Ice and fire 2
Chapitre 4
Dévya
Ce matin, le représentant de la classe nous a distribué nos billets d’avion et les fiches de consignes à suivre durant les trois mois, vacances comprises.
La surprise s’est lue sur mon visage lorsqu’il m’a demandé de rester dans son bureau pour m’expliquer que, finalement, mon binôme a changé au dernier moment. Et le pire dans tout ça, c’est quand il m’a montré mon nouveau partenaire, je n’en suis pas revenue. Zaren !
J’ai rapidement récupéré mes affaires et je me suis barrée aussi vite que j’ai pu.
Depuis que je suis rentrée à l’appartement, ma valise ne se remplit presque pas. J’ai du mal à me concentrer sur le fait que je vais le revoir, lui, après ce qu’il s’est passé entre nous la dernière fois. Je vais devoir dormir chez lui, manger avec lui, travailler avec lui et m’habituer à le voir tous les jours, cela risque d’être un gros changement.
— N’oublie pas ton nouveau short. Il va faire chaud à Paris.
Fady me tend l’article, l’air dépité plaqué sur son visage.
— Ne sois pas triste, je reviens vite, d’accord ?
Mon amie sourit puis s’assoit confortablement sur mon lit, en tailleur.
— Tu reviens vite si Zaren et toi ne vous remettez pas ensemble...
J’ignore le clin d’œil qu’elle me lance et lève les yeux au ciel en attrapant quelques robes de saison.
— En fait, j’ai croisé Christopher à l’entrée de l’immeuble hier et devine quoi, il n’a pas arrêté de parler de toi.
Fady comprend à mon expression faciale que discuter de Christopher est comme parler chiffon, c’est-à-dire ennuyeux.
***
L’aéroport est blindé de monde surexcité. Toutes les personnes se hâtent pour ne pas louper leur avion, quitte à en bousculer d’autres.
Ma valise en main, je tente de repérer mon vol à destination de Paris. Mes baskets me font mal aux pieds, j’ai les yeux encore teintés par le sommeil, mais ce n’est pas grave, je pourrai me reposer dans l’appareil.
Finalement, une fois mon passeport à jour, j’embarque dans l’avion après avoir déposé mes affaires. Je me retrouve à côté d’un papy qui dort déjà. Je mets mes écouteurs et sors mon ordinateur portable pour taper le programme de ce que je dois faire d’important pendant ces trois mois.
Ce matin avant de partir, je suis allée faire un bisou à Fady et j’ai déposé une petite lettre que j’ai écrite pour qu’elle la lise quand elle se sentira seule.
C’est toujours étrange de revenir en France. La vie américaine est très différente. Les gens sont différents. Les fêtes sont différentes. Les traditions sont différentes. Et il n’y a pas Zaren.
J’appréhende nos retrouvailles. J’ignore comment me comporter avec lui. J’ai l’impression de revenir cinq ans en arrière quand je ne savais même pas lui dire qu’il me plaisait. Il faut dire que ce garçon m’aura fait tourner la tête plus d’une fois.
Une dizaine de messages apparaît d’un coup, dont un qui attire tout de suite mon attention, pas vraiment habituée à voir son prénom s’afficher à l’écran.
Zaren : Salut, je viendrai te chercher à l’aéroport à ton arrivée. Si tu as besoin, appelle-moi.
Je supprime le texto. De toute manière, il doit déjà être en train de m’attendre, l’avion vient de se poser.
Je récupère mes valises à la hâte et essaye de marcher en direction de l’extérieur. Je pense que ce sera plus simple pour nous retrouver.
Je bouscule quelques passants pressés, slalomant entre les grandes paillasses de l’aéroport. Mes baskets couinent contre le sol en marbre et quand je relève la tête, l’architecture moderne me donne l’impression d’être minuscule.
Perdue dans la contemplation du paysage qui se dessine sous mes yeux, je sursaute lorsque j’entends une voix dans mon dos :
— Dév ?
Je me retourne, pas vraiment certaine de pouvoir lui faire face maintenant.
— Salut.
Je manque de tomber à la renverse en voyant sa beauté fulgurante. Bon sang, nous nous sommes quittés il y a peu de jours, pourtant j’ai l’impression que, durant toute cette séparation, il a encore embelli. Ses cheveux en bataille m’indiquent qu’il a dû se lever il n’y a pas longtemps ou peut-être qu’il n’a pas eu le temps de se coiffer.
