Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV

Michel de Montaigne · Chapitre 113 sur 141 · partie 1/11

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Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV

Premier Livre

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 11 parties.

Bordeaux, avec les corrections que l’auteur y a apportées de sa main.

1, Liure.—A l’origine l’u et le v se confondaient dans l’imprimerie, probablement par suite des inscriptions lapidaires où cette confusion se retrouve. Au e XVI siècle, dans les lettres majuscules, on ne faisait usage que du v; dans les minuscules, le v s’employait toujours au commencement des mots, tandis que dans le corps il était fait exclusivement emploi de l’u; c’est Voltaire qui, finalement, dans son dictionnaire, établit la distinction actuellement existante entre ces deux lettres, le v consonne, et l’u voyelle.—L’i et le j s’employaient pareillement l’un pour l’autre; toutefois le j ne se rencontre guère que dans le cas, assez rare, de deux ou plusieurs i minuscules consécutifs, le dernier est alors figuré par un j: Dij, viij.

10, Fusse.—Les éd. ant. port.: paré de beautez empruntées ou me fusse tendu et bandé en ma meilleure démarche, au lieu de: «mieus... estudiée».

13, Vif.—Add. des éd. ant.: mes imperfections.

20, Vins.—Déjà au temps de Montaigne, on disait quatre-vingts au lieu d’octante; et aussi soixante-dix et quatre-vingt-dix pour septante et nonante qui, encore d’usage courant en Belgique, ne se disent plus guère en France que dans quelques localités du midi; la disparition de ces expressions est aussi regrettable qu’illogique.— L’édition de 1588 est datée 12 juin 1588; l’exemplaire de Bordeaux, premier mars mille cinq cens quattre vins, écrit de la main de Montaigne; c’est cette même date, mais avec le millésime en chiffres arabes, que portent les éditions de 1580, 82 et 87.

 

PREMIER LIVRE

CHAPITRE I.

16,

6, Galles.—Connu sous le nom de «Prince Noir», de la couleur de l’armure qu’il portait; le même qui gagna la bataille de Poitiers (1356) où il fit prisonnier le roi Jean le Bon. Son père, Edouard III, roi d’Angleterre, avait érigé pour lui la Guyenne en principauté (1363); il fixa sa résidence à Bordeaux où il tint une cour vraiment royale et y demeura jusqu’à sa mort, y laissant la mémoire de grands exploits, de grandes vertus et d’une vie sans tache.

17, Ville.—En 1370, lors de la guerre de Cent Ans. Les trois gentilshommes en question étaient Messires de Villemur, de la Roche et de Beaufort, capitaines de la cité: «Nous sommes morts, se dirent-ils, si nous ne nous défendons et vendons chèrement notre vie, ainsi que tout chevalier doit faire. Et ainsi firent; le prince, de son char, les vit et y applaudit fort.» F , I.—Limoges, pillée et

brûlée, fut presque complètement détruite.

18, Scanderberch.—Autrement dit Alexandre bey; c’était le surnom de Georges Castriot, roi d’Albanie (anc. Épire), qui reconquit son royaume dont son père avait été dépouillé par les Turcs, desquels il devint la terreur. Les Albanais le chantent encore dans leurs chants nationaux.

18,

Assiegé.—En 1140, dans Weinsberg, ville de la haute Bavière.

C , Opus chronologicum.—V. N. III, 560, Gibelin.

12, Lascheté.—Singulière propension.

15, Stoiques.—Secte de philosophie dont les adeptes se distinguaient particulièrement par leur fermeté d’âme et l’austérité de leur morale; ils estimaient la vertu comme le souverain bien, niaient que la douleur fût un mal, croyaient à la Providence et insistaient sur les causes, comme étant plus à considérer que les effets. Les Stoïciens les plus célèbres après Zénon, furent: chez les Grecs, Chrysippe et Epictète; chez les Romains, Caton d’Utique, Sénèque et l’empereur Marc-Aurèle; chez les modernes, Juste-Lipse.

22, Enfans.—Par contre, La Fontaine dit de l’enfance: «Cet âge est sans pitié»; et au chapitre XXII de ce même livre (I, 158), Montaigne semble avoir changé d’avis.

25, Vertu.—Sous-entendu: «il peut se dire», comme on lit quelques lignes plus haut.

31, Peine.—Avec beaucoup de peine.

36, Arrogante.—Scipion Émilien, accusé de concussion, agit à peu

près de même et avec autant de succès, V. I, 660 et N. Pieces.

36, Balotes.—Petites balles ou bulletins employés pour aller aux voix dans les jugements ou les élections.

38, Personnage.—P , Comment on peut se louer soi-même.—Épaminondas avait prolongé de quatre mois son commandement pour avoir le temps de réduire les Spartiates, ses ennemis, à l’impuissance et de relever de ses ruines et repeupler Messène, leur ennemie séculaire. Il termina son plaidoyer, en cette circonstance, en demandant qu’on inscrivît sur sa tombe qu’il avait été condamné pour avoir contraint, malgré eux, les Thébains à prendre leur revanche des Lacédémoniens qui les avaient pillés et brûlés cinq cents ans auparavant, rebâti Messène deux cent trente ans après sa destruction par ces mêmes Lacédémoniens, remis les peuples de l’Arcadie en confédération et restitué aux Grecs leur liberté.

20,

4, Vengeance.—Le siège de Reggium (368) avait été motivé par une demande que Denys l’Ancien, tyran de Syracuse, avait adressée pour obtenir en mariage une fille de cette cité, demande à laquelle il fut répondu qu’on n’avait à lui donner que la fille du bourreau; le siège dura onze mois, la famine seule eut raison de la résistance des habitants. D S , XIV, 29. 22, Homme.—Cette idée si juste et les termes employés à la rendre si heureux sont passés à l’état d’aphorisme que l’on entend dire sans cesse. Charron s’en est emparé comme de tant d’autres de Montaigne; le chapitre I du premier livre de son ouvrage sur la Sagesse commence ainsi: «L’homme est un sujet merveilleusement divers et ondoyant, et sur lequel il est très malaisé d’y avoir un jugement assuré.»—«L’inconstance des hommes est si variée dans ses effets, qu’on peut essayer de la peindre, même après Pascal» (C ).—Ondoyant et divers est du reste une expression

qu’affectionne Montaigne, on la retrouve à diverses reprises dans les Essais, I, 300: II, 70.

22, Vniforme.—Pensée à rapprocher du ch. I du liv. II, où Montaigne traite de l’inconstance de nos actions.

