Ice and fire 2
Chapitre 28
Dévya
Vers quatre heures du matin, un bruit sourd me réveille, mais je ne bouge pas pour autant. Zaren vient de se cogner contre un meuble et essaye de se frayer un chemin jusqu’à notre lit. Son poids lourd tombe à côté de moi et je constate avec horreur qu’il a encore ses habits. Je fais mine de dormir, sachant pertinemment que dans le noir, il ne s’apercevra pas de mes yeux grands ouverts. Zaren lâche un soupir bruyant avant de poser ses bras musclés autour de ma taille.
— Bonne nuit, bébé.
Mes narines sont au taquet. L’odeur de son parfum se mélange à celui de la cigarette froide. J’ai horreur qu’il fume comme ça et il le sait très bien. Je tente de me rendormir, mais une personne toque à la porte de notre chambre.
— Putain, c’est quoi ce bordel, il est quatre heures du mat’ !
Furieuse, j’allume la lampe de chevet. Zaren a les yeux explosés à côté de moi et ne prend même pas la peine de se relever pour regarder qui vient nous déranger.
— C’est qui ?
Ma voix n’est pas très accueillante, mais je ne suis pas d’humeur. J’essaye de dormir, pourtant, on dirait bien que c’est mission impossible. Ils se sont donné le mot, il n’y a pas d’autres explications.
Le battant s’ouvre doucement. Je tombe de stupéfaction en découvrant la silhouette dénudée d’Anélia dans l’encadrement de la porte.
— Qu’est-ce que tu fiches ici ! chuchoté-je, énervée.
Je n’y crois pas ! Elle n’est pas partie ?
Mon regard tombe soudainement sur son corps et mon cœur loupe un battement. Elle porte un tee-shirt de Zaren en guise de pyjama.
— Tu te fous de ma gueule ?
Je réveille Zaren en le secouant de tous les côtés. Celui-ci grogne et repère tout de suite l’objet de ma frustration.
— Dév... Elle a bu. Je lui ai proposé le canapé.
Je ne veux pas d’explication. Ce qui m’importe, c’est son corps à elle dans les fringues de mon mec.
— Tu sais quoi ? Si tu veux te la taper, je te laisse le lit.
Je récupère mon oreiller, mais avant que je n’aie le temps de déguerpir, Zaren me chope le bras.
— Qu’est-ce que tu racontes, bordel ?
Je le fusille du regard tout en me débarrassant de sa prise.
En sortant de la chambre, je jette un coup d’œil à Anélia et lui lance d’un ton le plus neutre possible :
— Félicitations, tu as gagné. Il est tout à toi.
Je me fiche de savoir si elle le rejoint au lit ou non. Je me laisse tomber sur le canapé, les larmes au bord des yeux. De toute façon, il va falloir faire un choix. Je ne supporte pas d’avoir des doutes sur cette fille à chaque fois que mon copain et elle sont dans la même pièce.
Finalement, elle a bel et bien gagné. Zaren et moi, c’est terminé.
***
Vers six heures, alors que le soleil commence à peine à se lever, je perçois un grincement de porte accompagné de pas réguliers sur le carrelage du couloir. Au début, je pense à un des colocataires de Zaren qui a soif et vient se servir un verre d’eau, sauf que la silhouette ensommeillée de Zaren se retrouve pile dans ma ligne de mire. Son torse musclé halé brille en contraste avec son short de sport blanc. Au moins, il a pris la peine d’enfiler une tenue plus confortable que ses vêtements d’hier.
Perdue dans la contemplation de son corps lorsqu’il s’approche de moi, durant un court instant, je ne me rappelle même plus pourquoi je lui fais la tête. Et puis des images d’Anélia qui porte son tee-shirt me reviennent en mémoire et ravivent ma colère.
— Qu’est-ce que tu fais ici ?
En guise de réponse, Zaren déplace délicatement une de mes jambes sur le côté afin de bénéficier de plus de place pour s’allonger sur le canapé. Ce dernier grince en sentant un nouveau poids. Je réitère ma question sans avoir plus de réponse. Le visage de Zaren est tourné vers le mien. Notre proximité me rend mal à l’aise, d’autant plus qu’il ne cesse de me fixer de ses yeux caramel. Ce qui est le plus surprenant, c’est l’intimité de ce moment. Je le trouve presque plus privé que lorsque nous faisons l’amour.