Il s’approche de moi lentement, son regard déviant vers le bas de mon corps. Il est à quelques centimètres de moi quand je ferme les yeux.
Est-ce qu’il va m’embrasser ?
— Tu as fait bon voyage ?
Je rouvre les paupières, honteuse et ridicule lorsque je me rends compte qu’il s’est approché uniquement pour me prendre les valises des mains.
Encore émoustillée par sa proximité, je ne parviens pas à faire une phrase cohérente, mes pensées se bousculant dans ma tête.
— Euh... oui.
Zaren se contente de ma réponse brève et marche en direction de sa voiture. Je le suis, hésitante.
Nos retrouvailles sont... bizarres. C’est la première fois que je me sens mal à l’aise face à lui.
— Tu peux monter, la porte est ouverte.
Je m’installe sur le siège passager puis relève la tête vers le rétroviseur. De ma place, je peux voir Zaren charger mes valises dans le coffre, étirant ses muscles au maximum. Je me surprends à me mordre la lèvre inférieure et à fermer les yeux en me rappelant de la sensation de ses courbes contre moi, de sa puissance masculine, de ses doigts longs et experts qui parcourent ma peau brûlante.
— Tu m’as tout donné ?
Je manque de m’étouffer lorsque je rouvre les yeux brutalement. Zaren a ses avant-bras appuyés contre la portière et me fixe, un air entendu sur le visage. Est-ce qu’il sait que j’étais en train de penser à lui ?
J’acquiesce timidement, tandis qu’il fait le tour de sa voiture, faisant glousser quelques nanas qui le matent ouvertement au passage.
Je ressens une pointe de jalousie, mais je n’ai pas le temps de m’y attarder que le principal concerné entre dans l’habitacle, capturant déjà tout mon oxygène et mon attention.
Dès lors qu’il attache sa ceinture, son parfum me revient dans le nez. Il fait vibrer le moteur et quitte le parking.
Le paysage inconnu s’étend devant moi. Aucun de nous ne brise le silence et je crains qu’il me pose des questions sur ce qu’il s’est passé entre nous la dernière fois. Je tente une autre approche.
— Tu as un nouveau tatouage ?
Arrêté au feu rouge, Zaren m’observe un instant puis tend son bras sur le volant.
— Ouais.
Il dégage la manche de sa chemise et la fait glisser pour dévoiler son tatouage. Sa peau est hâlée par le soleil et brille avec le reflet de la vitre.
— Un sablier ? Qu’est-ce que ça veut dire ?
Il redémarre lorsque le feu passe au vert, certainement pour lui laisser le temps de trouver une réponse.
— Beaucoup de choses.
Il tourne sa tête vers moi.
Je soupire et lève les yeux au ciel pour le énième mystère qu’il laisse planer au-dessus de lui.
— Tu es toujours autant explicite à ce que je vois.
Je croise mes bras sur ma poitrine, déterminée à me murer dans le silence.
— Dév...
Il soupire tristement et passe sa main dans ses cheveux, les ébouriffant davantage. Je m’attends à ce qu’il aille au bout de sa phrase, afin de me montrer que je me suis trompée et qu’il a bien changé, qu’il est enfin prêt à se libérer de ses vieux démons, mais ce n’est pas le cas. Il se referme comme une huître et ne parle plus de tout le trajet. Finalement, il faut croire que certaines choses ne changent pas ; il n’a jamais été bavard. Une fois à destination, Zaren pousse la porte de son appartement et me laisse y pénétrer. J’avance doucement, non sans manquer de jeter des coups d’œil partout, pour voir dans quel espace il vit depuis tout ce temps.
L’appartement est spacieux et la décoration masculine. Un écran plat est installé en face du canapé en L noir et des LED bleu froid entourent toutes les poutres peintes en blanches. C’est super moderne et très beau.
— S’il y a du bordel, c’est parce qu’on est trois à vivre ici. Mais ne t’en fais pas, mes colocataires sont juste de passage et partent faire la fête.