27, Peine.—En 79. Les Mamertins étaient les descendants des mercenaires employés, lors de leurs guerres, par les Syracusains et les Carthaginois. Ramassis de gens sans aveu et de tous les pays, ils s’étaient établis par les armes aux environs de Messine, en Sicile, dont ils avaient fait leur place d’armes, prenant pour nom celui de leur dieu Mamers ou Mars confirmant par là leur résolution de faire la guerre pour la guerre, et, de fait, ne vivant que de brigandage.— Lors de la guerre civile entre Marius et Sylla, ils avaient embrassé le parti du premier à l’instigation de l’un de leurs orateurs (que Plutarque nomme Stenon dans l’Instruction pour ceux qui manient affaires d’état, Stennius dans les Apophthegmes, Stenis dans la Vie de Pompée), ce qui avait attiré sur eux Pompée, lieutenant du second. S’étant tout d’abord réclamés de leur privilège, ils s’étaient attiré cette réponse: «Que parlez-vous de lois à qui porte l’épée?»— Lors de la reddition de Calais aux Anglais, en 1347, Eustache de S.-Pierre a renouvelé l’acte de dévouement de Sténon à l’égard de ses concitoyens.

27, Peruse.—En 82. Le jeune Marius, battu, s’était réfugié à Preneste (et non Pérouse), dans le Latium, contrée d’Italie avoisinant Rome. La ville, assiégée par les troupes de Sylla, dut capituler. Cethegus, lieutenant de Sylla, avait promis la vie sauve à la population; mais le dictateur, s’y étant rendu en personne, fit d’abord juger et exécuter chacun des habitants en particulier; puis trouvant que ces formalités lui prenaient trop de temps, il les fit tous rassembler en un même lieu au nombre de 12.000, et égorger en sa présence. Il ne voulut faire grâce de la vie qu’à son hôte, mais celui-ci lui dit qu’il ne voulait pas devoir son salut au bourreau de sa patrie, et, se jetant au milieu de ses compatriotes, il se fit tuer avec eux. P , Instruction pour ceux qui manient affaires d’état.

22,

8, Talons.—«Et qu’on y trauersast vne corde». Add. de 1558.

15, Opposition.—En 332. Outre que la résistance prolongée de Gaza avait contrarié les projets d’Alexandre en retardant son entrée en Égypte, ce siège avait coûté beaucoup de sang aux Macédoniens, lui-même y avait été blessé. De là son ressentiment contre Bétis qui avait été l’âme de la défense, à quoi il faut ajouter, dit Q -C , IV, 6, qu’en cela il se glorifiait d’imiter en quelque sorte dans sa vengeance Achille, l’auteur de sa race, traînant le cadavre d’Hector ainsi attaché derrière son char.

29, Esclaues.—En 335. Les Thébains avaient pris occasion de donner le signal du soulèvement de la Grèce asservie par Philippe de Macédoine, alors qu’Alexandre son successeur combattait les Barbares sur l’Ister (Danube). Revenant en hâte, et ses offres de conciliation ayant été repoussées, le nouveau roi assiège Thèbes, s’en empare après une défense acharnée qui coûte 6.000 h. à ses adversaires, et la fait raser. A l’exception des prêtres, de ses partisans et des descendants de Pindare dont il avait respecté la maison, tout le reste fut vendu comme esclaves. Sa colère passée, Alexandre fit bon accueil à tous les Thébains échappés au désastre, qui s’adressèrent à lui; et, par la suite, il marqua à diverses reprises son regret de s’être montré si dur en cette circonstance. Il attribua le meurtre de Clitus, le refus de son armée de le suivre au delà de l’Indus, à la rancune de Bacchus, dieu tutélaire de Thèbes. D S , XVII, 4.

 

CHAPITRE II.

24,

2, Malignité.—Tristezzia, en italien, signifie malignité, méchanceté; et tristitia, tristesse, ennui.

6, Perse.—En 525; H , III, 14.

12, Domestiques.—Ne signifie pas ici serviteur, mais ami de la maison, familier, sens que ce mot avait en latin et au temps de Montaigne, et qu’il a conservé longtemps encore après. Hérodote dit que cet homme était un vieillard qui mangeait ordinairement à la table du roi (L C ).

14, Nostres.—Un prince des nôtres, c’est-à-dire un prince français, mais n’appartenant ni à la maison royale de France, ni à celle des Bourbons.—Il est question ici du cardinal Charles de Lorraine qui, en 1563, était au concile de Trente (Tyrol), lorsqu’il apprit l’assassinat du duc de Guise par Poltrot de Méré et la mort, à la suite de la bataille de Dreux, d’un autre frère bâtard, abbé de Cluny.

31, Exprimer.—Cette disposition d’esprit si contradictoire existe en moi et probablement chez beaucoup d’autres: Toute histoire touchante que je lis, tout drame que je vois représenter au théâtre, me font venir les larmes aux yeux, tandis que les faits analogues de la vie réelle dont je suis témoin, si tragiques soient-ils et lors même que j’y suis directement intéressé, me laissent impassible. La nouvelle de la mort de mon fils aîné, survenue au Tonkin et apprise par la voie des journaux, ne m’a causé sur le moment nulle émotion apparente, tandis que depuis, et aujourd’hui encore, après bien des années, ma pensée ne se reporte jamais sur lui sans un attendrissement manifeste. G. M.—A la suite de cette réponse de Psamménite, Cambyse donna ordre de délivrer son fils et sa fille; mais déjà le premier, conduit au supplice un mors dans la bouche, ce qui était un signe de servage, n’était plus, et lui-même, il le traita avec bonté. Dans la suite, Psamménite ayant incité les Égyptiens à la révolte, fut condamné à boire du sang de taureau, ce dont il mourut sur-le-champ. H , III, 14.

37, e Dueil .—Lors de la guerre de Troie ( XIV siècle), des vents contraires persistants empêchant la flotte des Grecs de mettre à la voile, les devins déclarèrent que c’était du fait de Diane irritée contre Agamemnon leur chef et que la déesse ne pouvait être apaisée que par le sang d’une princesse de la famille royale. Après avoir longtemps lutté, Agamemnon, cédant aux sollicitations de ses alliés, consentit au sacrifice d’Iphigénie sa fille. Diane satisfaite substitua à la victime une biche qui lui fut immolée et transporta la princesse en Tauride où elle en fit une prêtresse de son culte.—Le peintre qui peignit cette scène, Timanthe ( e IV siècle), donnait au grand prêtre Calchas, qui avait réclamé le sacrifice, l’air abattu; il représentait Ulysse consterné, Ajax frémissant de rage d’une telle cruauté, Ménélas poussant des cris lamentables, un aruspice, des amis, un frère en pleurs, et Agamemnon, le père de la victime, la tête couverte d’un voile, laissant, a-t-on dit, à la sensibilité du spectateur à juger de sa douleur; peut-être aussi n’était-il affublé de ce voile qu’en suite du rite en pareille circonstance, ainsi que cela se voit dans certaines cérémonies de l’Église catholique, lors des relevailles par exemple. C , Orat., 22; V M , VIII, 11.— Plutarque raconte un fait identique au sacrifice d’Iphigénie: le consul romain Métellus, devant passer en Sicile avec son armée, avait sacrifié aux Dieux, mais en omettant Vesta. Celle-ci pour se venger fit également souffler des vents contraires qui mettaient obstacle au départ. Pour l’apaiser, Métellus, sur le conseil des devins, consentit également à lui sacrifier sa fille et Vesta, comme Diane prise de compassion, substitua une génisse à la victime qu’elle transporta à Lavinium et attacha à ses autels.—Ce passage des Essais est peut-être ce qui a inspiré à Robert Fleury de représenter, dans son tableau de la mort de Montaigne, sa veuve la figure masquée par un mouchoir qu’elle tient à la main.

