Ice and fire 2
Chapitre 30
Zaren
Quel connard je suis !
Bordel.
— Tu veux un truc à boire ?
Je secoue la tête face à la proposition d’Anélia. Elle a gentiment accepté de m’héberger hier soir lorsque je suis sorti en furie de l’appartement pour ne pas avoir à recroiser Dév dès le réveil. Mais ça ne m’a pas empêché de penser à elle toute cette putain de nuit.
À peine vingt-quatre heures que nous avons rompu, pourtant, elle me manque déjà.
— Tu devrais arrêter de te torturer la tête pour cette fille. Tu en trouveras d’autres.
Je sais qu’Anélia essaye de bien faire, mais je crois que c’est pire.
— Non, c’est elle que je veux.
Je plante mon regard dans ses yeux bleu azur, avant de me concentrer de nouveau sur les gouttes qui coulent dans la cafetière.
— Tu sais...
Anélia pose sa main sur la mienne dans un geste réconfortant.
— ... parfois les personnes qui sont faites pour nous sont bien plus proches qu’on le croit.
Elle me fait un timide sourire sans cesser de m’observer. J’ignore ce que je ferais si elle n’était pas là. Certes, ce n’est pas la meilleure amie de Dévya et je ne sais pas réellement pourquoi, mais elle reste présente dans les moments difficiles comme maintenant. Et discuter avec une fille est totalement différent de parler à Eliam ou Nalan. Eux sont des brutes, ils ne comprennent pas qu’on puisse penser autant à une nana.
— Je vais aller me doucher. Je peux te prendre une serviette ?
Je recule de la table, mais alors que je m’apprête à débarrasser, Anélia m’en empêche.
— Vas-y. Je m’en occupe.
Je la remercie silencieusement et termine mon verre de jus d’orange en même temps qu’elle lave les couverts que nous avons utilisés. De dos, je regarde furtivement sa tenue. Elle a enfilé une nuisette si fine qu’elle laisse peu de place à l’imagination. J’ai déjà vu son corps nu plusieurs fois et elle est vraiment bien foutue. Elle le sait. Dévya est une nouvelle fois différente d’elle. Là où Anélia est toute fine et siliconée, Dév a des formes généreuses et naturelles.
Je quitte son cul du regard pour aller vers la salle de bain. Correctement entretenue, je sors et récupère mes affaires. Il est l’heure pour moi de devoir affronter la vérité, même si je la redoute.
— Merci de m’avoir hébergé pour la nuit.
Elle rougit légèrement et s’appuie contre le mur.
— Pas de soucis. N’oublie pas que tu peux venir ici quand tu veux.
Je prends note de sa proposition et après l’avoir saluée, je quitte son appartement pour retrouver le mien qui m’a l’air beaucoup moins accueillant.
À peine ai-je mis la clef dans la serrure que j’entends du boucan en provenance de la cuisine. Je pose prudemment mes affaires et longe le couloir. En entrant dans la pièce, je me stoppe sur place. Dévya est contre le micro-ondes, un bouquin entre les mains et une grosse tâche de farine sur le bout du nez. Dès qu’elle me voit, elle se redresse et pose maladroitement son livre sur la table.
— Salut, dis-je pour lancer la conversation.
J’ai conscience de danser d’un pied à l’autre, mais à vrai dire, je n’ai jamais été autant mal à l’aise de ma vie.
Comment on est censé se comporter avec une meuf qu’on aime, mais qui est notre ex depuis à peine un jour ?
— Salut, répond-elle poliment en se concentrant de nouveau sur son livre.
Ses doigts longent des lignes écrites en minuscules, puis elle fronce les sourcils.
— Tu cuisines ?
Putain, t’es pathétique, mec. Bien sûr qu’elle fait à manger, sinon pourquoi elle aurait de la farine sur la gueule ?
— Oui. Je veux faire des crêpes, mais je ne me rappelle plus de la recette méga bonne de ma mère.
Je souris lorsqu’elle emploie cet adjectif. Je me souviens qu’il m’avait déjà surpris la première fois qu’elle l’avait utilisé pour parler d’un scénario de film de Will Smith. Il n’y a qu’elle pour inventer des trucs pareils.
— Tu as besoin d’aide ?
Une fois de plus, je regrette de dire tout ce qui me passe par l’esprit.
Je baisse la tête et ferme les yeux, prêt à me rétracter lorsqu’elle me répond timidement :
— Si tu veux.
Sa voix est faible, mais je l’entends. Je la remercie en silence et m’approche d’elle pour suivre les instructions. Notre proximité semble la rendre nerveuse puisqu’elle se racle la gorge à chaque fois que ma main effleure la sienne ou que mon torse touche son bras.
— Il faut casser les œufs. Tu t’en sens capable ? me demande-t-elle avec un fin sourire qui étire ses jolies lèvres pulpeuses.
Je hausse les épaules.
Ça ne doit pas être si compliqué que ça, si ?
— On verra bien.
Elle rit et me ramène la boite d’œufs devant les yeux, le temps qu’elle fasse fondre le beurre et pèse la farine.
