Ice and fire 2

M Coki · Chapitre 7 sur 45

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Ice and fire 2

Chapitre 7

 

Dévya

 

La nuit a été courte. Je crois avoir dormi trois heures tout au plus. Mon esprit n’a pas arrêté de créer des images de Zaren et Anélia, nus dans un lit, en train de faire les mêmes choses que Zaren et moi. Quelquefois, le visage d’Anélia disparaissait et le mien prenait sa place, mais au bout du compte, cette pétasse finissait par l’avoir à chaque fois. Elle l’avait gagné et riait de me voir si démunie.

Elle avait remporté le morceau et je n’étais plus qu’une pauvre femme qui finirait sa vie seule avec ses chats.

Je me redresse sur le matelas. Un coup d’œil au réveil m’indique qu’il est passé six heures. Mes vêtements me collent à la peau. Je fais attention à ne pas réveiller Zaren qui dort à côté de moi. Hier soir, il a insisté pour venir ici. Je n’ai pas su lui dire non.

Contrairement aux autres matins, je suis seule lorsque je pose un pied sur le carrelage de la cuisine. Tout le monde doit encore roupiller. Je lance la cafetière. Le liquide noir corsé va peut-être me donner un petit coup de fouet pour affronter la journée.

Ma tasse de café fumant en main, j’ouvre la baie vitrée et sors pieds nus sur le balcon. L’air frais du matin secoue les tissus que je porte et les doux rayons du soleil s’infiltrent sur ma peau. Qu’est-ce que ça fait du bien...

— Déjà debout ?

La voix d’Eliam me fait sursauter. Il rigole et s’approche de moi, son pantalon de pyjama à rayures et ses cheveux en bataille. Le voir dans une autre tenue que son éternel costume cravate est vraiment incroyable.

— Je n’arrivais plus à trouver le sommeil, lui dis-je avant de replonger dans l’admiration de la tour Eiffel que l’on aperçoit au loin.

— À cause de Zaren ?

Ses yeux bleus me transpercent. Je ne sais quoi répondre. Il remarque mon trouble et ajoute doucement tout en prenant sa place à côté de moi sur la rambarde du balcon :

— Je sais que c’est à cause de lui. Ça se voit qu’il te plaît encore.

Le regard dans le vide, sa vérité me fait mal, car je sais au fond de moi qu’il a raison. Si j’ai si peur de le voir en compagnie d’une autre femme, c’est certainement parce qu’il est important pour moi. Plus que ce que j’aimerais laisser paraître.

— Ouais... mais, tu vois, je crois que nous deux, c’est peine perdue.

Je lance ma remarque avec légèreté, mais elle sonne faux. Même Eliam n’est pas dupe et ne se fait pas berner aussi facilement.

— Je vais te raconter un truc, Dévya, mais promets-moi de ne jamais le répéter aux deux autres zouaves. Ils ne sont pas au courant et ils se foutraient de ma gueule s’ils l’apprenaient.

— Promis.

Je me tourne intégralement vers lui, il a toute mon attention.

— J’avais douze ans lorsque j’ai rencontré Caren. C’était une jeune fille super belle, et tu peux te douter qu’à cette époque-là, tous les mecs la voulaient. 

Il rit à ce souvenir et je rigole avec lui. Je ne peine pas à m’imaginer Eliam enfant, ses yeux océans séduisant plus d’une fille.

— Je faisais partie du club des ''loosers'', enfin ceux qui sont du genre à manger derrière un mur plutôt qu’avec ses potes parce qu’ils ont peur que ces derniers les voient avec de la nourriture à bas prix et non pas les derniers produits de luxe. Bref, je n’ai jamais eu beaucoup d’amis et je participais à un club de musique. Tout le monde trouvait qu’il était ridicule et que seuls les débiles allaient là-bas. Caren était du genre populaire. Elle avait les dernières fringues à la mode, un chauffeur privé, une apparence toujours au top, mais tu vois, il lui manquait l’amour. Même si nous n’avions que douze ans, nous croyions tous au prince charmant à l’époque. Un jour, alors que j’étais en train de ranger la salle de musique, Caren est rentrée et ça a été le coup de foudre. Je n’avais jamais vu une fille aussi belle. De longs cheveux bruns, des yeux noisette avec une bouche fine et sensuelle. Nous avons sympathisé aussitôt, sans que les autres sachent qu’elle commençait à fréquenter et devenir amie avec un des loosers.