40, Rocher.—Niobé, glorieuse de ses sept garçons et de ses sept filles, en vint à mépriser Latone qui n’avait d’enfants qu’Apollon et Diane. La déesse offensée leur remit le soin de la venger; ils firent périr sous leurs flèches tous ceux de Niobé, tandis que la mère elle-même était changée en rocher. M .

41, Malis.—Le texte d’Ovide porte: Diriguitque malis.

26,

9, Mena.—Mena, dans cette acception, est purement latin; on dit dans cette langue ducere bellum, faire la guerre. N .

10, Hongrie.—En 1560, à propos de la couronne de Hongrie que Ferdinand I, empereur d’Allemagne, disputa d’abord à Jean I Zapoly, puis à son fils Jean II, dont les droits étaient défendus par sa mère Isabelle, conflit qui se termina par le mariage de Jean II avec la fille de Ferdinand.

31, Nocte.—Ces vers de Catulle sont une imitation d’une Ode de Sappho, que Boileau a traduite. Delille a fait quelques changements à cette traduction, pour se rapprocher davantage de la forme de l’ode sapphique:

«De veine en veine, une subtile flamme

Court dans mon sein, sitôt que je te vois;

Et, dans le trouble où s’égare mon âme,

Je demeure sans voix.

Je n’entends plus, un voile est sur ma vue;

Je rêve, et tombe en de douces langueurs;

Et, sans haleine, interdite, éperdue,

Je tremble, je me meurs!»

39, Iouïssance.—Add. de 1588: accident qui ne m’est pas incogneu.

28,

1, Routte.—Déroute, de l’italien rotta qui a même signification.

1, Cannes.—Le fait est affirmé par Pline, VII, 54.—Tite-Live en raconte un semblable arrivé après la bataille de Trasimène, perdue l’année précédente (217) également par les Romains contre Annibal.

1, Sophocles.—Sophocle serait mort de joie, disent les uns, en apprenant le succès d’une de ses pièces; selon d’autres, en avalant un grain de raisin, comme il arriva à Anacréon. On attribue à Sophocle, mort à 90 ans environ, 120 à 130 pièces de théâtre; vingt fois, il avait remporté la palme de la tragédie.—Chilon serait également mort de joie, en embrassant son fils couronné aux Jeux Olympiques.

2, Tyran.—Pline (VII, 54) dit que ce fut la joie d’avoir remporté le prix de tragédie qui causa la mort de Denys; Diodore de Sicile, que ce furent les excès de table auxquels il se livra en suite de la satisfaction qu’il en éprouva.—Cette épithète de «tyran» n’impliquait pas, dans l’antiquité comme de nos jours, une idée de cruauté; chez les Grecs, comme chez les Romains, elle désignait un souverain de pouvoir absolu et le plus souvent usurpé.

4, Decernez.—En Corse, en 163, Thalva, ou mieux Thalna, offrait un sacrifice quand il reçut le décret du Sénat qui lui accordait les honneurs du triomphe; il l’ouvrit, le lut et tomba expirant de l’autel. V M , IX, 12.—Pour obtenir les honneurs du triomphe, il fallait avoir vaincu dans une bataille où cinq mille ennemis au moins avaient été tués, ce qui amenait souvent à continuer le carnage, lors même que déjà on était victorieux.

7, Mourut.—En 1521; Léon X venait d’apprendre coup sur coup la reprise de Milan, de Plaisance et, le jour même de sa mort, celle de Parme sur les Français qu’il abhorrait. Sa fin inopinée donna lieu à des soupçons d’empoisonnement que discrètement on s’abstint d’élucider. G , Hist. d’Italie, XIV.—Martin du Bellay (l. II) dit assez plaisamment à cette occasion: «Le pape Léon X fut bien aise de mourir de joie.»

11, Faict.—Diodore mourut de honte de n’avoir pu répondre sur le moment même à des raisonnements captieux que lui proposait Stilpon. P , VII, 53.

 

CHAPITRE III.

14, Beant.—Béer, verbe qui avait le sens du mot latin inhiare; n’est plus aujourd’hui usité qu’aux participes: bouche bée, bouche béante.

26, Plus.—«Le présent n’est jamais notre but; le seul avenir est notre objet; ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons vivre.» P .—«La nature nous rendant malheureux en tous états, nos

désirs nous figurent un état heureux; et, quand nous arriverions à les satisfaire, nous n’en serions pas plus heureux pour cela, parce que nous en aurions d’autres conformes à notre nouvel état.» L B .—«La vie... se passe toute à désirer; l’on remet à l’avenir

son repos et ses joies... Ce temps arrive qui nous surprend dans les désirs...; on en est là quand la fièvre nous saisit et nous éteint; si on eût guéri, ce n’eût été que pour désirer plus longtemps.» L B .

27, Anxius.

«..... Tant de prudence entraîne trop de soin,

Je ne sais pas prévoir les malheurs de si loin.»

R , Andromaque.

... «La prévoyance! La prévoyance qui nous porte sans cesse au

delà de nous, souvent nous place où nous n’arriverions point; voilà la véritable source de toutes nos misères.» J.-J. R , Émile.

28, Congnoy.—«Un beau mot, dit Platon dans Timée, court depuis longtemps dans le monde, c’est que seul le sage s’attache uniquement à ses propres affaires et arrive à se connaître lui-même.»—Cette même idée se retrouve dans ces sentences si souvent reproduites: Γνωθὶ σεαυτόν et Nosce te ipsum (Connais-toi toi-même).

30,

4, L’aduenir.—Épicure enseignait que le plaisir est le souverain bien de l’homme et que tous ses efforts doivent tendre à l’obtenir; mais il faisait consister le plaisir dans la culture de l’esprit et la pratique de la vertu. Après lui, ses disciples dénaturèrent sa doctrine en l’étendant aux plaisirs des sens, que ses adversaires ont alors présentés comme étant son unique but, ce qu’avec eux la postérité a trop facilement admis. Il expliquait tout par le concours fortuit des atomes, rejetait l’immortalité de l’âme, admettait des dieux, êtres d’une nature supérieure à l’homme, mais leur refusait toute action sur le monde et niait la Providence, prétendant détruire ainsi, par la racine, toute superstition.

6, Mort.—Il en était ainsi dans l’Égypte ancienne à l’égard des rois et même des simples particuliers. Tout le monde avait le droit d’accusation, et, si le fait incriminé était prouvé, il entraînait la privation de sépulture légale, c’est-à-dire en rapport avec le rang que le mort avait occupé et dans le lieu que ce rang lui assignait. D S , I, 6.—«Il est étonnant et regrettable, lit-on dans l’Encyclopédie du e XVIII siècle, que ceux qui ont imaginé le dogme de l’immortalité de l’âme, ne s’en soient pas servis pour, en même temps, persuader aux hommes qu’ils entendront dans l’autre monde les jugements divers qu’on portera sur eux lorsqu’ils ne seront plus.» Dans ces jugements il ne faut probablement pas comprendre ces panégyriques d’usage, toujours exagérés, quand ils ne sont pas complètement mensongers, prononcés aujourd’hui sur nos tombes.