Le silence de la pièce me rend soudainement nerveuse. Rares sont les fois où Zaren et moi nous ne parlons pas lorsque nous nous retrouvons ensemble. En fait, nous trouvons toujours des sujets de discussion spontanément, ce qui fait que l’ennui est très peu présent dans notre couple. Ici, je ne sais même pas comment définir ce qu’il se passe.
Son regard toujours planté dans le mien, la main de Zaren vient se poser sur ma joue avec une délicatesse qui me laisse sans voix. Son pouce frôle l’arête de ma mâchoire avant de dessiner rapidement le contour de mes lèvres.
— Je ne veux plus dormir sans toi.
Mon cœur s’emballe et se met à battre beaucoup plus rapidement. C’est la première fois qu’il parle depuis qu’il se trouve dans le salon. Sa voix rauque me fait fondre et, accompagnée de sa déclaration, je ne vois pas comment je pourrais encore lui en vouloir. Zaren a beau être un homme mystérieux et discret dans ses sentiments, lorsqu’il fournit un effort, je me dois de le reconnaître.
Toutefois, avant de lui sauter dans les bras, j’exige certaines explications.
— Où est Anélia ?
Mon beau brun soupire en retirant sa main de mon visage pour la passer dans ses cheveux. Je garde pour moi le sentiment de vide qu’il laisse en s’éloignant comme il vient de le faire.
— Elle est partie dormir dans la chambre de Nalan dès que tu t’es barrée.
Mon angoisse disparaît. Je craignais qu’elle ait eu le culot de prendre ma place dans le lit. Même si, finalement, c’est moi qui lui en ai donné l’autorisation.
— Pourquoi elle portait ton tee-shirt ?
Zaren fronce les sourcils. Mes questions doivent l’agacer, mais il se contente de me répondre du ton le plus neutre possible.
— Elle s’est vomie dessus.
Le simple fait d’imaginer la princesse Anélia pleine de grumeaux dégoulinants me donne envie de rire. Mais par politesse ou par respect pour Zaren, je me ravise.
— Maintenant que tu sais tout, on peut terminer la nuit ?
Zaren n’attend pas ma réponse pour passer ses bras autour de mes hanches et me rapprocher de lui. Mon dos contre son torse, j’ai le bonheur de sentir les battements réguliers de son cœur et la puissance de son buste ferme.
Qu’est-ce que j’ai été conne d’être prête à baisser les armes face à Anélia ! S’il faut que je me batte pour rester près de lui, alors je le ferai. La guerre ne fait que commencer.
Princesse Anélia, la Queen Dévya est de retour.
***
Depuis le début de la journée, je suis en bien meilleure forme qu’avant. Les choses ont été mises au clair avec Zaren et tout est réglé. J’ai même eu le plaisir de voir le visage horrifié d’Anélia lorsque, ce matin, j’ai attrapé Zaren pour lui rouler une pelle devant tout le monde. Une vraie pelle, mélange de langues et de salives. Bien évidemment, j’ai eu conscience que tous nous regardaient, mais au moins, cette poufiasse sait maintenant que je suis de retour dans la course.
Les garçons sont partis faire les achats pour remplir le réfrigérateur. J’ai dû les secouer pour qu’ils le fassent, mais heureusement, j’ai trouvé la solution idéale. Un simple deal. S’ils se chargent des commissions, je préparerai de bons petits plats tous les soirs. Évidemment, ils ont fini par accepter. Il faut dire que je peux me montrer très convaincante quand il le faut.
Torchon en main, j’essuie la vaisselle de la veille. Je parie que c’est Eliam qui a encore laissé de la mousse sur la casserole rouge. En fait, ce n’est pas très compliqué de le deviner. Eliam en fout partout, Nalan met en permanence l’économe dans le lave-vaisselle alors qu’il rouille, quant à Zaren, il fait traîner des morceaux de bouffe dans l’évier, ce qui le bouche. Il n’y a pas à dire, une femme dans cet appartement ne peut qu’être bénéfique.
