Ice and fire 2
Chapitre 11
Dévya
L’eau bouillante sur mon corps frêle enlève mes pensées morbides, ainsi que le reste de sang qui a coagulé sous les bandages. Ma serviette passe sur mes avant-bras et je grogne quand le tissu touche mes blessures. Ce sont des entailles peu profondes, mais assez larges. J’ai tellement tremblé hier qu’en me baissant, la pointe du couteau de cuisine est tombée pile sur ma peau et a glissé sur plusieurs centimètres. Je fais attention à ne pas toucher ce bandage que m’a fait Zaren.
Il a été si gentil avec moi...
Aujourd’hui, j’ai décidé de retourner à l’université pour débuter notre dossier. C’est histoire d’oublier partiellement Mike et ses menaces atroces.
Zaren se joint à moi. Nous ne discutons pas de tout le trajet, je suppose que c’est une manière pour nous dire que nous essayons de digérer chacun à notre façon ce qu’il s’est passé.
— Il n’y a pas grand monde.
Mon constat semble similaire à celui du beau brun à côté de moi. Il marche nonchalamment près de moi, ses mains dans les poches de son jean et sa démarche prédatrice. Il dégage une aura mystérieuse et séduisante. D’ailleurs, j’ai le loisir de constater que toutes les jolies filles parisiennes le relookent de la tête aux pieds et lui sourient avec une grande volonté de lui plaire. Il faut dire que son côté bad boy attire plus d’une nana, moi la première. Sans compter son regard de braise qui transperce ma peau lorsqu’il pose ses yeux sur moi.
— Salut, lance une nana aux courbes généreuses lorsqu’on la croise.
Zaren lui répond avec le même entrain qu’elle. La miss fait virevolter sa longue crinière blonde derrière ses épaules et poursuit son chemin, visiblement enchantée. C’est moi où toutes les meufs ressemblent à Anélia et ses copines mannequins de catalogues ?
— Tu es content de voir que tu arrives encore à émoustiller toutes ces nanas avec seulement un mot ?
Ma remarque fait apparaître un subtil sourire au bord de ses lèvres.
— Jalouse ? me taquine-t-il en haussant un sourcil.
— Curieuse.
Je réponds du tac au tac avant de rentrer dans le bâtiment. Ma répartie le fait rire derrière moi. J’en suis assez fière, je l’avoue.
Comme par hasard, nous croisons un groupe de jeunes étudiants dans les couloirs. Ils arrivent à notre hauteur et me regardent, des sourires peints sur leurs lèvres. Un blondinet plutôt mignon me siffle et me fait même un compliment indirectement en s’adressant à ses potes.
— Vous regardez quoi là ?
Je lève les yeux au ciel en entendant le grognement de Zaren.
Nous passons trois bonnes heures à confectionner des plans envisageables pour le dossier numérique. Nous avons quelques désaccords, mais je dois dire que nous savons mettre nos caractères de côté et travailler main dans la main.
Un sandwich au poulet entre les doigts, nous profitons du soleil de la journée pour discuter.
— Tu aimes bien ?
Je parle la bouche pleine. Zaren hoche la tête, amusé.
— C’est bien que vous ayez un coin pour manger avec un kiosque. À Chicago, on n’a pas tout ça.
Il s’essuie la bouche avec une serviette en papier et me demande avant de boire une gorgée de sa bouteille de cola :
— D’ailleurs, ça se passe bien avec Fady ?
Quelquefois, j’oublie qu’ils se connaissent tous les deux. Ma meilleure amie est géniale, autant que Hannah. Elle est juste très libre. Son caractère la rend attachante et attire beaucoup les hommes. Il faut dire qu’elle ne se laisse pas dicter sa vie et préfère donner des ordres plutôt que d’en recevoir. Ça marche de la même façon avec les mecs. Elle les séduit avec son langage cru, mais même si elle enchaîne les conquêtes d’un soir, nous savons toutes les deux qu’au fond c’est une grande sentimentale.
— Elle est géniale. Tout est parfait, même les tâches ménagères sont cool à faire en sa compagnie.
Il me sourit, effectivement, il sait comment elle est.
— Tu penses qu’ils pourraient se remettre ensemble, Aaron et elle ?
Ma question sort comme ça. Contrairement à ce que j’aurais pensé – c’est à dire : une réponse négative –, Zaren hausse les épaules sans me lâcher du regard.
— Il faudrait déjà qu’ils se revoient.
— Pour mon anniversaire.
Je manque de m’étouffer avec ma boisson. Je gigote sur ma chaise.
On est quelle date déjà ?
— Ton... anniversaire ? Tu comptes le fêter ?
— Ouais. Ce sont mes colocs qui insistent depuis le début.
L’idée de revoir toute la bande réunie à nouveau m’enchante, mais je suis surtout en stress, car je n’ai toujours pas acheté de cadeau à Zaren. Je sais qu’il est compliqué et ne voudra pas me dire ce qu’il aime bien, mais je vais enquêter.
