de 1635, dédiée au cardinal de

Richelieu, dont la libéralité avait aidé à la publication. Pour la première fois, figure au frontispice de l’ouvrage la devise de Montaigne: «Que sçais-je», avec la balance. La préface est celle de l’édition-mère, notablement augmentée et corrigée. Le texte présente parfois avec celui de l’édition de 1595 de légères différences; certains changements y ont été malencontreusement apportés, sur la demande expresse des imprimeurs, pour rajeunir le style et rendre l’ouvrage plus facile à lire.

Depuis, les éditions des Essais n’ont cessé de se succéder. Le

docteur Payen, mort en 1870, qui s’était adonné avec passion à Montaigne et à tout ce qui s’y rattache, en possédait cent trente-six, dont une vingtaine en langue allemande, anglaise, hollandaise et italienne, et sa collection, aujourd’hui propriété de la Bibliothèque nationale, n’était pas complète; leur nombre s’accroît chaque jour.

Parmi elles, nous citerons:

Deux éditions données de 1724 à 1725 et enrichies de notes

nombreuses par Pierre Coste qui, lui aussi, a pris pour base l’édition de 1595, mais en en rajeunissant l’orthographe.

Une édition de Naigeon, également annotée par lui, stéréotypée

par Firmin-Didot, portant la date de 1802 et imparfaitement établie d’après le manuscrit de Bordeaux, et en outre en en altérant l’orthographe.

Une édition de 1820, d’Amaury Duval; en tête de chaque chapitre

se trouvent des sommaires détaillés, permettant d’en embrasser l’ensemble et de se retrouver dans ce dédale d’idées qu’est l’ouvrage; le texte est celui de 1595, mais l’orthographe est de convention.

Une de 1826, de J.-V. Leclerc, dans les mêmes conditions que la

précédente.

Une de MM. Barckhausen et Dezeimeris (1873), donnant le texte

original de l’édition première de 1580, avec les variantes de celles de 1582 et 1587.

Une de MM. Courbet et Royer (1872 à 1900), réédition de celle

de 1595, remarquable par son exactitude et son exécution typographique, suivie d’une notice des plus complètes sur Montaigne, et d’un relevé des variantes des éditions de 1580, 1582, 1587, 1588 et du manuscrit de Bordeaux.