Ice and fire 2

M Coki · Chapitre 6 sur 45

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Ice and fire 2

Chapitre 6

 

Dévya

— Et la police ? Elle pourrait l’arrêter !

Le regard meurtrier de Zaren m’indique que ce n’est pas la bonne solution.

— Promets-moi de rester ici le temps que cette histoire s’apaise.

Je hoche la tête. Un petit rictus s’affiche sur son visage et, très vite, son expression change du tout au tout.

— Viens là.

Il m’ouvre grand ses bras. J’hésite puis finis par me rapprocher de lui. Ses mains se posent sur ma taille pour me faire glisser entre ses jambes. Comme s’il était toujours habitué à ça, il cale sa tête contre ma poitrine. Mon cœur s’accélère. Instinctivement, mes doigts se perdent dans ses cheveux en bataille et je me mets à les caresser.

— J’adore quand tu me touches...

Sa voix est rauque et cachée par mon pull.

Il en profite bien en plus de se retrouver la tête entre mes seins !

J’observe ses paupières bouger lorsqu’il tente de faire semblant de somnoler.

— Tu dors avec moi ce soir ?

J’arrête un instant mes caresses. Il pousse un grognement plaintif et m’ordonne de continuer.

— Alors ?

— Je ne suis pas sûre que...

— Je te promets que je resterai sage et que je ne m’approcherai pas de toi.

Pour appuyer ses dires, il lève les mains en l’air et fait la moue. Je rigole en constatant que ses yeux brillent d’espoir et d’espièglerie.

— Très bien.

Je soupire, vaincue. Je ne parviens pas à croire que j’ai cédé si facilement, alors que je viens juste d’arriver. Heureux, il me prend le poignet et m’entraîne dans sa chambre.

— Tu peux te changer, je ne regarde pas

Zaren s’installe sur un côté du lit en me tournant le dos. Je l’observe un moment pour être certaine qu’il ne compte pas me la faire à l’envers, puis attrape un débardeur et un short de nuit dans ma valise. Je fais glisser les bretelles de mon soutien-gorge sur mes épaules, détache mes cheveux, puis me dandine pour enfiler le bas. Enfin prête, je lui indique que je suis prête. Il ne se fait pas prier puisqu’à l’instant où je lui accorde ma permission, il fait volte-face. Son regard se pose sur toutes mes courbes, si bien que je finis par me jeter sous la couette pour me cacher de ses coups d’œil indiscrets.

Il se lève et se dirige vers son bureau. Un instant, je me demande s’il compte ouvrir la fenêtre, mais j’ai rapidement ma réponse lorsqu’habilement, il fait passer son tee-shirt par-dessus sa tête. Son torse musclé se fond devant moi, je n’arrive pas à détourner mon regard de ses tablettes de chocolat ou du V puissant de ses hanches que j’ai longuement embrassé lors de nos expériences intimes. Il termine de baisser son jean, le laissant désormais uniquement vêtu de son boxer gris souris qui moule ses fesses bombées.

Est-ce qu’il existe une vision moins sexy avant de se coucher ? Je ne suis pas sûre de réussir à rester sage toute la nuit avec un tel apollon à mes côtés.

Zaren tire sur la couverture et vient étendre son corps à côté du mien. La blancheur du drap contraste avec ses cheveux sombres et sa peau hâlée. Il se tourne vers moi, le visage sur son avant-bras tatoué. Nous nous faisons face. Chacun de nous observe le visage de l’autre. C’est si rare d’être proches comme ça.

— À quoi penses-tu ?

Il chuchote, interrompant cette bulle de silence que nous nous étions forgée.

— Je ne pensais pas que nos retrouvailles allaient se passer comme ça.

Il fronce les sourcils.

— Tu t’attendais à quoi ?

Je hausse les épaules, dégageant au passage une mèche de mes cheveux rouges qui me barre le visage.

— Je pensais que ça allait être vraiment étrange entre nous... La dernière fois qu’on s’est vus, on n’a pas spécialement pris le temps de discuter.

Il acquiesce, très sérieux.

— Ce matin, tu m’as demandé ce que mon nouveau tatouage signifiait.

Je suis surprise par son changement de sujet. Je l’écoute attentivement. Pour une fois qu’il se confie, je ne vais pas l’interrompre.

— J’ai choisi le sablier parce qu’il est représentatif de la durée. Les grains tombent et montrent que le temps passe trop vite et, d’un autre côté, lorsqu’on le retourne, les compteurs sont remis à zéro et on a toutes les minutes que l’on souhaite.

— Zaren... je ne comprends pas vraiment pourquoi tu me dis tout ça...

J’apprécie de découvrir des choses sur lui, mais je n’arrive pas à savoir pourquoi il me dévoile cela maintenant. Il fait entièrement pivoter son corps vers moi.

— Je voulais juste te dire que malgré toutes ces années passées, je ne t’ai pas oubliée.

Je ne sais pas quoi répondre. C’est exactement pareil pour moi. Et même si nous avons eu de nombreux non-dits, je ne pourrais pas nier qu’il est l’homme que j’ai le plus aimé au monde.

— Je sais, murmuré-je entre mes dents.

— Demain, j’aimerais te présenter ma bande d’amis de l’université. Ils sont cools, tu verras.

Je lui fais un grand sourire, heureuse de constater qu’il compte me montrer un peu son univers et me faire entrer dans son cercle.

Finalement, nous discutons de musique, de jeux vidéo, de ma famille et d’autres choses jusqu’à ce que je me rende compte que Zaren s’est endormi, la bouche entrouverte et la respiration régulière. Je dépose un timide baisé sur son front puis me tourne vers la fenêtre. À travers les volets, la lune montre son éclat. Je ferme les paupières, comblée et rassurée de m’endormir près de Zaren, l’homme que, malgré moi, je porte encore dans mon cœur.

***

Sur le parking de ce bar, je n’arrive pas vraiment à me sentir à l’aise. J’appréhende de rencontrer les amis de Zaren, même si depuis le début du trajet en voiture, Nalan et Eliam, qui font partie de l’aventure, n’arrêtent pas de tenter des blagues pour me faire rire. C’est plus ou moins réussi.