J’acquiesce, le regard rivé au cadre qui me fait face. Il représente des formes géométriques, circulaires et avec des couleurs très diversifiées. Je pose mon index dessus et suis le contour de la spirale.
— Je vais te montrer ta chambre. Tu viens ?
Je suis Zaren dans le couloir. Il se pousse pour me faire entrer et pose mes valises sur la commode. La chambre est grande, tout de bois meublée, mais extrêmement vide. Il y a juste quelques décorations par ci et par là, mais mis à part un immense lit double, il n’y a aucune trace de personnalité.
— C’est ma chambre.
Il passe encore une fois la main dans ses cheveux, un geste qui me faisait perdre tous mes moyens à l’époque.
— Et toi, où dors-tu ?
— Sur le canapé.
— Tu n’es pas obligé de me laisser ta chambre, je peux très bien dormir dans le salon.
— C’est bon, ne t’en fais pas.
Sans rien ajouter, il referme ma porte et me laisse m’installer.
Je continue de fixer la paroi en bois, incrédule. J’ai l’impression de faire face à un autre Zaren, beaucoup plus mature.
***
— Tu veux boire quelque chose ?
Je sors de la chambre avec une tenue plus décontractée sur le dos. Il récupère deux verres du placard de la cuisine. Je m’assieds sur le canapé et regarde une fois de plus l’appartement.
— Un verre d’eau sera très bien, merci.
— J’ai des sodas si...
— Non, c’est bon.
Je le coupe sèchement. Il fronce les sourcils, surpris par mon ton.
— Merci, me corrigé-je, gênée.
Il semble se détendre et me sourit légèrement en versant l’eau dans les verres.
Au même moment, la porte d’entrée s’ouvre. Un mec blond entre dans l’appartement en sifflant. Il me faut un peu de temps avant de me rendre compte qu’il s’agit de mon partenaire de base pour le projet. Celui qui a été inversé avec Zaren. Lorsqu’il remarque ma présence, il retire sa casquette et s’approche de moi, les yeux illuminés.
— Salut, je suis Nalan, enchanté.
Je me présente aussi en rigolant aux quelques blagues qu’il fait d’emblée. À première vue, il a l’air très gentil et très drôle.
— Tu es encore plus belle que ce que nous disait Zaren !
Zaren a parlé de moi ?
Je tourne automatiquement la tête vers le concerné qui s’est soudainement tournée en direction de l’évier pour ne pas croiser mon regard.
Le téléphone de Nalan sonne, il s’excuse poliment en prenant l’appel et s’éloigne dans le couloir.
Zaren n’a toujours pas bougé. Je m’approche lentement de la cuisine américaine.
— Zaren ? Tout va bien ?
Il se retourne, les joues rouges. J’ouvre la bouche, surprise, et la referme très rapidement.
Pourquoi est-ce que je trouve ça si mignon de le voir gêné ?
— Excuse-le. Il n’est pas très... discret.
Il tente un sourire et dépose mon verre devant ma place. J’avale une gorgée d’eau tandis qu’il se cale contre le plan de travail, sans cesser de m’observer. La tête penchée, je le vois reluquer mon visage, mon cou, mon buste, comme s’il ne se souvenait plus de moi.
— On peut parler de ce qu’il s’est passé la dernière fois entre nous ?
Sans l’avoir vu venir, je recrache toute mon eau sur le plan de travail, en m’étouffant. Bordel, Dév, tu ne pouvais pas faire pire !
Zaren me tend une serviette pour m’essuyer la bouche et rigole comme un enfant en voyant l’eau dégouliner sur mon tee-shirt.
— Désolée...
Il redevient plus sérieux tout à coup. Je sais qu’il n’a pas oublié la question qu’il vient de me poser et que je vais devoir y répondre malgré moi.
— De quoi veux-tu parler exactement ? Du fait que lorsque nous nous sommes revus, tu m’as posé une question à laquelle je n’ai pas clairement répondu ou de la partie qui a suivi...
Zaren se redresse de toute sa hauteur et fait un pas vers moi. Il a toujours été plus grand que moi, mais, cette fois-ci, mon visage se retrouve à la hauteur de son torse. Je relève péniblement les yeux vers lui.
— Et toi... de quelle partie veux-tu parler ?