Je suis en train de fredonner une chanson de Madonna lorsque mon portable se met à biper. Je m’essuie les mains pour le saisir. Un stupide sourire s’affiche sur mes lèvres à l’intonation de la sonnerie. Un rappel vient d’apparaître avec comme légende « Plus qu’un mois et dix jours avec le con qui m’a laissée telle une merde ». À la lecture du rappel, je me mets à exploser de rire comme une folle. Je me souviens l’avoir écrit avec Fady, juste avant mon départ. C’était censé être un message qui me motive pour rentrer, sauf que, désormais, c’est l’effet inverse. Je ne sais pas encore comment Zaren et moi allons gérer notre relation – si on peut vraiment appeler ça comme ça – quand je vais devoir faire mes valises et retourner à Chicago.
Pour ne pas me foutre davantage le cafard, je supprime ce ridicule rappel puis continue de nettoyer en attendant le retour des Power Rangers.
Confortablement installée sur le sofa, je fixe l’écran de la télévision qui diffuse un match de foot. Je ne comprends rien aux règles de ce sport, mais à entendre les protestations des garçons lorsque l’arbitre siffle, je crois que l’équipe qu’ils soutiennent vient de commettre une faute grave.
Bière en main, Nalan discute avec Zaren sur la qualité de jeu des joueurs. Ils ont l’air d’accord sur le recrutement du nouveau de l’équipe.
Pourquoi faut-il que je sois l’unique nana dans cet appartement ? Cela dit, je préfère être seule plutôt qu’avec Anélia.
En parlant du loup, le portable de mon copain se met à vibrer sur la table basse. Depuis ma place, je jette un rapide coup d’œil, mais rien à faire, je ne vois pas l’expéditeur, même si je pense avoir une idée. Zaren me le confirme directement.
— Anélia me demande si ça nous dit d’aller en boite à la soirée d’un mec d’une fraternité. Apparemment, il y a un DJ connu qui propose des morceaux cool.
J’aurais dû parier que ses colocataires allaient sauter de joie en entendant la nouvelle. Maintenant, je vois trois paires d’yeux se braquer sur moi.
— Non, je ne viens pas.
Je suis emmitouflée dans mon pyjama en satin et bien mieux comme ça. En plus, je viens juste de sortir de la douche et j’ai encore les cheveux humides, parfait pour choper un rhume.
— Allez ! s’écrie Nalan en se levant pour se mettre à genoux devant moi.
Ce mec est totalement fou ! Il est prêt à perdre le peu de dignité qu’il lui reste juste pour aller faire la teuf et draguer tout ce qui a des seins et un gros cul.
— Vous n’avez pas besoin de moi pour vous amuser, répliqué-je avec un sourire en coin lorsque je vois Nalan battre innocemment des paupières.
Zaren, qui jusque-là était resté en retrait, pousse son ami sur le côté et vient s’agenouiller devant moi. Bon sang, ils ont quoi ce soir ?
— Si tu ne viens pas, je reste ici aussi.
Il relève un sourcil et penche la tête sur le côté en attendant ma réponse. J’apprécie son sacrifice, mais je refuse de lui faire louper ses soirées avec ses amis pour notre relation. En plus, je sais que je vais m’en vouloir.
— Je suis insortable comme ça !
Pour preuve, je désigne mes vêtements ridicules et mon visage sans maquillage.
Zaren se redresse et dépose un bref baiser sur mes lèvres.
— Tu es belle, peu importe ce que tu portes.
Tout compte fait, je vais peut-être le garder ici et lui faire l’amour pour le remercier de toutes les attentions qu’il a pour moi ces derniers jours.
— OK.
Je ne dis rien d’autre, pourtant, j’ai l’impression d’être à l’origine de la victoire de la coupe du monde. Les trois hommes se serrent dans les bras et partent en courant dans la salle de bain pour se préparer.
Depuis ma place, j’entends des jurons fuser à tout va. J’ai juste le temps d’éteindre la télévision que je revois Eliam et Nalan revenir bredouilles.
— Tu diras à ton mec que c’est un connard, marmonne Nalan.
Inutile d’insister pour essayer de comprendre ce qu’il raconte puisque Nalan est toujours incompréhensible. Les garçons le charrient beaucoup pour ça, d’ailleurs.
