Ice and fire 2
Chapitre 36
Dévya
J-9
Ce matin, je suis de super bonne humeur. Les garçons sont tous à la boxe tandis que je suis partie courir. L’idée d’être enfermée dans une salle de musculation où la testostérone est si présente qu’elle pique le nez ne me ravit pas vraiment. À la place, j’ai pris mes écouteurs, un legging, une brassière de sport et me voilà en train d’arpenter les petits chemins qui longent la Seine. Mes jambes sont lourdes, mais je parviens à gambader sans m’arrêter pendant un certain temps.
À la fin, je préfère rentrer en marchant tout en prenant des photos que je poste sur Facebook. J’essaye d’en faire des originales, mais le temps n’est pas au beau fixe.
Finalement, lorsque je rentre à l’appartement, les garçons ne sont toujours pas revenus. Je fonce sous la douche. Au passage, je m’applique un gommage sur le corps et me lave les cheveux. Je dois dire que vivre avec des hommes ne me permet pas de prendre soin de moi. Il y a toujours des plaintes sur le fait que je mets trop de temps dans la salle de bain.
— C’est nous !
Je relève les yeux de mon portable pour observer les silhouettes des trois gaillards qui me font face. Leurs tee-shirts sont trempés de sueur et leurs visages tout aussi luisants. C’est Eliam qui part se doucher en premier.
Du coin de l’œil, je regarde les deux amis discuter autour de la table de la cuisine. Devant leurs verres d’eau, j’ai presque l’impression d’assister à une scène de théâtre mettant en avant deux commères qui se racontent les potins croustillants du village.
— Tu ne devineras jamais qui on a croisé à la salle de boxe, me demande Zaren en venant vers moi.
Même si je l’aime beaucoup, je ne le laisse pas m’approcher alors qu’il est dégoulinant de sueur.
— Dis-moi ?
— Ton ex, déclare Nalan avec un clin d’œil.
Mes méninges tournent à foison.
Ce n’est pas comme si j’avais eu beaucoup d’hommes dans ma vie.
— Josh ?
Ma voix monte dans les aigus sous la surprise.
— Ouais, acquiesce Zaren, aussi neutre que possible. Il était avec Aya.
Alors comme ça Josh et sa cousine travaillent ensemble ? Sur Paris ? Je ne l’ai jamais revu depuis quatre ans, je sais seulement qu’il s’est fiancé, du moins c’est ce que m’a raconté Hannah lorsqu’on avait abordé le sujet pendant une soirée pyjama à distance.
— D’ailleurs, Nalan a essayé de brancher Aya, mais il s’est chié dessus.
Zaren se moque de son ami qui lui renvoie un gros doigt d’honneur suivi d’un « enfoiré » à peine audible.
— Mec, comment je pouvais savoir qu’elle était lesbienne ? proteste Nalan.
J’ouvre grands les yeux.
Aya aime les femmes ?
Je suis super surprise. Moi qui croyais à l’époque qu’elle draguait Zaren, me voilà toute cruche ! Le principal concerné a l’air de penser à la même chose que moi puisqu’il hausse les sourcils du genre « tu vois bien, tu ne risquais rien ».
Le temps que les garçons finissent de se préparer, je me charge du repas du midi. J’ai acheté de quoi faire un couscous maison. Je me souviens que ma grand-mère adorait m’en faire quand je mangeais chez elle les samedis midi. Visiblement, sa recette est toujours aussi bonne puisqu’il ne reste plus rien dans le plat à la fin du déjeuner. Les garçons m’ont fait plein de compliments qui m’ont fait vraiment plaisir.
L’après-midi passe assez rapidement. Zaren et moi sommes retournés à l’université pour continuer notre projet. Nous sommes dans la dernière phase. Il nous reste seulement quelques paragraphes à revoir et des erreurs à corriger, puis il est terminé. Ce travail aura nécessité beaucoup de temps et de patience, mais je dois avouer que je suis plutôt satisfaite du résultat. Surtout si on pense au fait que c’est grâce à lui que nous sommes de nouveau ensemble, Zaren et moi.
