Je pense trop (French Edition)

Christel Petitcollin · Chapitre 40 sur 90

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Je pense trop (French Edition)

Le faux self

Pour combler ce vide identitaire et pallier le risque de rejet les surefficients mentaux se construisent un « faux self » en béton armé. Le faux self, ce « faux moi » en fait, est une entité qui nous permet de nous adapter à la vie en société. Tout le monde a un faux self, adapté à ses besoins et plus ou moins contraignant. Voici comment il se met en place.

Lorsque le bébé vient au monde, il n’a pas conscience de son individualité. Il croit être un morceau de sa mère. Peu à peu, il va défusionner et prendre conscience d’être une entité distincte. On appelle cela la conscience du « soi ». Puis, en intégrant les messages identitaires que son entourage lui adresse, l’enfant développe « l’image de soi ». Si les messages sont positifs, l’enfant acquiert une bonne estime de lui. Dans le cas contraire, l’estime de soi restera faible. En quelques années, à travers ce cheminement de la conscience de soi à l’estime de soi, l’enfant construit son identité. C’est-à-dire qu’il sait à la fois se sentir soi, singulier et unique, mais aussi pareil aux autres et intégré au groupe. Pour les surefficients, c’est l’inverse qui se produit. Ils se heurtent à l’impossibilité d’être soi et accepté pour ce qu’ils sont. Leur intégration est entravée par l’impression d’être différent et de ne pas trouver sa place dans le groupe.

Le bébé a besoin d’être entendu, compris et respecté. Si l’entourage parental a su lui montrer respect et tolérance, si des mots sont venus expliquer ses sensations, ses émotions et ses sentiments, l’enfant peut rester très proche de son vrai moi. L’image qu’il se fait de lui-même correspond à ce qu’il est, ses réactions sont adaptées et il peut avoir la certitude que les sentiments et désirs éprouvés lui appartiennent. Dans ce cas, son « faux self » n’est qu’un vernis de politesse permettant la vie en société : une attitude sociale polie, de bonnes manières, une certaine réserve et la capacité à accorder aux autres le respect et la bienveillance reçues dans l’enfance. L’enfant garde toute sa personnalité et surtout le pouvoir de s’écouter et de se respecter.

Mais l’entourage parental et éducatif ayant ses propres difficultés, n’offre pas souvent à l’enfant ce tableau idéal de respect et de disponibilité. La surefficience est un phénomène mal connu et incompris et qui dépasse les capacités intellectuelles de beaucoup d’adultes.