Il chuchote de sa voix rauque tout en approchant son visage du mien. Mon cœur bat à cent à l’heure, mon sang pulse dans mes veines. Ses pupilles se dilatent lorsqu’il fixe ma bouche avec gourmandise.
— Je ne sais pas...
Je baisse la tête, mais il me surprend en posant ses doigts sous mon menton pour me le relever.
— Regarde-moi.
Je lui obéis sans le vouloir, hypnotisée par ses iris caramel.
— Je ne regrette absolument pas ce qu’il s’est passé entre nous chez Hannah.
Il approche sa bouche de mon oreille et tire le lobe entre ses dents. Je mords mes lèvres et bascule la tête en arrière, envoûtée par ses baisers chauds.
— J’ai encore des images brûlantes de nos corps unis. Moi... en toi...
Je lâche un gémissement que je ne parviens pas à contenir. Zaren arrive à faire monter la température rien qu’en me parlant. Mes sens sont en ébullition. Je suis forcée de serrer les cuisses pour tenter de réduire le désir qui s’immisce en moi.
— Et toi ? Tu as oublié le bien que ça fait... nous deux... ?
Je secoue la tête énergiquement. Je le sens sourire dans mon cou. Lentement, son visage dévie vers ma clavicule. Il lèche vulgairement l’os puis, de nouveau, il observe mes lèvres.
— Quand je pense à tout ce que cette bouche pulpeuse m’a fait...
Il pose son pouce sur mes lèvres et en trace le pourtour en léchant les siennes. Il approche lentement son visage du mien, nos nez l’un contre l’autre. Nos souffles se mélangent, je peux sentir d’ici son cœur battre plus vite. Lorsque nos bouches sont proches l’une de l’autre, un fracas énorme nous fait sursauter et nous éloigne aussitôt, à regret.
— C’est vraiment qu’une connasse !
Nalan entre en rogne dans la cuisine, attrape une canette de soda et s’installe sur un tabouret, n’ayant visiblement pas remarqué qu’il venait d’interrompre quelque chose. Zaren me fixe, déçu de ne pas avoir pu aller plus loin.
— Tout va bien, Nalan ?
Ma voix encore tremblante de désir, je tente de comprendre ce qu’il se passe.
Le colocataire de Zaren relève la tête.
— J’ai rencontré une fille en boite de nuit et là je viens d’apprendre qu’elle est mariée ! Tu le crois, toi ?
Il soupire, visiblement plus en colère que déçu. Je l’écoute déblatérer sur cette femme nommée Christy, je crois. Une belle blonde au gros décolleté, d’après la description de Nalan.
Alors que je rigole, la porte d’entrée claque. Nous tournons tous la tête dans la même direction. Un homme brun entre, une sacoche de travail à la main. Son regard bleu océan se pose instantanément sur moi, je dois rougir tout de suite en constatant qu’il me reluque de la tête aux pieds en s’avançant vers moi.
— Bonjour, moi c’est Eliam.
L’autre colocataire se penche vers moi et m’embrasse juste au coin des lèvres avant de me regarder, un fin sourire affiché sur son visage parfait. Il est très beau, c’est un fait. Cependant, quelque chose chez lui ne me plaît pas et j’ignore ce que c’est.
Je préfère Zaren, voilà pourquoi...
— Tu as fait bon voyage, Dévya ?
Je remercie silencieusement Eliam de me faire la conversation. Étrangement, je retiens plus sa question que le fait qu’il m’ait appelée par mon prénom, alors que je ne le lui ai pas encore donné.
— Bien, merci. Le changement de pays a été difficile, mais maintenant que j’ai les deux pieds en France, je ne souhaite pas prendre l’avion de sitôt.
— Ça vous dit d’aller faire une visite de Paris ?
J’accepte avec plaisir. Je décide d’emprunter leur salle de bain pour me refaire une beauté. C’est certain que les heures d’avion ne m’ont absolument pas arrangée, sans compter que mes cheveux sont emmêlés comme si j’avais fait des dreads locks...
Ou comme si j’avais couché avec un mec. Non !