***
Ce soir, nous arrivons dans un bar. Je ne sais toujours pas comment les garçons ont réussi à me convaincre, mais c’est bien le cas puisque je suis ici.
Un petit groupe très prometteur s’apprête à monter sur scène. Je ne les connais pas et j’ignore leur style de musique, mais j’aime découvrir de nouvelles choses, alors j’ai hâte de voir ça.
En attendant, nous nous sommes commandé des boissons pour patienter. Les garçons sont en pleine discussion. J’en profite pour analyser les lieux bourrés de monde. Apparemment, le fait d’avoir des musiciens qui jouent en direct attire pas mal de gens, c’est un bon point.
Ça y est, chacun s’installe à son poste habituel. Le chanteur, qui est aussi le guitariste, attrape le micro et salue la foule qui s’extasie d’avance. Je me hisse sur la pointe des pieds pour mieux observer le bassiste qui s’amuse à battre très faiblement sur sa grosse caisse, histoire de faire monter la pression.
Toute la foule est en délire et hurle progressivement jusqu’à ce que le premier son s’échappe de la guitare électrique. Très vite, le groupe prend ses aises sur la scène et se déchaîne. L’ambiance est géniale.
Je pivote un instant pour regarder si mes amis aiment aussi. Nalan et Eliam me font un grand sourire tandis que Zaren, installé juste derrière moi, me lance un clin d’œil qui fait chavirer mon cœur. Je me retourne vers le spectacle, quelque peu rouge pivoine. Je tape le rythme de la musique à l’aide de mon index sur ma cuisse. Leurs paroles sont vraiment prenantes. La musique s’empare de moi et s’insinue dans mes gestes. Je me mets à me mouvoir contre Zaren, en balançant mes hanches d’un côté puis d’un autre. Je le sens se tendre derrière moi, puis poser ses mains possessives sur ma taille afin de me maintenir contre lui.
— On dirait que t’aimes bien leur musique ? me souffle-t-il à l’oreille.
Je frémis à son contact. J’acquiesce, un sourire franc plaqué sur mes lèvres. Je continue de me trémousser légèrement. Je surprends Zaren en train de me reluquer de la tête aux pieds puis j’assiste en direct à la transformation d’un visage calme à sauvage. Il me mate comme si j’étais une pauvre biche et lui le chasseur.
— Arrête de faire ça...
— De faire quoi ?
Je le regarde innocemment en battant des cils et en poursuivant mes mouvements sur son bassin crispé. Je sais qu’il n’aime pas quand il n’a pas le contrôle des choses, pourtant, là, maintenant, on dirait que c’est bien moi qui suis en position de force.
— Ne joue pas à ça avec moi, Dév.
Ses yeux se veulent menaçants, mais je ne prends pas. Il n’a pas à me dire quoi faire et il le sait. J’avoue que je le mets à rude épreuve, mais j’aime le faire mariner un peu. C’est pour toutes les fois où il m’agace à m’en faire péter le cerveau.
— Je ne joue pas.
Un sourire mutin sur les lèvres, je me détourne de lui. Je l’entends soupirer fortement dans mon dos puis chuchoter quelques mots à ses amis. Alors que je m’apprête à me retourner pour lui faire une remarque cinglante, je suis clouée sur place en découvrant un corps se plaquer contre le mien. Je ferme les yeux directement en le sentant contre moi. Une de ses mains serre ma hanche tandis que l’autre se promène sur ma joue pour m’obliger à l’embrasser. Sa langue force la barrière de mes dents et se joint à la mienne. Notre baiser est sensuel et enivrant. Je ressens son ardeur à l’intérieur. En même temps que notre baiser magique se poursuit, nos bassins ondulent sur le même rythme que la dernière chanson du groupe. ’Je n’arrive pas à croire que je ne sois jamais rassasiée de lui et de son corps parfait. Toute sa musculature collée à moi m’émoustille encore plus et, très vite, je ressens une flamme s’embraser dans mon bas-ventre.
