Je pense trop (French Edition)
Conclusion
Pourquoi ?
Je savais que vous me poseriez cette question ! Elle vous brûle probablement les lèvres depuis le début de votre lecture et vous piaffiez d’impatience à me voir enfin aborder ce sujet. Je sais aussi que vous ne supporterez pas que je réponde : « Parce que c’est comme ça ! » ni « On n’en sait rien. » et pourtant c’est le cas. Plusieurs hypothèses sont avancées. Je peux vous en proposer quelques-unes car je sais aussi que vous êtes ouvert à la pluralité des explications.
Il y a toujours eu des gens différents, des artistes, créatifs, émotifs, torturés par leurs états d’âme. L’histoire regorge de grands esprits et des génies. Indéniablement, Léonard de Vinci était un surefficient mental. Il en est même une caricature. On commence à penser que Michel-Ange, Isaac Newton, Albert Einstein ou Amadeus Mozart étaient atteints du syndrome d’Asperger. Il me semble que Louis XVI aussi, avec sa passion pour les clés, si proche d’un « intérêt spécifique » dont parle Hans Asperger.
Est-ce de la surdouance ? Oui. Mais nous l’avons vu, les tests de QI ne sont pas adaptés à la pensée en arborescence. Il faudrait créer des tests spécifiques, c’est-à-dire des tests conçus par des cerveaux droits pour des cerveaux droits. Et pour prouver quoi ?
Est-ce une question d’hérédité : Peut-être. La thèse de l’hérédité a été avancée et elle satisfait les inconditionnels de l’explication par les gènes et les raisons 100 % mécaniques. Oui, on retrouve souvent dans la lignée, des ancêtres du même acabit. C’est quelques fois toute la fratrie qui est surefficiente, mais pas toujours. L’impression d’être le vilain petit canard de la couvée est intense quand on est le seul de sa famille ! Mais quel est le gène du cerveau droit ? Pour ma part, les explications génétiques m’ont toujours laissée dubitative. Est-ce la poule qui a fait l’œuf ou l’œuf qui a fait la poule. Est-ce de l’inné ou de l’acquis ?
Est-ce de la résilience ? Effectivement, le danger, l’insécurité, la maltraitance obligent à être créatif et hyper vigilant. On trouve des cas de surefficience chez les enfants maltraités, qu’on peut alors qualifier de résilience. Quand des parents sont de braves normopensants, ils n’ont pas de comportements délibérément maltraitants. Ils peuvent néanmoins être en difficulté pour contenir et cadrer leur petit surdoué. Au regard de la sensibilité de leur enfant, leur manque de compréhension, leurs reproches et leurs critiques peuvent alors être assimilées à de la violence psychologique. Mais dans ce cas, la surdouance est la cause de la maltraitance et non le résultat. De plus, tous les enfants maltraités ne deviennent pas surefficients. J’ai rencontré des surefficients mentaux issus de familles aimantes et sans histoire. Dans ce cas, la théorie de la résilience ne tient pas. J’ai une explication intermédiaire à vous proposer : Les enfants surdoués peuvent être très insécurisés d’être plus clairvoyants, plus raisonnables, plus adultes que leurs propres parents. Sentant d’instinct qu’ils dépassent intellectuellement leurs parents et qu’ils ne peuvent pas compter sur leur compréhension, ils sont obligés de mettre en place leur résilience.
Est-ce la faute des parents ? Pourquoi pas, mais quitte à accuser les parents, si pour une fois on arrêtait de faire le procès des mères et qu’on allait voir du côté des pères ? Après tout, beaucoup de génies, comme Léonard de Vinci, avaient un problème de papa. La mission du père est la triangulation, c’est-à-dire une mission de séparation, d’expulsion du sein maternel pour inciter l’enfant à conquérir le monde extérieur. Lorsque le père est absent ou ne joue pas son rôle, les symptômes présentés par l’enfant peuvent être assimilés à ceux de la résilience ou de la surefficience.
Les principaux aspects de la triangulation sont :
La protection : La protection physique de la famille est une fonction paternelle reconnue depuis toujours. La fonction de sécurisation face aux angoisses intérieures est moins connue, mais toute aussi importante. Son déficit induit une enfance très angoissée. L’éducation : Le père donne les repères. Il doit transmettre les lois, les règles, les limites, les codes et les tabous. C’est ainsi que se fait
l’humanisation du petit enfant. Or, les surefficients ont un problème avec l’autorité, les lois ou règles arbitraires (de leur point de vue !) et avec les implicites sociaux qu’ils n’ont pas intégrés. L’initiation : Le père enseigne la privation et l’absence. Ainsi, l’enfant peut renoncer à la satisfaction immédiate et endurer la frustration. Est-ce l’explication de l’immaturité et l’émotivité des surefficients ? La séparation : Le père doit défusionner l’enfant de sa mère. Sans retour possible dans le giron maternel, l’enfant se tourne alors vers le monde extérieur. Est-ce quand il n’a pas joué ce rôle que les enfants restent hyper affectifs et fusionnels ?
La filiation : En donnant son nom, le père inscrit l’héritier dans sa lignée, procure légitimité à l’enfant et lui donne une place entre ses ancêtres. On connaît la souffrance lancinante des enfants nés sous x. Qui comblera le vide identitaire des enfants nés d’un sperme anonyme ? Est-ce à cause de l’inconsistance paternelle que les surdoués développent aussi ce vide identitaire ?
Il n’y a pas qu’un problème d’absence du père. Un père peut être présent et déficient dans sa fonction paternelle, s’il en fait trop ou pas assez. Ainsi, pour inscrire l’enfant dans ce triangle, il faut avant tout :
que le père soit adulte lui-même et qu’il ait renoncé à la toute-puissance.
qu’il ait accepté de transiter de la génération du fils à celle du parent, ce qui implique qu’il accepte de vieillir et d’être dépassé. qu’il ait bien intégré le fait que la fonction maternelle n’est pas interchangeable et qu’il ne pourra jamais remplacer la mère.
L’exigence de perfection provient du fantasme de toute puissance maternelle et enfantine. Plus l’homme est imparfait (Enfin, messieurs, n’en faites pas trop quand même !), plus il oblige femme et enfants à se connecter à la réalité du monde. Or les surefficients restent dans une toute puissance et un fantasme de perfection très déconnecté de la réalité.
Ce qui peut aussi rejoindre cette théorie est le fait que les petits enfants ont le cerveau droit dominant et qu’ils perdent cette caractéristique en grandissant. Cela vient-il d’un père cadrant et sécurisant ? L’éducation occidentale formate les individus pour répondre aux besoins de sa société. Objectivement, les cerveaux gauches sont plus malléables et plus productifs que ces rêveurs rebelles que sont les cerveaux droits.
Je me suis aussi amusée à comparer nos fonctionnements hémisphériques avec l’organisation sociale de nos cousins les singes. Les chimpanzés vivent dans une hiérarchie souvent très codifiée et même cruelle. Ils pourraient être une caricature du fonctionnement des cerveaux gauches. À l’opposé, les bonobos ont poussé l’amour et la collaboration à l’extrême. Leur attitude « peace and love » pourrait aussi représenter une caricature du cerveau droit.
Bref, alors pourquoi ? Ben parce que !
Mais peu importe pourquoi vous êtes ainsi.
Vous êtes vous-même, unique au monde et parfait dans votre imperfection. Vous avez un magnifique cerveau bouillonnant d’idées, foisonnant de vie, effervescent de joie et pétillant d’amour.
Alors, elle est pas belle, la vie ?
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Christel Petitcollin
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