Je suis en train de me battre avec mon subconscient lorsque je rentre dans la douche. Je repère facilement les savons divers, installés sur le bord d’un meuble en bambou. Il y en a un en particulier qui attire mon attention. Je reconnais celui de Zaren, c’est le même que quatre ans plus tôt, lorsque j’étais allée travailler dans l’entreprise de son père. Hésitante, je ne sais pas si je m’autorise à l’ouvrir juste pour sentir son odeur.
Oh et puis merde !
Je retire rapidement l’opercule et renifle ce qui en sort. Un mélange de frais, de masculin, de sexy et un brin musqué. Estimant que j’ai eu ma dose, je me contrains à le refermer et le reposer à sa place.
***
Paris est une ville magnifique et on comprend qu’elle soit la capitale de la France. Nous croisons beaucoup de touristes étrangers qui semblent raffoler des boutiques parisiennes.
Nous marchons le long des Champs-Élysées pendant qu’Eliam se prend la tête avec Nalan à propos des qualités de travail des salariés dans les quartiers pauvres comparés à Paris. Mon regard se pose sur tous les endroits lumineux, toutes les décorations diverses qui donnent ce dynamisme à la ville.
— Ça te plaît ?
Le murmure de la voix de Zaren dans mon oreille me fait sursauter. Je n’avais pas remarqué qu’il marchait à côté de moi depuis le début.
— Beaucoup.
Nos regards se croisent un instant. Nous ne disons plus rien, mais il est difficile pour moi de manquer l’accélération soudaine de mon cœur lorsqu’il est proche de moi.
Finalement, Nalan coupe court à notre contact en me poussant vers une boutique où trônent des souvenirs ''I love Paris'' en tout genre.
***
C’est avec les pieds en compote que je m’étale sur le canapé, exténuée. Zaren est parti à la douche, tandis que les deux autres se sont enfermés dans leurs chambres pour se reposer un peu.
Seule, je décide de prendre les choses en main et de préparer un bon dîner pour ce soir. Il faut bien que je leur montre que je ne suis pas venue ici seulement pour glander ; je dois aussi mettre la main à la pâte.
Après avoir regardé ce qu’il y a dans les placards, je prépare un gratin dauphinois et du poisson accompagné d’une sauce au beurre et aux herbes de Provence. C’est une recette que ma mère faisait souvent quand j’étais petite. J’espère la réussir aussi bien qu’elle.
— Ça sent bon.
Je me retourne, la poêle à la main, pour découvrir un Zaren presque à poils.
Bordel !
Je laisse presque s’échapper mon ustensile de cuisine que je pose sur la gazinière pour éviter de me brûler. C’est lorsqu’il tousse que je me rends compte que mon regard est resté un peu trop longtemps rivé sur ses abdominaux sexys.
— Tu n’étais pas obligée de préparer à manger.
Il s’approche de la plaque de cuisson, donc de moi. Je ferme les paupières en reniflant l’odeur de son gel douche puis les rouvre juste à temps pour le voir passer sa main dans ses cheveux. Je marque un temps d’arrêt sur ses biceps musclés... J’en perds mon souffle.
Le dos appuyé contre le réfrigérateur, il m’observe en biais.
— Tu peux arrêter de me regarder...
Je me tortille de gêne alors qu’il m’adresse un sourire si sexy qu’il en ferait baver une sainte.
— Je peux goûter ?
Cette fois-ci, il s’approche de moi et attrape la cuillère en bois qui trempe dans la sauce épaisse. Il porte le liquide à sa bouche et en avale doucement le contenu. Je reste focalisée sur ses lèvres pleines qu’il lèche par gourmandise.
Je suis complètement mordue.
— C’est délicieux.
Il se retourne vivement vers moi, ce qui me permet d’essayer de reprendre mes esprits. Je ne voudrais pas qu’il voie que je suis en train de fantasmer sur sa bouche si séduisante. Cette même bouche qui m’a fait prendre beaucoup de plaisir auparavant.
— À ton tour.
Avant que je n’aie le temps de comprendre de quoi il parle, Zaren pose sa main sous mon menton et fait glisser la cuillère en bois dans ma bouche. Je plisse légèrement les paupières en sentant la chaleur du liquide. Zaren a les yeux rivés sur mes lèvres. Il retire la cuillère et la repose sur le plan de travail sans cesser de me fixer. Lentement, son pouce vient frôler ma bouche. Il la caresse. Je le regarde droit dans les yeux, pas bien certaine de réussir à définir ce qu’il se passe entre nous.