Le temps que les trois hommes se préparent, j’en profite pour me vêtir de façon plus présentable. Je récupère une petite robe rouge en satin, suffisamment longue pour ne pas être indécente et sexy en laissant entrevoir un peu mon décolleté. Je ne prends pas la peine de me maquiller. J’opte juste sur une touche de rouge à lèvres afin de redonner de la couleur à mon visage. Il faut dire que ma peau est plutôt bronzée en ce moment. L’autre jour, j’ai passé deux heures au soleil sur le balcon et je crois que cela a suffi pour la dorer.
Finalement, nous sommes tous prêts au bout de vingt minutes.
Perchée sur mes dix centimètres de talons – que j’ai mis par défaite d’un pari stupide avec Nalan –, j’essaye de monter dans la voiture sans me casser la figure.
Les garçons sont déchaînés ce soir. Dans l’habitacle, la musique résonne dans les enceintes et manque de me faire exploser les tympans.
Au mois, nous arrivons tous de bonne humeur à cette fameuse soirée. Dès que nous nous garons, du son sort d’un bâtiment géant. Je ne savais même pas qu’il existait des fraternités à Paris. Je dirais qu’il s’agit plus d’une « villa » que d’un appartement masculin géant en lui-même, mais qu’importe, c’est vraiment gigantesque pour seulement quelques étudiants.
Le chemin qui monte jusqu’à la maison est interminable. Moi qui hésitais à rester en jean, je me serais vite sentie mal à l’aise, car chaque fille que nous croisons est plus dévêtue que la précédente.
— Salut, ma belle, lance Nalan à une brune qui le dévore du regard.
Eliam, Zaren et moi rigolons en entendant les phrases relou de dragues de notre ami. Mais, contre toute attente, les nanas semblent plutôt réceptives à ce genre de compliments.
La porte d’entrée s’ouvre avec fracas sur un groupe de mecs complètement allumés. Il y en a un parmi les cinq qui a une espèce de fourrure en peau de renard et qui crie qu’il est le nouveau Bruce Willis.
Et bah, sacrée soirée en perspective !
Nous rentrons dans la fraternité aux odeurs fortes et nauséabondes. La transpiration se mélange à de la vodka et du rhum. Et de vomi.
Berk.
Eliam est passé devant, tandis que je tiens la main de Zaren qui suit son ami. Dès que nous avons posé un pied ici, il me la saisit. Je ne sais pas si c’est pour ne pas me perdre dans la foule ou bien par jalousie, mais je dois dire que je trouve son geste attendrissant.
— Sprinck !
Je me retourne vivement sur un mec qui hurle le nom de Zaren. Il se faufile entre les danseurs pour nous rejoindre. Je jette un coup d’œil à mon chéri pour savoir s’il le connaît. Vu son expression, je présume que c’est le cas.
— Mec, comment ça va ?
Zaren sourit tellement que je craque. Il n’a pas l’habitude de faire la gueule, mais il n’est pas non plus très expressif, à part au lit... Le découvrir si enjoué me surprend, d’autant plus que je ne connais pas ce type. Comme s’il comprenait ce que je pense, Zaren se tourne vers moi et me présente à son ami.
— Teck, voici Dévya, ma... copine.
Je ne note pas l’hésitation de Zaren, je sais que c’est nouveau pour lui et qu’il ne l’a jamais fait officiellement. D’ailleurs, le fameux Teck semble surpris que son ami soit casé.
— Alors voilà la fille ensorcelante ?
— Pardon ? dis-je en rigolant lorsqu’il me tend sa main velue.
— On avait tous dit qu’il n’aurait jamais de gonzesse, il aimait trop les coups d’un soir pour ça.
Teck explose de rire, mais je sens que Zaren se crispe à côté de moi. Sa main se tend dans la mienne. Son passif, je le connais. Et même si je ne l’apprécie pas, je sais qu’il a changé aujourd’hui. Pour le rassurer, je me rapproche de mon beau brun et lui fais un clin d’œil. Tout de suite, il semble se déstresser et dépose un baiser sur la tempe.
— Tu as perdu tes couilles, mon gars, s’offusque Teck en nous observant alternativement.