Nalan est le premier à pousser la porte de la bâtisse. Tout de suite, la musique de jazz résonne et des faisceaux lumineux éclairent le bar sur lequel des femmes sont en train de faire des cocktails colorés.

— Ils sont là-bas.

Nous suivons Zaren qui se fraye un chemin entre tous les mecs bourrés du bar.

Au loin, j’aperçois une table avec deux garçons et une fille et la direction que nous prenons m’indique qu’il s’agit des fameux amis de l’université.

— Je vous présente Dévya, ma... partenaire pour le projet.

Les deux garçons me saluent. J’ai la surprise de découvrir qu’un des deux s’appelle comme mon frère. Je décide que ce sera mon préféré. La fille qui, jusque-là, est restée en retrait, se lève et se redresse de toute sa hauteur. Waouh ! Des jambes interminables, une taille de guêpe, une poitrine généreuse et de longs cheveux blonds plus brillants qu’un diamant.

— Salut, toi.

Elle s’approche de Zaren et lui fait une bise sur la joue, proche de sa bouche. Lorsqu’elle recule, elle rigole en constatant la trace de rouge à lèvres qu’elle a laissée.

— Anélia, je te présente Dévya.

La blonde se tourne enfin vers moi, comme si elle venait juste de remarquer ma présence. Ses yeux bleus me toisent de haut en bas, puis elle affiche un sourire que je ne saurais décrire. Lentement, elle me tend sa main parfaitement manucurée. Je l’observe un instant, surprise, puis l’accepte.

— Enchantée, Dévya, me dit-elle sans me lâcher des yeux.

Eliam commande les boissons et tout le monde se met autour de la table en vieux bois. Anélia, qui n’a pas lâché Zaren d’une semelle, s’installe sur sa banquette et l’attire à elle pour le mettre à ses côtés. Je récupère un tabouret et m’assois en face d’eux, proche de Nalan qui est déjà en train de raconter ses bêtises habituelles.

Pas vraiment à l’aise, je regarde la décoration de l’endroit dans lequel nous nous trouvons. Le cadre est vintage, légèrement sombre si on enlève les lumières des bouteilles incrustées au plafond. Un rire me fait sortir de mes pensées. Je tourne la tête pour voir Zaren, penché à l’oreille d’Anélia qui rigole comme une pintade. Cette dernière se rend compte que je l’observe et relève ses yeux bleu océan vers les miens. Je détourne le regard, confuse.

Un peu plus tard, le serveur revient avec son plateau rempli de boissons diverses.

— Tu veux goûter, Dév ?

Pour la première fois de la soirée, Zaren m’adresse la parole. J’arrête de touiller mon jus d’ananas et capte son attention. Ses yeux caramel brillent avec les projecteurs et les miens descendent sur le cocktail qu’il me tend. Avant que je n’aie le temps de répondre, Anélia nous coupe :

— Et à moi, tu ne le proposes pas ?

Zaren lui fait un sourire, celui qui révèle ses fossettes. Elle en profite pour se coller davantage à lui, une de ses mains sur sa cuisse et ses seins contre son biceps. Le pire dans tout ça, c’est que Zaren ne réagit pas, comme si cela était normal. J’ai du mal à me concentrer sur autre chose que leur proximité. Est-ce qu’il est aussi proche de ses autres potes ? Et puis ce n’est pas comme si son amie était une femme superbe tout droit sortie d’un catalogue de mode.

— Qu’est-ce que tu fais au juste, Dévya, dans la vie ?

C’est Jason, le mec qui se prénomme comme mon frère qui me pose la question. Tout le monde coupe court à sa discussion et se concentre sur moi. Je tourne le visage vers Zaren, il sait que je ne suis pas très à l’aise lorsque l’attention est fixée sur moi. Cependant, il se contente de me regarder, la tête penchée, pour attendre ma réponse. Je m’éclaircis la voix, puis joue avec mes mains pour éviter de croiser leurs coups d’œil curieux.

— Je fais des études pour devenir paysagiste. J’en suis à ma dernière année et, normalement, si tout se passe bien et que j’ai mon diplôme, je pourrai travailler avec de grandes entreprises à Chicago.

— Tu habites aux États-Unis ?

J’acquiesce en buvant une gorgée de jus, puis reprends :

— Oui, depuis la fin de mes études au lycée. Avant, j’habitais à Bordeaux.

— Le changement a dû être total, intervient Eliam, avec un clin d’œil.

Je lui adresse un sourire en retour, j’apprécie l’intérêt qu’il me porte. C’est bien le seul qui n’est pas en train de me détailler comme si j’étais un rat de laboratoire.

— Effectivement, changer du jour au lendemain n’a pas été facile. J’ai dû apprendre à vivre avec de nouvelles traditions, une nouvelle langue, des climats et une population différente. Ça n’a pas été facile tous les jours, mais maintenant, je suis très bien là-bas. J’ai ma petite routine.

Les garçons lâchent un rire, leurs pintes de bière dans les mains, qui manquent de déborder sur la table.

— Tu es partie là-bas après votre séparation avec Zaren ? demande Nalan, innocemment.

Cette fois-ci, tout le monde nous observe alternativement. OK... Je crois que personne n’était au courant que nous nous fréquentions un peu avant. Jason tousse, tandis que Zaren gigote sur la banquette, mal à l’aise. Quant à Anélia, je ne pourrais décrire la froideur de son regard qui passe de Zaren à moi.

— Vous êtes ex ? s’enquiert Jason.

— Pas tout à fait, interviens-je sèchement.

Un petit regard dans la direction de Zaren me prouve que ma réponse ne lui plaît pas. Il préfère que je dise quoi ? ''Oui, nous avons couché ensemble, mais monsieur n’a jamais réussi à m’avouer ses sentiments et a fui plutôt que d’assumer ?'' Je pense que cela ferait tache au sein du groupe.

— Il se fait tard et je commence à être fatiguée. Je vais rentrer.

Je me lève du tabouret sur lequel je suis assise, épuisée d’être au cœur de l’attention depuis vingt bonnes minutes. Si j’ai accepté de venir ici, c’était pour rencontrer des personnes et pas pour passer un entretien d’embauche.

— Attends, je vais te raccompagner.

Alors que Zaren s’apprête à se lever, Anélia exerce une pression sur son biceps.