«Quand un roi fainéant, la vergogne des princes,

Laissant à ses flatteurs le soin de ses provinces,

Entre les voluptés indignement s’endort,

Quoique l’on dissimule, on n’en fait point d’estime. Et si la vérité se peut dire sans crime,

C’est avecque plaisir qu’on survit à sa mort.» M .

On ne saurait dire toutefois que, même de nos jours, la mémoire des Chefs d’État qui, abusant de leur irresponsabilité constitutionnelle, laissent tout faire, échappe à toute sanction. La simple énonciation d’une quelconque de ces mentions, suivant le cas: «Panama, Fachoda, Algésiras, Grèves universelles, Expulsion des congrégations, Suppression de l’enseignement religieux, Confiscation des biens de l’Église, Accroissement des monopoles, Déficit,etc...», au revers d’une médaille à leur effigie, en dira plus à la postérité que toutes les polémiques de l’époque.

7, Loix.—Comparaison tirée des corporations de métiers: le maître et le compagnon.

9, Successeurs.—A Venise, après la mort d’un doge, on nommait trois inquisiteurs chargés de recevoir les plaintes de ceux auxquels il avait pu faire quelque dommage pécuniaire; ses héritiers en devaient réparation, quelquefois même avec amende.—Il devrait bien en être actuellement ainsi en France, non seulement à l’égard des Chefs de l’État, mais de tout ministre, et cette instruction s’ouvrir dès qu’ils sortiraient de charge et s’étendre sans que jamais il y ait prescription à tous les dénis de justice, quels qu’ils soient, commis aussi bien par action que par omission, c’est-à-dire qu’ils aient commis soit par abus d’autorité, faiblesse, compromis politique et même par ignorance, ou laissés s’accomplir quand leur devoir eût été de s’y opposer; on évincerait peut-être de la sorte de ces fonctions, pour le plus grand bien de la chose publique, nombre de gens sans caractère ou incapables que nous voyons journellement briguer ou accepter ces mandats.

13, Leur.—Au ch. XLII de ce même livre (I, 492), Montaigne reprend cette même idée: «... le méchant, le bon roy... autant en a l’vn que l’autre».

14, Roys.—A moins qu’ils ne commandent le crime, comme fit, en 1572, le vicomte d’Orthez refusant de se prêter, à Bayonne, aux massacres de la Saint-Barthélemy: «Sire, répondit-il à Charles IX, j’ai communiqué le commandement de V. M. à ses fidèles habitants et gens de guerre de la garnison; je n’y ai trouvé que bons citoyens et fermes soldats, mais pas un bourreau. C’est pourquoi eux et moi vous supplions de ne vouloir employer nos bras et nos vies qu’en choses possibles, quelque hasardeuses qu’elles soient.»—D’autres encore se refusèrent à l’exécution des ordres relatifs à ces massacres: parmi lesquels Éléonor de Chabot, gouverneur de la Bourgogne; le marquis de la Guiche, à Macon; le duc de Longueville, en Picardie; Matignon, en Normandie; Saint-Héran, en Auvergne.—Le nombre des victimes fut, dans les principales localités: à Paris, 2.500 à 3.000; à Orléans, 500; à Meaux, 200; à Lyon, 7 à 800.

28, Tesmoignages.—T -L , XXXV, 48.

32, Mal.—Le premier était le tribun militaire Subrius Flavius, le même dont il est question II, 145, le second le centurion Sulpitius Afer, tous deux inculpés dans la conspiration de Pison (65). T ,

Ann., XV, 67 et 68.

32,

1, Police.—Est employé ici et à maintes reprises dans les Essais avec sa signification grecque: πόλις ville, et πολιτεία, république.

6, Leurs.—H , VI, 68.

8, Dernier.—H , VI, 68.—Postrème et dernier sont

synonymes; le premier vient du latin postremus et en a retenu le sens.

8, e Aristote .—Aristote fut le génie le plus vaste de l’antiquité ( IV

siècle). Il a embrassé toutes les sciences connues de son temps et en a même créé plusieurs. Pendant un grand nombre de siècles, ses écrits posèrent la borne du savoir humain et jouirent d’une autorité absolue; au moyen âge, notamment, il fut l’oracle des philosophes et des théologiens scolastiques. Il est l’auteur d’un grand nombre de traités, dont les progrès de la science moderne ont démontré la valeur; les principaux portent sur la Logique, la Rhétorique, la Politique, l’Histoire des animaux, la Physique, le Ciel, la génération, le Monde, la Métaphysique. En philosophie, il donne comme base à la science tout à la fois l’expérience et la raison; il démontre l’existence de Dieu qu’il présente comme le centre auquel tout aspire; dans l’art, il ramène le beau à l’imitation de la nature; en morale, il fait consister la vertu dans l’équilibre entre les passions, gardant un juste milieu prévenant tout excès; en politique, il assigne

l’utilité comme but à la société. V. N. II, 202: Sienne.

10, Heureux.—H , I, 32; A , Morale à Nicomaque, I, 10.

21, Vindicat.—Montaigne a fait quelque changement au texte latin.

23, Auuergne.—B , Mémoires, II.—En 1380; sa mort fut cachée aux assiégés qui ne la connurent que le lendemain quand ils vinrent se rendre; celui qui les en avait sommés en son nom, ayant eu la présence d’esprit de leur déclarer que s’ils ne se décidaient, il était résolu à ne plus avoir de communication avec eux.— Duguesclin, attaché au parti de Charles de Blois qui revendiquait le duché de Bretagne; à la mort de celui-ci, il se mit au service de Charles V qui le soutenait. Vainqueur du roi de Navarre à Cocherel (1364), il fut cette même année battu et fait prisonnier à Auray. Rendu à la liberté, il délivre la France des grandes compagnies en les conduisant en Espagne où il est battu et fait à nouveau prisonnier (1367). Il se rachète une seconde fois, et, rentré en France, il se remet à guerroyer, cette fois avec plein succès, contre les Anglais qu’il avait toujours eus en face de lui, à Auray comme en Espagne; il les chasse de la Normandie et du Poitou et meurt au siège de Château-Rendon (1380). Ce fut un des plus grands hommes de guerre de France; il avait été fait connétable en 1370 et fut enterré à Saint-Denis.

33, Craindre.—En 1515. B , II; G , XII.

38, Corinthiens.—En 425, durant la guerre du Péloponnèse. La discussion qui s’éleva à ce propos entre Nicias et ses adversaires portait sur ce que les corps de deux des siens avaient échappé aux recherches de ceux qui, après le combat, avaient été chargés de les enlever, et avaient dû leur être réclamés; cela ne changeait du reste rien au résultat, seule la réputation du général athénien eut à en souffrir. P , Nicias, 2.