Zaren et lui se charrient comme des gamins jusqu’au buffet. J’apprends que Teck est un ami d’enfance de Zaren et Aaron. Ils étaient dans le même collège, mais Teck a déménagé à Paris pour suivre sa mère. Ils me racontent tellement d’anecdotes que je suis incapable de me rappeler d’une seule. Teck est vraiment drôle. On dirait qu’il vit sa vie à fond, sans prendre en compte le jugement des autres.
Quelques minutes pour tard, Teck passe un bras autour des épaules de Zaren pour l’emmener voir d’autres amis. J’en profite pour faire un tour de la propriété. Un verre de punch en main, je fais attention à ne pas me faire bousculer par des mecs bourrés ou des danseurs énergiques.
J’arrive près de la baie vitrée qui laisse entrevoir une vue sur la grande piscine creusée. À l’intérieur, des mecs sont allongés sur des licornes gonflables, entourés de nanas refaites qui se trémoussent pour montrer leurs attributs. À côté, je ne suis vraiment pas de taille. En plus de ne pas être maquillée, j’ai juste attaché mes cheveux en un rapide chignon dont certaines mèches commencent déjà à venir encadrer mon visage.
— Tu es nouvelle ?
Je sursaute en découvrant un homme très grand à mes côtés. Je ne l’ai pas vu arrivé. Pourtant, j’avoue qu’il est loin d’être discret. Il doit mesurer au moins un mètre quatre-vingt-cinq, même s’il semble être légèrement plus petit que Zaren. Ses cheveux bruns sont soigneusement peignés en arrière et lui donnent un effet soigné tout autant négligé. On dirait que l’ensemble des mecs du campus adopte ce style BCBG.
— Coby, se présente-t-il en me tendant sa main.
Je la serre par simple politesse, mais le regrette aussitôt. Sa poigne est si forte que j’ai l’impression que mes doigts vont finir broyés. D’ailleurs, j’entends un de mes os craquer. Sympa !
— Du coup, tu es nouvelle ?
Je suis perturbée par la manière dont son regard glisse sur moi. Je détourne les yeux pour tenter de repérer Zaren, mais il y a trop de monde.
— Ça se voit tant que ça ?
Je jette un coup d’œil à ma tenue et acquiesce à ma propre question en regardant les autres filles.
— Ouais, ça se voit, dis-je, les lèvres pincées.
Coby rigole avant de disparaître derrière le goulot de sa bière pour en avaler une gorgée.
— Crois-moi, tu es plus canon que toutes ces meufs.
Son compliment me flatte, mais je reste gênée. Je n’aime pas parler à des inconnus, encore moins des hommes, surtout lorsque Zaren est dans les parages. Sa jalousie peut vite refaire surface et créer un nouveau bain de sang.
— C’est gentil, mais j’ai un copain.
Ma voix est ferme, et pourtant, Coby n’a pas l’air impressionné.
Bon sang... Où est Zaren ?
— Ton copain ne doit pas être futé pour oser te laisser toute seule sans surveillance.
La proximité avec ce type me trouble. Bien qu’il soit poli et respectueux pour le moment, il devrait apprendre que lorsqu’une femme dit qu’elle est en couple, c’est une façon de lui demander de déguerpir. À croire que les hommes aiment se taper celles qui ne sont pas célibataires ! Et je sais aussi que certaines femmes apprécient les mecs mariés ! Ça marche dans les deux sens !
— On va faire un jeu avec des potes à moi. Tu devrais te joindre à nous, c’est cool.
Je n’ai pas le temps de refuser qu’il empoigne mon bras et m’entraîne de force dans le salon où se trouve une bande de mecs qui fument des joints. Jusque-là, rien de bien étonnant. Mais ce sont tous des joueurs de hockey et de foot et ils ont le feu au cul. Rien qu’à suivre leurs regards bouillants sur mon corps, j’ai l’impression d’être à poils devant eux.
— Assieds-toi, on ne va pas te manger.
Je me retrouve, je ne sais pas comment, dans cette ronde improvisée. Je récupère mon portable dans ma pochette, mais avant que je n’aie le temps d’écrire un message à Zaren, Coby me l’arrache des mains.
— Rends-le-moi ! hurlé-je en tendant le bras.