— Je croyais qu’on allait en boite pour fêter la signature de mon contrat ?

Son contrat ? Maintenant qu’elle le dit, je suppose qu’elle a dû signer pour un catalogue de sous-vêtements ou autre truc du genre.

Zaren se tourne vers elle, l’observe, puis pivote de nouveau vers moi, embêté.

— C’est vrai... je suis désol...

— Vas-y. Il n’y a pas de souci. Amusez-vous bien.

J’attrape mon sac et les salue tous d’un bref signe de la main.

Avant de sortir du bar, je me retourne vers le groupe. Je repère déjà Zaren en train de rigoler avec la blonde, et je ne saurais décrire ce que cela me fait de le voir si proche d’une autre fille que moi.

***

Les doux rayonnements du soleil me sortent de mon sommeil. Je m’étire de tout mon long, avant de tourner la tête pour voir le corps étendu de Zaren à côté du mien. Il porte encore ses habits de la veille, m’indiquant qu’il n’a pas eu le courage de se déshabiller, ou peut-être qu’il est rentré tard.

Est-ce qu’il est resté avec elle toute la soirée ?

Perdue dans mes réflexions, je garde un moment le regard rivé sur lui. Ses cheveux tombent sur son front, sa tête est appuyée sur son oreiller et ses paupières tremblent dans son sommeil. J’approche ma main de son visage, mais alors que je souhaite repousser ses mèches, je me ravise et me lève en faisant le moins de bruit possible.

Dans la cuisine, Nalan fait des pancakes à la poêle. Son sourire s’agrandit lorsqu’il me découvre en train de humer l’odeur.

— Bien dormi ? m’interroge-t-il tandis que je m’approche pour lui faire la bise.

J’acquiesce avant de tremper mon doigt dans la pâte à gâteau et le porter à ma bouche.

— C’est dommage que tu ne sois pas restée plus longtemps hier. Tu as manqué des trucs mémorables !

Nalan rigole. Je fronce les sourcils. Je fais glisser le tabouret entre mes jambes et m’installe en face de lui. Les mains repliées sous mon menton, j’essaye de rester de marbre, mais la curiosité l’emporte.

— Qu’est-ce qu’il s’est passé au juste ?

Il relève son regard pétillant vers le mien puis balaye l’air de la pièce en déposant le pancake dans l’assiette.

— On est allés en boite pour fêter le contrat d’Anélia. Elle a signé pour être la nouvelle égérie d’une marque de sous-vêtements de luxe.

La nouvelle ne m’étonne pas plus que ça. Elle est sacrément bien foutue.

— Et on a bien rigolé quand Eliam s’est fait draguer par un mec !

Le simple fait d’imaginer la scène me fait sourire aussi. Ça se voit d’emblée qu’Eliam aime bien les femmes !

— Vous êtes rentrés tard ?

— Eliam et moi vers trois heures du matin.

Nalan fait glisser la lame tranchante du couteau sur la planche à découper pour faire plusieurs rondelles de bananes avant de les disposer sur les pancakes encore fumants.

— Oh... et... les autres ?

Je suis gênée de le questionner. Pourquoi ne sont-ils pas tous rentrés au même moment ?

— Anélia et Zaren se sont éclipsés en plein milieu de la soirée et on ne les a pas revus. Quant à Jason et Flyn, ils sont repartis avec des nanas.

Mon cœur loupe un battement.

Ils étaient tous les deux ? Qu’est-ce qu’ils ont fait ?

Les questions tournent dans mon esprit en même temps que j’entends une porte claquer.

— Salut.

Je relève la tête, paniquée, les yeux embués de larmes. Zaren plante aussitôt son regard dans le mien et se rend compte que quelque chose ne va pas. Je ne vais pas lui laisser le plaisir de me voir détruite à cause de lui.

— Tout va bien ?

Il s’approche de moi et tend son bras pour me toucher, mais je l’en empêche en sautant de mon tabouret. La main sur la bouche pour retenir mes larmes, je pars m’enfermer dans la salle de bain. 

Seule, je m’écroule le long de la baignoire. Je prends ma tête entre mes mains, complètement perdue. Comment j’ai pu croire une seconde qu’il avait changé ? Qu’il était enfin prêt à se poser avec moi ?

Mon corps est secoué de spasmes involontaires, je tremble comme une feuille.

— Dévya ?

Il manquait plus que lui. Zaren frappe quelques coups à la porte. Je ne lui réponds pas.

— Qu’est-ce qui se passe ? Tu peux m’ouvrir ?

Il en a du culot ! Je bascule ma tête en arrière, les larmes inondant mes joues. Le sentir près de moi est davantage insupportable.

— S’il te plaît, ouvre-moi.

Il force sur la poignée de la porte, puis, n’ayant toujours aucune réaction de ma part, il frappe un plus gros coup sur le bois.

— Putain, Dévya, ouvre-moi avant que je défonce cette porte !

Sa voix rauque me fait mal. Je tente de reprendre mes esprits et me relève par peur qu’il mette sa menace à exécution. Il en est parfaitement capable.

Mon reflet dans le miroir me donne envie de vomir. Mon maquillage de la veille a coulé sous mes yeux rouges gonflés. J’attrape un mouchoir et le mouille avant d’essuyer les traces les plus grossières sur mon visage. Je souffle un grand coup, prête à lui faire face.

La main sur la poignée, je peux entendre sa respiration irrégulière de l’autre côté. Finalement, je débloque le crochet. Zaren est là, il est beau, bien trop beau pour une fille banale comme moi.

— Je peux savoir ce qu’il se passe ?

La tête penchée sur le côté, il m’observe sans ciller. Sa voix est basse et calme.

— Rien.

Je tente de passer à côté de lui, mais il est plus rapide que moi. En deux mouvements, je me retrouve poussée en arrière, la porte fermée à clef avec Zaren planté devant, sans issue possible.

— Je te connais, Dévya et je sais pertinemment qu’il y a un truc qui cloche.

J’avale difficilement ma salive puis baisse la tête. Pourquoi est-ce qu’il est obligé de me rappeler que c’est bien le seul homme à me comprendre ? Pourquoi ne peut-il pas se comporter comme un connard en m’envoyant balader ? Au moins, je ne serais pas encore autant accrochée à lui.

