Je pense trop (French Edition)

Christel Petitcollin · Chapitre 42 sur 90

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Je pense trop (French Edition)

Le syndrome du maillot de bain

Le faux self explique ces fameux décrochages en soirée : le surefficient mental n’oublie pas que petit, lorsqu’il essayait d’être lui-même, il créait des réactions de rejet. Il lui arrive encore quand il s’essaie à un trait d’humour, que sa plaisanterie ne soit pas captée et qu’elle provoque un moment de gène. Alors le vrai soi doit rester sous contrôle du faux self. Dans les soirées amicales, tout va bien, jusqu’au moment où ce décrochage intérieur se produit. Que s’est-il passé ? Soit le faux self a failli relâcher sa vigilance et vient de la renforcer, soit du fond de son cachot, le vrai moi s’ennuie. Il sent peut-être brusquement le décalage entre ce qu’il est, ce à quoi il aspire et les centres d’intérêt des autres convives.

Avec le temps, le faux self du surefficient mental va prendre toute la place et peut même devenir brillant. C’est lui qui recevra les encouragements, l’admiration et l’amour. Alors, le vrai moi, depuis son cachot, se sentira de plus en plus seul, de plus en plus vide, de plus en plus malheureux. Lorsqu’on ne se donne plus le droit d’être soi-même, par peur d’être rejeté, jalousé et incompris, quelles que soient ses réussites, on ressent un sentiment terrible de vide et d’imposture. On a l’impression de ne pas trouver sa place, d’être pris pour ce que l’on n’est pas et c’est bien le cas ! Alors, tout en ayant une grande peur de perdre l’amour des autres, il est impossible de le recevoir. Le prix à payer de ce faux self en béton armé est le perfectionnisme, le déni de ses sentiments, des pulsions agressives hors contexte, des relations humaines empreintes de honte, de culpabilité, d’anxiété et de fortes dépressions.

Le syndrome du maillot de bain

Pour compléter votre connaissance du fonctionnement de votre faux self, laissez-moi vous raconter la mésaventure de Philippe. Au téléphone avec sa sœur, il lui annonce qu’il va dîner le soir même chez ses amis, Vincent et Flo. Sa sœur s’exclame : « Génial ! Puisque tu vas chez Vincent, est-ce que tu peux faire un crochet à l’appartement des parents pour chercher mon maillot de bain. Je l’ai oublié là-bas, tu le trouveras dans le tiroir, etc. » Le crochet en question, c’est un détour d’environ une heure ! Parti trop tard de son travail, Philippe se rend directement chez Vincent et Flo, mais n’oublie pas la demande de sa sœur. C’est donc à une heure du matin, en quittant ses amis qu’il fait ledit crochet pour récupérer le fameux maillot de bain. Et c’est seulement quand ce maillot de bain est dans sa voiture, c’est-à-dire lorsque sa mission est accomplie, qu’il laisse éclater sa colère. Elle lui casse les pieds, la frangine ! Elle avait sûrement d’autres maillots de bain et d’autres occasions d’aller récupérer celui-là. Quel besoin elle a de l’embêter avec ses demandes idiotes à des moments où ça ne l’arrange pas ? C’est en me parlant de cette anecdote que Philippe réalise qu’il aurait pu dire non à sa sœur et qu’il n’y a même pas pensé. Je raconte cette histoire à Nathalie, surefficiente mentale, elle aussi. Elle s’exclame : « Mais bien sûr ! Moi aussi, je serais allée le chercher ce maillot de bain ! Quand on me demande d’accomplir une tâche, je ne me pose même pas la question de savoir si je veux la faire ou non. Cette étape est zappée, puisque c’est forcément oui. Je serais surtout déjà occupée par l’étape suivante, savoir comment je vais caser ce nouvel élément dans mon emploi du temps ! » Quentin est ingénieur. Je lui raconte l’histoire de Philippe et la réaction de Nathalie. Il esquisse un pauvre sourire : «Mais je ne fais que ça ! Au boulot, je passe mes journées à aller chercher des maillots de bain. Je suis même assez bête pour demander à mes collègues s’ils n’ont pas un petit maillot de plus à m’envoyer récupérer ! » C’est ainsi qu’est né le concept du « syndrome du maillot de bain », antichambre du burn out chez les surefficients mentaux. Maintenant, quand vous vous effondrerez, vous saurez au moins pourquoi : un maillot de bain trop lourd !