— Tu en parleras à Fady, me lance-t-il avant de prendre le plateau et balancer son contenu à l’intérieur d’une poubelle.
Je bafouille un vulgaire ''oui'' et le suis, les mains pleines de cahiers avec toutes mes notes de la journée.
Le retour à l’appartement sonne la fin des intenses recherches. À la fin, nous n’étions plus concentrés. — Alors, ta journée ? Remise de cette ordure de Mike ?
Eliam me fait la conversation pendant que Zaren part se doucher. J’attrape le verre de jus d’orange qu’il me tend et en avale une gorgée.
— J’ai décidé de ne pas me laisser mourir pour cet homme que je ne connais même pas.
— Bonne décision !
Il m’applaudit et me fait une révérence. Je rigole avec lui quand il imite un chevalier et la princesse d’une manière très exagérée.
Le jet continue de couler dans la salle de bain, j’en profite pour soutirer les informations à son ami.
— Vous avez prévu quelque chose pour l’anniversaire de Zaren ?
Mon chuchotement n’est pas aussi bas que ce que j’aurais pu imaginer. Nalan nous rejoint et se penche vers nous :
— Une fête surprise ? propose-t-il.
Je secoue la tête. Zaren n’a jamais été très fan des surprises. Il déteste être au cœur de l’attention.
— Il faudrait inviter ses amis uniquement et faire une petite bouffe, non ?
L’idée d’Eliam n’est pas mauvaise. Je la garde dans un coin de ma tête. Il faudrait juste trouver une date pour laquelle tout le monde est disponible.
— On peut s’arranger pour ça, c’est bien joué, Eliam. Je préviens ses amis par message et on fixe une date.
— OK, je transmets à Anélia et les autres.
À la simple évocation de ce prénom, je déchante, mais ce n’est pas le moment de faire une crise. Après tout, c’est son amie et c’est normal si elle est aussi de la partie.
— J’ai réfléchi à un truc. Est-ce que vous pensez qu’une nuit insolite pourrait lui faire plaisir ?
Les haussements de sourcils des deux colocataires me prouvent qu’ils ont mal compris le mot clef de la question.
— Par insolite, je veux dire par exemple une nuit dans une cage de lions ou dans les bois en hauteur, ou encore dans une bulle...
— Ce serait trop cool ! hurle Nalan, enchanté.
Alors c’est décidé, je lui prendrai ça. Il pourra y aller avec qui il veut en plus.
— J’aimerais bien que ma meuf m’achète ce genre de chose, lance tristement le blondinet.
— Je ne suis pas sa copine.
Même moi, je ne suis pas convaincue.
— Oui, à ce propos, quand est-ce que vous allez mettre votre fierté de côté et vous sauter dessus ?
Nalan me fait rire. Il a un langage particulier, mais je sais qu’il n’est pas méchant, bien au contraire.
La porte de la salle de bain qui s’ouvre est le code qui m’empêche de répondre à sa question indiscrète. Zaren apparaît devant nous, une serviette enroulée autour de sa taille nue.
— Vous parliez de quoi ? demande-t-il sans détour.
Je lance un regard à Eliam et Nalan qui me laissent seule avec lui dans la cuisine. Je les déteste de me trahir comme ça !
— De Fady. Elle aimerait venir ici.
— Invite-la.
— Tu es sûr ?
Il acquiesce. Son dos se presse contre le meuble proche de lui, tandis qu’il me fixe derrière la transparence de son verre.
— Merci.
Je sais que ce n’est pas grand-chose, mais c’est un geste qui compte beaucoup pour moi. C’était censé être un mensonge, mais il s’avère que ça se transforme en vérité. Je m’empresse de lui envoyer un message pour lui dire qu’elle peut venir quand elle veut et que la voie est libre.
— Comment ça va, toi ?
Sa voix est douce. J’apprécie que tout le monde s’inquiète pour moi, mais je vais bien. Mike est une histoire ancienne que je souhaite oublier.
— Et toi ?
— Je me sens coupable de ne pas avoir été là pour toi. Ça n’aurait jamais dû se produire.
J’ai conscience qu’il s’en veut. Il n’a pas le droit de se faire du mal et de culpabiliser comme il le fait. Prudemment, je m’approche de lui.
— Tu n’y es pour rien. C’est arrivé comme ça, personne ne pouvait le prévoir.
Il ne dit rien, mais je sens que ses muscles se détendent lorsque je caresse ses biceps.
— Tes bras, comment ils vont ?
Il retire le bandage et constate les dégâts.
— D’ici quelques jours, ce sera parti.
Je le sais, mais je ne peux pas m’empêcher de me lover dans ses bras. J’ai l’impression que peu importe ce que nous faisons pour nous maintenir éloignés, ça fait juste le contraire et ça nous rapproche encore plus si ce n’est possible.
OceanofPDF.com