Ice and fire 2

M Coki · Chapitre 37 sur 45

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Ice and fire 2

Chapitre 37

 

 

Dévya

J-8.

Rien n’a jamais été aussi satisfaisant que de se réveiller avec le chant des oiseaux. À Chicago, cette situation est assez exceptionnelle. L’air est souvent pollué, encore bien plus qu’à Paris. Je me souviens que les touristes se plaignent du ciel grisâtre.

Je saute hors du lit tout en jetant un coup d’œil à Zaren qui est étendu à travers les draps. Cette nuit, monsieur s’est permis de récupérer toute la couverture !

Avec le sourire aux lèvres, je pénètre dans le salon. Je bâille sans ménagement et commence à fredonner un air de Bruno Mars lorsque je m’arrête net. Je lève les yeux au ciel en me retrouvant en tête à tête avec Anélia qui squatte la cuisine.

Putain, je l’avais presque oublié, elle !

— Bonjour, lui dis-je niaisement en passant à côté d’elle.

Bien évidemment, sans témoin, Anélia enlève son masque de femme parfaite et ne répond pas. Ses cheveux blonds sont torsadés autour de sa tête et elle est déjà maquillée alors qu’il est seulement huit heures du matin.

Tout en mettant le mixeur en route pour me faire un bon milkshake à la fraise, je ne peux m’empêcher de repenser à la séance de mannequinat à laquelle nous avons assisté hier. J’ai vu Anélia dans un univers professionnel et je dois dire que ça ne m’a pas surprise de la découvrir encore plus capricieuse que dans la vie réelle. Elle n’a pas arrêté de faire sa starlette, cette fille me sort littéralement par les yeux. Le pire, je crois, c’est lorsque le photographe a souhaité me prendre en photo avec un chapeau de paille qui, selon lui, « ressortait bien avec le contraste de ma couleur de cheveux ». J’ai évidemment accepté d’être le cobaye, surtout quand j’ai vu le visage décomposé de mon ennemie jurée. 

— Salut, les filles.

Eliam sort de sa cachette, torse nu et vêtu d’un simple boxer gris foncé. Je dois dire que chacun des mecs ici est aussi bien gaulé que le précédent. C’est vraiment plaisant de se réveiller avec des muscles sexys dès le matin.

— Je te sers un verre ? lui proposé-je en lui montrant le milkshake.

Eliam hoche la tête avant de s’installer sur un tabouret haut de la cuisine. Peu à peu, les autres membres de cet appartement se réveillent et nous profitons tous du petit déjeuner pour papoter du programme de la journée.

Alors que je suis en train de débattre sur le fameux « céréales avant ou après le lait » avec Nalan, mon portable se met à vibrer sur la table. Zaren le saisit avant moi et lit l’expéditeur.

— Eh ! Je ne te permets pas !

Je fais semblant d’être énervée, mais, en réalité, c’est tout le contraire. Le voir jaloux m’excite plus que ça ne le devrait.

— C’est Fady, dit-il en me tendant mon portable, visiblement rassuré.

Zaren passe une main dans ses cheveux déjà extrêmement ébouriffés. Rien que ce geste est terriblement sexy.

Fady : Hello, ma belle. Problème avec Aaron, je ne sais plus quoi en penser. Rappelle-moi quand tu es disponible.

Certes ma meilleure amie n’a jamais été simple, mais c’est bien la première fois qu’elle crie haut et fort avoir besoin de parler de ses problèmes de cœur. Généralement, tout se règle au lit avec elle. Il faut croire qu’Aaron la perturbe plus qu’elle ne le voudrait.

Je décide de l’appeler un peu plus tard, lorsque j’aurai pris ma douche. Je laisse les garçons débarrasser tandis que je fonce sous le jet froid.

Lorsque la salle de bain est de nouveau fonctionnelle, je me rends compte que tout le monde a disparu. Sauf Anélia, bien entendu.

— Ils sont partis ?

Je n’ai pas vraiment envie de lui faire la conversation, mais je n’ai pas trop de choix.

— Oui.

Sans lever les yeux de son catalogue de mode, elle me répond à peine.

— Où ?

Cette fois-ci, les yeux bleus d’Anélia trouvent les miens. J’ignore pourquoi, un sourire mutin se dessine derrière ses lèvres pulpeuses. Elle me donne la gerbe.

— Apparemment, là où tu n’es pas.