— Je n’aurais jamais cru assister à un truc aussi chaud en public !
Zaren s’éloigne de moi à contrecœur, le souffle coupé. Ses yeux pleins de désirs me quittent pour se poser sur celui qui vient de ruiner cet instant : Nalan. Bien sûr, j’aurais dû m’en douter ! Mon beau brun le fusille du regard.
— Qu’est-ce que ça peut te foutre ?
Apparemment, il est piqué. Et moi aussi. J’aurais aimé que ce moment unique se prolonge bien plus.
Nous sommes interrompus par le groupe qui salue la foule avant de quitter la scène. C’était intense et spectaculaire. Je pense qu’ils auront une belle carrière !
Encore un peu secoués, nous quittons le bar. Heureusement pour moi, Zaren a sa voiture. Au moins, ça nous évite de prendre un taxi pour rentrer. Les deux autres ont décidé de prolonger leur soirée en partant en discothèque. Ça tombe bien, ils nous laissent l’appartement pour nous tout seuls.
Zaren démarre en trombe du parking sur lequel nous nous trouvions et passe rapidement la cinquième vitesse. Je le scrute discrètement. Son regard est planté sur l’horizon nocturne, ses mains sont crispées sur le volant et son profil me laisse une vue imprenable sur ses lèvres entourée d’une barbe naissante.
— Tu peux arrêter de me mater ?
Je pique un fard. Je lui demande de se concentrer sur la route plutôt que sur ce que je fais, ce à quoi il me répond en riant.
Nous arrivons à l’appartement plus rapidement que prévu. Il faut dire que la route a été déserte et que nous n’avons presque pas eu de feux rouges. À peine rentrée, je dépose les clefs sur le buffet et pars m’écraser sur le matelas de la chambre. Je suis crevée.
— Fatiguée ?
Je relève à peine la tête dans la direction de Zaren qui est en train de retirer la ceinture de son jean.
— Oui.
Mon avant-bras tombe en travers de mon visage, parfait pour me cacher de la lumière que Zaren vient d’allumer sur la table de chevet. Je sens mon corps être recouvert d’un poids, alors je rouvre les yeux pile en face de ceux de mon beau brun. Avec la faible luminosité, il a tout de l’image du mauvais garçon et ce n’est absolument pas pour me déplaire. Ses tatouages assombrissent sa peau. Je me surprends à les dessiner. Lentement, il fait glisser sa bouche sur la mienne pour m’embrasser. Ce contact est si doux qu’il paraît presque difficile d’imaginer qu’il vient de Zaren. Rares sont les fois où nos baisers ont été si tendres. Je me suis habituée à sa bestialité.
Sa bouche charnue dérive vers mon cou que je lui offre. J’aime quand il m’embrasse sur cette partie érogène de mon anatomie. Je retiens un gémissement de plaisir en sentant sa langue chaude parcourir ma clavicule. Surtout, qu’il n’arrête pas !
— Tu es encore fatiguée ?
Je sens un sourire apparaître sur ses lèvres quand il m’embrasse de nouveau. Je hausse les épaules et ferme les yeux. Il est plus qu’évident qu’il vient de me réveiller et bien comme il faut ! Nos baisers deviennent de plus en plus passionnés à mesure que le temps avance et que la température grimpe.
Quand j’essaye de caresser ses cheveux, il m’en empêche et vient caler mes poignets au-dessus de ma tête pour avoir entièrement le contrôle. Je le laisse faire tout ce qu’il souhaite de mon corps entier. Il prend le temps de défaire mon top et d’admirer ma peau vêtue de mes modestes sous-vêtements en dentelle blancs.
