Je pense trop (French Edition)

Christel Petitcollin · Chapitre 32 sur 90

Pages du PDF

Je pense trop (French Edition)

Faut-il passer des tests de QI ?

La chartre d’affirmation de soi (Liane Holliday Willey 2001)

Voici la chartre d’affirmation de soi proposée par Liane Holliday Willey pour permettre aux Aspergers de s’accepter et de progresser. Pour moi, elle concerne par extension toutes les formes de surefficience. C’est pourquoi je vous invite à l’apprendre par cœur ou à l’afficher au dessus de votre bureau pour la relire régulièrement !

Je ne suis pas déficient, je suis différent.

Je ne sacrifierai pas ma dignité pour me faire accepter de mes pairs. Je suis quelqu’un de bien et d’intéressant.

Je suis fier de moi.

Je suis capable de me débrouiller en société.

Je demanderai de l’aide en cas de besoin.

Je suis digne d’être respecté et accepté par les autres. Je me trouverai une carrière adaptée à mes aptitudes et mes intérêts. Je serai patient avec ceux qui auront besoin de temps pour me comprendre.

Je ne renierai jamais mon identité.

Je m’accepterai pour ce que je suis.

Faut-il passer des tests de QI ?

Tôt ou tard, les surefficients mentaux se posent la question : cette surefficience est-elle de la surdouance ? Faut-il passer des tests de QI pour le savoir ? Personnellement, je ne le pense pas et je vous déconseille même de faire ces tests. Depuis leur création en 1912, les tests de QI sont très controversés. De nombreux ouvrages dénoncent leur manque de pertinence.

Au départ, ils ont été conçus pour aider les enfants en difficulté scolaire. Il s’agissait donc de détecter plutôt les sous-intelligents que les surintelligents et dans le but louable de leur apporter une aide scolaire adaptée. C’était sans compter avec toutes les dérives raciales et sectaires qu’on pouvait faire de ces mesures. L’utilisation des résultats a vite posé de graves problèmes éthiques. Quand l’humain veut mesurer l’intelligence, c’est rarement pour des raisons humanistes. On chercha surtout à confirmer des préjugés raciaux, à justifier la domination des classes bourgeoises sur le prolétariat et à prouver l’hérédité de la crétinerie. L’abjection alla de la tentative de fabrication de génies en série par insémination artificielle de sperme considéré comme génial à des femmes étiquetées intelligentes, à la stérilisation des personnes considérées comme défectueuses.

Or ces tests qui se veulent d’une grande rigueur scientifique sont d’une subjectivité absolue. Le terme de QI désigne à l’origine le chiffre obtenu par la division de l’âge mental par l’âge réel. On différencie QI verbal et QI de performance, répartis chacun en sept sous-parties censées représenter un large spectre de capacités cognitives, de mémoire et de culture générale. Mais les questions sont banales et insignifiantes, souvent très ambiguës. Les réponses attendues sont uniques donc sans espace pour la créativité. Pour

Michel Tort[6], ces tests sont des « caricatures d’exercices scolaires ».

Par ailleurs, les tests de QI ne prennent en compte ni le niveau social, ni la culture de l’individu. Or, il y a une corrélation indéniable entre les chiffres de QI obtenus et le niveau socioprofessionnel de la personne testée. Cela peut s’expliquer par le fait que ces tests ne mesurent que l’habileté à effectuer quelques activités intellectuelles plus répandues dans les milieux privilégiés que dans les classes populaires. Il en va de même pour le vocabulaire, qui pénalise forcément le QI verbal des prolétaires. Enfin, le caractère scolaire et compétitif du test convient mieux aux enfants de familles élitistes, plus entraînés à cette forme de performance. Alors que mesurent-ils ? L’indéniable habileté des classes socio professionnellement privilégiées à accomplir quelques tâches intellectuelles ciblées. Tout cela est bien artificiel. Car les tests de QI sont délibérément conçus pour que leurs résultats se répartissent symétriquement autourdu chiffre 100, qui est la moyenne, dans un graphique en forme de cloche, appelé « courbe de Gauss ».

La courbe en cloche (ou courbe de Gauss) et la mesure du QI.

95,44 % de la population a un QI compris entre 70 et 130. 2,14 % de la population a un QI compris entre 130 et 145. 2,14 % de la population a un QI compris entre 55 et 70.

Il y aurait donc exactement le même nombre de crétins que de génies dans une population donnée. Quel extraordinaire équilibre !