— Je t’en prie, parle-moi.

Je le sens s’approcher. L’effluve de son parfum me fait fermer les paupières un instant, me propulsant dans le passé, là où Zaren et moi ne faisions qu’un. Les images brouillonnes de nous deux s’évaporent de mon esprit dès lors que je sens sa main se poser sous mon menton pour m’obliger à le regarder dans les yeux. Je me noie dans ses prunelles caramel.

— Qu’est-ce que... qu’est-ce que vous avez fait, Anélia et toi, hier ?

Je reconnais à peine ma voix. Tremblante, apeurée, faible. Cela ne me ressemble pas. Zaren fronce les sourcils puis, comme s’il comprenait où je voulais en venir, il bascule la tête en arrière puis me lâche, à regret, pour se passer la main dans les cheveux.

— Il... Il ne s’est rien passé. Elle avait juste besoin de... parler. Et j’étais là. Nous sommes amis.

Il cherche ses mots avec difficulté, mais je ne suis pas rassurée pour autant.

— Je suis désolé de ne pas t’avoir accompagnée hier soir.

— Je ne t’en veux pas pour ça, Zaren. Je souhaitais juste savoir ce qu’il s’est passé après que je sois partie.

Il fait un pas de plus vers moi, son visage affichant un sourire en coin.

— Quoi ? lui dis-je en le regardant se rapprocher de moi.

— Tu sais que tu es sexy quand tu me remballes comme ça...

Ses yeux se plissent de malice et son attitude séductrice reprend le dessus. Il mord sa lèvre inférieure et contracte la mâchoire. Je ne peux m’empêcher de regarder sa bouche pleine, rosée par la morsure de ses dents et encadrée par sa barbe naissante. Il soupire bruyamment.

Sans l’avoir vu venir, Zaren me donne un coup de bassin pour me plaquer contre le lavabo derrière mon dos, puis pose ses mains de part et d’autre de mon visage pour capturer mes lèvres. Son baiser est entreprenant. Il insère sa langue dans ma bouche avec une facilité déconcertante et s’amuse à taquiner la mienne sans relâche. Un râle sexy s’échappe du fond de sa gorge lorsque je décide de passer ma main dans ses cheveux pour le rapprocher de moi. Ses paumes tâtent mes hanches et mes fesses. Notre baiser me redonne l’oxygène qu’il me manquait. C’est une grande bouffée d’air frais.

Dans l’empressement, mes petites mains friponnes descendent sur ses tablettes que je caresse du bout des ongles à travers son tee-shirt, puis elles s’aventurent sur son bas-ventre et entreprennent de défaire la boucle de la ceinture de son jean, mais il m’arrête net, son visage collé au mien.

— Dév... je... Je ne veux pas que ça se fasse comme ça.

Je recule, les yeux écarquillés.

— Tu n’as plus envie de moi ? lui demandé-je, peinée.

— Quoi ? Non, ce n’est pas ça ! Putain. Bien sûr que je te veux. Je meurs d’envie de te prendre depuis que tu as posé les pieds dans cet appartement.

Son langage cru m’avait manqué. Il refait naitre en moi une flamme incandescente.

— Ce soir, il y a une soirée étudiante organisée en boite de nuit. On compte tous y retourner. Accompagne-moi.

Son nez frôle l’arête du mien. Je ferme les yeux et profite de cet instant.

— Il y aura tout le groupe, mais j’aimerais vraiment que tu viennes.

L’image d’Anélia resurgit. Je tente de chasser son regard océan de mon esprit. Si je ne viens pas, je vais certainement le regretter. Et puis, la bande n’était pas si horrible, il va falloir que je fournisse des efforts.

— C’est d’accord.

Impossible de décrire clairement l’expression de son visage. Je peux juste dire qu’il est heureux.

En guise de remerciement, il m’embrasse chastement, puis me murmure à l’oreille :

— Je vais te faire passer la soirée la plus excitante de toute ta vie.

Il accompagne sa promesse sexuelle d’une morsure de mon lobe, puis disparaît de la salle de bain, fier d’avoir obtenu ce qu’il souhaitait.

Mon cœur bat la chamade, ma main se pose sur ma poitrine pour tenter de comprendre ce qu’il vient de se passer. Les joues rouges, la bouche gonflée de nos échanges passionnés, je ne suis plus la même femme que celle que j’ai vue il y a plusieurs minutes dans le reflet du miroir.

Sa simple remarque sur ce qu’il compte me faire après cette soirée réussit à faire monter la température. Je suis désormais une boule de désir prête à exploser.

***

Le soir venu, je réserve la salle de bain pour me préparer. Les garçons sont partis faire un tour cet après-midi, alors que je tentais tant bien que mal de trouver des idées de coiffure sur internet. J’ai finalement opté pour des boucles plus grosses que celles que j’ai naturellement. Elles ondulent sur mes épaules et tombent dans ma nuque, au croisé de mon dos nu.

La robe que j’ai mise est très chic et très sexy. J’espère que cela ne fait pas trop. Je n’ai jamais fait de soirée étudiante auparavant, enfin jamais comme en France. À Chicago, les fêtes restent assez traditionnelles. Une dernière touche de rouge sur mes lèvres et je me sens prête.

Lorsque je sors, perchée sur mes dix centimètres de talon, je croise les garçons qui m’attendent dans le hall d’entrée. Ils se retournent tous vers moi sans cesser de promener leur regard de mecs en chaleur sur mon corps.

— Eh bah !

Nalan me scrute, remettant en place le col de sa chemise.

— Arrêtez de me regarder comme ça. Vous êtes tous beaux.

Il est vrai que les garçons ont mis les petits plats dans les grands. Chemises colorées pour Eliam et Nalan, tandis que mon rebelle a opté pour une blanche, laissant apparaître ses divers tatouages par transparence, qui se prolongent sur ses avant-bras.

Juste avant de sortir de l’appartement, Zaren me retient par le bras et chuchote :

— Tu es magnifique.

Ses yeux s’assombrissent lorsqu’il découvre mon dos nu. Ses doigts passent sur ma peau et la caressent, pleins de tendresse.

— J’essaye d’imaginer les diverses positions dans lesquelles je vais te prendre ce soir pour te faire découvrir tous les muscles de ton corps dont tu ignores encore l’existence.