J’aurais dû me douter que cette pétasse ne cracherait pas le morceau aussi facilement. Toutefois, elle ne me laisse rien ajouter et part s’enfermer dans la salle de bain.

Les cheveux encore humides, je m’assieds sur le canapé et envoie un rapide texto à Zaren. Une sonnerie se fait entendre sous le coussin. Je jure entre mes dents en découvrant qu’il a oublié son portable.

Génial !

Par automatisme, je compose le numéro de Fady. Comme si tout le monde s’était donné le mot, elle ne répond pas non plus.

— Fait chier !

Je balance mon smartphone qui s’écrase au sol comme une vulgaire chaussette. Heureusement que le tapis est épais, sinon j’aurais probablement regretté mon geste de frustration. Je crois qu’acheter un nouveau téléphone ne fait pas partie de mes projets !

 

C’est finalement un peu plus tard, peut-être deux heures, que les garçons reviennent. Ils ont l’air surpris de nous découvrir, Anélia et moi, assises chacune d’un côté du canapé, entièrement constituées. J’avoue qu’à un moment, j’ai hésité à lui arracher l’oreille, mais je me suis abstenue.

— On bouge ce soir, affirme Eliam en se laissant tomber dans le fauteuil en rotin qui craque sous son poids.

— Où ça ? m’empressé-je de demander sans comprendre.

— Teck fait une soirée chez lui, en petit comité.

Aussitôt, mon regard croise celui de Zaren.

Il se fiche de moi ? Il ne se rappelle pas de comment s’est passée la dernière soirée ?

Je n’ai pas envie de revivre une situation aussi embarrassante, avec des inconnus qui plus est.

— C’est non pour moi.

C’est irrévocable. Pour faire mine d’être impressionnante, je gonfle la poitrine et retourne à la lecture de mon livre. Au moins, les dragons ne me feront pas chier, eux.

— Dév.

Je suis forcée de lever les yeux sur l’immense silhouette de Zaren qui se dresse devant moi. Il m’énerve à utiliser ce ton ! À croire que je craque dès qu’il prononce mon nom, c’est injuste !

— Je te promets que ça va bien se passer. C’est une petite soirée. On doit être quinze à tout casser.

Il a une bonne argumentation, mais il oublie aussi que je reste très têtue. Je ne veux pas venir, point final.

— Ce n’est pas grave, Dévya, reste ici. Je m’occuperai de veiller sur eux ce soir.

Alors là, c’est le pompon !

La blondasse se lève, imposant ses formes féminines dans la figure des garçons. Même moi je n’arrive pas à détourner mon attention de ses jambes interminables. Tout en soutenant mon regard, elle approche de Zaren et vient poser sa main manucurée en rouge sur sa puissante épaule. Je bouillonne de rage.

— Je resterai près de toi.

Trop, c’est trop.

La couverture, mon livre et mon marque-page volent sur le canapé. Je me redresse droite comme un I et annonce comme si c’était une évidence :

— Laissez-moi dix minutes et je suis à vous.

J’ignore le sourire d’Anélia qui disparaît lorsque je fonce à la salle de bain. En fait, je suis juste satisfaite d’avoir réussi à lui clouer le bec.

Anélia 1 – Dévya 2.

 

Durant le trajet qui mène à la fraternité de Teck, mon portable se met à sonner. Fady a l’air décidée à me harceler jusqu’à ce que je décroche.

— Ce n’est pas le moment, chuchoté-je à moi-même tout refusant son appel.

Zaren me jette un regard curieux à travers le rétroviseur, mais ne pipe mot. De nouveau, ma sonnerie retentit. Tout le monde me fusille des yeux.

OK, j’ai compris, je vais lui demander d’arrêter d’appeler.

— Fad, je t’ai dit que j’allais te rappeler, mais là je ne peux pas, j’ai...

— Qu’est-ce que tu as foutu, Dévya ?

La ligne se fait soudainement silencieuse. J’ordonne aux garçons de couper le son et à Fady de répéter ce qu’elle vient de me dire.

— Quoi ? De quoi tu parles ? lui demandé-je, totalement incrédule.

Fady a l’air de perdre patience à l’autre bout du fil. Sa respiration saccadée m’empêche de tout entendre clairement.

— Comment tu as osé envoyer un message à Aaron pour lui dire d’arrêter de m’adresser la parole ?

C’est quoi cette histoire ?

— Fad, je ne sais pas de quoi tu parles, vraiment.