Ma poitrine se soulève anormalement quand il se penche vers moi et souffle sur ma peau brûlante. Je tente de me défaire de l’emprise qu’exerce sa main sur mes poignets, mais rien à faire, il est bien trop fort par rapport à moi et ma vulnérabilité sans faille. Je gémis lorsque ses doigts viennent décrocher mon soutien-gorge. Le regard charmeur qu’il pose sur moi me laisse sans voix. Sa bouche s’attaque à mon décolleté avec grande envie. Je parie qu’il attendait ça depuis le début de la soirée au bar avec ma petite danse indécente. Alors qu’il me laisse enfin l’opportunité de passer ma main dans ses cheveux, son portable sonne sur la table de nuit. Mon râle de plaisir flotte dans l’air et je rouvre les yeux en entendant les sonneries se répéter.
— Ton téléphone...
Zaren ne prête pas attention à son mobile, il est plutôt concentré sur mon ventre qu’il parcourt de baisers fiévreux, ainsi que ma poitrine qu’il presse comme si elle allait s’échapper.
La sonnerie cesse.
Je retourne dans cette sphère magique aux côtés de mon amant incroyable. Mais la bulle éclate lorsque de nouveau, les sonneries nous interrompent encore.
— Tu devrais répondre, c’est peut-être important.
Je pousse Zaren et me redresse. Il soupire et s’allonge entièrement pour attraper son portable. Il ne lit même pas le nom de l’appelant et décroche directement.
— Oui ? grogne-t-il méchamment.
Je récupère mon soutien-gorge et l’enfile quand une voix aigüe me parvient de l’autre bout du fil. Mon sang se glace en reconnaissant celle d’Anélia. Je m’approche de Zaren pour mieux écouter ce qu’elle raconte :
— Je ne te dérange pas ? demande-t-elle innocemment.
Zaren coule un regard dans ma direction, mais répond négativement.
— Je suis avec Dévya. Tu avais besoin de quoi ?
Je retiens un sourire de la victoire quand il lui indique ma présence. J’espère qu’elle se sent mal et jalouse. C’est méchant, mais à vrai dire, je n’ai plus de pitié pour les garces dans son genre.
— Je... Je ne me sens pas bien... J’ai... j’ai froid et chaud en même temps...
Anélia se met à pleurnicher d’un seul coup. Ma première idée – qui est la vérité, je le sais –, c’est qu’elle fait juste semblant de pleurer à chaudes larmes pour que Zaren vienne la réconforter. Je lève les yeux en l’air. C’est tellement évident qu’elle se fait passer pour la malade juste après avoir appris que le mec pour qui elle craque se trouve avec moi ! Cependant, comme j’aurais pu m’en douter, Zaren a des œillères et ne comprend pas son cinéma.
— Calme-toi. Tu veux que je vienne te voir ?
J’espère qu’elle va dire non, même si j’ai peu d’espoir.
— Je ne veux pas vous déranger...
Bien sûr ! Comme par hasard, madame n’a plus l’air de pleurer tout à coup !
Zaren se tourne vers moi et comprend au regard que je lui adresse que je ne suis pas vraiment ravie par cette idée.
— OK, j’arrive. À tout de suite.
Et il raccroche sans même m’avoir demandé mon avis.
— Elle a besoin de moi.
Il attrape un nouveau jean, son tee-shirt d’hier, et se rhabille.
— Qu’est-ce qu’il y a ?
Apparemment, contrairement à Anélia, je ne suis pas une bonne actrice. Ma déception est plus que perceptible sur mon visage et Zaren l’a bien compris.
— Cette fille t’appelle en plein milieu de la nuit alors que tu es avec moi durant un moment intime et tu accours ?
Je croise les bras sur ma poitrine, déçue par son comportement. Il m’observe sans piper mot, les sourcils légèrement froncés.
— Cette ''fille'' comme tu dis, c’est mon amie, pigé ? Je ne vais pas la laisser tomber alors qu’elle ne se sent pas bien. Quant au reste, je me rattraperai, promis.
Il essaye d’alléger l’atmosphère avec son sourire craquant et un subtil baiser sur mes lèvres, mais je n’oublierai pas si facilement que cette peste nous a gâché notre coup.