Sa promesse me coupe la respiration et je reste plantée sur le seuil d’entrée alors qu’il rejoint ses amis à la voiture, comme si de rien n’était.

 

J’ai l’impression que je ne suis pas sortie depuis une éternité. Je veux dire, vraiment partie m’amuser, avec des gens, une foule autour de nous et de la musique à gogo. Pas très à l’aise, je suis le mouvement des garçons qui poussent la porte de la boite de nuit. Dès lors, j’aperçois des tonnes de personnes sur la piste de danse. Hommes et femmes confondus qui semblent prendre du plaisir.

Arrivés à la table, Jason se lève pour nous saluer, accompagné de ses amis.

— Dévya, tu es vraiment canon ce soir.

Je rougis sous l’œil attentif de Jason qui me prend la main pour me faire tourner sur moi-même. Je rigole à ses diverses remarques concernant sa tenue qu’il a fini par racheter trois fois à cause de son chaton qui avait déchiré le tissu.

Soudainement, une main possessive se pose sur ma taille. Je baisse mon regard sur celle de Zaren, étendue sur le tissu de ma robe. Il est occupé à parler à Eliam, mais j’apprécie grandement de le sentir contre moi.

Alors que nous discutons chacun de notre côté, une voix haut perchée s’élève au loin, par-dessus la musique. Je me retourne aussitôt, comme tout le groupe et, malheureusement pour moi, Anélia arrive, une robe dorée sur le dos. Elle s’avance jusqu’à nous en roulant des hanches. Sa grosse poitrine rebondit dans son décolleté si bien qu’elle attire derechef le regard de tous les hommes présents.

— Désolée pour le retard, j’ai eu une séance de mannequinat qui n’en finissait plus !

Elle nous sourit, dévoilant ses dents aussi blanches que la neige. Elle rigole à une blague que fait Jason sur sa tenue, quand elle pose son regard sur la main de Zaren enroulée autour de ma taille. Son sourire s’éteint presque automatiquement, puis elle plante ses yeux glacials dans les miens. Zaren, qui n’a rien remarqué de tout ceci, s’approche d’elle pour lui faire la bise.

— Toujours aussi belle.

Je manque de m’étouffer en écoutant Zaren lui faire un compliment.

Il se fiche de moi ?

Bien évidemment, Anélia me sourit, victorieuse, et l’embrasse doucement sur la joue, lui laissant une trace rouge vif.

Elle veut marquer son territoire ou quoi ?

— Salut, Dina, me dit-elle en me tendant sa main.

— Dévya, la corrigé-je.

Comme si elle ne savait pas mon prénom !

Elle s’excuse faussement, puis se retourne presque aussitôt vers Zaren en attrapant son bras pour lui parler. La main de mon beau brun se retire de mon corps et atterrit dans la poche de son jean.

Super !

Il suffit qu’elle arrive pour que je me retrouve seule ! Les garçons ne me portent plus aucun intérêt, trop occupés à écouter les aventures de miss blonde.

Finalement, je me fraye un passage dans la foule et commande une boisson au barman. Un peu d’alcool peut me faire que du bien. Je frappe le rythme de la musique avec mon pied, tandis qu’un homme à peine plus âgé se dresse devant moi. Il m’a l’air sympathique.

— Bonsoir, me dit-il en plantant son regard bleu dans le mien.

Il est assez grand, pas autant que Zaren, mais peut-être pas très loin. Sa chemise grise lui moule le torse, il a l’air assez musclé.

— Bonsoir.

— Vous êtes seule ?

Il coule un regard au fauteuil vide à côté de moi tandis que je jette un coup d’œil au groupe d’amis, mais visiblement, personne ne s’est rendu compte que je m’étais barrée.

— Apparemment, soufflé-je avant de boire cul sec un shooter de tequila.

Il me sourit gentiment et s’installe au bar à mes côtés. Il fait signe au barman de nous en remettre un et commence à me poser des questions. J’apprends d’ailleurs qu’il s’appelle Mickaël et que son accent décalé est dû au fait qu’il est anglais.

— Alors, tu arrives de Chicago ? me demande-t-il, les yeux pétillants à cause de l’alcool qui commence à faire son effet.

— Je suis venue pour mes études.

— C’est plutôt cool. Je n’ai jamais osé partir à l’étranger.

Je rigole avec lui. Je crois que je commence à être bourrée.

— Et... tu as un petit ami ? me questionne-t-il plus sérieusement.

Je hausse les épaules.

— Je n’en sais rien. Tu appelles ça comment un mec avec qui tu couches, mais qui ne te dit pas ce qu’il ressent pour toi ?

Mickaël fait une grimace, puis me sourit.

— Ce n’est pas simple, effectivement.

Je trinque avec lui, fière de m’être fait un nouveau copain pour la soirée. Mais nos rires sont de courte durée puisque Zaren se matérialise entre nous deux et fusille Mickaël du regard.

— Je dérange ?

Je termine d’avaler ma gorgée de Tequila, puis me lève maladroitement. L’alcool me fait perdre l’équilibre, alors je me raccroche au bar et au fauteuil. Enfin à tout, sauf à Zaren qui ne cesse d’observer mon compagnon de beuverie.

— Il me semble que tes amis te cherchent là-bas.

Pour la première fois, Zaren se tourne vers moi. Je lui indique Anélia qui est en train de regarder la piste de danse pour tenter de le retrouver. Zaren ne m’écoute pas et me fixe comme si j’étais folle.

— Ne joue pas à ça avec moi, Dévya. Allez, viens, on y va.

Il me prend le bras, mais je me défais de sa prise en rouspétant.

— Je n’irai nulle part. Je reste ici.

Zaren soupire en se passant la main dans les cheveux.

— Tu fais l’enfant.

Je hausse les épaules avant de me retourner vers le barman et de commander de nouveaux shooters pour Mickaël et moi.

— Tu as déjà beaucoup trop bu.

Quand Jojo, le barman, qui est aussi devenu un bon ami en me racontant ses dernières conquêtes, dépose les verres sur le comptoir humide, Zaren en récupère un pour me le confisquer. J’explose de rire nerveusement.

— Tu comptes vraiment me chaperonner toute la soirée ?

