Je pense trop (French Edition)
De l’art
Le réaliste : Le réaliste a une pause plus campée. Pieds bien à plat sur le sol, solidement assis, le dos droit, les yeux vers le bas à droite. Son rôle consiste à transposer le rêve dans un vécu quotidien et à le ressentir dans son corps. La bonne fée est toujours là pour aplanir toutes les difficultés. La sensation de vécu réaliste doit être aussi plaisante que le rêve quoique éventuellement plus fatigante ou plus routinière. Dans le cas contraire, il faut recommencer à rêver en tenant compte du vécu du réaliste pour effectuer les ajustements. Lorsque le réaliste a donné son aval au projet, on convoque enfin et seulement le critique intérieur, qu’il va falloir rééduquer au début.
Le critique constructif : dans cette dernière phase de créativité, la bonne fée a disparu. Enfin, les objections peuvent apparaître. Notre critique est assis, menton dans la main et le regard orienté vers le bas à gauche. Mais la consigne est stricte : sa critique doit servir à rendre le projet concrétisable et ne doit en aucun cas le démolir. C’est la phase la plus délicate de la création. La question de base est : « Comment peut-on rendre ce projet réalisable ? » Les critiques constructives seront ensuite transmises au rêveur pour qu’il leur trouve des solutions créatives si besoin est. Etc. C’est ainsi que les rêves peuvent prendre forme dans la réalité. Merci Mickey !
Vous l’avez bien remarqué, ce critique intérieur était le cousin de votre saboteur. Lorsque vous l’aurez rééduqué à attendre son tour et à être constructif avec vos idées, la partie sera gagnée. Vos idées, vos projets, votre capacité à résoudre les problèmes seront décuplés.
Pour vous y aider, je vais vous confier une phrase de Marcel Pagnol dont j’ai fait ma devise personnelle : « Tout le monde savait que c’était impossible. Il est arrivé un jour un imbécile qui ne le savait pas et qui l’a fait. » Je m’applique chaque jour à être cet imbécile.
Bonne créativité.
De l’art
Indépendamment de votre besoin de créativité, votre cerveau a besoin d’art, c’est-à-dire de « beau » au sens le plus large. On peut se demander à quoi sert l’art. Il n’est a priori pas spécialement utile à la survie de l’espèce humaine. Pourtant, statuettes, peintures, bijoux, maquillages, musiques, danses, monuments, etc., existent depuis la nuit des temps, sous toutes les latitudes et dans toutes les cultures. Comment expliquer ce phénomène ? L’art nourrit notre sensorialité et nous fait vibrer d’émotions.
La joie de vivre, la plus naturelle, la plus pure (à ne pas confondre avec le bonheur), consiste simplement à saturer nos sens d’informations agréables. Le simple fait de regarder du beau, d’écouter du mélodieux, de ressentir du voluptueux, de respirer des parfums ou de goûter des saveurs peut nous mettre dans un état de béatitude passager. La nature peut nous fournir une grande partie de cette joie. L’art vient en complément combler différemment et intensément nos sens et nous procurer une ivresse euphorisante. Prenez un moment pour vous rappeler ce que vous ressentez au sortir d’une exposition, d’un musée ou d’un concert. Quand votre système sensoriel hyperesthésique a simplement fait le plein de beau, de bon, de bien, c’est une joie sourde, une paix voluptueuse, une plénitude rassasiante qui circule dans vos veines.
Beaux-arts, arts mineurs, arts majeurs, arts primitifs, esthétisme, design, architecture… Il n’existe pas une idée de l’art qui soit universellement partagée. La seule chose qui soit universelle et personnelle à la fois est l’émotion ressentie. Et c’est pour cela que l’art se joue des frontières, des cultures, du niveau socioculturel des gens et rend tous les humains potentiellement égaux, tant qu’il leur reste cette capacité à s’émouvoir, bien sûr. Ne seront donc jamais concernés les gens qui prennent l’art pour une futile et onéreuse perte de temps. Les surefficients mentaux sont des boules d’émotions : l’art leur donne un espace pour exprimer et ressentir des émotions positives et intenses.
De plus, l’art a la beauté du geste gratuit. Outre qu’il ne sert à rien, dans une majorité de cas, l’art n’est même pas rentable. Le salaire touché pour un concert ne pourra quasiment jamais correspondre au nombre d’heures que le musicien aura passé à apprendre à jouer de l’instrument, à s’entraîner à le manier avec virtuosité et à répéter son morceau. Pourtant, les artistes consacrent leur vie à cet éphémère : un tableau, une pièce, un morceau… et des spectateurs font la queue, parfois pendant des heures, pour admirer quelques toiles, entendre quelques notes, pour un moment hors du temps, unique… On connaît l’aspect utile de l’utile, on oublie malheureusement trop souvent l’aspect utile de l’inutile, l’acte et surtout l’effort gratuit, éphémère et altruiste, n’ayant d’autre but que de créer du ravissement chez ses semblables. L’art permet d’être en contact avec ce que l’humanité a de plus noble, de plus grandiose en elle, lorsqu’elle donne le meilleur d’elle-même avec une générosité exceptionnelle. L’art permet de ressentir un amour profond et puissant pour l’humanité. À l’instar d’un célèbre chocolat, l’art, c’est aussi quelques grammes de finesse dans ce monde de brutes.