— Arrête de jouer les gamines, Dév ! Aaron me l’a montré ! Quand je t’ai envoyé ce message, ce n’était pas pour te dire de te mêler de mes histoires, juste de me conseiller ! Je n’en reviens pas !

Moi non plus.

Fady est furieuse contre moi, alors que je ne sais même pas de quoi nous discutons.

— À cause de toi, Aaron ne veut plus me voir ! Pourquoi tu lui as dit que j’avais embrassé Eliam ? Soit tu as complètement déraillé, soit tu es jalouse !

— Écoute, Fad, je suis désolée que ça n’aille pas avec Aaron en ce moment, mais je ne suis pas responsable de ce qu’il se passe entre vous.

— Le message vient de ton portable, arrête de me mentir.

L’habitacle de la voiture s’est réduit à rien. Je suis en train de faire face à ma meilleure amie qui m’accuse d’un acte que je n’ai pas commis. Je ne sais pas comment cela a pu se produire.

— Ce n’est pas moi.

— Tu sais quoi, Dév ? Ne m’appelle plus.

Elle raccroche.

Le portable toujours vissé à l’oreille, je tente de comprendre ce qu’il vient de se passer. Évidemment, tout le monde a assisté à la scène, y compris cette pétasse d’Anélia. Fady était si énervée contre moi qu’elle hurlait dans le téléphone.

En arrivant à la fête, je n’ai même plus l’envie de m’amuser. Cette dispute avec Fady me reste sur l’estomac et je n’arrête pas de me remettre en question pour savoir où j’ai pu merder.

— Ça va s’arranger, ne t’en fais pas.

Je remercie silencieusement Zaren qui m’embrasse sur la tempe avant d’aller saluer son ami.

Heureusement, la fête est exactement comme les garçons me l’avaient décrite. La musique est très basse, ce qui permet d’entendre les conversations de chaque groupe qui s’est formé.

Un verre de vin à la main, j’observe les gens qui m’entourent. Le nectar parcourt ma gorge sèche.

— Lâche ce téléphone.

Je sursaute en découvrant Nalan devant moi. Il me prend l’objet des mains et le fourre dans sa poche. Je n’avais même pas fait attention que j’étais en train d’envoyer un message à Fady.

— Viens danser avec moi.

Nalan me tend sa main et me fait sa plus belle révérence.

— Je n’ai pas envie de danser ce soir.

Je refuse poliment son invitation, mais le blondinet a l’air bien décidé à ne pas abandonner.

— Ce n’était pas une question, c’était un ordre.

Sans préambule, il attrape ma main et m’entraîne au milieu du salon, là où quelques femmes dansent de manière très classe. Nalan glisse sur le tapis, manquant de renverser son punch. Je ris en tournoyant dans ses bras.

— Tu vois que tu t’amuses ! me dit-il en me faisant tourner sur moi-même.

Du coin de l’œil, Zaren nous regarde. Il n’est pas jaloux, au contraire, j’ai même l’impression qu’il est heureux que je m’amuse un minimum.

Au bout d’un temps que je ne saurais définir, je suis forcée de quitter la piste pour aller m’asperger d’eau. Je suis en nage et le chauffage mis à température maximale ne m’aide en rien. Je prends délicatement une feuille de papier toilette, la trempe dans le liquide glacé et la porte à mon front. Je soupire d’aise. Je crois que c’est la meilleure idée de la soirée. Il faut dire qu’avec cette histoire avec Fady, j’ai de quoi avoir mal à la tête.

Je profite du fait d’être isolée dans la salle de bain pour attraper mon tube de baume à la vanille et en applique sur mes lèvres. Je n’ai jamais compris pourquoi les filles se remaquillaient pendant les soirées, mais si je peux rester un peu plus longtemps ici pour échapper aux danses farfelues de Nalan, alors je veux bien m’y mettre. La graisse du stick se loge par intermittence sur ma bouche. Sans me quitter du regard dans le miroir, je pose un doigt sur la commissure de mes lèvres avant de faire des petits mouvements circulaires pour en appliquer partout.

Bien évidemment, ma bulle de solitude éclate dès lors qu’une crinière blonde flamboyante entre dans mon champ de vision. Derrière moi, Anélia me fixe. Même si ses yeux sont cachés sous trente couches de mascara et dix masques de fonds de teint, il est difficile de manquer l’hostilité avec laquelle elle me dévisage.

— Je te laisse la place, lui déclaré-je en rangeant mon tube dans mon sac à main.