Eliam grimace légèrement à l’évocation de ce souvenir amer. Il frotte ses mains et reprend, le regard dans le vide.

— Plusieurs mois sont passés, Caren et moi sortions ensemble en cachette. Beaucoup de mecs lui tournaient autour et elle devait faire comme si elle était célibataire, tu te doutes bien que ça ne me plaisait pas, mais je ne pouvais rien dire. J’étais totalement amoureux d’elle, à un point inimaginable. Nous sommes restés ensemble cinq ans et à la fin de nos études, nous avons dû nous séparer à cause de nos chemins différents. Ça a été très difficile, tu peux me croire. Nous formions vraiment un duo. Au départ, nous nous étions promis de nous retrouver et de finir ensemble. On s’appelait tous les jours, parfois durant des heures, pour se raconter des choses banales ou juste pour savoir que l’autre était là. Les appels sont devenus de plus en plus rares, jusqu’à ce qu’ils soient carrément inexistants. Je l’appelais, mais elle ne décrochait plus. C’est seulement deux ans plus tard que j’ai appris qu’elle allait se marier et attendait son troisième enfant d’un homme dont elle était totalement folle et qui n’était pas moi.

Par réflexe, je pose ma main dans le dos d’Eliam. Il semble soulagé, mais à la fois rongé par cette histoire qu’il porte encore dans le cœur.

— Tout ça pour te dire, Dév, que Caren et moi n’avons pas eu cette chance de nous revoir comme Zaren et toi. Je peux t’assurer que si ça nous était arrivé, nous serions mariés à l’heure actuelle et je ne serais pas ici à te raconter ma vie sur un balcon que je partage avec deux petits connards.

Il rigole, mais son sourire n’atteint pas ses yeux.

— Je pense que vous devriez vraiment vous laisser une seconde chance.

Les mots d’Eliam me bouleversent encore plus que je le suis. D’une part, car je ne pensais pas qu’il avait vécu tout ça et d’une autre, car c’est l’une des premières fois que l’on me le dit aussi clairement.

— Tu en fais quoi de ton image de queutard ?

Je tente d’alléger l’atmosphère et cela semble marcher. Eliam se cache la bouche pour ne pas faire de bruit et me sourit franchement.

— Ne dis rien à personne. Les filles trouveraient ça moins sexy si elles savaient que j’étais au pied d’une femme durant plusieurs années.

Je secoue la tête. Un mec reste un mec ! Quelque part, Eliam me fait penser à Fady. Ils sont si libres, mais en même temps si prisonniers de leur corps.

— Bonjour. 

Nous nous retournons juste à temps pour voir Nalan et Zaren, tous les deux en boxer, la tête en vrac. Ils nous observent alternativement, comme si nous étions fous de discuter ensemble.

— Qu’est-ce que vous faites, tous les deux ? s’empresse de demander Zaren.

Eliam et moi nous décochons un regard complice.

— On discutait.

Son ami me sourit et tapote l’épaule de Zaren qui tire une gueule de trois mètres de long, n’ayant pas compris ce qu’il vient de se passer.

 

Deux heures plus tard, nous sommes tous attablés autour de la table du salon, diverses boissons dans les mains. Bryan, le correspondant de Nalan vient d’arriver. Nous faisons plus ample connaissance avec lui. Son visage ne m’est pas inconnu, mais avec tout le monde qu’il y a dans l’université à Chicago, c’est à peu près normal que nous ne nous soyons jamais côtoyés avant.

Et dire que Bryan devait être le correspondant de Zaren...

— Ce n’est pas pour te vexer, Bryan, mais je t’avouerais qu’une belle étudiante américaine ne m’aurait pas déplu.

Nalan soupire, déçu. Il faut dire que tout ce qui s’approche de près ou de loin à une paire de seins ou de fesses lui convient !

Alors que nous rigolons des conneries que sort le colocataire blondinet, la sonnerie de la porte d’entrée retentit.