— Tu as de la sauce ici...
Sa voix est à peine audible lorsqu’il récupère une goutte de liquide qui perle au coin de ma bouche et qu’il la porte à la sienne pour se lécher vulgairement le doigt. J’observe avec fascination sa langue s’enrouler autour de sa peau sans qu’il cligne des yeux. Son regard s’est obscurci, je n’ai presque plus aucun doute sur ce qu’il compte faire de moi, à part son dessert.
Et je le laisserais volontiers faire.
— C’est quoi ce bordel, Zaren !
Le cri strident de Nalan nous fait nous éloigner illico. Ça deviendrait presque frustrant de nous faire déranger à chaque fois que nous nous rapprochons.
— De quoi tu parles au juste ?
Mon beau brun contourne l’îlot central pour venir se planter devant son colocataire.
— Il y a un type en bas qui te cherche ! Et à mon avis ce n’est pas un mec fréquentable si tu vois ce que je veux dire !
— Quoi ?
Zaren le fixe, perplexe. Tout comme moi, il semble complètement perdu.
— Je ne sais pas quelle merde tu as encore foutue, mais il m’a menacé !
— Qu’est-ce que tu racontes ?
Je vois que la patience de Zaren commence à saturer.
De quoi il parle au juste ? C’est qui ce mec ? Est-ce que Zaren a fait des conneries ?
— C’est un type chauve et tatoué sur tout le visage. Il m’a demandé si tu étais là et il a commencé à me prendre la tête à propos de... taule, je crois. Il est malade !
Le visage de Zaren se transforme, comme s’il comprenait enfin de qui il s’agit. Il se rapproche soudainement de Nalan.
— Qu’est-ce qu’il t’a dit d’autre ? Il était seul ?
Nalan grince des dents. Il cherche ses mots, encore sous le choc.
— Je ne sais plus... et oui, il était seul. Zaren, c’est qui ce type ? Qu’est-ce que t’as foutu ?
Le concerné commence à tourner en rond dans l’appartement, ses mains dans ses cheveux en bataille.
Je ne pense pas que l’homme dont parle Nalan soit quelqu’un de très bon pour Zaren. J’ai un mauvais pressentiment.
— Plus personne ne sort d’ici avant demain matin, c’est clair ?
Il s’adresse à tout le monde, mais ne fixe que moi. J’acquiesce, apeurée.
Eliam entre à son tour dans la pièce, un carnet à la main. Quand il remarque nos visages crispés, il ne peut s’empêcher de demander ce qu’il se passe.
— Explique-nous, Zaren, c’est qui ce type ? reprend Nalan, aussi tourmenté que moi.
— Une vieille connaissance qui a décidé de me faire chier apparemment.
Nalan se rapproche de Zaren et lui adresse un coup sur la poitrine.
— Tu ne peux pas nous enfermer dans cette baraque sans nous donner d’explication ! Tu as encore foutu la merde ?
D’un coup, Zaren plaque Nalan contre le mur. Il le tient par le col de son polo. Son visage est déformé par la colère et rouge de sang. Je porte mes mains à ma bouche, je déteste la violence.
— Il n’y a pas d’explications, tu restes ici, tu m’entends ?
Eliam vient séparer les deux colocataires.
— Tout va bien, Dévya ? me demande ce dernier.
J’acquiesce, ne sachant que dire. Zaren se tourne enfin vers moi. Son regard tombe aussitôt sur mes mains qui tremblent, mais que j’essaye de cacher tant bien que mal. Je baisse les yeux, perdue.
Quelques secondes après, je sens une présence à côté de moi. Je n’ai pas besoin de relever la tête pour savoir de quoi il s’agit. Dans un geste protecteur, Zaren m’attrape la nuque et vient coller mon visage contre son torse. Je me laisse aller contre lui, mes mains trouvant naturellement leur place autour de son corps.
— Ça va aller, d’accord ?
Il me souffle dans l’oreille. Je ferme davantage – si c’est possible – les yeux et acquiesce, le nez collé à son torse brûlant. Je ne pourrais pas supporter de le voir en danger. Je tente de faire taire toutes mes questions, essayant de profiter de l’instant entre ses bras.
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