Il acquiesce et s’installe sur le tabouret derrière moi, visiblement très sérieux et pas prêt à abandonner.

— Tu ne retournes pas voir tes super amis ? Ceux qui ont l’air de m’apprécier autant que l’on aime les orties.

Le regard embué d’alcool, je fixe mon beau brun. Il a l’air encore plus ténébreux, tapi dans le noir, en train de jouer au chevalier servant. En plus, il sait que je suis assez grande pour me débrouiller toute seule.

— Tu dis n’importe quoi, Dévya, arrête.

Il pose sa main sur mon épaule pour que je ne m’écrase pas sur le sol telle une petite crotte. Son contact apparaît soudainement comme un acte sensuel et je l’imagine déjà en train de me donner le plaisir qu’il m’a promis un peu plus tôt dans la soirée.

Mon regard d’ivrogne se met à errer sur son corps et cette chemise si sexy que je rêve de lui arracher avec les mains... ou les dents... ou les deux. Je mords ma lèvre inférieure.

De la musique un peu plus douce se met à résonner dans les enceintes. Complètement arrachée, j’oublie la présence de Mickaël qui n’a rien loupé de notre dispute et m’approche de Zaren, coquine. Ma bouche contre son oreille, je lui murmure :

— Tu entends cette musique ? Elle me donne envie de coucher avec toi d’une manière très lente...

Je me recule pour observer sa réaction, bien consciente que je suis en train de l’allumer. Il faudrait que je sois toujours bourrée pour avoir autant d’audace. 

Évidemment, je ne suis pas déçue puisque je vois instantanément sa mâchoire se crisper et ses yeux s’obscurcir.

— Avoue-le, tu meurs d’envie de me prendre, là, maintenant...

Mes propres mots déclenchent un brasier profond dans mon bas-ventre. Je meurs d’envie qu’il me fasse ce que je suis en train de lui demander.

Ma main tombe sur sa cuisse que je presse d’une manière calculée. Je sens ses muscles se tendre sous moi.

— Qu’est-ce que tu comptes me faire au juste ? M’allonger ? Me cambrer ? Me retourner ? M’accrocher au lit ?

Je tire sur le lobe de son oreille. En même temps, j’entends sa respiration qui s’accélère au même rythme que sa poitrine qui monte et descend rapidement. Il ne va pas tarder à craquer, je le connais par cœur. Le plus excitant dans tout ça, c’est le fait que la fête continue de battre son plein juste à côté de nous.

— Tu veux quoi de plus ? Que je me soumette à toi ? Je peux me mettre à genoux devant toi si tu le souhaites, mais ce ne sera certainement pas pour te supplier, mais bel et bien pour autre chose...

Je rigole. Mes propres mots me font de l’effet, je suis en chaleur. L’alcool n’arrange en rien.

Mes mains se posent sur ma poitrine que je commence à caresser devant lui. Cela doit être la goutte d’eau qui fait déborder le vase puisqu’il se lève, son regard n’ayant pas dévié de mes seins et me plaque contre lui. Mon dos contre son torse, je peux sentir son jean très à l’étroit.

— Aux chiottes, maintenant, m’ordonne-t-il.

Victorieuse, je me fraye un chemin parmi la foule, ma main toujours accrochée à celle de Zaren. Je ne veux pas le perdre ou qu’il m’échappe. J’ai juste le temps d’entendre mon beau brun dire à Mickaël ''Ne l’approche plus'' que je repère la porte des toilettes.

À l’intérieur, des graffitis en tout genre nous font face. C’est clair, j’ai connu beaucoup mieux comme endroit pour faire l’amour. Zaren me pousse sans ménagement dans la petite pièce faiblement éclairée par une ampoule ancienne qui pendouille vulgairement au plafond. Aussitôt qu’il met le verrou, il me plaque contre la surface plate et happe ma bouche, ses deux mains posées de part et d’autre de mon visage. Son baiser devient de suite beaucoup plus entreprenant, si bien qu’il fait glisser sa langue entre mes lèvres, capturant un gémissement.

— C’était quoi ce numéro que tu m’as fait là ? me demande-t-il en mordant ma lèvre inférieure.

Je tire sur ses cheveux avant de répondre, les paupières mi-closes de satisfaction. Son entrejambe se frotte contre mes cuisses et éveille en moi une multitude de sentiments.

— Je ne veux pas que tu approches d’autres mecs que moi.

Sa possessivité me fait fondre. J’aime les garçons jaloux, mais ce côté non partageur de Zaren me donne envie d’encore plus enfreindre les règles pour qu’il me corrige après.

— Je suis une méchante fille...

Avec ma voix la plus séductrice possible, je bats des cils et l’allume encore plus. Mes mains défont les boutons de sa chemise et ma bouche trouve directement sa peau brûlante que j’embrasse sans gêne. Mes doigts glissent sur ses tablettes et se perdent sur le renflement de son jean. Il passe sa langue sur la lèvre sans quitter des yeux mes mains qui baissent sa braguette.

Avant que je n’aie le temps de sortir le saint Graal, Zaren me stoppe dans mes mouvements et vient plaquer mes paumes au-dessus de ma tête pour que je ne bouge pas. Ses lèvres mordillent mon cou, embrasent mon corps en intégralité. Il fait glisser ma robe jusqu’à mon ventre. Une de ses mains vient s’égarer sur ma poitrine. Je lâche un râle de plaisir en même temps que lui. Nos yeux ne se quittent plus, embués par le désir qui nous consume mutuellement.

Nous ne nous sommes pas retrouvés aussi collés depuis notre dernière fois chez Hannah. Et, bon sang, nous savons tous les deux que nous mourrons d’envie de remettre le couvert depuis ce jour-là.

— S’il vous plaît ! Il y a des gens qui attendent !

Un frappement sec sur la porte nous fait sursauter. Zaren laisse tomber sa tête contre ma poitrine, une main sur mes fesses. Nous tentons de reprendre notre respiration, frustrés d’avoir été interrompus.

C’est une manie de nous faire chier alors que l’on s’apprête à s’envoyer en l’air ?