À regret, je le regarde attraper ses clefs de voiture et quitter l’appartement. Je m’allonge sur le lit, un coussin plaqué sur mon ventre en guise de nounours réconfortant. Je vais devoir me contenter de ses pattes moelleuses plutôt que des bras protecteurs de mon beau brun.
***
Le lendemain, j’ai la surprise de découvrir l’appartement aussi vide que la veille. Zaren n’est toujours pas revenu de chez Anélia et je commence à sévèrement douter de ce qu’il s’est passé là-bas. J’ai confiance en lui, mais pas en elle. Tout le monde sait qu’avec une fille gaulée comme elle dans les parages, les mecs deviennent forcément un peu fous. Surtout après l’état dans lequel j’ai laissé mon copain hier soir. Il n’était clairement pas rassasié et satisfait, alors mon attitude paranoïaque est entièrement justifiée.
Je prends un comprimé effervescent et avale le contenu d’une seule traite. Je grimace en sentant les quelques grains restant picoter ma langue.
Depuis la table, je fixe mon portable en rongeant mes ongles.
Est-ce que je devrais l’appeler ? Non, il est assez grand et je lui fais confiance.
Il a probablement dû s’endormir là-bas et a oublié de me prévenir. Mes doutes prennent possession de mon corps et je me déplace presque par automatisme jusqu’à la source de mes préoccupations. Avant même que je comprenne ce que je suis en train de faire, j’ai déjà appuyé sur son contact et j’entends les premiers retentissements de mon appel.
— Allez, décroche...
Je me parle à moi-même afin d’apaiser mes craintes. Malheureusement pour moi, je tombe sur sa messagerie deux fois d’affilée. Alors que je compose le numéro de Fady pour qu’elle me dise ce qu’elle en pense, la porte d’entrée claque. Je balance mon portable à la hâte sur le sofa et cours dans le hall. Je suis de suite rassurée en voyant Zaren entrer dans l’appartement, sauf que mon sourire disparaît aussitôt que j’aperçois miss blondasse derrière lui.
— Salut, Dévya.
Elle s’approche de moi pour me faire la bise. Son teint est radieux et ses yeux recouverts d’un maquillage de star et pailletés au possible.
— Tu m’as l’air en pleine forme, dis donc ! Tu me confieras ton secret pour passer d’une énorme maladie à un mannequin de catalogue en une nuit.
Ma pique ne la fait pas rire, tout comme Zaren. Je m’en fiche, au moins j’ouvre les hostilités.
Finalement, miss greluche me tend un sac. Je jette un coup d’œil à l’intérieur. Des légumes sont disposés dedans avec quelques boites de conserve. Je la regarde sans comprendre.
— C’est quoi ?
Mon ton est plus agressif que je le voudrais.
— Un cadeau pour avoir accepté que je reste ici quelque temps.
— Q-Quoi ?
Pardon ?
Je me tourne immédiatement vers Zaren qui hausse les épaules avec nonchalance.
— C’est histoire qu’elle aille mieux.
Mais il ne voit donc pas qu’elle va très bien et se joue de lui ?
— Je peux te parler deux minutes ?
Sans lui laisser le temps de répondre, je lui prends la main et l’entraîne dans la chambre, bien loin des regards indiscrets de son amie hypocrite.
— Je peux savoir ce qu’il t’arrive de l’inviter comme ça ?
Zaren n’a pas l’air ravi du ton que j’emploie pour parler d’Anélia. Qu’importe, je n’en ai rien à faire, elle va habiter avec nous, bordel ! Je crois que je peux me permettre beaucoup de choses !
— Elle n’était pas bien hier soir. Je crois qu’elle est encore tombée sur un mec foireux.
Mec foireux, mon cul ! C’était juste pour que tu sois près d’elle et loin de moi par la même occasion !
— Et tu as dormi là-bas sans même me prévenir ?