Elle ne dit rien. Le silence qui s’en suit est terriblement épuisant et gênant. Je me hâte de tout ranger et m’apprête à déguerpir.

— C’est dommage que ton amie ne te croie pas.

Je me stoppe net et pivote. Mes poils se dressent sur ma peau et mon cœur s’accélère. C’est comme si tout devenait plus clair. Des images d’elle, proche de mon portable, sa soudaine apparition à l’appartement, ses sourires mesquins lorsque nous étions seules...

— C’était toi ?

Je m’approche de deux pas, espérant l’intimider. Bien évidemment, cette garce ne bouge pas d’un pouce. Rien qu’à voir son sourire de peste, je meurs d’envie de lui refaire le portait.

— Soit plus explicite, ma chérie, je peine à te suivre.

Désormais, nos souffles se mélangent. Même si elle fait une bonne tête de plus que moi, elle ne m’impressionne pas. J’ai envie de lui faire avaler ses yeux.

— Tu t’es fait passer pour moi ? répété-je entre mes dents.

Elle se met à rire à gorge déployée. C’en est trop pour moi. Mes yeux se voilent de fureur et je vois rouge.

— Salope !

Sans crier gare, je me jette sur elle. Son verre s’écrase au sol tandis que mes mains se perdent dans sa chevelure parfaite que je rêve d’arracher, cheveu par cheveu. Je lui envoie un coup dans la mâchoire, mais, malheureusement pour moi, cette garce parvient à me faire tomber en arrière. Elle se retrouve à califourchon sur moi, ses cris s’unissant aux miens alors qu’elle essaye de me frapper avec son sac à main.

— T’es dégueulasse !

Je reprends la position de force et nous fais rouler sur le tapis, me retrouvant au-dessus d’elle. Je lui envoie une bonne baffe à la figure et rien que de voir son visage se déformer à cause du coup vaut tout l’or du monde.

— Dégage ! hurle-t-elle lorsque je saisis ses cheveux.

J’ai l’impression que la fête continue de se poursuivre à côté, mais c’est lorsque j’entends la porte s’ouvrir avec fracas derrière nous que je comprends que je me suis gourée. D’abord Eliam, puis Nalan pour enfin finir sur Zaren qui nous observe sans ciller.

— Dév, arrête ça ! hurle Zaren.

Je me sens tirer en arrière, mais la rage s’empare de moi pour redonner un coup bien placé dans le nez d’Anélia qui craque et se met à saigner fort. Mes mains me brûlent et commencent à gonfler sous les nombreux coups que j’ai donnés.

— Lâche-moi !

Je me débats dans les bras de mon beau brun qui tente de m’éloigner d’elle. Même si j’essaye de lui remettre des coups, c’est peine perdue. Les bras puissants de Zaren m’obligent à stopper tout mouvement pour me maintenir contre lui.

— Repose-moi, merde !

Malgré mes protestations, Zaren ne m’écoute pas. Sa prise se resserre autour de ma taille et m’empêche de filer pour continuer ce que j’ai commencé.

— Calme-toi.

Ce sont les mêmes mots que Zaren me répète lorsque nous sortons de la pièce. J’ignore les regards ahuris des invités et me concentre pour ne pas tomber avec la rapidité de Zaren pour m’emmener à l’écart. Il trouve une pièce vide et nous enferme à l’intérieur.

Dorénavant seuls, il me relâche et me fusille du regard.

— C’était quoi ça ?

Il passe nerveusement une main dans ses cheveux. Avec l’obscurité de la pièce, ses muscles ont l’air encore plus gros, encore plus tendus par la colère.

— C’est elle !

Zaren ne voit pas où je veux en venir. Avant qu’il me le demande, je poursuis :

— C’est elle qui a envoyé un message à Fady !

Des larmes de haine coulent de long de mes joues. Ce sont mes nerfs qui lâchent. Mon copain reste immobile, les mains dans le vide, ne sachant comment réagir.

— Je te le dis depuis le départ ! Cette fille n’est pas nette !

Zaren ne me répond pas. Je suppose que ses pensées sont tournées vers son faux jugement envers son amie.

— Je rentre à l’appartement, je crois que j’en ai ma claque de vos soirées !

J’ouvre la porte avec détermination et récupère mon manteau, ainsi que mon sac à main sur le sol. Je peste en entendant mon prénom sur toutes les lèvres des invités, mais décide qu’il est temps pour moi de rentrer. C’est terminé.

Zaren va inévitablement devoir faire un choix : c’est elle ou moi.

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