Ice and fire 2
Chapitre 2
Dévya
Je bâille pour la énième fois sans pouvoir me contrôler. Les heures d’avion ont du mal à passer. Sans compter que de nombreux vols ont dû être annulés et, par conséquent, la moitié des touristes hurlaient leur mécontentement à l’accueil.
Résultat, j’ai une migraine atroce.
Mon esprit s’amuse aussi à faire des nœuds à mon cerveau en tentant de trouver quels arguments rationnels je peux donner pour expliquer le fait que j’ai couché avec Zaren lors de la soirée. Je crois que j’étais juste perdue et qu’il était là à ce moment précis. Il m’a tellement fait souffrir que je ne sais même pas si je lui en veux à lui de m’avoir séduite ou à moi d’avoir succombé à ses avances, alors que je m’étais juré que cela n’arriverait plus jamais.
Je suis en train d’enlever mes habits de ma valise lorsque Fady frappe doucement à ma porte.
— Je vais lancer une machine. Tu as du linge sale ?
Une corbeille à la main, Fady est prête à se battre avec la capsule de lessive qui ne cesse de nous poser des problèmes ces derniers jours.
Je lui tends une boule de pulls qu’elle intercepte en grimaçant.
— Tout va bien ?
Les yeux verts de mon amie me rendent mal à l’aise. J’acquiesce nerveusement.
— Si tu as besoin de parler, tu sais que je suis là ?
J’arrête de plier mon jean et la regarde. C’est adorable qu’elle s’inquiète pour moi. Je lui fais mon plus beau sourire tandis qu’elle quitte la chambre.
Fatiguée, je me laisse tomber sur mon lit pour m’accorder une petite sieste. Des flashs de Zaren jouent en boucles derrière mes paupières closes. Je revois son corps musclé lié au mien, sa barbe égratigner la peau de mon ventre, mes cuisses. Lentement, je déplace ma main sur ma bouche pour me rappeler son contact chaud et sensuel. Cela fait bien longtemps que je n’avais pas reçu un baiser digne de ce nom... Finalement, je parviens à m’endormir, bercée par les tonnes de jurons que pousse Fady face à ce monstre qu’est la machine à laver.
***
Une nouvelle journée commence et une nouvelle perspective en tête : celle de travailler.
— Bonjour !
Christopher, notre voisin, me fait un signe de la main quand j’étends les habits propres sur le fil à linge du balcon.
Nos appartements sont adjacents, ce qui fait que nous nous voyons quasiment tous les jours. Il est plutôt mignon, mais je ne me verrais pas avec lui. Je sais qu’il m’aime bien, mais ce n’est pas réciproque. Pas dans ce sens-là, en tout cas.
— Il faudra que vous passiez manger un petit truc à la maison un de ces quatre !
Je lui souris.
— D’accord, c’est gentil !
Je le salue et rentre dans la maison, ne voulant pas approfondir cette discussion. Le connaissant, il va encore me parler du chat de la vieille dame qui s’est réfugié chez lui, comme à chaque fois.
— Tu as cours à quelle heure ? me demande Fady en rentrant dans le salon, vêtue uniquement de sous-vêtements.
— Dans une heure. Et toi ?
— Je commence à neuf heures trente.
Un coup d’œil à la pendule me montre qu’elle est en retard pour son premier cours.
Je croque dans une pomme. Son goût acide me fait plisser légèrement les yeux.
Je rigole quand je vois Fady courir en enfilant sa jupe et ses collants tout en ayant la brosse à dents dans la bouche. Son plus gros défaut est qu’elle est toujours en retard.
Finalement, elle part de l’appartement avec sa cravate mise n’importe comment autour de son cou. Fady ne fait pas la même option que moi. Elle s’intéresse davantage aux envies des clients, contrairement à moi qui préfère me spécialiser dans les différents types d’aménagements du jardin.
Nous avons une tenue réglementaire étant donné que notre université française est prestigieuse. Pour les garçons, un tee-shirt rouge avec un jean et pour les filles, une cravate, un chemisier ou un tee-shirt avec une jupe et des chaussettes hautes. Style purement américain, quoi.
Le temps est plutôt clément aujourd’hui et les passants moins pressés que d’habitude. Je profite du trajet à pied comme tous les matins, pour prendre l’air avant cette dure journée de labeur. Ce que j’apprécie le plus par rapport au lycée, c’est que nos horaires sont variés et nous pouvons avoir des jours de repos.
Les étudiants se rassemblent dans l’amphithéâtre et se pressent. Je m’installe en haut et sors un stylo pour prendre quelques notes.
Notre responsable, celui qui gère nos projets, attrape une craie et commence à griffonner des informations diverses sur le tableau.