— Ce n’est pas grave si j’ai fait tomber quelques coquilles ?
Dévya se retourne vers moi et se penche dans le saladier. Elle écarquille les yeux en constatant le désastre, mais par politesse, elle se contente de me dire :
— Ce n’est pas grave. Je vais arranger ça.
Je l’observe prendre les plus gros morceaux avec précaution et les jeter à la poubelle.
— Au moins, elles auront la chance d’être croustillantes.
Nous rions ensemble. Ça fait du bien. Notre complicité n’a pas disparu et ça me rassure. J’avais peur que Dévya se ferme totalement en rompant avec moi, mais ce n’est pas le cas. Au moins, ça me prouve que rien n’est encore perdu.
Elle me donne ensuite le reste des ingrédients que j’ajoute peu à peu à la préparation. Nous rigolons encore lorsque je ressors le fouet rempli de pâte pleine de grumeaux. Dévya n’arrête pas de me dire que je ne suis pas doué et je veux bien la croire.
Lorsque la fameuse étape de la cuisson des crêpes arrive, elle hésite à me la confier, vu mes dernières fautes.
— Je te donne une chance. Si tu la rates, c’est moi qui fais les autres.
Une lueur d’espoir s’immisce en moi en m’imaginant qu’elle ne parle pas seulement que de ces crêpes à la con.
Elle verse une louche dans la poêle et je la pose sur le feu. Il faut attendre que ça chauffe, d’autant plus qu’il s’agit de la première et qu’elle est généralement ratée.
— Tu n’es vraiment pas doué pour la cuisine, Zaren. Heureusement que tu n’as pas décidé que ce serait ta vocation.
Elle se moque gentiment de moi et je la laisse faire. À vrai dire, je sais très bien que la cuisine et moi, ça fait deux. Je l’ai su dès le moment où j’ai utilisé du liquide vaisselle senteur citron pour assaisonner des spaghettis.
— On en parle de ton riz qui est resté collé à la casserole pendant trois semaines ?
Dévya ouvre la bouche en grand en me jetant un coup de torchon dans le bras.
— Alors, déjà, c’était du riz spécial sushi. Comment j’aurais pu deviner qu’il ne se cuisait pas de la même façon ?
Elle a beau afficher une mine détachée, je la connais suffisamment pour savoir qu’elle a encore honte de cette fameuse journée. Elle avait pleuré dans son coin parce qu’elle allait devoir jeter de la nourriture alors que des personnes dans la rue n’ont rien pour se nourrir. Pour la rassurer, nous étions partis acheter des croissants pour les SDF et elle avait passé le reste de la journée aussi rayonnante que d’habitude.
Je retourne ma crêpe. Elle est légèrement froissée, mais j’espère que Dévya n’y fera pas attention.
— Tu vas bien depuis hier ?
Ma main se crispe sur la louche. Je me retourne vers elle, décontenancé par la question.
— Et toi ?
Elle hausse les épaules sans grande conviction. Nous nous cherchons du regard un moment avant que le crépitement de la crêpe qui crame nous interrompe. Je la balance dans l’assiette pour en faire une autre.
— On dirait que tu te débrouilles mieux pour la cuisson.
Je lui souris tendrement.
— J’ai un bon chef.
Elle rougit en soupirant d’aise puis s’approche de moi. C’est la première fois qu’elle envahit mon espace personnel, si bien que j’ai l’impression qu’elle va m’embrasser. Et je le crois encore lorsqu’elle se penche vers moi. Sauf que, d’un geste fluide, elle récupère de la pâte et m’en tartine la joue.
Elle s’en va en hurlant de rire, tandis que je réfléchis à la meilleure des solutions.
Première option : j’agis en tant qu’adulte et ne me venge pas.
Deuxième option : je récupère le saladier et je continue cette guerre.
Je ne mets pas longtemps à prendre ma décision. Je plonge ma main dans la pâte et cours derrière Dév. Elle tente de s’échapper en criant, mais je la rattrape en deux enjambées et lui peins le visage comme si j’étais Picasso.
Recouverte de ce liquide jaune, elle ne cesse de rire et vient frotter sa tête contre mon tee-shirt qui devient vite sale. Je plonge ma main dans ses cheveux et décide de lui faire de nouvelles mèches.
— Non ! grogne-t-elle en s’accrochant à ma taille comme un koala.
— OK. On fait une trêve ?
Je lève la main en l’air pour arrêter ce combat et la rouquine, aussi épuisée que moi, vient me la taper pour signer notre arrêt officiel.
Un peu plus tard, tout le monde est attablé pour goûter nos fameuses crêpes. On ne va pas se mentir, on en a très peu. Entre les cramées à cause de notre bataille et la pâte diminuée pour la même raison, nous n’avons que huit crêpes présentables sur les vingt-six prévues au départ.
— Elles sont... originales, remarque Eliam.
Je me retiens de rire.
— Rassurez-moi... ça existe des crêpes croustillantes ? demande Nalan, pas tranquille.
Cette fois-ci, Dév et moi échangeons un regard complice avant d’éclater de rire.
Ouais, il n’y a pas à dire, je suis bien mieux ici.
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