— Pas question. Tu joues.
Pour appuyer ses dires, il me lance un sourire satisfait et range mon téléphone dans la poche de son jean. J’ai l’impression de retourner dans mes années de lycée. Les soirées de cette époque se résumaient à des roulages de pelles intensifs entre amis, des vomissements à n’importe quelle heure du matin. Mais je pensais qu’on avait grandi. Or, dès lors que je vois un mec et une fille se tripoter devant tout le monde pour répondre au gage qu’ils viennent de perdre, je me dis que je me suis bien trompée. En fait, nous sommes encore tous des gamins immatures.
Comme si cela ne suffisait pas, Coby pousse un quarterback pour s’installer à côté de moi. Il me fait un sourire ravageur – mais tellement absurde – et commence à jouer avec un autre mec situé au bout de la table.
Des filles s’embrassent entre elles, avant de rejoindre un groupe de garçons en rut. Ça me dégoûte. Je tente de déguerpir quand Coby pose sa main sur mon épaule, m’obligeant à me rasseoir.
— Laisse-moi partir, grogné-je entre mes dents.
— Tu mordrais presque.
Puis il se penche vers moi et murmure :
— C’est super excitant.
Avant que je n’aie le temps de rétorquer, la tête de Coby est projetée en arrière. Il me suffit d’observer la ronde pour comprendre que quelque chose est en train de se passer. Les mecs écarquillent les yeux en regardant derrière moi tandis que toutes les filles stoppent leurs conversations et fixent le même endroit que tous les autres.
Je vois soudain le corps puissant de Zaren s’élancer sur Coby. Je me redresse tout de suite et tente de prendre le bras de mon copain furieux sauf qu’il me repousse sans ménagement.
— Zaren, arrête !
Je crie, mais rien à faire. Il ne m’écoute pas. Il est trop occupé à étrangler Coby contre le mur. Eliam arrive en courant, pousse un juron et saute sur son ami. Nalan le rejoint pour l’aider.
Dans mon coin, j’observe la scène, les yeux embués de larmes. Zaren est si rouge de colère qu’il ne se rend pas compte de la force qu’il emploie pour étouffer Coby.
— Ne touche plus jamais ma nana ! Pigé ?
Coby halète et hoche la tête. Sa peau est en train de virer au violet, ce n’est vraiment pas beau à regarder. Comme si le cauchemar ne pouvait être pire, je tourne la tête juste à temps pour voir Anélia, dans un mini short en jean et un croc top lui couvrant partiellement la poitrine. Elle se fraye un chemin entre le groupe et vient derrière Eliam. Ce dernier parvient enfin à éloigner Zaren et l’entraîne vers la terrasse, dehors. J’en profite pour récupérer mon téléphone qu’un mec m’envoie à la volée avant de prendre soin de son ami.
Loin des regards, je pars discrètement vers eux. Tout le monde s’est regroupé pour chuchoter à propos de ce qu’il vient de se passer. Je déteste être au centre de l’attention, pourtant, encore une fois, Zaren n’a pas réussi à se contenir. J’ai conscience que je n’aurais pas dû parler à Coby, mais je commence aussi à en avoir assez de sa violence perpétuelle. Il a le sang chaud et n’arrive jamais à se contenir. Seulement dans ma vie, je ne crois pas que cela soit idéal.
Appuyée contre la baie vitrée, je reste à l’écart. Eliam et Nalan tentent de le calmer. Toutefois, mon regard n’arrive pas à se détacher de la cuisse de Zaren sur laquelle est posée la main d’Anélia. Bordel, elle le touche et il ne fait rien. Je devrais certainement aller le voir, mais je crains d’envenimer les choses.
Finalement, lorsqu’il plante son regard furieux dans le mien, je reste scotchée sur place. Et pour parfaire le tout, dès qu’il se lève pour partir, Anélia dépose un baiser sur sa joue, qui me fait bouillonner de l’intérieur.
Ils passent tous devant moi et quand vient le tour d’Anélia, elle se penche délicatement vers moi et me lance sournoisement :
— Anélia 1, Dévya 0.
Son rire d’hyène me hérisse les poils et, complètement dépassée par les événements, je sors tête baissée rejoindre la voiture dans un silence de mort.
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