Au loin, j’aperçois une fille me faire un petit signe. Je l’imite tandis que l’homme imposant sur la scène prend la parole :
— Bonjour. Si j’ai souhaité faire cette conférence, c’est principalement pour vous tenir informer du nouveau projet qui va avoir lieu en partenariat avec une autre université, dans une semaine. Dans le cadre d’accords communs, nous avons décidé d’envoyer les meilleurs candidats de la section paysagiste à Paris, afin de créer un dossier numérique pour l’obtention de vos diplômes. Le projet dure trois mois et est entièrement pris en charge par l’école. Je sais que certains d’entre vous sont surpris par cet accord, mais cette année le gouvernement a décidé d’associer plusieurs domaines universitaires. Les étudiants en formation numériques et vous, étudiants de Chicago, allez devoir travailler main dans la main si vous voulez décrocher votre diplôme de fin d’année. Pour toutes questions ou informations supplémentaires, je reste à votre disposition.
Comme une tornade, la foule d’élèves se presse pour aller voir la liste des meilleurs, ceux qui partent.
J’attends qu’il y ait moins de monde puis fais glisser mon doigt sur les noms. Le mien apparaît. J’attrape le numéro inscrit à côté de ma fiche pour voir avec quel étudiant je vais travailler durant ces trois mois. Je retourne doucement la photo. Le visage d’un garçon blond aux yeux noirs apparaît. Au premier abord, il a l’air gentil. Je n’ai plus qu’à aller faire mes valises pour aller vivre chez lui.
***
— Paris, c’est vraiment génial. Tu as de la chance !
Fady essaye de me réconforter depuis cette nouvelle. Je n’aime pas le fait de la laisser ici toute seule.
— Et toi ? Qu’est-ce que tu vas faire pendant ces trois mois ?
Elle balaye l’air d’un geste de la main, sa jupe remontant sur sa taille.
— Ne t’en fais pas pour moi. Au moins, je pourrais ramener des mecs sans craindre que tu dormes dans la pièce d’à côté !
Elle rigole. Je lui envoie un oreiller sur la figure qu’elle intercepte avant de se laisser tomber en arrière sur le fauteuil.
— Fady...
Mon amie relève la tête vers moi. Je m’arrache les peaux des ongles nerveusement, ne sachant pas trop comment aborder la chose.
— À la soirée organisée par Hannah, il se peut que Zaren et moi ayons recouché ensemble...
Soudain, Fady se relève brusquement et se met à courir dans tous les sens en hurlant comme une foldingue. J’espère que le papy du dessous ne va pas encore se plaindre au concierge pour le bruit qu’elle fait.
— Et alors, comment c’était ?
Mon amie pousse mes jambes pour s’asseoir à côté de moi, un sourire coquin plaqué sur ses lèvres. Dans le genre perverse, elle est la mieux placée.
— Super.
— Bordel, est-ce qu’il est encore plus doué qu’avant ? Je veux dire, tu as pris ton pied ? Il t’a fait quoi exactement ?
La lueur gourmande présente dans le regard de Fady me fait exploser de rire.
— Fady !
— Dis-moi ! Pour une fois qu’une de nous deux a une vie sexuelle non platonique !
Je hausse les épaules. Je ne sais pas vraiment comment définir ce que j’ai ressenti lorsque nos corps se sont retrouvés. C’est un peu comme s’ils ne s’étaient jamais quittés.
— Tout a été parfait. Il a toujours eu ce don de me faire perdre tous mes moyens, mais je ne pensais pas qu’avec un simple baiser, il pouvait me rendre accro à ce point.
— Et... C’était mieux qu’avant ?
Elle attrape une peluche et pose sa tête dessus, absorbée par mon histoire.
— Disons que c’était incomparable. Je ne sais pas si c’est dû au fait que nous ne nous étions pas revus depuis quatre ans ou bien l’attraction entre nous qui est encore bien perceptible, mais je n’ai jamais vécu quelque chose de si intense. J’avais l’impression qu’il connaissait tout de moi, qu’il regardait chacune de mes courbes comme si c’était la dernière fois qu’il les voyait, comme si j’allais lui échapper d’une seconde à l’autre.
Un silence s’installe entre nous. Je tente d’oublier ce sentiment de manque que je ressens déjà. Ça ne doit pas se passer comme ça. Pas après tout ce temps.
— Et le matin, ce n’était pas trop gênant ? Tu imagines ‘' Salut, hier on s’est sauté dessus comme des bêtes affamées et maintenant on ne sait pas qualifier notre relation'' ?
— Je suis partie à l’aéroport avant qu’il se réveille.
Je mords ma lèvre inférieure, honteuse.
— Tu es dans la merde.
— Fady !
Je lui balance un coup dans l’épaule. Une meilleure amie n’est pas censée réconforter et rassurer ?
— Attends, la dernière fois que tu l’as vu, tu avais ton corps dans le sien... Forcément, c’est super bizarre !
Je me couvre le visage, paniquée.
— De toute façon, tu t’en fiches. Maintenant, ce qui compte, c’est le projet que tu vas réaliser avec ce petit blondinet à Paris. Le point positif, c’est qu’il est plutôt mignon.
Mon amie me tend la photo de l’autre étudiant puis part fouiller dans les placards tout en chantonnant.
Est-ce un nouveau départ ?
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