Ice and fire 2
Chapitre 20
Zaren
J’ai la tête complètement dans le cul. Sans déconner, j’ai tellement envie de tuer le fils de la voisine du dessus qui braille dès que l’occasion se présente ! C’est d’une humeur massacrante que je sors de la chambre.
— Putain, marmonné-je en découvrant que la nuit a déjà commencé à tomber.
Un tour dans la cuisine et je me retrouve en face de Dév qui est en train de cuisiner. Je sais qu’elle souhaite me faire plaisir en mijotant de bons petits plats, mais ça me gêne. Je ne veux pas qu’elle pense qu’elle n’est réduite qu’au statut de femme de cuisine. Je tente de faire le moins de bruit possible, pour pouvoir l’admirer encore un peu avant qu’elle ne s’en aperçoive. Son tablier est tacheté de farine à certains endroits tandis que sa toque de chef aplatit ses longs cheveux roux et lui barre le visage. Soudain, comme si elle avait senti ma présence, elle relève les yeux et son regard tombe sur moi. Ses lèvres se rehaussent en un sourire timide, alors qu’elle commence déjà à essuyer ses mains sales sur le torchon.
Putain, elle est magnifique et je suis un enfoiré de chanceux de l’avoir rien que pour moi.
— Tu as fait le tour de la pendule.
Sa remarque reste en suspens. Je m’approche d’elle progressivement jusqu’à me retrouver juste en face de ses iris charbon. Mon regard tombe sur ses lèvres pulpeuses qu’elle mord sans s’en rendre compte. Une bouche tellement sexy que j’aime avoir partout sur mon corps. Alors que je m’apprête à souder mes lèvres aux siennes, Dévya recule, prétextant devoir récupérer la fournée de cupcakes qu’elle vient de mettre au four.
— Tu as faim ? J’en ai fait pour au moins trente personnes.
L’odeur alléchante des gâteaux m’envoûte, mais je ne quitte pas ma place, tentant de trouver pourquoi elle avait l’air si stressée lorsque je me suis approché d’elle pour l’embrasser. Les femmes restent un grand mystère. Surtout Dévya Coman.
— Tu viens, on va rejoindre les autres au salon ?
Dév récupère la plaque de cupcakes et passe devant moi comme si de rien n’était. Je la suis malgré moi, mais je garde dans un coin de ma tête que cette discussion n’est que partie remise.
— Ils sont délicieux !
Fady pousse un gémissement de plaisir qui nous amuse. Cette fille est une obsédée du cul, c’est vraiment incroyable. On dirait tellement Aaron sur certains points.
— Merci, Fad.
Les deux copines se regardent un certain temps dans les yeux avant de détourner le regard vers moi.
— Quoi ? lancé-je agressivement à Fady qui ne cesse de sourire niaisement.
J’ai l’impression d’être analysé et je déteste ça.
— Rien, Zaren. Rien.
Et un autre coup d’œil à Dévya qui m’indique très clairement qu’une chose se passe dans mon dos.
— Je souhaite porter un toast à ma dernière soirée ici !
Fady lève sa flûte de champagne et nous l’imitons. À la simple mention de son départ, Dév sourit faussement et baisse les yeux. La tristesse s’empare d’elle, mais avant que je n’aie le temps de réagir, elle se ressaisit et lance à son tour :
— À ma super copine et ses idées farfelues !
Les deux filles trinquent entre elles avant d’exploser de rire. Nalan, Eliam et moi restons plantés comme des glands, incapables de comprendre de quoi elles parlent.
Un peu plus tard dans la soirée, je n’ai toujours pas eu le temps de discuter avec ma copine. Soit elle est occupée, soit elle est avec son insupportable moulin à paroles qui n’est autre que Fady. Je ne veux pas discuter de nous devant elle, c’est une commère et elle serait capable de retourner Dévya contre moi à chacun de mes mots.
— Dév, on peut parler ?
Cette fois-ci, je sens que c’est le bon timing.
Dévya me regarde, un brin gênée. Elle semble chercher Fady du regard, mais je me plante devant elle pour l’inciter à se concentrer uniquement sur moi.
— D’accord, bredouille-t-elle timidement.
Pour que nous soyons plus tranquilles, je l’invite à me suivre dans la chambre.
Dès lors que je ferme la porte, je jure entendre les battements de son cœur s’accélérer. Elle est assise sur le lit, le visage tourné vers le mur pour ne pas croiser mon regard.
Elle est si belle...
— Je peux savoir pourquoi tu m’évites ?
Ma question lancée, les traits de la rouquine se déforment. Son visage, d’ordinaire si joyeux, semble crispé.
— Je ne t’évite pas.
— Ah non ?
Les bras croisés sur ma poitrine, le bout des fesses appuyées contre le rebord du bureau, j’espère l’impressionner.
— Me prends pas pour un con, Dév, je déteste ça.
J’ouvre les hostilités et ça me crève le cœur de faire ça, mais je n’ai pas le choix. La seule chose à faire pour qu’elle se livre à moi, c’est de la piquer. Et j’ai réussi :
— Est-ce qu’il y a au moins une chose que tu aimes bien chez moi dans ce cas ?
