Je pense trop (French Edition)
L’estime de soi
La dominance cerveau droit y est aussi pour quelque chose dans votre vide identitaire : le cerveau droit manque d’ego et d’individualisme. Essayez juste pour voir, de compléter fermement et avec assurance les affirmations suivantes :
Je me nomme : ………
Je suis : ……………… (profession)
Mon adresse est : …………………
Mon numéro de téléphone : ………………
Mes goûts et mes dégoûts sont : ………………… Mes critères pour juger les autres sont :
–
–
…
Lors de son AVC qui lui paralysait l’hémisphère gauche, Jill Bolte Taylor relate que ces données si importantes pour elle quand son cerveau gauche fonctionnait, se diluaient, perdaient leur signification et beaucoup de leur importance dans son hémisphère droit.
Les surefficients mentaux refusent de développer leur ego. Ils croient trop facilement que trop penser à soi rend égoïste et individualiste. Pourtant c’est l’inverse qui se produit : l’ego ne devient envahissant que lorsqu’il est affamé. Un ego bien nourri est paisible, disponible et accueillant pour les autres. Or, l’ego ne peut être serein que lorsqu’on a une bonne estime de soi et c’est loin d’être le cas.
L’estime de soi
L’estime de soi est la mesure, particulièrement subjective, de sa propre valeur. Une bonne estime de soi permet de se sentir bien dans sa peau, de trouver sa place dans la société et de passer à l’acte pour réaliser ses projets. Elle donne accès au meilleur de ce que l’on est. L’estime de soi joue également un rôle important dans la santé morale et physique des individus. Lorsqu’elle est bonne, elle fonctionne comme une défense immunitaire morale qui rend résistant au stress et permet de cicatriser rapidement des blessures d’amour propre.
Lorsque l’estime de soi est mauvaise, elle prédispose à la plupart des problèmes psychiques : dépression, anxiété, alcoolisme et autres comportements addictifs et compulsifs.
Une déplorable estime de soi crée un cercle vicieux de souffrances autorenforçantes.
La personne devient obsédée par elle-même, non pas par nombrilisme, mais parce qu’elle est un réel problème pour elle-même. Sa remise en question devient permanente et lancinante. Sa peur de l’échec et du rejet vont en s’intensifiant parce qu’une estime de soi trop basse ne permet plus de gérer une éventuelle nouvelle atteinte. Cette peur engendre un hyper contrôle épuisant. La tension est permanente et les interactions sociales deviennent fatigantes. Un sentiment de solitude, d’être différent et inférieur aux autres s’installe qui va peu à peu devenir un sentiment d’imposture. La peur et la fatigue exacerbent les émotions et créent des comportements inadaptés. La personne devient agressive, méchante, dévalorisante ou vantarde. Le moindre incident déstabilisant la fait partir en vrille. Elle s’isole et s’enfonce, incapable de demander de l’aide ou de se ressaisir. Le tout, bien évidemment dans une perte totale d’objectivité. Les succès ne sont dus qu’à la chance et sont éphémères, mais les ratages sont définitifs et servent à prouver la nullité de la personne. L’envie d’être accepté et de valider ses réussites n’existe plus. À la place, il n’y a plus qu’une peur grandissante de l’échec et du rejet.
L’estime de soi se crée et s’entretient à deux sources :
Les signes de reconnaissance reçus d’abord de nos parents : affection, sympathie, amour, admiration, estime. Au fur et à mesure qu’on grandit s’y ajoutent ceux provenant de notre entourage social plus élargi : camarades de classe, copains, collègues, voisins... Nos réussites : ce que l’on a fait et qui a été validé par nous et par les autres comme étant un succès.
C’est donc dès sa construction que l’estime de soi des surefficients mentaux part sur de mauvaises bases. Même si les parents aiment sincèrement leur enfant, ils vont progressivement être dépassés par ce qu’il est. Les réflexions seront de moins en moins positives : il est « trop ». Trop sensible et émotif, cet enfant est forcément couvé et surprotégé. Ou alors il a les nerfs fragiles ! Trop affectif, cet enfant est collant : toujours dans les jupes de sa mère ! Il pose trop de questions. Ensuite, on va lui reprocher d’être insolent, de chercher les limites, de pousser les adultes à bout. Dès l’école maternelle, l’avis du reste de la société va venir se conjuguer aux remarques de la famille. Il ne tient pas en place. Il ne sait pas se concentrer. Il ne comprend pas les consignes. Ses camarades le rejettent, se moquent de lui et de ses idées bizarres. Comment nourrir son estime de soi à des sources aussi polluées ? La boucle sera bouclée quand on lui reprochera de surcroît d’avoir une si faible estime de lui-même !
Pour ce qui est de la validation de ses réussites, là encore, les choses ne sont pas simples. Il y a d’abord l’entourage dont l’attitude n’est pas très aidante. Dans notre société, on relève plus les erreurs qu’on ne valide les progrès. On préfère faire des critiques que de donner des encouragements. C’est exactement l’inverse de ce dont un surefficient mental a besoin pour se rassurer. Ses gaffes sociales lui sont renvoyées avec agacement, son incompréhension des consignes est prise pour de la mauvaise volonté. Quand il se donne à fond sur un devoir, il sera probablement hors sujet ou à côté des attentes de l’enseignant. Il reçoit donc peu de validation extérieure. Mais son perfectionnisme joue aussi un rôle important dans cette incapacité à valider ses réussites. Les surefficients mentaux ont une acuité toute particulière pour cerner le potentiel de perfection de toute chose, de toute situation et de tout être humain. Leurs modèles de référence sont des absolus. Rien n’étant parfait en ce bas monde et les surefficients mentaux ayant bien du mal à l’admettre, les réussites ne seront pratiquement jamais validées.
Yann (7 ans) a décidé de dessiner un cheval. Il s’y attelle (C’est le cas de le dire !) de tout son cœur. Concentré, appliqué, et motivé au début, il devient peu à peu tendu, stressé, contrarié. Brusquement, il explose de rage et de chagrin. Il a raté la patte de son cheval. C’est un drame. Yann déchire la feuille et pleure à gros sanglots pendant deux bonnes heures. Rien ne peut le consoler. Inutile de lui dire que son cheval était très beau. Il sait très bien que non. Sa mémoire a photographié un boulet et un paturon qu’il n’a pas réussi à reproduire sur la jambe de son cheval. Ce cheval raté est au début d’une longue série d’échecs personnels. Les validations extérieures sont impuissantes à contrer cette amertume des surefficients mentaux de n’avoir pu matérialiser qu’une infime partie de ce qui s’était élaboré dans leur esprit. Je suis quasi certaine qu’en dépit de l’admiration générale, Michel-Ange trouvait son David très imparfait !