— J’avais oublié mon portable dans la voiture et je me suis endormi après avoir discuté avec elle pour la rassurer.
Je me masse les tempes pour me détendre. Est-ce qu’il n’y a vraiment que moi qui ai la tête sur les épaules et qui vois que cette nana se fiche de tout le monde ici ?
— Donc tu lui proposes de venir squatter à l’appartement sans même consulter les autres ? Je te signale qu’il n’y a même plus de place pour dormir en plus.
— C’est quoi ton problème à la fin ? C’est mon amie et c’est aussi mon appartement au cas où tu l’aurais oublié ! J’invite qui je veux. Et vous n’aurez qu’à dormir toutes les deux dans ma chambre et moi sur le canapé.
Je hurle mon mécontentement.
Il en est hors de question ! Et puis quoi encore ?
On me demande de faire amie-amie avec elle ?
— Je crois que je n’ai pas le choix d’accepter sa présence de toute façon.
Je soupire, exaspérée. Zaren s’approche de moi et dépose un baiser sur mon front.
— J’aime quand les choses finissent bien. Elle ne restera que le temps qu’elle se sente mieux.
Il quitte la pièce et je suis forcée de le suivre, à contrecœur. Évidemment, Anélia est installée dans le salon, les jambes élégamment pliées avec une posture de femme de haute société. C’est tellement ridicule.
— Merci de m’accepter, Dévya. Tu es quelqu’un de formidable.
Ses compliments me font si mal aux oreilles que j’en renverse mon verre sur le sol. L’objet éclate en morceaux, juste au niveau de ses chaussures à talons hauts. Elle lâche un cri strident et me toise du regard.
— Désolée, je n’ai pas fait attention.
Je lui fais mon sourire le plus faux et ramasse les bouts éparpillés sur le sol. Zaren commence à discuter avec son amie et ils font comme si j’étais partie.
Je termine de jeter les derniers morceaux de verres dans la poubelle quand je perçois leurs éclats de rire. C’est trop. Si elle croit qu’elle va l’avoir et m’évincer si rapidement, elle se fourre le doigt dans l’œil.
Je refais mon chignon, enlève une bretelle de mon débardeur et file dans leur direction.
— Tu me fais une petite place ?
Je fais exprès de monter sur les genoux de Zaren, qui accepte ma demande, évidemment. Je me colle volontairement contre son torse et plaque ses mains sur ma taille. Anélia me lance des flammes avec ses yeux bleus.
— Les gars vont bientôt arriver. Ils m’ont envoyé un message.
Zaren repose son portable avec le plus de désintérêt possible et se concentre sur son amie.
— Tu veux faire quoi aujourd’hui ?
Elle hausse les épaules tandis que son regard glacial suit les mouvements que font mes mains sur les cuisses de Zaren.
Jalouse, pétasse ?
— J’ai un shooting photo en début d’après-midi. Ça te dirait de m’accompagner ?
Elle lui fait une moue implorante et un sourire de sainte.
Bon sang, ne me dites pas qu’il va tomber dans son piège si facilement ?
— Je crois que je n’ai rien de prévu, ça peut se faire.
Anélia sourit, victorieuse. Mais je n’ai pas dit mon dernier mot.
— Je n’ai rien à faire non plus, alors je vais me joindre à vous.
Zaren a l’air ravi, alors qu’Anélia me fusille sur place.
Entre nous, ma belle, tu ne sais pas avec qui tu joues.
— Euh... Je ne peux pas emmener beaucoup de personnes...
Elle cherche des excuses pour m’éloigner, mais je ne suis pas dupe. Tous ses prétextes sonnent aussi faux que ses seins siliconés.
— Je ne vois pas le problème si elle vient, c’est juste une personne de plus ?
Heureusement, Zaren prend ma défense cette fois-ci. Anélia se ratatine sur le sofa, visiblement à court d’arguments. Elle finit par accepter, un sourire crispé aux bords des lèvres. J’ai hâte de voir ce qu’elle a encore dans le ventre, cette garce.
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