Nous y voilà. Dévya plante son regard brûlant dans le mien. Elle me lance des éclairs de puissance mille volts.
— Pardon ?
— C’est vrai, quoi ! Tu me reproches toujours des choses, alors est-ce qu’il y en a au moins une que tu aimes chez moi, mis à part le fait que je sois là quand tu as besoin de sexe ?
La simple idée qu’elle puisse penser que je la réduis au rang d’objet sexuel me donne un coup au cœur. Même si entre nous au pieu c’est génial, je n’imagine même pas comment elle peut imaginer ça de moi. Je pensais avoir fait mes preuves et lui avoir indirectement avoué ce que je ressens pour elle.
— Ne dis pas ça.
— Ah non ? Alors, explique-moi.
La rouquine saute sur ses deux pieds et bombe la poitrine pour me prouver qu’elle n’a pas peur et qu’elle est prête à faire face à cette nouvelle dispute.
— Que je t’explique quoi ?
Elle est en train de me paumer complètement et j’en ai ras le cul !
— Explique-moi tout. Dis-moi ce que tu aurais dû m’avouer il y a quatre ans quand tu m’as laissée tomber sans explication !
J’ai conscience que ce n’est plus la Dévya compatissante que j’ai en face de moi. La haine qu’elle éprouve en ce moment me montre qu’elle n’a jamais tourné la page et que, malgré tout, elle me reproche mon incapacité à m’exprimer. Elle m’en veut encore.
— Tout ça, c’est du passé, Dévya ! Vis dans l’instant présent !
Je lève les bras au ciel. Ma voix est devenue grave sous la colère et pourtant, la rouquine est bien décidée à ne pas en rester là.
— J’ai besoin de savoir, Zaren ! Je veux savoir avec qui je sors ! Est-ce que tu m’as trompé avec une autre fille ? C’est peut-être pour cette raison que tu es parti sans explication !
Mon sang bouillonne dans mes veines. Plus elle raconte des conneries et plus j’ai envie de frapper très fort dans le mur juste à côté d’elle.
— C’est peut-être Anélia, remarque…
— Qu’est-ce qu’elle vient faire là-dedans ?
— À toi de me le dire. C’est ta super méga copine après tout.
Je n’arrive pas à comprendre comment je peux être fou amoureux d’une nana aussi bornée.
— Laisse-la en dehors de cette histoire.
Nous avons déjà un problème à régler, ce n’est pas la peine qu’elle les mette tous sur le tapis.
— Réponds-moi. Je veux des explications, Zaren.
Ma main vient trouver ma tignasse pour tirer dessus. Les muscles de mes biceps se bandent, ma poitrine se contracte et mon pouls s’accélère.
Dévya reste immobile devant moi, les bras ballants autour du corps, le regard rivé au mien pour découvrir la vérité. Cette vérité que je n’ai pas d’autre choix que de balancer si je veux réellement avancer dans notre relation.
— Ma mère est morte dans un accident de voiture, en entraînant mon frère avec elle.
Le silence de mort qui s’ensuit me fiche les jetons. Heureusement, Dévya le brise de sa voix douce :
— Je le sais, Zaren.
Il n’y a aucune trace de colère, de haine ou de regret. Elle est juste compréhensive et présente pour moi.
— J’ai voulu aider les autres jeunes qui avaient des parents alcooliques, alors je me suis inscrit en tant que bénévole dans un groupe. Je m’y rendais pendant mes heures de pause ou quand ils manquaient d’effectif. Je voulais juste faire un geste pour ces gamins qui souffraient, comme moi j’aurais aimé qu’on me protège de cette femme.
À l’évocation de cet accident, mes yeux se brouillent de larmes. Cet épais rideau salé glisse sur mes joues et s’installe à la commissure de mes lèvres. Je hais l’idée que Dévya puisse me voir dans cet état lamentable, mais ma carapace vient de se briser beaucoup plus facilement que je le pensais.
— Je suis là.
Dévya se glisse entre mes jambes et vient prendre mon visage en coupe pour l’appuyer contre sa poitrine. Je m’y réfugie, le regard hanté par des images épouvantables qui resteront gravées à vie dans ma mémoire, accompagnées d’un immense regret de ne pas avoir pu sauver mon frère alors qu’il avait besoin de moi.
— Tout va bien. Tu es quelqu’un de formidable, Zaren. C’est remarquable ce que tu as fait pour ces gamins.
Je respire son parfum, la seule odeur capable de m’apaiser. Elle est toute ma vie. Si elle n’était pas près de moi, je sais que je serais incapable de surmonter toutes les épreuves qui se sont passées depuis son arrivée.
— J’imagine que ce n’est pas le moment idéal, mais... j’ai une dernière question à te poser.
Malheureusement, elle s’éloigne de moi bien trop rapidement et je n’ai pas le temps de reprendre mes esprits qu’elle me demande :
— Pourquoi es-tu parti il y a quatre ans ?
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