Si les résultats des tests de QI s’inscrivent si harmonieusement dans cette courbe de Gauss, c’est tout simplement parce qu’ils sont étalonnés pour le faire : ils comportent un petit nombre de questions très difficiles auxquelles très peu de gens répondront, un petit nombre de questions très simples auxquelles seules les personnes ayant un retard intellectuel significatif ne répondront pas et les autres questions servent à évaluer ceux qui sont dans la moyenne. Les questions sont donc ajustées jusqu’à ce que leurs résultats produisent cette fameuse cloche. La grande majorité des personnes doit répondre aux 3/4 des questions, par exemple, et une minorité ne répondra qu’à 1/4 seulement, une autre minorité répondant à presque toutes. Quand un test a la volonté préméditée de faire tenir 95 % de la population dans un espace compris entre 70 et 130, quelle place est-elle laissée à une réelle mesure d’intelligence ?

D’ailleurs, qu’est-ce qu’être intelligent ? Est-ce être doué pour quelque chose en particulier ? Les études, la musique, les affaires ? Quelle place donne-on à l’intelligence du cœur et au QE (Quotient émotionnel) ? Que penser d’un intellectuel brillant, mais froid et égoïste ? Et d’une mère de famille simple mais instinctive et pleine de bon sens ? Ces dernières années, le besoin de sortir de la notion de QI et de mieux cerner l’intelligence a donné accès à de nouvelles définitions. Robert Sternberg, en 1980, propose de différencier trois aspects de l’intelligence : intelligence analytique, intelligence créative, intelligence pratique. Pour lui, la connaissance et la gestion de ses propres forces et faiblesses dans ces trois domaines amèneraient à l’intelligence de la réussite. En 1983, Howard Gardner distingue huit aspects de l’intelligence : intelligence linguistique, intelligence logicomathématique, intelligence musicale, intelligence corporelle, intelligence spatiale, intelligence interpersonnelle, intelligence intra-personnelle et intelligence naturaliste. Mais ces catégories pourraient encore s’affiner à l’infini, tant l’intelligence est une notion subtile et volatile.

C’est le cerveau gauche qui a besoin de classer et de quantifier ce qui l’entoure et même ce qui devrait rester une donnée immesurable. Cette démarche de jauger et de coter est à l’opposé des valeurs des cerveaux droits, refusant de juger et d’apposer des étiquettes, préférant le foisonnement de la diversité. Beaucoup de personnes célèbres, brillantes et créatives ont échoué dans leur scolarité et auraient probablement des scores médiocres aux tests de QI car ces évaluations sont conçues par des cerveaux gauches pour des cerveaux gauches et ne conviennent pas au fonctionnement de l’hémisphère droit. C’est pourquoi passer des tests de QI est vain et périlleux pour les cerveaux droits. S’ils échouent à faire valoir leur surefficience par ces tests, cela les renforce dans l’idée qu’ils sont crétins et perturbés. Cet échec aggrave leur mauvaise estime d’eux-mêmes. Ce sera notamment le cas pour les gens atteints du syndrome d’Asperger. Les tests de QI sont particulièrement inadaptés au syndrome d’Asperger et leurs résultats peuvent se révéler très déstabilisants pour les Aspis qui peuvent sentir par ailleurs que leur intelligence est performante. Les surefficients mentaux qui réussissent à faire valider leur surdouance par ces tests ne sont pas plus avancés. Oui, on a mis un chiffre sur leur mal-être. Cela les confirme dans l’idée qu’étant hors normes, ils ne peuvent qu’être stigmatisés. Ils ne s’en sentent que plus seuls et plus incompris.

Enfin, le dernier aspect dérangeant des tests de QI est que bien qu’il soit communément admis que le QI est définitif, l’inconstance du chiffre a été maintes fois prouvée : on observe des variations de grande ampleur à des moments différents chez le même individu. Cela veut dire que l’intelligence ne peut être figée. C’est une idée plutôt réjouissante. La pensée en arborescence s’enrichit en permanence de ses propres associations d’idées, créant sans cesse de nouvelles connections. Oui, vous êtes merveilleusement intelligents, et même mieux qu’intelligents, QI ou pas. Car je rejoins l’avis de Daniel Tammet1 : « Ce n’est pas la taille de votre cerveau qui importe, mais la grandeur de votre âme. »

Oui, vous êtes différent. Votre cerveau est supervisé par l’hémisphère droit. Votre pensée est globale, affective, intuitive et fulgurante. Celle des normopensants est séquentielle, rationnelle et circonscrite. Ce sont bien deux mondes, deux façons de penser, donc deux mentalités qui cohabitent en croyant être semblables, tout en reprochant à l’autre ses dysfonctionnements. Oui, vous venez bien d’une autre planète, que je vous propose maintenant d’aller explorer.

[6] : Le quotient intellectuel, François Maspero éditeur.

OceanofPDF.com