39, Bœotiens.—En 394. Le lendemain de la bataille de Coronée qui avait été indécise, les Thébains demandèrent une trêve pour relever et ensevelir leurs morts; Agésilas la leur accorda, considérant cette demande comme une confirmation de sa victoire. P , Agésilas, 6.

41, Soing.—Les éd. ant. aj.: que nous auons.

34,

6, Mourant.—En 1307. A C , Hist. d’Angleterre, XIV.

12, Zischa.—Ou mieux Ziska; héros national de la Bohême, avait perdu l’un après l’autre les deux yeux dans différents combats.

13, Wiclef.—Un des précurseurs de la Réforme; niait la transsubstantiation, repoussait la confession, la primauté du Pape et la hiérarchie ecclésiastique. Jean Huss, en Bohême, adoptant ses idées, fit des prosélytes qui engendrèrent une guerre civile de 1174 à 1434.

26, Corps.—En 1524, au combat de Romagnano (Italie), où, franchissant la Sesia, il était demeuré le dernier pour couvrir la retraite.—Bayard, surnommé le Chevalier sans peur et sans reproche, réunissait en lui les vertus qu’on admire séparément dans plusieurs hommes de l’antiquité. Il s’illustra dans les guerres de Charles VII, Louis XII et François Ier; ce dernier, pour lui témoigner sa haute estime, voulut être armé chevalier de sa main, sur le champ de bataille de Marignan.—Les détails rapportés par Montaigne sont tirés des Mémoires de du Bellay, II.

34, Présent.—Philippe II, roi d’Espagne, fils de Charles-Quint, né lui-même de Philippe le Beau, fils de Maximilien.

38, Percée.—Cette critique n’a pas empêché cette façon de faire de se continuer chez certains grands seigneurs, dont les plus titrés, parmi ceux en agissant ainsi, furent le duc de Vendôme sous Louis XIV et le duc d’Orléans, régent de France, sous Louis XV.

36,

5, Profession.—La profession d’homme de guerre qu’à diverses reprises, au cours de son livre, Montaigne, sans rien préciser et sans que renseigne davantage aucun document autre que son tombeau, laisse entendre comme ayant été la sienne.

7, Mort.—Ce ne furent pas les seules excentricités de ce prince, recommandable du reste sous bien des rapports. Il avait fait faire son cercueil, y avait joint le drap mortuaire et tous les objets nécessaires à ses funérailles, le tout disposé dans un coffre dont il avait la clef et que, dans les dernières années de sa vie, on portait à sa suite dans tous ses voyages. A sa mort, occasionnée, comme celle de son père, pour avoir mangé immodérément du melon, il ordonna qu’on lui coupât les cheveux, qu’on lui arrachât les dents, qu’on les broyât et les réduisît en cendres, et que son corps fût enfermé dans un sac rempli de chaux vive.

13, Religion.—Cyrus, fils de Cambyse, seigneur perse, et de Mandane, fille d’Astyage, roi des Mèdes, commanda d’abord les armées de Cyaxare, fils et successeur d’Astyage; puis, se rendant indépendant, se fit nommer roi des Perses qui depuis longtemps étaient sous la domination des Mèdes (560). Peu à peu, il agrandit son empire, défit Crésus, roi de Lydie, à la bataille de Thymbrée (548), et s’annexa ses états; s’empara de Babylone (538); hérita de la Médie, et devint ainsi le maître d’un empire qui embrassait la majeure partie de l’Asie. C’était un prince brave, énergique, qui ne demandait aux vaincus qu’obéissance et tribut, et respectait leurs institutions. On ignore quelle fut sa fin; Xénophon, dont Montaigne adopte la version, le fait mourir âgé, entouré de ses enfants; selon Hérodote, il fut tué dans une expédition contre les Massagètes, peuple de la Scythie, et son corps étant resté entre leurs mains, Thomyris leur reine, dont le fils avait péri peu auparavant, lui fit couper la tête et plonger dans une outre pleine de sang, en disant: «Monstre, abreuve-toi de ce sang dont tu as toujours été altéré» (530).—Le fait mentionné ici dans les Essais est relaté par Xénophon (Cyropédie, VIII, 7).

14, Grand.—L’éd. de 88 porte «grand prince», ce que confirme la suite du récit.

20, Traicts.—C.-à-d. sur le point de rendre l’esprit.

25, Montre.—De la cérémonie, c.-à-d. la manière dont serait formé le cortège.

33, Choses.—Emilius Lepidus était grand pontife et prince du sénat depuis six ans; il prescrivit à ses fils, avant de mourir, de ne consacrer à ses obsèques qu’une somme modique, ne dépassant pas pour chacun dix pièces de bronze, de n’y produire ni son image, ni celles de ses ancêtres et de ne faire montre de luxe d’aucune sorte. T -L , Epitome du liv. XLVIII.

38,

2, Mechaniques.—D L , V.

4, Charge.—Var. 88: «Plustost la coustume ordonner de ceste cerimonie, et sauf les choses requises au seruice de ma religion, si c’est en lieu où il soit besoing de l’enioindre, m’en remettray volontiers à la discretion des premiers à qui cette sollicitude tombera en partage», au lieu de: «purement... charge».

10, Voudrez.—P , vers la fin du Phédon.

31, Soin.—Ne s’occupa que du soin.

33, Rendre.—Accomplir.

37, Supplice.—En 406, à l’accusation portée contre eux, en vain ils opposèrent qu’une violente tempête étant survenue, ils avaient été empêchés de rechercher et recueillir leurs morts; ils n’en furent pas moins condamnés. Socrate se trouvant alors être du Sénat auquel il appartenait de sanctionner les arrêts du peuple, ni les clameurs les plus bruyantes, ni les menaces les plus terribles ne purent le contraindre à autoriser de son approbation cet acte de démence publique; son opposition ne put empêcher le peuple de se souiller d’un sang innocent. Ils étaient dix: six furent mis à mort; deux s’étaient exilés volontairement; un était prisonnier des Lacédémoniens; Conon, le dixième, n’avait pas été compris dans l’accusation.—En cette circonstance, comme en tant d’autres, le peuple athénien se prit peu après à avoir honte de sa conduite; celui qui avait porté l’accusation fut mis en jugement et condamné à son tour sans qu’on voulût seulement entendre sa défense; exemple bien typique de la versatilité des foules. D S , XIII, 31 et 32.

40,

1, Souppe.—C.-à-d. de la même façon.

8, Superstition.—D S , XV, 9.—Sous le règne de Constantin Copronyme, empereur d’Orient, une flotte de 2.600 barques qu’en 766 ce prince avait équipées contre les Bulgares, fut assaillie par un ouragan qui brisa une partie des navires et en submergea une autre; l’empereur passa quatre mois à recueillir les corps flottants sur les eaux et à leur rendre les devoirs funèbres. L .