Finalement, il recule, son visage complètement dépité. Un regard en direction de Popol me prouve que j’ai raison. Je remets correctement ma robe et redresse ma culotte qui s’était un peu barrée. Alors que je me recoiffe, j’aperçois du coin de l’œil Zaren qui peine à fermer son jean. Ses doigts tremblent et il jure entre ses dents, impatient. Je décide de l’aider. Il me laisse faire, le dos plaqué contre le mur, son regard soutenant le mien tandis que mes mains ajustent sa braguette et son bouton.

— Putain. Tu ne veux pas qu’on rentre à la maison ? Je ne peux pas rester comme ça, surtout si tu es proche de moi.

Je l’embrasse dans le cou et acquiesce. Je ne suis pas contre le fait qu’on aille dans un bon lit, idéal pour notre nuit intime. Il semble soulagé que j’accepte et défait le verrou, une main sur mes reins.

Dès que nous sortons, des gens nous observent sans rien dire, la plupart sont probablement plus bourrés que moi.

— Attends... Je vais aux toilettes. On se retrouve dehors ?

Zaren lâche ma prise, m’embrasse chastement et disparaît des toilettes.

Après plusieurs longues minutes à faire la queue pour seulement trois WC de disponibles, je me lave les mains et en profite pour constater l’effet Zaren dans le miroir. Mes cheveux sont en désordre total, mes lèvres roses et gonflées et mes yeux brillent de désir. Je suis l’image parfaite d’une fille prête à tourner dans un film X.

Une chasse d’eau me fait relever la tête lorsque je me sèche les mains. La femme qui en sort retient soudainement toute mon attention. Anélia. Elle ne semble pas surprise de me voir ici et fait claquer ses hauts talons sur le carrelage. Elle sort un tube de gloss de son sac à main et en tartine ses lèvres botoxées.

— Je ne savais pas que tu étais ici, lui dis-je avec un sourire, en tentant d’apaiser l’atmosphère entre nous.

Ses yeux bleu océan me lorgnent derechef et descendent sur mon corps. Je me sens soudainement nue sous son regard.

Mes mains désormais sèches, je tente de partir, mais elle me barre la route. Perdue, je lui fais face.

— Pas la peine de faire la fausse copine avec moi, ça ne marche pas, m’avertit-elle.

Je hausse un sourcil. S’il y en a une qui fait semblant, ce n’est certainement pas moi.

Je croise mes bras sur ma poitrine et relève la tête, pas impressionnée par son petit jeu ridicule.

— Je ne comprends pas où tu veux en venir. 

Elle fait un pas de plus vers moi, son visage frôlant le mien.

— Zaren est zone privée, c’est clair ?

Je lâche un rire nerveux. Si elle croit qu’elle me fait peur !

Il me semble que Zaren n’était pas avec elle il y a plusieurs minutes de ça. Il ne faut pas qu’elle l’oublie. Elle est juste son amie.

— Les petites pétasses dans ton genre, je les connais et je n’ai pas de pitié à les écraser. Si tu crois une seule seconde que Zaren va se remettre avec toi, tu es bien loin de la vérité.

C’est plus fort que moi, je ris. Je suis prise d’un fou rire qui aurait certainement été identique si je n’avais pas bu autant de Tequila.

Anélia me fixe, la bouche entrouverte. Elle ne comprend visiblement pas ma réaction.

— Pourquoi ris-tu ?

— Je te trouve tellement pathétique que ça devient comique. Tu es vraiment accro à lui, on dirait. Mais tu sais quoi, je crois que tu es jalouse de moi.

Nous nous observons en chiens de faïence. Si elle croit que du haut de ses un mètre quatre-vingt, elle m’impressionne, elle se met le doigt dans l’œil. Cette fille n’arrivera pas à gâcher la merveilleuse soirée qui s’annonce pour Zaren et moi.

— Jalouse de toi ? Fais-moi rire ! Tu es...

Elle fait un geste de dégoût en désignant tout mon corps.

— ... banale.

Elle essaye de me blesser, mais cela ne marche pas.

— Entre nous... Nous savons toutes les deux que Zaren préfère les vraies femmes et pas les gamines qui réapparaissent comme par magie au bout de quatre ans.

— Qu’est-ce que... qu’est-ce que tu racontes ?

Mon assurance en prend un coup. Je me sens tout à coup plus vulnérable.

— Le temps de ta disparition, Zaren et moi nous sommes éclatés comme des malades. Il a ce don pour me faire décoller au septième ciel avec seulement ses longs doigts... Et ce corps, bon sang, je crois que je pourrais le toucher à vie. Sans oublier ses gémissements et tous les lieux dans lesquels nous avons baisé comme des bêtes.

Mon cœur se brise, mais je retiens mes larmes. Ils ont couché ensemble ?

Zaren m’a toujours dit qu’ils étaient seulement amis. Il m’a menti et me voilà à faire face à cette fille et à combattre pour une cause que je sais finalement perdue d’avance.

— J’ai toujours été présente pour lui quand ça n’allait pas. Il a longtemps été dans une déprime que personne n’imagine et là, soudainement, tu reviens et tu détruis tout ce qu’il a réussi à bâtir loin de toi. Tu peux me traiter de pétasse égoïste, mais je pense que la plus égoïste des deux, c’est toi, ma chérie.

Pour appuyer ses dires, elle pose son index manucuré sur ma clavicule. Je me débats et elle rigole sournoisement.

Avant de partir, elle se retourne vers moi, un fin sourire aux lèvres.

— J’ai hâte d’être à la prochaine fois où vous vous disputerez. Tu sais aussi bien que moi qu’il viendra me voir et, évidemment, je serai là pour le consoler. Alors, ça fait quoi d’être la dernière roue du carrosse, princesse ?

Elle crache ce mot comme l’insulte la plus grotesque qu’il soit.

Une larme coule sur ma joue, je ne peux plus bouger. J’ai cru un instant que tout pouvait s’arranger entre nous, mais cette connasse a raison. C’est par pur égoïsme que je le garde pour moi, alors qu’il a fait sa vie loin de moi. Je dois l’accepter. 

L’esprit tout chamboulé, je sors des toilettes. Comme convenu, Zaren m’attend dehors. Je peux voir à son expression que ça fait longtemps qu’il patiente. Suffisamment puisque j’ai tenté de me remettre des paroles d’Anélia. Cette femme est une pétasse, mais elle n’en reste pas moins honnête sur ce coup. Le menteur dans l’histoire, c’est Zaren.