— Vous me saoulez ! dit Nalan en se levant pour aller ouvrir avec une fausse tête de mec vexé.

Il contourne le buffet et file droit dans le couloir, avant de regarder par le judas. Je pourrais dire que je viens de voir en direct le changement d’expression, passant de la joie à la peur. Nalan se tourne vers nous, le regard vide.

— Zaren, c’est le type ! chuchote-t-il.

Mon beau brun se lève, un visage aussi pâle que la lune. Je reste assise sur mon fauteuil, les genoux tremblants.

Qu’est-ce que ce mec fabrique ici ?

Par réflexe, nous nous taisons tous et écoutons les coups violents que l’homme frappe sur la porte.

— Sprinck ! Ouvre ! Je sais que tu es là !

La voix grave de l’homme résonne dans l’appartement. Pendant un moment j’ai même l’impression que mon cœur va s’arrêter. Eliam remarque mon trouble et vient doucement me prendre dans ses bras. Ils sont moins sécurisants que ceux de Zaren, mais je m’y réfugie sans hésitation.

— Ouvre cette putain de porte !

Le type donne un nouveau coup de pied dans le battant. Zaren ne faiblit pas et continue de rester stoïque devant la paroi en bois. Je ne sais pas comment il fait pour ne pas perdre son sang-froid. Il doit certainement avoir l’habitude...

— Je te préviens, si tu ne m’ouvres pas dans cinq secondes, je la défonce !

Très vite, nous entendons le voisin demander ce qu’il se passe et les cris stridents qui s’ensuivent nous indiquent que l’homme n’a pas dû y aller de main morte pour lui ordonner de se taire. Les pleurs du voisin emplissent le hall et, sans le vouloir, je lâche un hoquet de peur. Zaren l’entend et se tourne enfin vers moi. Ses yeux se posent sur mes mains qui tremblent contre ma bouche. Mes larmes coulent sur mes joues, je n’arrive plus à respirer. Il abandonne la porte et se dirige vers moi. Il pousse Eliam et prend sa place en capturant mes doigts entre les siens.

— Calme-toi, il va partir.

Son souffle dans mes cheveux m’apporte le réconfort dont j’ai besoin. Je tente de reprendre mes esprits, toujours recroquevillée contre lui.

— Je sais que tu es là ! Je te préviens, je ne retournerai pas en taule ou tu plongeras avec moi, sale ordure !

Il donne un dernier coup de pied dans la porte et crie suffisamment fort pour qu’on l’entende :

— À la prochaine, mon petit. On se reverra très bientôt.

On l’entend cracher, rire comme une hyène hystérique et ses pas s’éloignent peu à peu.

C’est peut-être la peur qu’il revienne ou la pression du moment, mais même si je voulais parler, je n’arrive pas à émettre le moindre son.

— Viens avec moi.

Zaren me lève et m’entraîne dans sa chambre. Il dégage mes valises qui bloquent le passage, pousse vulgairement mes vêtements que j’avais étendus sur le lit, mais je m’en moque. En temps normal, j’aurais râlé pour si peu d’intérêt pour le rangement, mais ici, je ne suis pas dans mon assiette et il le remarque sans peine.

— Allonge-toi.

Il me tire le bras pour que je me retrouve en haut de la tête de lit. Il dispose ses coussins sous ma nuque et quelque part, le voir aux petits soins pour moi, ça me touche. Il se faufile entre les draps et me rejoint sous la couette. Son corps chaud se colle contre mon dos et sa main se presse sur mon flanc, comme s’il souhaitait me protéger encore. Je me love contre son torse ferme, les paupières closes.

— Je vais régler cette histoire.

Il passe une main dans mes cheveux et enroule une mèche autour de son doigt. La détermination dont il fait preuve me hérisse les poils. J’espère qu’il ne va pas faire n’importe quoi.

— Je vais te chercher une boisson chaude, ça va te faire du bien.

Avec douceur, il dépose un léger baiser sur mon front puis s’éloigne de moi en refermant délicatement la porte. Je l’entends discuter rapidement avec ses amis, sans que je puisse saisir le moindre mot.

Mes paupières s’alourdissent et, sans le vouloir, je tombe dans le sommeil.

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