10, Iacent.—Cyrano de Bergerac a dit dans le même sens:

«Une heure après ma mort, mon âme évanouie

Sera ce qu’elle était, une heure avant ma vie.»

18, Dit.—La manière dont Montaigne use des documents qu’il met en œuvre, se révèle tout entière dans cette restriction: Le public ou un auteur croit ou dit telle chose. Lui-même n’en est pas aussi sûr, qu’importe? il suffit que cela se prête à sa thèse pour qu’il en use, en laissant la responsabilité à celui de qui émane cette croyance ou cette assertion.

 

CHAPITRE IV.

26, Deult.—Fait mal, endolorit, du latin dolet qui a cette même signification.

26, Vent.—N’atteint que le vide. Image tirée d’un terme employé au jeu de paume.

42,

2, Dit.—Dans la Vie de Périclès, au commencement.

5, Vain.—Oisive.

8, Que.—Sous-entendu «plustôt», qui se trouve quelques lignes plus haut, et éviter la répétition; ces élisions sont fréquentes dans Montaigne.

22, Freres.—En 211, Publius et Cneius Scipion, l’un et l’autre à la tête d’armées romaines opérant en Espagne contre les Carthaginois, après huit années de hauts faits et de triomphes, abandonnés de leurs alliés, furent tous deux, à un mois d’intervalle, défaits et tués, et leurs troupes sérieusement compromises. T -L , XXV, 37.

25, Dueil.—C , Tusc., III, 26.

28, Athos.—En 480, Xerxès fit fouetter l’Hellespont parce que la tempête avait rompu un pont de bateaux qu’il y avait fait établir, et percer le mont Athos pour donner passage à sa flotte et n’avoir pas à le doubler. H , VII, 24 et 35; P , De la colère.

30, Passant.—S , De Ira, III, 21.—Cyrus, irrité de ce qu’il avait failli périr au passage de ce fleuve, où un de ses chevaux s’était noyé, entreprit de le dessécher et à cet effet fit creuser trois cent soixante canaux par lesquels ses eaux devaient se perdre. Hérodote (I, 189) dit qu’il consacra tout un été à cette œuvre de folie et Orose qu’il y employa toutes ses troupes durant une année entière.

31, Plaisir.—C’est déplaisir qu’il y a lieu de lire, faute d’impression commise dans la première édition et qui a toujours été reproduite depuis: «Caligula, dit Sénèque (De Ira, III, 22), fit démolir une très belle maison, dans le quartier d’Hercule, parce que sa mère y avait été détenue en quelque sorte en prison.»

32, Voysins.—Probablement Alphonse XI, roi de Castille. C

B , Géométrie pratique.

44,

6, Mer.—En 37, lors de sa guerre contre Sextus Pompée, durant laquelle, la tempête ayant dispersé sa flotte, il fut battu près du cap Scylla (pointe S.-O. de l’Italie). S , Auguste, 16.

11, Allemagne.—En l’an 9, Varus, attiré dans une embuscade par les Germains, y périt avec trois légions romaines.

14, Mesmes.—80 et 88 aj.: à belles iniures.

18, Titanienne.—C.-à-d. comme avaient fait les Titans révoltés contre les dieux.

18, Fleche.—H , IV, 94.

19, Plutarque.—Dans son traité Du Contentement ou Repos de l’esprit, 4.

 

CHAPITRE V.

23, Parlementer.—C’est deviser, conférer, entre deux ou plusieurs, sur quelque affaire; se dit ordinairement des pourparlers en vue de la capitulation d’une place assiégée.

30, Sénat.—Constituait à Rome le premier corps de l’État. Institué par Romulus, il comprit d’abord cent membres, dont le nombre s’éleva progressivement jusqu’à mille sous César, mais qui avant et après lui n’était que de six cents, ce qui semble avoir été le plus généralement. Les sénateurs étaient nommés à l’élection, mais le furent aussi parfois par les consuls, les censeurs ou tout autre exerçant le pouvoir suprême; ils devaient avoir une fortune de 800.000 sesterces (163.000 fr.) sous la République et de 1.200.000 (244.000 fr.) sous l’Empire; le sénateur porté le premier sur la liste était appelé Prince du Sénat.

46,

2, Bataille.—En 170. Le procédé de L. Marcius n’en fut pas moins finalement approuvé par le sénat; ses atermoiements avaient empêché Persée de profiter de l’avance considérable de ses préparatifs et firent que l’année suivante la guerre se terminait par sa ruine complète. T -L , XLII, 37; il le nomme Quintus, au lieu de Lucius.

3, Medecin.—En 275. Pyrrhus, venu en Italie au secours des Tarentins, avait déjà remporté une victoire sur les Romains, quand son médecin leur offrit de les débarrasser de leur ennemi en l’empoisonnant. Le consul Fabricius dénonça au roi cette offre de trahison, et celui-ci, plein d’admiration, lui renvoya sans rançon les prisonniers qu’il avait faits, y joignant des propositions de paix. Les Romains lui renvoyèrent le même nombre de Samnites et de Tarentins, ses alliés, qui étaient en leur pouvoir, et, pour le reste, lui déclarèrent qu’ils ne pouvaient traiter, tant qu’il n’aurait pas évacué l’Italie. P , Pyrrhus.

4, D’escole.—En 394, se trouvant en guerre avec les Romains, et ceux-ci assiégeant leur ville Faleries (auj. Sainte-Marie de Falari), leur maître d’école amena à leurs ennemis pour les leur livrer et contraindre ainsi la ville à se rendre, les enfants des principaux citoyens confiés à ses soins. Camille qui, en qualité de dictateur, commandait l’armée romaine, refusa cette offre criminelle, fit dépouiller le traître de ses vêtements et ramener par ses élèves à coups de verge; touchés de cette noble action, les Phalisques firent leur soumission. P , Camille.

11, Sentence.—80 et 88 port.: Si est-ce que le Senat Romain à qui le seul aduantage de la vertu sembloit moyen iuste pour acquerir la victoire, trouua cette pratique laide et deshonneste, n’ayant encore ouy sonner à ses oreilles cette belle sentence, au lieu de: «Si est-ce... sentence».

13, Polybe.—Liv. XIII, ch. 1.