— Tu étais où ? me demande-t-il en soulevant son corps de la carrosserie de sa caisse.

Et dire qu’il était à deux doigts de m’avoir ce soir... Je m’approche de lui et le contourne pour rentrer dans la voiture. Il me regarde faire et plisse les yeux, ne comprenant pas ce qu’il se passe.

— Tout va bien ?

Pourquoi faut-il qu’il veuille parler alors que d’habitude il est muet comme une carpe et c’est moi qui dois lui sortir les verres du nez ?

— Je veux juste rentrer à la maison.

— J’ai fait quelque chose de mal ?

— Je t’en prie, tais-toi.

Ma voix n’est qu’un murmure. Ma tête tourne à cause de l’alcool que j’ai ingurgité ce soir, sans compter les propos de la blondasse qui ne cessent de repasser en boucle.

N’y tenant plus, j’attrape mon sac à main et déverse tout le contenu de mon estomac. Zaren lâche un grognement de dégoût et s’arrête sur le bord de la route. Tout l’alcool glisse dans le tissu que je porte à bout de bras.

C’était mon sac préféré...

Même si je ne suis pas en état de prendre conscience de beaucoup de choses, j’ai la surprise de sentir mes cheveux maintenus en arrière par Zaren qui me caresse le dos en même temps. Son contact me fait du bien, mais je ne devrais pas ressentir cela après avoir appris qu’il m’a menti.

Au bout de ce qu’il semble une éternité, nous arrivons à l’appartement. Zaren a fait au plus vite pour que je ne reste pas trop longtemps dans la voiture.

Je pars aussitôt me rincer la bouche dans la salle de bain, Zaren sur mes talons.

— Je peux savoir ce qu’il se passe ?

Je croise son regard dans le miroir. Je peine encore à croire qu’un mec aussi beau que lui ait pu s’intéresser quelque temps à moi. Vraiment, ça me sidère.

— Tu veux réellement savoir, Zaren ?

— Oui, affirme-t-il sans détourner le regard.

J’ai bien conscience que je ne suis pas forcément à mon avantage avec du maquillage qui a coulé, du vomi dans la bouche et sur ma robe, mais s’il souhaite discuter de ce qui me fout en rogne, alors discutons.

— Anélia. Voilà le problème.

Comme s’il s’en doutait, il jette sa tête en arrière et passe sa main dans les cheveux.

— Je peux comprendre qu’à la première impression, tu t’es sentie ridicule. Il faut dire qu’elle est du genre... parfait.

J’écarquille les yeux. Dites-moi que ce n’est pas vrai ! Il s’enfonce, en plus.

— Merci, c’est vrai que je suis moche à côté d’elle, répliqué-je offensée.

Zaren bafouille, apparemment il n’arrive pas à trouver les bons mots. Cette situation m’est décidément familière.

— Non, ce n’est pas ce que je voulais dire et tu le sais très bien. Je pense juste que tu devrais apprendre à la connaître, c’est une bonne personne.

Je rigole nerveusement. Apparemment, nous n’avons pas la même définition de la gentillesse.

— Et, dis-moi, est-ce que moi aussi pour apprendre à la connaître je dois passer par son lit ?

Je viens de piquer sa curiosité. Apparemment, il ne s’attendait pas à cette répartie cinglante.

— Quoi ?

Il fait l’innocent en plus...

— Tu as très bien entendu, c’est elle-même qui me l’a dit tout à l’heure. Tu comptais m’en parler un jour de votre liaison passionnelle ?

Je lève un sourcil et le pousse pour pénétrer dans la chambre. Bien sûr, il me suit, même si je vois d’ici qu’il essaye de faire tourner ses méninges pour tenter de trouver une excuse bidon.

Je suis la reine des gros mythos et je sais déjà que tout ce qu’il va me sortir par la suite sera totalement faux.

— Ex-liaison.

Je hausse les épaules.

Il veut vraiment partir sur ce terrain-là ?

— Qu’importe, tu as couché avec elle.

— Ouais, c’est vrai, mais c’était dans une période difficile où je ne pensais pas te revoir un jour.

Malgré moi et tous les arguments qui me montent contre lui, je ressens une pointe de sincérité dans sa voix. Après tout, je ne peux pas lui en vouloir d’avoir essayé de reprendre sa vie en main comme moi j’ai tenté de le faire.

— C’était sérieux entre vous ?

Il sait que la réponse va me blesser dans tous les cas.

Zaren penche la tête sur le côté, m’étudiant avec soin comme si j’allais disparaître d’un instant à l’autre. Il a l’air de chercher des mots plus justes, pour nuancer la douleur qu’il va m’infliger.

— Non. Juste un coup vite fait de temps à autre.

J’acquiesce en avalant ma salive. De toute façon, je ne m’attendais pas à une réponse différente.

— Mais je t’assure qu’il ne s’est rien passé entre nous depuis que je t’ai revue.

J’aimerais le croire et je le crois d’ailleurs, mais le mensonge est une chose que je hais par-dessus tout.

— Elle te plaît ?

Il sait que c’est une question piège et se dépêche de répondre :

— Bien sûr que non ! C’est juste une amie.

— Une amie mannequin canon avec une grosse poitrine, des fesses de déesses et des jambes interminables. J’ai du mal à le croire. Est-ce qu’elle est au courant qu’entre vous c’est terminé ?

— Oui, elle le sait parfaitement.

Zaren fait un pas vers moi. Je reste à ma place, même si le fait de le voir se rapprocher devrait me rendre furax. C’est beaucoup trop facile !

— On ne dirait pas. Elle te dévore des yeux à chaque fois qu’elle te voit.

Il arbore un timide sourire.

— Quoi ? lui dis-je, me sentant ridicule.

— J’aime bien quand tu te montres jalouse.

Je soupire, mais avant que je n’aie le temps de répliquer que ce n’est pas le cas, Zaren vient me prendre dans ses bras. Ma tête se pose sur son torse et je ferme les yeux. Il m’a encore eue grâce à son charme. Il va vraiment falloir que je prenne des cours de théâtre pour résister aux appels répétitifs de l’amour.

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