Je pense trop (French Edition)
La synesthésie
Avez-vous déjà observé un enfant scrutant une coccinelle ? Son regard est un véritable microscope. Il détaille tout, il s’émerveille de tout. Le brillant de la carapace, les fines nervures, les yeux à facettes, les antennes frémissantes, l’extraordinaire technologie de cette carapace qui s’ouvre en deux pour laisser sortir des ailes diaphanes. On parle d’éidéisme pour qualifier ce raffinement qualitatif de la perception. Quel plaisir de percevoir la texture veloutée d’une compote sur sa langue, d’admirer le vernis d’une feuille d’arbre, le velours d’un pétale de rose ou la nacre d’une perle de rosée, de frémir de volupté en enfilant un pull en cachemire, de se pâmer en écoutant une délicate dentelle de sons tricotée au piano. L’hyperesthésie c’est aussi cette qualité, cette finesse d’attention, qui mène tout droit à la poésie, à l’art et à l’émerveillement. En dehors des enfants très jeunes, combien de personnes dans votre entourage atteignent ce niveau de raffinement et de volupté dans leur perception du monde ?
La synesthésie
Dans la majorité des cas de surefficience mentale, l’hyperesthésie se combine avec une synesthésie, c’est-à-dire avec une activation croisée des sens dans le cerveau. Les synesthètes voient par exemple les mots en couleur ou les chiffres en relief. Catherine me dit : « Moi, j’écoute avec ma peau. Les mots justes me font frissonner avant même que j’en ai compris le sens. » François ressent le son du parquet comme manquant de chaleur (combinaison de son et de ressenti) et voit mon image (il me devine grande et charpentée) au son de ma voix. La synesthésie favorise la mémorisation. C’est pour cela que les surefficients mentaux se souviennent d’une foule de détails qui paraîtraient insignifiants à la majorité des gens.
La synesthésie est le plus souvent une capacité inconsciente. Quand je demande à un surefficient mental s’il est synesthète, la réponse est immanquablement : « Non. Pas du tout. » Bien sûr, je ne le crois pas. À travers ma pratique, j’ai pu constater qu’hyperesthésie et synesthésie vont trop souvent de pair. Alors, au milieu de la conversation, je demande soudainement : « Quelle est la couleur du mot mardi ? » La réponse sort spontanément : « Jaune ! » (ou vert, peu importe !) Étonné de sa réponse, mon surefficient mental se défend. Il n’a pas réfléchi, il a dit ça comme ça, il n’en sait rien en fait… Il ne me reste qu’une vérification à faire. Alors, un peu plus loin dans la conversation, je redemande à brûle-pourpoint : « Et le mot “table”, de quelle couleur est-il ? » La réponse fuse aussi rapidement : « Vert ». La personne en reste confondue. Oui, elle voit bien les mots en couleurs. C’est irrationnel, mais c’est comme ça ! Alors les souvenirs d’enfance remontent : le B qui avait un gros bidon, le 2 qui ressemblait à un cygne doré, le 1 à un harpon noir. Et puis le bruit de la cascade, qui vibrait dans le creux de l’estomac et même, allez comprendre pourquoi, c’est tellement bête, l’odeur du poulet qui était jaune… Allons, cessez donc de vous censurer ! Prenez le temps de retrouver toutes vos idées bizarres d’enfance. Elles étaient probablement à base de synesthésie.