25, Vaincre.—Plus conséquentes que les gens de Ternate, et tenant qu’à la guerre le succès seul est à considérer et que rien ne doit être négligé pour l’obtenir, les nations modernes, dites civilisées, non seulement mettent en œuvre à cet effet tous leurs moyens, mais cherchent encore à en dérober la connaissance à toutes autres, nos amis d’aujourd’hui pouvant être nos ennemis de demain.—Pour en atteindre le but qui est l’anéantissement aussi rapide et aussi complet que possible de l’ennemi, tout est bon sauf la déloyauté; et encore, si chacun, à cet égard, est d’accord en théorie, la divergence est immense dans la pratique; et seul a tort celui qui sera vaincu, au point que s’accentue chaque jour davantage la tendance d’attaquer sans même faire de déclaration de guerre. Cela, à la vérité, s’est vu de tous temps: en Europe, dans ces deux derniers siècles, on ne compte pas moins de 110 cas où les hostilités ont commencé sans déclaration ou avant toute déclaration; c’est notamment dans ces conditions que les Anglais, coutumiers du fait plus que tous autres, détruisirent en 1718 la flotte espagnole, en 1807 bombardèrent Copenhague, et en 1900 ont failli en user à notre endroit lors de l’incident de Fachoda; c’est aussi ce qu’ont fait les Japonais à l’égard des Russes en 1904. Cette pratique est éminemment regrettable pour la paix du monde et la fortune publique; elle ruine les États en les obligeant à être constamment en armes et risque de faire dégénérer toute question en éventualité de guerre. Elle est une tentation continue pour ceux sans scrupule, par l’avantage que peut donner un jour ou deux d’avance sur l’adversaire dont cela déroute les prévisions, trouble la mobilisation, restreint les ressources, en livrant à l’envahisseur celles des territoires sur lesquels il a inopinément pénétré. Aussi quelle infériorité pour ceux chez lesquels le droit de déclarer la guerre est, à si juste titre, soumis à l’assentiment du pouvoir législatif!—Étant donné qu’elle est sans cesse menaçante et peut aboutir à la ruine, il nous faut être forts, très forts, le plus forts possible et toujours prêts, mais en outre il serait à souhaiter que la responsabilité de ceux investis du pouvoir de l’engager fût rendue aussi effective et afflictive que possible. Pour cela, nous souhaiterions qu’il s’introduisît dans nos idées que les chefs d’État et membres de gouvernement, dont les agissements l’ont amenée, méritent de payer de leur vie ce forfait, sont de ce fait voués à tout jamais à la vindicte publique, et que tout attentat contre eux est œuvre pie. Puissions-nous voir des associations (voire même internationales, ce serait bien ici le cas), sorte de Tugend-bund, se former et propager cette doctrine et faire des prosélytes, et il n’en manquerait pas, que n’arrêteraient point sa mise en application, rendue facile avec les progrès de la science à qui a fait le sacrifice de sa vie! Devant les risques personnels auxquels ces mandataires des peuples, abusant de leurs mandats, se trouveraient de la sorte exposés, il est à croire qu’ils se montreraient plus circonspects. C’est là, dira-t-on, une provocation à l’assassinat; j’en conviens, mais c’est le seul moyen de conjurer ce fléau, la plupart du temps déchaîné ou accepté d’un cœur léger et sans raison suffisante, en admettant qu’il en existe en dehors d’une invasion; de plus, qu’est-ce que le meurtre d’une douzaine de grands coupables, auprès de celui de cent, deux cent mille innocents tombant de part et d’autre par la faute de ces criminels et des ruines, quelle que soit l’issue de la lutte, si considérables et de toute nature pour le pays et les individus dont ils sont cause! Guerre à la guerre! G. M.—En ces dernières années, un Congrès international permanent de la paix, auquel toutes les nations ont adhéré par pudeur plutôt que par conviction, s’est constitué à La Haye sur l’initiative de Nicolas II, empereur de Russie. L’intention est excellente, mais faute de sanction efficace possible, il est douteux que les résultats en soient jamais de quelque importance. De fait, on n’y a guère obtenu jusqu’ici que la consécration du principe de l’arbitrage, auquel on avait déjà recours auparavant, et qui n’a chance de prévaloir que pour des questions de peu d’importance.— On a proposé qu’en cas de conflit arrivant à l’état aigu, les hostilités ne puissent s’ouvrir avant un délai de quinze ou vingt jours, durant lequel les gouvernements amis pourraient intervenir et essayer de régler le litige à l’amiable. En cas de non-consentement à cet ajournement des hostilités, la nation opposante serait mise à l’index, ce qui comporterait l’impossibilité, pour elle, de recevoir, pendant toute la durée de la guerre, aucune aide financière ou commerciale, de la part des autres puissances signataires. L’adoption de cette proposition constituerait assurément un grand progrès humanitaire, mais outre qu’elle ralliera difficilement l’unanimité des suffrages, la pénalité qui s’y trouve introduite, en supposant qu’elle ait l’efficacité qu’on lui prête, ne serait-elle pas aisément éludée?—D’autres prônent la réduction des armements; il est peu probable que cette proposition chimérique puisse même être présentée. Sur quelles bases opérer avec tant d’éléments et d’intérêts dont il faudrait tenir compte et sur lesquels l’accord ne se fera jamais? Et puis, il est si facile par des dispositions accessoires de modifier le fond des choses: la Prusse limitée dans ses armements par le traité de Tilsitt n’est-elle pas arrivée à mettre en ligne, cinq ans après, des effectifs bien supérieurs à ceux qu’elle avait présentés jusqu’alors?

28, Exercite.—Armée, du latin exercitus.

29, Martinella.—Du nom de Saint-Martin, dérivé lui-même de Mars, dieu de la guerre; maîtresse cloche dont on usait en cas d’alarme.— De là, le mot de Pierre Capponi, premier secrétaire de la république de Florence, qui, déchirant le papier où étaient écrites les conditions que lui faisait Charles VIII, s’écria: «Eh bien! s’il en est ainsi, sonnez vos trompettes, nous sonnerons nos cloches!» S , Hist. des républiques italiennes, XII.

32, Regnard.—P , Lysandre, 4.—Coudre la peau du renard à celle du lion, c’est ajouter la ruse à la force.

48,

7, Mousson.—Pont-à-Mousson, contre le duc de Nassau, en 1521.

Cette reddition eut lieu dès que l’artillerie de l’assiégeant se fit entendre; la garnison, composée de nouvelles levées, effrayée, ayant obligé ses deux chefs à entrer en pourparlers. Non seulement ceux-ci eurent la faiblesse d’y consentir, mais ils commirent encore la faute qui leur est reprochée ici de sortir tous deux de la place et de se rendre au camp ennemi pour parlementer. D B , I.

18, Ville.—En 1521, alors que nous étions maîtres du duché de Milan. Regge, ville des États de l’Église, à peu de distance de là, était le refuge de tous ceux que nous avions bannis; ils devaient nous être livrés. Pour les obtenir, le maréchal de Foix, seigneur de l’Escut, vint sommer Guy de Rangon, qui était gouverneur de la place, de les lui remettre; c’est pendant les pourparlers que se produisit cette échauffourée dont le résultat fut que nous n’obtînmes pas satisfaction. D B , I; G , XIV.

28, Anglois.—En 1359. Le château était abondamment pourvu et les assiégés ne se doutaient pas qu’il fût si complètement sapé. F , I, 209, où le capitaine anglais a nom de Brunes.

 

CHAPITRE VI.

50,

3, Chapitre VI.—Ce chapitre n’est qu’une suite du précédent.

7, Pieces.—En 1569. La ville était assiégée par les Catholiques commandés par le comte de Brissac qui y fut tué. La capitulation portait que la garnison aurait la vie sauve; mais, furieux de la mort de leur chef, les vainqueurs la massacrèrent dès qu’elle fut hors de vue de la place.

26, Militaire.—En 190. La ville avait, quelques jours avant, subi un assaut qu’elle avait repoussé. Régillus, voyant ses efforts impuissants à arrêter le pillage, s’efforça de sauvegarder la vie des habitants; et, quand l’ordre fut rétabli, il s’appliqua à réparer de son mieux le préjudice qu’ils avaient subi. T -L , XXXVII, 32.

31, Subtilité.—Vers l’an 600. Cléomène avait conclu avec les Argiens une trêve de huit jours; la troisième nuit, il reprit les hostilités. Sa mauvaise foi ne lui fut en effet d’aucune utilité; il avait pensé, après ce mauvais coup, surprendre la ville d’Argos, mais les femmes, détachant des temples les armes qui s’y trouvaient en trophée, coururent aux murailles et le repoussèrent. P ,

Apophthegmes des Lacédémoniens.

52,

3, Romaine.—L’an 214. Casilinum était assiégée par les consuls Fabius et Marcellus; l’année précédente, Annibal s’en était rendu maître à la suite d’un siège mémorable. T -L , XXXIV, 19.

9, Xénophon.—Dans la Cyropédie.—Xénophon débuta dans la guerre du Péloponnèse, où il se distingua; il fit partie des contingents grecs à la solde de Cyrus le Jeune contre son frère Artaxerxès et il en dirigea la retraite, connue sous le nom de «Retraite des dix mille»; plus tard, il combattit à Coronée contre ses concitoyens qui l’avaient banni et ne le rappelèrent que 25 ans après, ce qu’il n’accepta pas. Il est l’auteur de nombreux ouvrages historiques, politiques et philosophiques, parmi lesquels: l’Anabase ou Retraite des dix mille, la Cyropédie, les dits mémorables de Socrate; c’est lui qui publia l’histoire de Thucydide, restée jusque-là inconnue, et qu’il a continuée. Son style est d’une élégance et d’une douceur exquises, parfois cependant diffus et languissant. Comme philosophe, il est l’interprète le plus fidèle des doctrines de Socrate, dont il avait été un des disciples préférés.

14, Cappoüe.—En 1501. La ville avait résisté à une première attaque. Assiégée une seconde fois, elle se résolut à capituler; mais, pendant les pourparlers, la garnison épuisée par de longues veilles s’étant relâchée de sa surveillance, les Français surprirent une des portes et pendant plusieurs jours ce ne fut que meurtre et pillage. Un grand nombre de femmes s’étaient réfugiées dans une tour. César Borgia, fils naturel du pape Alexandre VI, qui marchait avec nous, se les fit toutes amener et choisit les quarante plus belles qu’il envoya à son palais, à Rome, pour y constituer son sérail. S , Hist. des républiques italiennes.—En 1705, à Barcelone, lord Péterboroug, en pareille occurrence, agit tout autrement: Il traitait de la capitulation de la ville, lorsque les Anglais, profitant du moment, s’y introduisirent par surprise. Lord Péterboroug aussitôt, suspendant les pourparlers, entre dans la ville, court à ses troupes, leur fait honte, parvient à les ramener et reprend les négociations. S .

20, Saisie.—En 1542. Yvoy fut pris par le duc d’Orléans, un pan de mur étant venu à s’écrouler. Cet accident, dont les assiégeants profitèrent sur-le-champ, s’est-il produit pendant les pourparlers et est-ce à cela que se rapporte le fait, je ne saurais le dire.

22, Genes.—En 1522. Les habitants, réduits à peu près à eux-mêmes, dès l’approche de l’ennemi, demandèrent à traiter; pendant qu’on était en conférence, les Espagnols, ayant eu connaissance d’un endroit où le mur était en mauvais état et qui n’était pas gardé, s’y portèrent et, l’escaladant, pénétrèrent dans la ville où ils passèrent au fil de l’épée tout ce qu’ils rencontrèrent. D B , II.

26, Barrois.—En 1544. Les Impériaux pénétrèrent dans le château par la porte de secours, pendant que l’on discutait les conditions de la capitulation. D B , IX.

32, Chrysippus.—C , De Off., III, 10.

54,

1, Desrobées.—Q -C , IV, 13.—Conseil donné à

Alexandre la veille de la bataille d’Arbelles au succès de laquelle Polyperchon eut grande part (331).

CHAPITRE VII.

11, Cinquiesme.—Ceci rappelle l’épitaphe de Pépin le Bref: «Ci-gît Pépin, père de Charlemagne»; et cette autre inscription gravée sur le socle d’une statue de Louis XIV à Pau: «Celuy cy est le petit-fils de nostre bon roy Henry».

15, Décédé.—En 1509. Le duc de Suffolk était de la maison rivale de Lancastre et Henry VII, malgré de très grands services rendus, le redoutait. Le duc, averti des mauvaises dispositions du roi à son égard, s’était réfugié en Flandre; et, lors d’une traversée de Flandre en Espagne, Dom Philippe ayant été contraint de relâcher en Angleterre, Henry VII ne le laissa se rembarquer qu’après qu’il eut livré le duc de Suffolk, sous promesse, il est vrai, d’épargner sa vie, engagement qu’il tint ainsi qu’il est rapporté ici. D B , I.— Durant cette guerre civile, dite des Deux Roses, qui désola l’Angleterre aux e e XV et XVI siècles, causée par la rivalité des maisons de Lancastre et d’York se disputant le trône, les partisans du duc d’York avaient adopté une rose blanche comme signe de ralliement, les Lancastre une rose rouge.—Dans cette déloyale manière de faire, Henry VII avait eu un précurseur dans David qui, aux approches de sa fin, donna ordre à Salomon, son fils, «de ne pas laisser les cheveux blancs ni de Joab ni de Séméï descendre en paix dans le séjour des morts». Joab avait, malgré ses recommandations, tué Absalon son fils, qui s’était révolté; Séméï l’avait insulté, tandis qu’il fuyait devant ce même Absalon, et il lui avait promis la vie sauve ( e X siècle). Livre des Rois, I, 2.

19, D’Aiguemond.—En 1568. Les comtes de Horn et d’Egmont, tous deux de la plus haute noblesse des Pays-Bas alors sous la domination de l’Espagne, avaient, dans les rangs de l’armée espagnole, puissamment contribué aux victoires de Saint-Quentin et de Gravelines. Lors des troubles qui éclatèrent peu après dans leur patrie pour secouer le joug de l’étranger, d’Egmont étant entré en relations avec Guillaume d’Orange et les confédérés, le duc d’Albe, gouverneur des Pays-Bas pour le roi d’Espagne Philippe II, le fit arrêter, et avec lui de Horn son ami, dont la connivence était moins prouvée, et après neuf mois de détention, les fit décapiter; leur véritable crime était d’appartenir à la religion réformée.—Cet épisode a fait le sujet d’un drame de Gœthe, plein d’émotion et d’intérêt; et plus récemment en France d’une tragédie: Patrie! de Victorien Sardou, depuis mis en opéra.

Continuer : partie 2 sur 11